Nouvelle ANNA BOLENA par Marina Rebeka

REBEKA marina soprano bel canto cd critique review cd par classiquenewsBORDEAUX, OpĂ©ra. DONIZETTI : ANNA BOLENA, 5>18 nov 18. Anne Boleyn (1500-1536), seconde Ă©pouse d’Henri VIII d’Angleterre, finit sa courte ascension politique et amoureuse, dĂ©capitĂ©e pour des actes qu’elle n’avait pas commis : ainsi se rĂ©alise la cruautĂ© et le bon vouloir du prince le plus volage de son Ă©poque, collectionneurs de jupons, trop obsĂ©dĂ© par l’idĂ©e, l’urgence d’une descendance mĂąle. Cynisme de l’histoire, c’est la fille de Boleyn, Elisabeth qui rĂšgnera Ă  la succession de son pĂšre. Devenant Ă  l’époque de Shakespeare, la souveraine la plus impressionnante de la fin du XVIĂš.
Gaetano Donizetti demande au librettiste Felice Romani (partenaire de Bellini avant lui), un nouveau texte lyrique, capable de suggĂ©rer (bel canto) et d’incarner la passion tragique et funĂšbre de la reine assassinĂ©e. C’est avant Marie-Antoinette au XVIIIĂš, la figure royale digne et sacrifiĂ©e, la plus troublante dans l’histoire des Reines massacrĂ©es
 martyrs de l’Histoire europĂ©enne.

La crĂ©ation d’Anna Bolena, en 1830 Ă  Milan, remporte un succĂšs important ; pourtant il faut attendre le XXĂš pour que l’ouvrage qui nĂ©cessite une soprano coloratoure dramatique, actrice autant que cantatrice, ne s’impose sur les planches, grĂące Ă  l’incarnation qu’en donne Maria Callas, en 1957 : immense tragĂ©dienne et grande belcantiste.

REBEKA marina soprano bel canto cd critique review cd par classiquenewsAprĂšs avoir chantĂ© Norma au Met et Traviata Ă  Paris, la soprano lettone Marina Rebeka effectue Ă  Bordeaux ses dĂ©buts dans le rĂŽle-titre. Un Ă©vĂ©nement en soi attendu par le monde lyrique, et qui est dĂ©jĂ  prĂ©figurĂ© dans son rĂ©cent album discographique, Ă©ditĂ© par la cantatrice elle-mĂȘme (elle a crĂ©Ă© son propre label PRIMA classics) : le programme enregistrĂ© intitulĂ© SPIRITO rend hommage Ă  la passion des hĂ©roĂźnes tragiques du bel canto italien, dont justement une scĂšne d’Anna Bolena, vivante, habitĂ©e, voire hallucinĂ©e et bien sĂ»r, hautement tragique. LIRE le compte rendu du cd SPIRITO par classiquenews.com («  CLIC » de CLASSIQUENEWS de novembre 2018)

La metteure en scÚne Marie-Louise Bischofberger, épouse et collaboratrice du regretté Luc Bondy réalise la nouvelle production présentée à Bordeaux.

 

 

 

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DONIZETTI : ANNA BOLENA
Nouvelle production Ă  l’OpĂ©ra de BORDEAUX
Du 5 au 18 novembre 2018
Avec Marina REBEKA dans le rĂŽle-titre
RESERVEZ ICI VOTRE PLACE
https://www.opera-bordeaux.com/opera-anna-bolena-10887

Production Opéra National de Bordeaux
Musique de Gaetano Donizetti
Livret de Felice Romani, d’aprĂšs Anna Bolena d’Ippolito Pindemonte (1816), traduction de l’Henry VIII de Marie-Joseph ChĂ©nier (1791)
Opéra en 2 actes créé au Teatro Carcano à Milan le 20 décembre 1830

 

 

 

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REBEKA marina soprano bel canto cd critique review cd par classiquenewsCLIC D'OR macaron 200LIRE aussi notre compte rendu complet du cd SPIRITO de MARINA REBEKA (1 cd PRIMA classics, novembre 2018)
  Extase tragique et mort inĂ©luctable
 : toutes les hĂ©roĂŻnes incarnĂ©es par Marina Rebeka sont des Ăąmes sacrificielles
. vouĂ©es Ă  l’amour, Ă  la mort. Le programme est ambitieux, enchaĂźnant quelques unes des hĂ©roĂŻnes les plus exigeantes vocalement : Norma Ă©videmment la source bellinienne (lignes claires, harmonies onctueuses de la voix ciselĂ©e, enivrante et implorante, et pourtant Ăąpre et mordante) ; ImogĂšne dans Il Pirata, – d’une totale sĂ©duction par sa dignitĂ© et son intensitĂ©, sa sincĂ©ritĂ© et sa violence rentrĂ©e ; surtout les souveraines de Donizetti : Maria Stuarda (belle coloration tragique), Anna Bolena (que la diva chante Ă  Bordeaux en novembre 2018, au moment oĂč sort le prĂ©sent album). Aucun doute, le cd souligne l’émergence d’une voix solide, au caractĂšre riche qui le naisse pas indiffĂ©rent. Les aigus sont aussi clairs et tranchants, comme Ă  vif, que le medium et la couleur du timbre, large et singuliĂšre.

 

 

 

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CD, critique. SPIRITO. MARINA REBEKA, soprano.  ANNA BOLENA ( 1 cd Prima classic, juillet 2018)

REBEKA marina soprano bel canto cd critique review cd par classiquenewsCD, critique. SPIRITO. MARINA REBEKA, soprano (1 cd Prima classic, juillet 2018)… Extase tragique et mort inĂ©luctable
 : toutes les hĂ©roĂŻnes incarnĂ©es par Marina Rebeka sont des Ăąmes sacrificielles
. vouĂ©es Ă  l’amour, Ă  la mort. Le programme est ambitieux, enchaĂźnant quelques unes des hĂ©roĂŻnes les plus exigeantes vocalement : Norma Ă©videmment la source bellinienne (lignes claires, harmonies onctueuses de la voix ciselĂ©e, enivrante et implorante, et pourtant Ăąpre et mordante) ; ImogĂšne dans Il Pirata, – d’une totale sĂ©duction par sa dignitĂ© et son intensitĂ©, sa sincĂ©ritĂ© et sa violence rentrĂ©e ; surtout les souveraines de Donizetti : Maria Stuarda (belle coloration tragique), Anna Bolena (que la diva chante Ă  Bordeaux en novembre 2018, au moment oĂč sort le prĂ©sent album). Aucun doute, le cd souligne l’émergence d’une voix solide, au caractĂšre riche qui le naisse pas indiffĂ©rent. Les aigus sont aussi clairs et tranchants, comme Ă  vif, que le medium et la couleur du timbre, large et singuliĂšre.

