Rameau in Caracas, Soloists of Simón Bolívar Symphony Orchestra of Venezuela

Programme festif et exaltant en prélude à l’année Rameau (2014), qui marque le 250ème anniversaire de la mort du compositeur.

Rameau in Caracas
Soloists of the Simón Bolívar Symphony Orchestra of Venezuela
conducted by Bruno Procopio

Jouer Rameau à Caracas – Les Soloists of Simón Bolívar Symphony Orchestra of Venezuela, invitent Bruno Procopio à diriger un programme totalement dédié à Jean-Philippe Rameau. C’est pour les musiciens vénézuéliens, une découverte exceptionnelle : celle du baroque français, première incursion dans la musique française du XVIIIème siècle.

Bruno Procopio commente :
J’ai surtout voulu susciter la curiosité des musiciens de l’Orchestre pour une musique vers laquelle ils ne se seraient pas tournés spontanément ; je souhaitais aussi me confronter à un orchestre qui n’avait pas eu l’opportunité d’aborder la musique baroque française, afin de construire une identité musicale à partir de zéro. J’ai pu ainsi concrétiser toute la vision que j’ai de cette musique et j’ai trouvé un terrain d’accueil dépourvu d’a priori.

Pendant la pause de l’une de nos répétitions, un musicien m’a soufflé à l’oreille : “Maestro, c’est la musique la plus belle que j’ai jouée.” Voilà la récompense d’une telle entreprise.

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CD. Rameau in Caracas. Bruno Procopio, direction

CD. Rameau in Caracas. Bruno Procopio, direction
Rameau in Caracas (Bruno Procopio et The Simon Bolivar Symphony orchestra of Venezuela, 2012). Défi magistral réussi pour jeune chef audacieux ! Ce nouveau cd Paraty adoube très officiellement le tempérament du claveciniste Bruno Procopio comme chef d’orchestre. Poursuivant une nouvelle et déjà riche collaboration avec les musiciens vénézuéliens de l’Orchestre Simon Bolivar (la phalange qui hier accompagnait et permettait aussi l’essor du jeune Gustavo Dudamel), Bruno Procopio ne montre pas seulement sa lumineuse sensibilité et sa versatilité contagieuse chez Rameau, il confirme l’ampleur et la sûreté de son approche, n’hésitant pas ici à aborder le compositeur baroque sur… instruments modernes, de surcroît avec des instrumentistes qui Outre-Atlantique n’ont que très peu été confrontés à la rhétorique et l’éloquence du XVIIIè français. C’est donc pour eux un vrai défi instrumental lié à une découverte de répertoire.4ySPwI81N8_2013213KWHG9N5ZBPA rebours des approches historiques, Bruno Procopio démontre que la justesse musicale et artistique ne se réduit pas au seul choix des instruments. Le claveciniste expert de la pratique baroque française transmet de toute évidence la science ambivalente d’un Rameau ici à la fois somptueux symphoniste et dramaturge de premier plan, chorégraphe et poète, précurseur des concepteurs à venir de musique pure. L’absence de voix ne pèse d’aucun poids; tant le chant de l’orchestre, -cordes admirables de précision et de fluidité, vents et bois gorgés de couleurs déjà impressionnistes (!)-, restitue l’imaginaire lyrique de Rameau. Ouvertures et danses des opéras du Dijonais composent de facto une entrée inédite pour les musiciens, expérience première galvanisée et flamboyante grâce à l’énergie et la précision du maestro franco-brésilien (Contredanse du II de Zoroastre). Que ces esprits animaux tempêtent de façon infernale (coupes et abattage des bassons), ivresse et grandiose panache du Ballet figuré, coloris chatoyants des gavottes finales du même Zoroastre (1756).