3Ăš album de la diva Marina Rebeka : “Spirito”


BEL CANTO INCARNÉ

D’emblĂ©e, outre, la facilitĂ© Ă  incarner un personnage et lui offrir une somptueuse Ă©toffe Ă©motionnelle, sans appui ni excĂšs (belle vertus dans la mesure), s’affirme la tension hĂ©roĂŻque du recitativo ; la maĂźtrise des intervalles ; le relief et la puissance saine des aigus mĂ©talliques, francs. Ils expriment le tempĂ©rament tragique, exacerbĂ© du personnage d’Anna Bolena par exemple, dans chaque situation. Avec le choeur et un orchestre d’une rare intelligence climatique, la cantatrice incarne idĂ©alement cette Ăąme sacrificielle, blessĂ©e de l’ex Ă©pouse d’Henri VIII, destinĂ©e Ă  mourir : elle meurt certes mais elle reste digne (sa fille Elisabeth rĂšgnera ensuite).
TrĂšs belle nature, puissante et expressive, racĂ©e, de la soprano capable d’un medium riche, ample, charnel, de type callasien, « Al Dolce guidami » est d’essence bellinienne, suspendue, aĂ©rienne, d’une langueur Ă©perdue qui est Ă©noncĂ©e avec beaucoup d’élĂ©gance comme de caractĂšre. Sans duretĂ© ni dĂ©monstration. Mais pudeur, Ă©lĂ©gance, tension.
DĂ©termination, d’une hĂ©roĂŻne tragique qui se rebiffe et affronte crĂąnement son destin, avec un spinto plus large qui doit couvrir le choeur et l’orchestre : « Coppia iniqua » impose clairement son medium ample et presque caverneux (« cessate »). La fin de la reine dĂ©capitĂ©e surgit en sa derniĂšre vocalitĂ  Ă©corchĂ©e, hallucinĂ©e, blessĂ©e, impuissante mais dĂ©terminĂ©e (avec des sauts et intervales en effet, dont le dernier aigu, signe du sacrifice ultime, est bien nĂ©gociĂ©).

En français La Vestale de Spontini, impose une ligne souple et large elle aussi mais toujours claire. PriĂšre funĂšbre (« Ô des infortunĂ©s ») ; puis « Toi que j’implore », sur le mĂȘme registre imploratif fait valoir son medium de plus en plus Ă©largi aux couleurs trĂšs riches ;
La diction n’est pas parfaite (les consommes et diphtongues sont lissĂ©es et les consommes souvent sont absentes), mais la ligne vocale est claire et trĂšs intense. Et l’abattage, les couleurs et les accents se ressaisissent dans les deux derniers airs (« Sur cet autel / Impitoyables dieux » ) oĂč la chanteuse en actrice consommĂ©e, sait construire l’épaisseur de son personnage qui a l’étoffe des protagonistes de Berlioz et de Beethoven. VoilĂ  qui laisse envisager une passionnante Didon dans Les Troyens du Français par exemple. De toute Ă©vidence ce miel expressif, ardent, solide, architecturĂ© impose plus qu’un chant
 un tempĂ©rament dramatique Ă©vident et des moyens trĂšs convaincants.

CLIC D'OR macaron 200Saluons au diapason de ce bel canto, racĂ© et Ă©lĂ©gant, ardent et trĂšs incarnĂ©, mais sans effets dĂ©bordants, la tenue de l’orchestre, Ă  la fois vif, dĂ©taillĂ©, remarquablement articulĂ©, qui sait soigner la caractĂ©risation de chaque sĂ©quence dramatique. Offrant ainsi un tapis Ă©quilibrĂ© et confortable au chant souverain de la diva si expressive.

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CD, critique. MARINA REBEKA : « SPIRITO » : airs d’opĂ©ras de Bellini, Donizetti, Spontini. Orchestra and Chorus of Teatro Massimo di Palermo, Jader Bignamini, direction (1 cd Prima classics) – parution annoncĂ©e : le 9 novembre 2018. CD Ă©lu « CLIC » de CLASSIQUENEWS, novembre 2018.

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VOIR la VIDEO Marina Rebeka Spirito
https://musique.orange.fr/videos/all/marina-rebeka-spirito-the-making-of-the-album-VID0000002GNso.html

Suivez l’actu de la soprano MARINA REBEKA sur twitter : https://twitter.com/marinarebeka

En LIRE plus sur le site de la soprano MARINA REBEKA :
https://marinarebeka.com/2018/10/05/marina-rebeka-releases-new-solo-album-spirito/

 

LIRE aussi notre prĂ©sentation d’ANNA BOLENA Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra de Bordeaux en novembre 2018 : Ă  venir

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Vienne : Anna Netrebko reprend Anna Bolena

Vienne, OpĂ©ra (Staatsoper) : Anna Netrebko chante Anna Bolena, les 10,13,17, 20 avril 2015. Depuis 2011 sur la scĂšne du Metropolitan Opera de New York et aussi Ă  l’OpĂ©ra de Vienne la mĂȘme annĂ©e, Anna Netrebko a fait sien le personnage digne et sacrifiĂ© d’Anna Bolena (Anne Boleyn), l’épouse autant adulĂ©e que finalement humiliĂ©e par Henry VIII. Bel cantiste et actrice nĂ©e, voire tragĂ©dienne d’une expressivitĂ© mordante, Maria Callas assure en 1957, la rĂ©surrection d’Anna Bolena (Ă  La Scala de Milan et dans la mise en scĂšne de son mentor Visconti), un ouvrage qui Ă©tait tombĂ© dans l’oubli aussitĂŽt aprĂšs sa crĂ©ation en 1830. A sa suite, en 2011, sur les planches new yorkaises, Anna Netrebko rĂ©active la magie Bolena et affirme une prestance aussi convaincante que celle de son aĂźnĂ©e lĂ©gendaire. Quatre annĂ©es aprĂšs sa prise de rĂŽle, la reine Anna rĂ©pĂštera-t-elle en avril 2015, son succĂšs premier ?

donizetti anna bolena anna netrebko elina garancaSur le livret de Felice Romani, l’opĂ©ra Anna Bolena est crĂ©Ă© au Teatro Carcano Ă  Milan, en dĂ©cembre 1830. L’oeuvre, en deux actes et six tableaux, remporte un succĂšs honorable. A Londres en 1536, l’épouse d’Henry VIII, Anna Bolena Ă©choue Ă  donner un hĂ©ritier mĂąle au souverain caractĂ©riel. Certaine de sa mort inĂ©luctable, Anna se laisse prendre dans le filet tendu par son Ă©poux, d’une perversitĂ© rare, prĂȘt Ă  tout pour dĂ©sormais favoriser sa nouvelle compagne, Giovanna (Jane Seymour) : il accuse la Reine Anne d’adultĂšre, profitant de la prĂ©sence de son ancien fiancĂ© Lord Richard Percy Ă  la Cour de Londres. La machine d’Ă©tat entraĂźne avec elle Anna sans autre alternative que la mort par dĂ©capitation, pour la Reine et son “amant”…

 

 