Rameau électrisé

La mise en place, la sûreté nerveuse et jamais courte des rythmes dansés attestent de l’assurance superlative du jeune chef. Que son Rameau est racé, de caractère comme d’agilité : électrique vitalité qui fuse comme des comètes enflammées des Tambourins d’une élégance irrésistible (formidables bassons) du Prologue de Dardanus (1739)

L’ouverture de Castor et Pollux (1737) si proche dans sa coupe étagée et fuguée de celle d’Hippolyte dévoile toute la flexibilité du chef capable de conduire ses troupes en une clarté faite drame, entre intellect et sensualité tendre, alliance contradictoire et constitutive de l’écriture de Rameau. La Chaconne du V confirme ce lâcher prise qui fait toute la grâce à la fois solennelle et intime voire nostalgique de Rameau. Quant à la seconde Chaconne, (ultime volet de ce programme, extrait des Indes Galantes, 1735) emprunte de ce geste balancé et sublime, voire suspendu et de caractère lullyste, le chef en exprime et la tendresse et cet abandon d’une indicible douceur là aussi nostalgique. Au sentiment d’une solennité rêveuse se joint surtout la vitalité contrastée des pupitres subtilement électrisés par le chef doué d’une imagination fertile sur le motif ramélien: la précision de la mise en place, le relief des bois, la coupe des cordes d’un impeccable aplomb rythmique, frappent immédiatement.

Ce disque est étonnant, tant Rameau n’avait pas été ressuscité avec autant de vérité ni de saine justesse. Sans le fruité des instruments d’époque (parfois à défaut d’une baguette convaincante, rien que séducteurs), l’oreille se concentre sur le geste, la conception de l’architecture, la carrure et l’allant des rythmes, la richesse des dynamiques, c’est à dire l’émergence et l’essor d’une vision musicale. Tout cela, Bruno Procopio le maîtrise absolument et l’on souhaite entendre bientôt un opéra intégral dirigé sous sa conduite: un vÅ“u pieu bientôt satisfait pour l’année 2014 à venir, celle des 250 ans de la mort du compositeur si génial ?

Rameau in Caracas. Ouvertures et ballets de Jean-Philippe Rameau: Zoroastre, Dardanus, Acanthe et Céphise, Les Indes Galantes. Soloists of the Simon Bolivar symphony Orchestra of Venezuela. Bruno Procopio, direction. 1 cd Paraty 2012, 512120. Durée: 1h03mn.

CD. Rameau: le clavecin solaire de Bruno Procopio (Pièces pour clavecin en concerts)

CD. Bruno Procopio illumine les Pièces pour clavecin en concerts de Rameau (1 cd Paraty)

Rameau: Pièces de clavecin en concert (Procopio, 2012)
critique de cd
rameau_pieces_clavecin_concerts_paraty_cd_bruno_procopioAvec ses Pièces pour clavecin en concert, Rameau offre un aboutissement inégalé dans l’art de la musique de chambre mais selon son goût, c’est à dire avec impertinence et nouveauté: jamais avant lui, le clavecin, instrument polyphonique et d’accompagnement n’avait osé revendiquer son autonomie expressive de la sorte. Publié en 1741, voici bien le sommet du chambrisme français sous la règne de Louis XV: alors que Bach se concentre sur le seul tissu polyphonique, Rameau fait éclater la palette sonore du clavier central, qui de pilier confiné devient soliste concertant (avec les deux instruments de dessus: violon ou flûte et viole ou 2è violon.

La prééminence du clavecin est déjà annoncée par les Sonates d’Elisabeth Jacquet de la Guerre et de Montéclair. Mais l’inventivité mélodique, le raffinement, la vivacité électrisante du style ramélien repoussent encore les limites du genre (ivresse concertante de l’Agaçante). Disons immédiatement ce qui nous gêne: la partie et l’acidité tendue du violon qui semble dire d’un bout à l’autre, je suis là et je revendique le premier plan mélodique (Le Vézinet): un contresens qui affecte le chant libre et si facétieux, fluide et si volubile du clavecin. Question de sonorité et de style, le violon contorsionne toujours, se pique de tournures affectées, semble régler un sort à chaque phrase. Que son Rameau est perruqué en petit marquis. L’option peut déranger. Elle s’avère particulièrement mordante dans le portrait charge de La Pouplinière (la La Poplinière): évocation aigre douce du protecteur de Rameau, tracée, il est vrai,  plus à l’acide qu’à l’encre respectueuse.