Vienne, mars 2015 : Anna Netrebko reprend le rĂŽle d'Anna Bolena

 

 

Cette production (avec une distribution diffĂ©rente) est retransmise au cinĂ©ma les 21 et 28 mai 2015 dans le cadre du programme de Viva l’OpĂ©ra

 

LIRE la critique complĂšte du DVD Anna Bolena de Donizetti avec Anna Netrebko (Anna Bolena) et Elina Garanca (Giovanna Seymour) (Vienne, 2011)

 

 

Compte rendu, opéra. Toulon, le 14 novembre 2014. Donizetti : Anna Bolena. Direction musicale : Giuliano Carella. Mise en scÚne : Marie-Louise Bischofberger

donizettiLa folie dans l’opĂ©ra (1) 
 Le premier tiers du XIX e siĂšcle, de l’Italie Ă  la Russie, l’Europe se penche sur la folie, dans la littĂ©rature  (Gogol Le Journal d’un fou, 1835) et le thĂ©Ăątre. Mais on assiste Ă  une vĂ©ritable Ă©pidĂ©mie, une contagion de la folie chez les hĂ©roĂŻnes lyriques. A l’opĂ©ra, en effet, les folles font courir les foules, une vraie folie, littĂ©ralement.  Remarquons d’abord que nos hĂ©roĂŻnes folles, plutĂŽt que folles hĂ©roĂŻnes, semblent pratiquement toutes venir du froid, du nord : OphĂ©lie d’Hamlet de Shakespeare est danoise par le lieu de la scĂšne mais anglaise par la langue ; Ana Bolena de Donizetti, Anne Boleyn, anglaise ; Elvira des Puritains de Bellini, est aussi anglaise, Élisabeth d’Angleterre, cela va de soi, et, dans Roberto Devereux de Donizetti de 1837, la reine, prompte Ă  couper des tĂȘtes, perd un peu la sienne, un accĂšs de dĂ©lire, Ă  la mode romantique et Maria Stuarda, sa rivale, est reine d’Écosse, ainsi que lady Macbeth. Lucia di Lammermoor est Ă©galement Ă©cossaise. Amina, de la Somnambule de Bellini est suisse et Marguerite, tirĂ©e du Faust de Goethe, est Allemande et il y aura une version française de Berlioz, une autre de Gounod et deux autres encore, italienne dans Mefistofele de BoĂŻto, et italo-allemande avec Busoni. VoilĂ  donc des hĂ©roĂŻnes romantiques des brumes du nord mais des opĂ©ras du sud dans des opĂ©ras qui montrent non comment l’esprit vient aux filles comme dirait Colette, mais comment elles le perdent, pratiquement toutes par amour.

 

A perdre la tĂȘte


La premiĂšre Ă  ouvrir la ban est l’ImogĂšne de Il pirata de Bellini (1827), Ɠuvre inspirĂ©e d’une piĂšce française du XVIIIe siĂšcle, mais traduite d’une piĂšce d’un auteur irlandais de 1816 (nous ne quittons pas le nord). ContrariĂ©e dans ses amours, mariĂ©e de force, son amant  et son mari la croient infidĂšle, mais l’amant ayant tuĂ© son Ă©poux est mis Ă  mort, elle perd ses deux hommes et la raison.

La scĂšne de folie, grande et longue scĂšne entremĂȘlĂ©e de chƓurs avec d’abord partie lente et douce dans les grandes arabesques belliniennes, puis la cabalette avec toute une folle pyrotechnie vocale, grands Ă©carts, notes piquĂ©es, trillĂ©es, gammes montantes, descendantes, etc,  fit grand effet et la cantatrice se paya un triomphe.

Naturellement, toutes les autres cantatrices rĂ©clament aux compositeurs un air de folie pour pouvoir y briller. Giuditta Pasta, grande vedette et vocaliste se voit vite offrir par Donizetti, confrĂšre et rival de Bellini, le rĂŽle d’Anna Bolena (1830), Anne Boleyn, la malheureuse Ă©pouse d’Henri VIII d’Angleterre qui, dĂ©sireux de changer encore de femme aprĂšs avoir divorcĂ© de Catherine d’Aragon, entraĂźnant le schisme d’Angleterre, la rupture avec le pape et le catholicisme. Dans la Tour de Londres, attendant son tour sur l’échafaud, Anna perd la tĂȘte avant d’ĂȘtre dĂ©capitĂ©e.

Le sujet : un roi en mal de mĂąle. Felice Romani, le librettiste, loin des outrances et invraisemblances romantiques d’un Victor Hugo jouant avec l’Histoire, tisse un livret solide, prĂšs de la vĂ©ritĂ©, oĂč l’action, le sort de la reine Anne Boleyn est pratiquement scellĂ© dĂšs le lever du rideau, en cette an qu’on ne peut dire de grĂące de 1536. Il met en valeur les rapports de la suivante Jane Seymour avec sa souveraine qu’elle trahit sans le vouloir vraiment, sĂ©duite par le volage Henri VIII, frustrĂ© d’un hĂ©ritier mĂąle avec ses deux Ă©pouses, la passĂ©e et la prĂ©sente pesante. Jane refuse une liaison de l’ombre, exigeant un mariage dont elle sait pourtant qu’il signe la mort de la souveraine rĂ©gnante, le roi ne pouvant s’offrir le luxe d’un autre divorce, comme l’avait exigĂ© Boleyn, qui joua aussi longuement de sa fausse virginitĂ© pour obtenir la main du roi.

L’épĂ©e et non la hache, faveur royale, tranchera dans le vif du sujet, en l’occurrence, le cou de la reine Anne. Le Roi fomente rĂ©ellement un complot pour instruire un inique procĂšs et accuser sa femme d’adultĂšre, probablement faux pendant leur union, avĂ©rĂ© si l’on considĂšre le temps de ses longues et chastes « fiançailles » oĂč la coquette Boleyn batifolait de trĂšs prĂšs avec son ancien amant, Percy, qu’elle n’hĂ©sitera pas Ă  sacrifier pour conquĂ©rir le monarque enflammĂ©, dĂ©sireux d’enfanter un enfant mĂąle. L’adultĂšre avec Percy, ne suffisant pas, on y ajoute celui avec son page musicien, Stemton, et l’inceste avec son frĂšre Rochefort pour faire bonne mesure. On comprend que, emprisonnĂ©e dans la Tour de Londres, antichambre de la mort, la reine perde la tĂȘte avant de la perdre littĂ©ralement. Du moins dans l’opĂ©ra car il semble, historiquement, qu’Anne, comme Marie-Antoinette, repentie de son passĂ©, se montra fort digne Ă  l’heure de son exĂ©cution priant mĂȘme le peuple de prier pour le roi
 Il en avait sans doute bien besoin.