Nonobstant, saluons la complicité des instruments autres: viole toute en nuances et expression (et de surcroît d’une difficulté monstre, Rameau y rend hommage à Forqueray, rien de moins!)
Et quand la flûte de l’excellent François Lazarevitch se joint au violon et à la viole (La Livri), la tonalité d’une douceur rayonnante, entre tendre volupté et tristesse mélancolique, les interprètes accordés trouvent le ton juste, voire envoûtant: on aimerait connaître Livri entre autres, dont la pièce éponyme brosse un portrait bien séduisant (en vérité l’un des protecteurs du compositeur mort récemment). Même constat pour la pudeur (autobiographique?) de La Timide où la flûte allemande atténue l’incisive agressivité du violon. Et que dire pour clore le chapitre des réserves, du pincé sec du violon dans les Tambourins du IIIè Concert, aigreur acide bien peu enjouée et fidèle au soleil des danses qui ont la Provence pour origine…. Pour autant la vitalité de La Rameau (concession du maître à lui-même), l’engagement de La Forqueray, la berceuse secrète et mystérieuse de La Cupis, la grâce purement chorégraphique de La Marais accréditent pour les plus réservés la haute valeur musicale de cet album Rameau dont les options et partis divers ne manqueront pas de susciter réactions et débats.

le clavecin royal et concertant de Rameau

Mais au cÅ“ur de ce programme des plus réjouissants, d’autant plus opportun pour la prochaine année Rameau 2014, s’affirme le clavecin de Bruno Procopio: l’ex élève des Rousset et Hantaï y confirme son immense talent, son intelligence interprétative, une finesse flamboyante qui éclaire le génie d’un Rameau touché par la grâce. Belle idée de souligner la place centrale dans l’Å“uvre du Dijonais en ajoutant 5 des 7 pièces composant la Suite en la du IIIè Livre de clavecin de 1728: ici se succèdent Allemande, Courante, Sarabande… d’une exaltante euphorie intimiste, où les doigts experts savent relever les défis techniques et poétiques du jeu des ” Trois mains ” et de la Triomphante finale, habilement et légitimement retenue en conclusion superlative. Le choix du clavecin (copie d’un Rückers avec petit ravalement dans le style français) ajoute à la perfection du jeu de Bruno Procopio: au timbre clair de l’instrument répondent aussi la puissance et la rondeur d’un son chantant, souvent bondissant.

Révérence à la superbe Sarabande, dont la noblesse et la tendresse sont magnifiquement exprimées: la claveciniste saisit tout ce que l’écriture de Rameau sait s’enivrer d’un monde sonore pur qui place au dessus de tout le génie musical; la musique sans les paroles se fait chant, drame, tissu émotionnel… Ramélien de cÅ“ur, Bruno Procopio réalise un acte de foi. Heureuse année 2013 qui voit aussi paraître presque simultanément un second cd Rameau, mais non pas intimiste, plutôt symphonique et chorégraphique, dédiée aux ouvertures et ballets de Rameau, de surcroît avec un orchestre peu familier du Baroque français, l’Orchestre Symphonique Simon Bolivar du Venezuela. Autre programme, autre défi… pleinement relevé là encore.


Jean-Philippe Rameau: Pièces de clavecin en concert (1741). Nouvelles Suites de pièces de clavecin (1728).
Patrick Bismuth, violon? François Lazarevitch, flûtes allemandes. Emmanuelle Guigues, viole de gambe. 1 cd Paraty 412201. Durée: 1h19mn. Enregistré en 2012.

Radio. France Musique. Musiques à Rio, les 6,13,20 janvier 2013,16h

Radio. France Musique. Musiques à Rio, les 6,13,20 janvier 2013,16h

RIO_christ_bras_ouverts_448_bruno_procopio_brazil_Rio-de_janeiro_travel

logo_fmusiqueL’Air des Lieux ouvre l’année 2013 sous le soleil du plein été brésilien, du côté d’Ipanema et de Copacabana, plages mythiques du farniente tropical- entre une visite au Christ Rédempteur, (corcovado), et dans les coulisses de l’Opéra carioca, le Théâtre municipal de Rio où point d’orgue d’une randonnée spectaculaire et divinement sonore, le jeune chef français né au Brésil, Bruno Procopio, ressuscitait le 10 décembre dernier, un joyau lyrique et comique du Rossini luso-brésilien, Marcos Portugal…: L’oro no compra amore (créé en 1811 à Rio)…  Trois émissions gorgées de soleil et de saine vitalité, enregistrées au Brésil !

Musiques à Rio

L’Air des Lieux à Rio de Janeiro

Par Stéphane Grant et Agnès Cathou
Dimanches 6, 13 et 20 janvier 2013
France Musique, de 16h à 18h
L’air des lieux, magazine

Les 6 et 13 janvier 2013

Les deux premiers volets sont consacrés à la 3ème édition du concours international BNDES de piano de Rio de Janeiro. Le Concours carioca auquel participe l’Orchestre Symphonique du Brésil (Orquesta Sinfônica Bresileira) permet à Rio de renouer avec la grande histoire du piano au Brésil, celle qu’une interprète comme Guiomar Novaes a incarné hier, celle dont Nelson Freire porte aujourd’hui les couleurs flamboyantes avec ce tact si personnel. C’est à Rio en 1886 que Toscanini se produit pour la première fois comme chef !
L’Air des Lieux témoigne dans les coulisses, de l’activité du concours, tout en étant proche des organisateurs, de ses candidats, des membres du jury (dont le Français Jean-Philippe Collard et l’Argentin Sergio Tiempo).
Le lieu d’accueil du Concours est un bâtiment mythique de la vie musicale à Rio: l’Opéra est un cadre à la fois délicieusement kitsch et grandiose, synthèse de l’Opéra Garnier et de l’Opéra-Comique à Paris ; le Théâtre municipal de Rio est construit au début du XXème siècle et dès son inauguration se met au diapason de l’avant-garde et de la création européenne. Edifié en 1909, inauguré en 1910, Rio développe un partenariat artistique étroite avec le Théâtre Colon de Buenos Aires (Argentine): chefs, chanteurs de renom se déplacent de l’un à l’autre théâtre assurant ici et là une activité lyrique et musicale de premier plan… Les grandes Å“uvres françaises y sont créées systématiquement, Rio devenant un avant poste de l’art lyrique français romantique, postromantique et moderne: Les Huguenots, L’Africaine, Carmen, Pelléas, Mârouf, mais aussi les moins connus: Les cadeaux de Noël de Xavier Leroux, Béatrice et Fortunio de Messager, L’Etranger de D’Indy, Monna Vanna de Février… Après la Guerre, Callas, Tebaldi, Bidu Sayão et tant d’autres ont fait l’âge d’or de l’opéra au Brésil, comme les Å“uvres européennes plus récentes investissent la glorieuse scène carioca: L’Aiglon, Dialogues des Carmélites, La Voix humaine…