RĂ©alisation et interprĂ©tation
 On aime cette frise ou fresque de courtisans ombreux, assis sur le sol et commentant Ă  voix basse la situation prĂ©caire de la reine, les cols blancs frĂŽlĂ©s de lumiĂšre ; puis la guirlande des femmes dĂ©plorant plus tard son inĂ©luctable sort et, enfin, hommes et femmes rĂ©unis, tournant le dos au passĂ©, Anne Boleyn disgraciĂ©e, faisant ingratement des grĂąces au roi et Ă  Jane Seymour qui dansent cyniquement leur joie de s’ĂȘtre dĂ©barrassĂ©s de l’encombrante souveraine.

donizetti-anna-bolena-toulon-hommes-frise-guerriersLa mise en scĂšne de Marie-Louise Bischofberger, a de la sorte des effets picturaux intĂ©ressants, mais s’attache surtout rĂ©gler, non sans raisons, les rapports des deux femmes, la reine en disgrĂące et la favorite de l’ombre pour l’heure dans l’éclat de sa maĂźtresse, l’une ignorant la trame, l’autre dĂ©jĂ  dans le drame et dĂ©chirĂ©e de scrupules et de remords : c’est la vĂ©ritĂ© de l’Ɠuvre, on leur doit les plus beaux moments. AprĂšs les soli, les soliloques troublĂ©s des deux hĂ©roĂŻnes, Seymour, la suivante, Anne, la reine, qui nous dĂ©voilent leur Ăąme et leurs remords (l’une de trahir la reine, l’autre d’avoir trahi son amour d’autrefois) et, par la beautĂ© physique de ces chanteuses et par leur chant, par la perfection technique, on ne dĂ©partage pas les deux rivales, la reine en fin de course et la reine en devenir : les deux sont souveraines dans leur art. AprĂšs ces prises de conscience douloureuse, les duos des deux cantatrices, la soprano et la mezzo, Jaho et Aldrich, rivalisant de virtuositĂ© vocale expressive, mĂȘlant le tissu somptueux de leur timbre, brillante soie de la soprano et velours chaud de la mezzo, Ă  l’inverse de la robe rouge de la premiĂšre et bleue nuit de la seconde.  Premier duo d’autant plus dramatique que nous en savons plus que la principale intĂ©ressĂ©e qui ignore encore qu’elle joue sa tĂȘte.

AltiĂšre, froide au dĂ©but, Ermonela Jaho, en Boleyn, semble  au dĂ©but dangereusement se hausser du col, de ce cou si mince Ă  l’épĂ©e du futur bourreau comme elle le dira elle-mĂȘme. On sent en elle la morgue de l’intrigante arrogante, aussi rugueuse avec la cour qu’elle fut rusĂ©e avec le roi : elle avait rĂ©ussi, suivante insinuante, Ă  Ă©vincer une rivale lĂ©gitime, la malheureuse reine injustement rĂ©pudiĂ©e, Catherine d’Aragon. Juste retour des choses, elle va ĂȘtre payĂ©e de la mĂȘme monnaie par sa propre suivante, mais tourmentĂ©e des scrupules qu’elle n’a apparemment pas connus dans l’ivresse de la conquĂȘte du pouvoir d’un roi Ă  la chair faible auquel elle aura tenu la dragĂ©e haute d’un abandon de sa fausse virginitĂ© (elle Ă©tait maĂźtresse de Percy) contre le mariage au prix d’un divorce forcĂ© aux consĂ©quences historiques incalculables. Le personnage figurĂ© par Jaho, drapĂ© dans les oripeaux de la royautĂ©, de la puissance, l’est autant dans la draperie et la broderie des ornements vocaux dont elle semble royalement se jouer mais va progresser en intĂ©rioritĂ© douloureuse au fur et Ă  mesure de la comprĂ©hension de sa disgrĂące, jusqu’à devenir, brisĂ©e mais non domptĂ©e, la voix toujours fraĂźche, cette jeune femme fragile qui dĂ©roule si dĂ©licatement la fine dentelle de sa voix au souvenir dĂ©lirant des jours passĂ©es heureux : elle arrache des larmes par sa douceur de victime rĂ©signĂ©e.

Cette hauteur, cette distance puis cette faiblesse de la reine mettent en valeur, justement, les remords de Jeanne Seymour, servie avec une passion convaincante par Kate Alfrich, sĂ©duisante (et on comprend le roi), mais si humaine (et on comprend la reine) partagĂ©e entre son amour pour le roi et sa fidĂ©litĂ© Ă  la souveraine qu’elle trahit, protestant hautement, avec Ă©motion, son refus de sa mort. La joyeuse danse finale avec le roi alors qu’Anne va marcher vers l’échafaud, ce qu’elle refusait, semble une contradiction avec le personnage, mais il est vrai qu’exigeant du roi le mariage, elle exigeait implicitement la mort de sa maĂźtresse.

donizetti-anna-bolena-toulon-operaBelle trouvaille, dans le quintette,  la reine tenue, tendue par la main entre son ancien amant et le roi comme une figure de proue au bord du gouffre ou un insecte dans la toile d’araignĂ©e de ces bras. Bel effet, aussi, d’une dame d’atours en noir, fraise blanche, immobile, un cierge Ă  la main, comme sortie d’une toile du Greco. Mais on peut regretter le minimalisme ou la pauvretĂ© des temps de la scĂ©nographie (DĂ©cors Erich Wonder), un vague banc dorĂ© pour trĂŽne ou piĂ©destal, un impensable miroir rond Art dĂ©co (le miroir plat et modeste en dimensions ne date que de la fin du XVIe siĂšcle) devant une vaste trouĂ©e dĂ©coupĂ©e en carton-pĂąte est un Ă©crin trop maladroitement abstrait pour le concret des sentiments que tente d’exprimer le jeu des affects. MalgrĂ© tout, les habiles lumiĂšres de Bertrand Couderc, dans ce fond, fondent les figures, crĂ©ent des cadres dramatiques et angoissants et le dĂ©cor se fermant en noirs chevrons ou lames triangulaires de haches est saisissant avec le roi au milieu, en ordonnateur des fastes sanglants de ses noces, un SimĂłn Orfila Ă  la voix de baryton basse, sombre, puissante mais un peu brute, ce qui convient Ă  la brutalitĂ© d’Henry VIII, hachant les vocalises comme il hache menu ses Ă©pouses. Face Ă  lui, IsmaĂ«l Jordi, allure et figure de jeune premier, de tĂ©nor lĂ©ger rossinien passant au lyrisme dramatique mais toujours virtuose de l’Ɠuvre, Ă©meut par la vĂ©ritĂ© qu’il met dans ce personnage d’amoureux romantique et hĂ©roĂŻque, osant le luxe de nuances en demi-teintes en voix mixte mais toujours virile. Face Ă  lui, avec des effets de symĂ©trie rĂ©ussis, sĂ©parĂ©s par les gardes, en Rochefort, Thomas Dear, dans la convention de l’opĂ©ra romantique, offre un amical et Ă©lĂ©gant contrepoint vocal de basse sombre Ă  la lumiĂšre du timbre du tĂ©nor.  L’espion et perfide Hervey est bien campĂ© par la voix affĂ»tĂ©e du tĂ©nor  Carl Ghazarossian, tandis qu’en page mal et ridiculement travesti Smeton, Svetlana Lifar, malgrĂ© ce handicap, dĂ©ploie la beautĂ© et la puissance d’un mezzo rond, chaleureux, digne d’un meilleur sort.

À la tĂȘte de son docile et ductile Orchestre de Toulon, Giuliano Carella est doublement chez lui dans cet opĂ©ra romantique et nous y mĂšne et promĂšne avec bonheur, dessinant des lignes, mĂȘme rarement complexes, estompant des chƓurs (excellemment prĂ©parĂ©s) en murmures feutrĂ©s de courtisans, faisant fleurir avec prĂ©cision des couleurs instrumentales, des timbres, sans jamais rien perdre d’une continuitĂ© musicale et d’une solidaritĂ© sans faille envers les chanteurs dans une Ɠuvre vocalement impondĂ©rable souvent oĂč toute erreur dĂ©faille et dĂ©raille l’ensemble.

Les costumes (Kaspar Glarner) de la reine et de la suivante sont trĂšs beaux et les autres, sombres, le sont aussi quand ils sont temporels, avec la belle frise de leurs fraises ou cols colorĂ©s de blancheur sans ces longs manteaux inutilement intemporels, dans l’acadĂ©misme dĂ©jĂ  cinquantenaire de la soi-disant modernisation des Ɠuvres anciennes, comme les signes naĂŻfs, lunettes modernes pour Rochefort, cigarette dĂ©sinvolte de l’espion et bourreau sadique et cynique, inexistante Ă  l’époque si le tabac, Ă©tait connu grĂące aux Espagnols. Qu’y a-t-il, d’ailleurs, Ă  moderniser une histoire si ancrĂ©e dans l’Histoire à notre Ă©poque oĂč l’on divorce chez les tĂȘtes couronnĂ©es sans ĂȘtre obligĂ© de les couper ?

 

 

 

Opéra de Toulon, le 14 novembre 2014.  Anna Bolena de Donizetti,

A l’affiche à Toulon, les 14, 16 et 18 novembre 2014

Orchestre et chƓur de l’OpĂ©ra de Toulon

Production Opéra National de Bordeaux

Direction musicale : Giuliano Carella

Mise en scÚne :  Marie-Louise Bischofberger

Décors :  Erich Wonder

Costumes : Kaspar Glarner

LumiÚres :  Bertrand Couderc

Distribution :

Anna Bolena : Ermonela Jaho ; Giovanna Seymour : Kate Aldrich ; Smeton : Svetlana Lifar ; Enrico VIII : Simón Orfila ; Lord Riccardo Percy : Ismael Jordi ; Lord Rochefort :  Thomas Dear ; Sir Hervey : Carl Ghazarossian.

Photos : © Frédéric Stéphan.

 (1) Je reprends ici quelques Ă©lĂ©ments d’une Ă©mission de France-Culture sur La Folie dans l’opĂ©ra Ă  laquelle j’ai longuement participĂ©.

 

 

Anna Netrebko chante Anna Bolena sur Mezzo (2011)

BOLENA Netrebko 2landscapemezzo_logoMezzo : Donizetti : Anna Netrebko chante Anna Bolena, 1830, 4 > 21 octobre 2014. AprĂšs avoir chantĂ© Elvira des Puritains de Bellini en 2007, dans les mĂȘme conditions, -direct retransmis dans les salles des cinĂ©mas du monde entier, revoici la divine Netrebko en 2011, dans un rĂŽle taillĂ© pour elle, pour son timbre angĂ©lique et blessĂ©e d’hĂ©roĂŻne tragique sacrifiĂ©e : Anna Bolena. Un personnage finement portraiturĂ© qui balance entre trouble amoureux (pour Percy son ancien amant
), inquiĂ©tude angoissĂ©, langueur douloureuse et finalement folie
 au point de tomber morte
 dans la Tour de Londres, avant que l’on vienne la chercher pour ĂȘtre exĂ©cutĂ©e avec ses soit disants amants : Percy, et le musicien Mark Smeaton
 Premier des volets du feuilleton lyrique dĂ©diĂ© par Donizetti Ă  la chronique des Tudor, Anna Bolena offre Ă  la cantatrice dans le rĂŽle titre, un personnage Ă  la blessure tragique, racinienne, et aussi dans l’étoffe des deux tessitures prĂ©cisĂ©es par le compositeur, une trĂšs belle confrontation de femmes, entre Anna (soprano) et sa rivale, la nouvelle favorite en titre qu’Henri VIII veut Ă©pouser, Giovanna (Jeanne Seymour, mezzo) : mais ici, subtilitĂ© de la conception donizettienne, l’affrontement n’a pas lieu car Giovanna est Ă©blouie et touchĂ©e par le sort de la Reine Anna dont elle ne veut pas que la condamnation lui soit imputĂ©e. Deux portraits de femmes aimantes donc, qui des deux cĂŽtĂ©s confirment le gĂ©nie psychologique, plutĂŽt fin et nuancĂ© d’un Donizetti que l’on ne connaĂźt toujours pas Ă  sa juste valeur dramatique.

AnnaBolena1112.32Les chemins et la mĂ©canique de l’amour sont traĂźtres et retors. Pour Ă©pouser Giovanna, Henri VIII doit prendre au piĂšge la Reine Anna, souveraine en titre, en rĂ©vĂ©lant ses amours adultĂ©rines : de fait, il favorise le rapprochement de Percy (un ancien soupirant d’Anna avant qu’elle ne soit couronnĂ©e) et le jeune musicien manipulable Mark Smeaton
 les 3 seront surpris en Ă©panchement et effusion partagĂ©e, dont Smeaton qui ayant volĂ© le portrait de la Reine par passion secrĂšte, se retrouve dĂ©noncĂ© par son propre acte
 Si Anna rĂ©siste, – Donizetti lui rĂ©serve de superbes scĂšnes dont la plus touchante dans la prison qui prĂ©cĂšde l’annonce de son exĂ©cution, Giovanna tente toujours d’inflĂ©chir la cruautĂ© barbare du Roi, lequel frappe par sa brutalitĂ© virile de lion inflexible. Dans la rĂ©alitĂ©, Anne Boleyn sera dĂ©capitĂ©e dans la Tour de Londres pour adultĂšre en 1536, premiĂšre dĂ©capitation publique de l’histoire britannique.