Piano, opéra et samba à Rio…

Le 20 janvier 2013

procopio_bruno_chemise_bleuePortrait de Bruno Procopio à Rio. Le claveciniste et chef d’orchestre d’origine brésilienne est revenu à Rio recréer un opéra inédit du compositeur luso-brésilien Marcos Portugal (1762-1830), L’oro no compra amore. A la tête de l’Orchestre Symphonique du Brésil, l’une des phalanges la plus ancienne du pays, le jeune maestro approfondit son approche d’un ouvrage romantique qui porte les prémices du belcanto. C’est aussi pour les instrumentistes et l’Opéra de Rio, l’occasion de rendre hommage à l’une des figures musicales les plus importantes à l’époque du Brésil impérial, au début du XIXème siècle. L’ouvrage, perle comique prérossinienne est créé à Lisbonne en 1804. Quand Portugal rejoint la cour du roi portugais au Brésil, il importe tout le savoir faire et l’éclat de l’opéra italien européen outre-Atlantique et devient le premier compositeur officiel au Brésil: L’oro no compra amore est ainsi créé à Rio en 1811: c’est le premier opéra italien créé au Brésil. L’air des lieux suit le jeune musicien dans son travail de préparation, aux côtés de solistes et musiciens brésiliens… L’enfant du pays connaît aussi d’autres lieux emblématiques de la fièvre musicale à Rio: les lieux nocturnes et branchées du Brésil métissé et authentique… Car à quelques semaines du Carnaval, les grandes écoles de samba sont elles aussi en pleine effervescence…

Illustrations: La baie de Rio depuis le Christ rédempteur à Corcovado, Bruno Procopio (DR)

Compte rendu. Bruno Procopio ressuscite Marcos Portugal à Rio (10 décembre 2012)

Rio, Opéra. Le 10 décembre 2012. Marcos Portugal: L’oro no compra amore… Leonardo Pascoa (Giorgio), … Orchestre Symphonique du Brésil (OSB, Orquestra Sinfônica Bresileira). Bruno Procopio, direction

L’Oro no compra amore ressuscite à Rio

Exaltante réhabilitation à l’Opéra de Rio (Theatro Municipal) du compositeur luso brésilien Marcos Portugal: son opéra comique italien L’Oro no compra amore valait bien cette recréation, d’autant que déjà applaudi et même célébré dès 1804 à Lisbonne, il s’agit du premier opéra italien créé sur le sol brésilien à l’époque du jeune empire brésilien en 1811.
L’initiative est d’autant plus légitime que Rio redécouvre l’un de ses compositeurs les plus importants; de surcroît grâce à un musicien natif: Bruno Procopio, ardent défenseur pour la réhabilitation du compositeur, gloire musicale de Lisbonne, Vienne, Paris, Londres jusqu’à Rio… Il est naturellement pertinent de recréer un opéra comique du Rossini tropical, génie du théâtre lyrique et surtout serviteur de la couronne portugaise: de Maria Ier, au Régent Joao devenu Joao VI, puis à son fils Pedro, premier empereur du Brésil indépendant-, Marcos Portugal est un auteur loyal et fidèle, créateur fécond, immensément doué dont la représentation en version de concert de L’oro no compra amore de 1804, rétablit la force d’un caractère vif et palpitant, surtout ce mordant facétieux qui montre aussi une intelligence remarquable dans l’art du timing dramatique.

Portugal, le Rossini brésilien

Malgré une distribution bancale (de loin la performance du Giorgio du baryton Leonardo Pascoa, le loyal amant de Lisetta, se bonifie en cours de séance: bel aplomb vocal et finesse de plus en plus assurée), la réalisation de l’opéra sur la scène carioca n’a pas manqué de panache ni de fièvre musicale, en particulier gâce au geste millimétré du jeune chef Bruno Procopio, spécialiste de Rameau, Couperin et autres compositeurs baroques: la main du jeune maestro préserve au delà des vocalités engagées et diversement fanfaronnantes, l’unité du drame, sa motricité pétillante… Le chef canalise ses troupes, en fait jaillir des accents d’une belle vivacité; sa précision et son énergie très réfléchie sont un régal et donnent souvent de merveilleuses prouesses au moment du concert ; car de l’intensité, il en faut pour bien jouer le théâtre de Portugal: un jeu permanent de séduction, confrontations, surenchère vocale à plusieurs personnages qui citent les meilleures comédies de Haydn et de Mozart; préfigure la trépidation et l’urgence d’un Rossini, tout en préparant le bel canto du plein XIXè ; annonce surtout les joyaux donizettiens: tout au long du programme, on aura certes pensé à Rossini (Le Barbier, de 12 ans plus tardif à L’Oro s’annonce dès le début dans le choeurs d’hommes à mezza voce, puis dans le fameux final du I), surtout à Donizetti… Portugal approche par la finesse théâtrale des situations et la profondeur des profils psychologiques ce Don Pasquale par exemple dont la Norina à venir, se profile déjà dans cette élégance faussement badine du rôle de Lisetta, pleine d’astuces et de facéties en diable. Maîtresse des cÅ“urs, arbitre faussement ingénue d’une comédie qui est déjà un marivaudage.