img_vignette_ficheprogramme_OPE_13044Notre avis. Evidemment, la production diffusĂ©e par Mezzo en octobre 2014 ne bĂ©nĂ©ficie pas du casting royal de l’OpĂ©ra de Vienne avec l’incomparable et trĂšs attractive ElÄ«na Garanča dans le rĂŽle de Giovanna la nouvelle favorite (dvd Deutsche Grammophon, un titre mĂ©morable de ce fait oĂč La Garanča est affrontĂ©e Ă  la mĂȘme Anna Netrebko) : deux tempĂ©raments fĂ©minins s’imposent ici, tissĂ©s dans le plus noble bel canto, tout au moins sur le plan de l’expressivitĂ© car souvent avouons que comme pour son Elvira, Anna Netrebko manque parfois d’une prĂ©cision claire dans l’architecture des vocalises. Sa coloratoura manque de dĂ©tail et de stabilitĂ©, mais l’expressivitĂ© et la couleur du timbre convient idĂ©alement au portrait de la Reine suspectĂ©e, bafouĂ©e, piĂ©gĂ©e, et finalement dĂ©truite par la perversitĂ© de son Ă©poux Enrico, l’infĂąme Henry VIII. Peu Ă  peu, Anna sombre dans le dĂ©sordre mental : c’est une martyr amoureuse sacrifiĂ©e, un rĂŽle parfait que le romantisme aime dĂ©voiler, exalter, sublimer d’acte en acte jusqu’à la folie finale. De toute Ă©vidence, la prĂ©sence vocale et la plastique cinĂ©matographique de la diva font des atouts toujours aussi irrĂ©sistibles : offrant d’Anna Bolena, un portrait trĂšs attachant. A ses cĂŽtĂ©s tous les rĂŽles sont dĂ©fendus avec style et panache dans les costumes somptueux de McVicar : Henry VIII est brutal et despotique ; Giovanna, presque aussi dĂ©chirĂ©e qu’Anna et Riccardo Percy l’aimĂ© d’Anna est particuliĂšrement ardent, enflammĂ© (on comprend qu’Anna se laisse peu Ă  peu succomber au charme de leur amour passé ). Donizetti a vĂ©cu une rĂ©surrection tardive : ce n’est qu’en 1957 sur la scĂšne de le Scala de Milan que la distribution rĂ©unissant Maria Callas et Giulietta Simionato dans les rĂŽles de Anna et de Giovanna (mise en scĂšne de Visconti) contribua Ă  rĂ©vĂ©ler les beautĂ©s de l’ouvrage tragique.

 

 

 

Donizetti : Anna Bolena, 1830 sur Mezzo.

Anna Netrebko (Anna Bolena)
Ekaterina Gubanova (Giovanna Seymour)
Ildar Abdrazakov (Enrico VIII)
Stephen Costello (Riccardo Percy)
Tamara Mumford (Mark Smeaton)
Keith Miller (Lord Rochefort)
Eduardo Valdes (Sir Hervey)

The Metropolitan Opera House Orchestra, Marco Armiliato (direction)

David McVicar (mise en scĂšne)
Robert Jones (décors)
Jenny Tiramani (costumes)
Paule Constable (lumiĂšres)
Andrew George (chorégraphie)

Enregistré au Metropolitan Opera House, New York, en 2011
Réalisé par Gary Halvorson

 

 

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Grille des diffusions sur Mezzo Live HD :

 
04 / 10 – 09h00
05 / 10 – 20h30
06 / 10 – 17h00
07 / 10 – 00h00
07 / 10 – 13h45
18 / 10 – 09h00
19 / 10 – 20h30
20 / 10 – 17h00
21 / 10 – 00h00
21 / 10 – 13h0

Compte rendu, opĂ©ra. Bordeaux. OpĂ©ra National de Bordeaux, le 27 mai 2014. Donizetti : Anna Bolena. Elza van der Heever, Keri Alkema, Sasha Cooke… Orchestre National Bordeaux Aquitaine. Leonardo Vordoni, direction. Marie-Louise Bischofberger, mise en scĂšne.

annabolena0Bordeaux, OpĂ©ra. Touchante Anna Bolena… Fin de saison lyrique belcantiste Ă  l’OpĂ©ra National de Bordeaux avec la nouvelle production d’Anna Bolena de Donizetti, dans une mise en scĂšne de Marie-Louise Bischofberger. La distribution rĂ©unit de jeunes chanteurs, plutĂŽt investis, dont en premiĂšre place la soprano Elza van der Heever dans le rĂŽle-titre. L’Orchestre National Bordeaux Aquitaine est Ă  son tour dirigĂ© par le chef italien invitĂ© Leonardo Vordoni. Donizetti, grand improvisateur italien de l’Ă©poque romantique, compose Anna Bolena en 1830, Ă  l’Ăąge de 33 ans. L’opĂ©ra seria sur le livret de Felice Romani inspirĂ© de l’histoire d’Anne Boleyn, Reine d’Angleterre, sinspire en rĂ©alitĂ© en fait de deux piĂšces de thĂ©Ăątre : l’Anna Bolena de Pepoli et l’Enrico VIII de Marie-Joseph de ChĂ©nier (dans une traduction italienne d’Ippolito Pindemonte). Comme souvent dans les opĂ©ras belcanto, le texte n’est que prĂ©texte pour les envolĂ©es lyriques.

 

BeautĂ© touchante d’un destin tragique 

L’histoire est celle d’Anne Boleyn, deuxiĂšme femme du Roi d’Angleterre Henri VIII, auparavant favorite du Roi. C’est grĂące Ă  leur mariage, aprĂšs l’annulation du prĂ©cĂ©dent avec Catherine d’Aragon, que le Royaume Uni rĂ©alise le schisme de l’Église d’Angleterre avec le Vatican. Sa fortune durera peu, puisqu’elle est condamnĂ©e Ă  la guillotine et remplacĂ©e par l’une de ces dames de compagnie, Jeanne Seymour. Le succĂšs glorieux de l’oeuvre dans toute l’Europe fait de Donizetti une vĂ©ritable cĂ©lĂ©britĂ©, il s’agĂźt en effet de son premier opĂ©ra de maturitĂ©, qui, tout en Ă©tant moins personnel que Lucia di Lamermoor, demeure une tragĂ©die lyrique flamboyante. La performance des interprĂštes s’inscrit ainsi parfaitement dans la nature de l’ouvrage. Ils ont tous un bel investissement qui est remarquable dĂšs le dĂ©but de la prĂ©sentation. Le trio des femmes est extraordinaire.

Elza van der Heever dans le rĂŽle-titre fait penser et fait songer Ă  … Giuditta Pasta (cantatrice crĂ©atrice du rĂŽle), par sa prestance sur scĂšne, par la force dramatique de ces gestes, par l’humanitĂ© imposante et altiĂšre qu’elle dĂ©gage. C’est une Anna Bolena troublĂ©e, belle, appassionata, sincĂšre. Elle dĂ©ploie ses talents vocaux et thĂ©Ăątraux d’une façon captivante. Son duo avec Giovanna Seymour au deuxiĂšme acte : « Dal moi cor punita io sono » est un sommet dramatique et musical. La rivale Seymour est interprĂ©tĂ©e par Keri Alkema, soprano au chant plaisant et souvent dramatique. Sa complicitĂ© avec van der Heever est Ă©vidente, elle est d’ailleurs beaucoup plus touchante et mĂ©morable dans ses Ă©changes avec Anna Bolena qu’avec le Roi Enrico VIII. Avant d’aborder la performance des hommes, moins heureuse, remarquons Ă©galement la fabuleuse prestation de la mezzo-soprano Sasha Cooke dans le rĂŽle travesti de Smeaton, page et musicien de la Reine : belle agilitĂ© vocale tout Ă  fait belcantiste et timbre corsĂ© trĂšs sĂ©duisant. Sa prestation est un mĂ©lange de mĂ©lancolie et de bravoure, sans prĂ©tention : excellente.

Nous sommes plus partagĂ©s face aux solistes masculins. Le tĂ©nor Bruce Sledge dans le rĂŽle de Percy fait de son mieux avec sa partie, d’une difficultĂ© redoutable. Il reste pourtant affectĂ© par une mise en scĂšne plutĂŽt superficielle et ne dĂ©passe pas vraiment les difficultĂ©s du rĂŽle. Matthew Rose dans le rĂŽle du Roi Enrico VIII, rĂ©ussit, lui, Ă  captiver la salle. Certes, la musique est flatteuse pour sa voix sans ĂȘtre particuliĂšrement sophistiquĂ©e ni difficile, mais c’est surtout au niveau dramatique oĂč il excelle. Sa caractĂ©risation du monarque a quelque chose de grossier, de rustique ; sa mĂ©chancetĂ© ne laisse pas le public insensible.

Sur le plan artistique, les crĂ©ations de l’Atelier de costumes de l’OpĂ©ra de Bordeaux sont ravissantes. Les habits sont d’inspiration historique et les matĂ©riaux paraissent trĂšs riches rehaussĂ©s par la noblesse des interprĂštes qui les portent. L’opĂ©ra Ă©tant axĂ© sur les destins de ses personnages fĂ©minins, nous trouvons la mise en scĂšne de Marie-Louise Bischofberger entiĂšrement pertinente mais avec une grande rĂ©serve. Elle arrive Ă  faire d’Enrico VIII un enragĂ© crĂ©dible, et d’Anna Bolena, l’incarnation de la classe et de la vĂ©racitĂ© Ă©motionnelle. Son travail est beau et efficace, mais paraĂźt peu profond et manquant de caractĂšre. L’Orchestre National Bordeaux Aquitaine est, quant Ă  lui, en grande forme. Le chef Leonardo Vordoni offre une ouverture pleine de pompe et d’hĂ©roĂŻsme. La partition est souvent martiale, parfois monotone. Si la direction aurait pu gagner en dynamisme, nous avons aimĂ© cependant les nombreux effets spĂ©ciaux de la baguette de Vordoni, avec le frĂ©missement des cordes, la candeur pĂ©tillante des bois, la sonoritĂ© idyllique de la harpe. Remarquons Ă©galement la performance du ChƓur de l’OpĂ©ra, trĂšs sollicitĂ©, dirigĂ© avec intelligence par Alexander Martin.

Ouvrage extraordinaire Ă  l’OpĂ©ra National de Bordeaux ! Il s’agĂźt aussi presque d’un avant-goĂ»t des moments forts de la saison prochaine, qui se terminera aussi avec un bijoux du belcanto italien romantique, la Norma de Bellini, avec Elza van der Heever Ă©galement dans le rĂŽle-titre. Vous pouvez encore voir Anna Bolena de Donizetti Ă  l’affiche les 2, 5 et 8 juin 2014.

Illustration : Elsa van den Heever, Anna Bolena à Bordeaux en 2014 © Frédéric Desmesure

 

Donizetti : Anna Bolena Ă  Bordeaux

donizettiDonizetti: Anna Bolena Ă  Bordeaux (27mai>8juin 2014). heureux hasard du calendrier lyrique de mai et juin. Contemporain de Bellini, sous-estimĂ© en comparaison Ă  Rossini auquel il succĂšde et Ă  Verdi qu’il prĂ©figure, Donizetti incarne cependant un style redoutablement efficace, comme en tĂ©moigne ses deux ouvrages inspirĂ©s de l’histoire des Tudor (Anna Bolena, 1830 et Maria Stuarda, 1834). Les deux opĂ©ras, cĂ©lĂšbres parce qu’ils osent confronter chacun deux portraits de femmes hĂ©roĂŻques et pathĂ©tiques (Anna Bolena, Giovanna Seymour – Maria Stuarda, Elisabetta), se rĂ©vĂšlent convaincants par la violence des situations comme le profil psychologique qu’ils convoquent sur la scĂšne. LiĂšge accueille Maria Stuarda et Bordeaux, Anna Bolena.

NommĂ© directeur musical des thĂ©Ăątre royaux de Naples, Gaetano Donizetti profite avant l’avĂšnement irrĂ©pressible de Verdi, de l’absence de Rossini en Italie (au profit de la France). Anna Bolena est son premier grand succĂšs en 1830 au Teatro Carcano avec le concours des vedettes du chant, Giuditta Pasta et Giovanni Battista Rubini. Son inspiration ne semble plus connaĂźtre de limites, produisant ouvrages sur ouvrages avec une frĂ©nĂ©sie diabolique, malgrĂ© ses ennuis de santĂ© liĂ©s Ă  la syphilis contractĂ©e peu auparavant
 Suivent de nouveaux jalons de sa carriĂšre lyrique dont surtout dans la veine comique pathĂ©tique, L’Elixir d’amorce (Milan, 1832 : le premier joyau annonçant dix annĂ©es avant l’autre sommet qui demeure Don Pasquale de 1843 pour le ThĂ©Ăątre-Italien de Paris), puis Lucrezia Borgia (sur le livre de Felice Romani, l’ex librettiste de Bellini)
 Comme un nouvel avatar de ce drame gothique anglais qu’il semble aimer illustrer, Donizetti compose aprĂšs Anna Bolena, Maria Stuarda crĂ©Ă© Ă  Naples en 1834. Marino Faliero triomphe ensuite en 1835 sur la scĂšne parisienne, la mĂȘme annĂ©e oĂč il produit aussi Lucia di Lammermoor, alors que son confrĂšre Bellini meurt aprĂšs avoir livrĂ© I Puritani. Donizetti souffre toujours d’une Ă©valuation suspecte sur son Ɠuvre : moins poĂšte que Bellini, moins virtuose et dĂ©lirant que Rossini, moins dramatique et efficace que Verdi
 l’artisan inspirĂ© synthĂ©tise en vĂ©ritĂ© toutes ses tendances de l’art lyrique, proposant de puissant portraits lyriques Ă  ses interprĂštes. Car il ne manque ni de finesse psychologique ni de sens thĂ©Ăątral propice aux situations prenantes.