Duos, trios, et surtout ensembles (final du I, de près de 20 minutes)… l’auditeur n’a pas une minute à lui pour prendre le temps de mesurer la virtusoité irrésistible de celui qui en 1804, n’est pas encore le directeur de la musique de la cour de Rio, mais le maître absolu de la scène lyique à Lisbonne, comme directeur de Teatro Royal Sao Carlo.
D’autant que la représentation de ce soir, nous épargne tous les récitatifs. L’urgence et la subilité fulgurante sont donc les qualités maîtresses du spectacle en version de concert, admirablement défendues par un chef qui cisèle, accentue, insuffle à la bouillonnante partition, ce grain de finesse, de folie, de suprême élégance. Même en version de concert, la partition déborde de théâtralité ardente et vive.

Elégance virtuose

Le geste, la scupuleuse et vivante approche préservent le relief virtuose, souvent enchanteur des instruments de l’orchestre: une phalange ici peu habituée à ce genre de répertoire; preuve s’il en est que jouer Marcos Portugal dans le pays qui a vu ses derniers triomphes, les plus importants, est encore un défi à relever pour les instrumentistes locaux. L’accord particulier des clarinettes, des cors, la vitalité des cuivres complémentaires (somptueuses trompettes d’une justesse admirable), cet équilibre mozartien et rossinien d’une palette musicale à la fois fine et colorée, rétablit la place (immense) de Portugal dans l’histoire de l’opéra italien au début du XIXè. L’Oro est même le premier opéra italien joué sur le nouveau continent au moment où Joao VI réclame près de lui son cher Portugal (1811).
D’une distribution aléatoire, où l’articulation de l’italien reste problématique en particulier chez Lisetta, saluons d’une manière générale, le tempérament expressif de chacun, tout en regrettant que tous manquent de cette finesse d’intonation, de ce naturel orfèvré mais naturel qui faisait les magnifiques interprétations d’une Berganza chez Rossini.

Nonbstant voici réhabilité et d’excellente manière, la vitalité irrésistible de Marcos Portugal dans ce Rio qui l’accueillit et lui réserva une nouvelle carrière glorieuse sur le nouveau continent. Après avoir rétabli dans une version réduite mais magnifiquement concertante (avec orgue), la Missa Grande de 1782, une oeuvre de jeunesse composée pour Maria Ier, à Cuenca en avril 2012 (Espagne), Bruno Procopio poursuit son exploration de l’Å“uvre de Portugal: cet Oro no compra amore restitué en décembre 2012, est éblouissant d’intelligence, de saine vitalité, de franche et nerveuse élégance. Réussite totale pour le jeune maestro qui peu à peu, depuis son travail tout aussi défricheur et audacieux avec l’Orquestra sinfonica Simon Bolivar de Venezuela (qu’il a conduit dans l’interprétation de Rameau), gagne peu à peu ses galons de très grand chef: jouer Rameau à Caracas (sur instruments modernes), rétablir Marcos Portugal à Rio, dans sa place, sont des défis relevés avec panache ; la diversité virtuose et souvent génial de Marcos Portugal mérite absolument l’engagement que lui réserve Bruno Procopio. Tout en servant un auteur encore trop méconnu, tout en permettant à une phalange orchestrale de premier plan à Rio, l’opportunité d’élargir son répertoire et de perfectionner son jeu expressif selon le style de l’époque, en redécouvrant un auteur qui a marqué l’histoire musicale locale, le chef dévoile une captivante attention aux partitions choisies. Défrichement, audace, finesse, partage et générosité. Bravo Maestro !

Rio, Opéra (Teatro Municipal). Le 10 décembre 2012. Marcos Portugal: L’oro no compra amore (1804, version de 1811), cycle Opéra & répertoire, série lyrique en concert. Marianna Lima (Lisetta), Leonardo Pascoa (Giorgio), Geilson Santos (Alberto), Manuel Alvarez (Pasquale), Anubal Mancini (Cecchino), Andressa Inacio (Dorina), Veruschka Mainhard (Carlotta), Daniel Soren (Casalichio),… Orchestre Symphonique du Brésil (OSB, Orquestra Sinfônica Bresileira). Bruno Procopio, direction.

approfondir

Bruno Procopio: Pièces de clavecin en concerts de Jean-Philippe Rameau. Le claveciniste virtuose Bruno Procopio en dialogue avec trois autres solistes d’exception souligne l’invention expressive de ce nouveau dispositif instrumental qui fait de Jean-Philippe Rameau, un défricheur visionnaire… Pièces de clavecin en concerts de Jean-Philippe Rameau par Bruno Procopio, clavecin, avec Philippe Couvert, violon; François Lazarevich, flûte allemande; Emmanuelle Guigues, viole de gambe. Reportage vidéo exclusif
Bruno Procopio dirige le Youth Simon Bolivar orchestra à Caracas: jouer Rameau au Vénézuela (reportage vidéo avril 2011). Le 14 avril 2011, le jeune claveciniste et chef d’orchestre, Bruno Procopio se distingue comme directeur musical de l’Orchestre des Jeunes Simon Bolivar à Caracas (Venezuela),  qu’a conduit partout dans le monde le dynamique et si charimastique Gustavo Dudamel… La phalange qui joue sur instruments modernes n’était guère sensibilisée jusque là à la manière baroque.
La Missa Grande de Marcos Portugal à Cuenca

A Cuenca (Espagne, Castilla La Mancha), Bruno Procopio dirige en chef invité le choeur L’Echelle pour la Missa Grande de Marcos Portugal. Le concert en ouverture du festival SMR 2012 (Semana de Musica Religiosa de Cuenca) sollicite aussi le concours de l’orgue historique baroque conçu par Julian de la Orden (1770) pour la Cathédrale. Concert événement qui est aussi le sujet d’un cd à venir début 2013. Grand reportage vidéo réalisé en mars et avril 2012.

Bruno Procopio ressuscite un joyau lyrique de Marcos Portugal

Bruno Procopio dirige Rameau à Caracas
Rio, Opéra. Bruno Procopio ressuscite Marcos Portugal, le Rossini Lusino-brésilien
résurrection lyrique à Rio (Brésil)

Bruno Procopio ressuscite un joyau lyrique de Marcos Portugal

L’Oro no compra Amore (1804)

Défricheur et grand expert des sonorités sur instruments d’époque, le chef Bruno Procopio poursuit sa carrière musicale au service d’un génie de la veine comique, après Cimarosa, avant Rossini: Marcos Portugal. Avec L’oro no compra amore (1804), le compositeur portugais élève le genre léger au niveau des meilleurs Haydn et de Mozart: facétie, subtilité, action et raffinement, tout  indique un tempérament à redécouvrir d’urgence. Résurrection attendue et révélation d’un tempérament lyrique qui surtout, inspira directement Rossini. Bruno Procopio dirige l’Orchestre Symphonique du Brésil dans L’Oro no compra Amore de Marcos Portugal (Lisbone, 1804)… Le 10 décembre à l’Opéra de Rio …  En lire +