 

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Donizetti : Anna Bolena
Opéra de Bordeaux
Du 27 mai au 8 juin 2014

boleyn_anne_tour_londres-anne-boleyn-portraitOpera seria, (tragĂ©die lyrique en deux actes-), Anna Bolena profite de la coupe dramatique trĂšs efficace du librettiste Felice Romani (habituel complice de Bellini). Giuditta Pasta crĂ©e le rĂŽle immense lyrique et dramatique d’Anna Bolena (soprano dramatique ample), en particulier exigeant pendant la scĂšne de la folie (Al dolce guidami castel natio) au III (dans la tour de Londres oĂč est retenue prisonniĂšre l’ancienne idole royale suspectĂ©e de tromper le Roi avec son ancien amant Percy), une intensitĂ© vocale et dramatique Ă©gale. C’est le sommet de l’opĂ©ra et pour la diva requise, l’obligation de se dĂ©passer comme tragĂ©dienne, pour convaincre. L’opĂ©ra tient aussi sa force voire sa violence de l’opposition des deux femmes, Anna Bolena et Giovanna Seymour (Jane Seymour), la nouvelle favorite d’Henry VIII. En 1957, Ă  la Scala de Milan, Maria Callas et Giuletta Simionato, soprano et mezzo dramatique, dĂ©fendait la rivalitĂ© des deux favorites d’Henry avec une flamme inĂ©dite. Plus proche de nous (OpĂ©ra de Vienne, avril 2011), le duo Elina Garanca et Anna Netrebko ont vaillamment incarnĂ© l’une et l’autre hĂ©roĂŻnes (Giovanna, Anna) avec le mĂȘme aplomb vocal, la mĂȘme force dramatique (DVD Deutsche Grammophon).

Donizetti : Anna Bolena Ă  l’OpĂ©ra de Bordeaux. Nouvelle production
Opera seria en 2 actes de Donizetti ; livret de Felice Romani.
Créé à Milan, au teatro Carcano, le 26 décembre 1830

A Bordeaux, le rÎle-titre est interprété par Elza van den Heever, récemment applaudie à Bordeaux dans Ariane à Naxos (le Compositeur) et Alcina (rÎle-titre).
Direction musicale, Leonardo Vordoni
Mise en scĂšne, Marie-Louise Bischofberger

Enrico VIII, Matthew Rose
Anna Bolena, Elza van den Heever
Giovanna Seymour, Keri Alkema
Lord Rochefort, Patrick Bolleire
Lord Riccardo Percy, David Lomeli (les 27, 30 mai et 5 et 8 juin), Bruce Sledge (2 juin)
Smeton, Sasha Cooke
Sir Hervey, Christophe Berry
Orchestre National Bordeaux Aquitaine
ChƓur de l’OpĂ©ra National de Bordeaux

Bordeaux, Opéra
Les 27, 30 mai, puis 2,5 et 8 juin 2014

 

Donizetti : Anna Bolena Ă  Bordeaux

Bordeaux_anna-bolenaOpĂ©ra. Bordeaux : Anna Bolena de Donizetti, du 27 mai au 8 juin 2014   ...  Femme tragique. Si l’on connaĂźt, parmi l’abondante production de Donizetti, Lucia di Lammermoor, L’Elixir d’amour, Don Pasquale, figurent aussi Ă  son catalogue des opĂ©ras tout aussi passionnants, tragiques, intenses, psychologiques. Evoquant l’un des destins fĂ©minins les plus singuliers de l’Histoire, Anna Bolena est un incontestable chef-d’oeuvre. S’il excelle dans la veine comique et lĂ©gĂšre, – voyez son Don Pasquele aussi fin et subtile qu’une comĂ©die rossinienne-, Donizetti s’impose Ă  Paris dans la veine tragique. Certes il s’agit de faire Ă©voluer le bel canto de Bellini (d’ailleurs le livret de Anna Bolena est signĂ© du poĂšte librettiste favori de Bellini : Felice Romani), ainsi Donizetti traite l’intelligence du texte avec un rĂ©alisme et une franchise de ton et de style qui prĂ©vĂ©riste, se rapproche de Verdi… Anna Bolena marque en 1830, la maturitĂ© du compositeur qui grĂące Ă  lui, connaĂźt une renommĂ©e europĂ©enne… Les français connaissent toujours mal une partition ardente et fiĂ©vreuse, Ă  l’issue tragique qui inaugure sa trilogie anglaise qui se poursuit avec Maria Stuarda puis Roberto Devereux (lire ci-aprĂšs). A Bordeaux, en mai et juin 2014, le rĂŽle-titre est interprĂ©tĂ© par  Elza van den Heever, rĂ©cemment applaudie Ă  Bordeaux dans Ariane Ă  Naxos (le Compositeur) et Alcina (rĂŽle-titre).

Opéra de Bordeaux
Donizetti : Anna Bolena
Du 27 mai au 8 juin 2014
5 dates, les 27, 30 mai puis 2, 5 et 8 juin 2014

 

nouvelle production
Opera seria en 2 actes de Donizetti ; livret de Felice Romani.
Créé à Milan, au teatro Carcano, le 26 décembre 1830

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Leonardo Vordoni, direction
Marie-Louise Bischofberger, mise en scĂšne

 

Gaetano Donizetti. Avec Bellini et avant Verdi, Gaetano Donizetti (1797-1848) incarne l’essor du bel canto italien romantique. Avec Bellini, Donizetti impose Ă  la scĂšne lyrique le systĂšme dĂ©sormais emblĂ©matique du romantisme triomphant, de la cavatine-cabalette, tremplin vocal qui met en avant les qualitĂ©s interprĂ©tatives des grands solistes… Le compositeur qui meurt fou lui-mĂȘme, dĂ©voile une disposition nouvelle Ă  l’expression ultime et radicale des passions humaines.

donizettiPassion radicale oĂč la folie guette… SubtilitĂ© et finesse dans la caractĂ©risation des personnages, conception dramatique de l’orchestre, ce autant dans la veine seria, semi seria ou comique, Donizetti sait captiver son audience grĂące au raffinement mĂ©lodique confiĂ© Ă  l’orchestre, l’Ă©criture virtuose rĂ©servĂ©e aux chanteurs, l’Ă©quilibre des tableaux capable d’exprimer sans temps morts ni faiblesses, une intrigue scĂ©nique…
ScĂšne de folie ou de dĂ©mence dĂ©vorante, scĂšne de somnambulisme oĂč la raison s’Ă©gare et sombre… de Lucia di Lammermoor Ă  La Sonnambula, Donizetti ne finit pas de nous captiver par cette hantise de la perte des facultĂ©s vitales. La musique et le chant rĂ©alisent avec une intensitĂ© irrĂ©sistible une faille inĂ©dite qui dĂ©vore les protagonistes. Sa trilogie “anglaise” Ă©laborĂ©e autour d’Elisabeth IĂšre et d’Henry VIII: Anna Bolena (1830), Maria Stuarda (1834, d’aprĂšs Schiller qui offre Ă  la scĂšne lyrique l’une des confrontations de reines parmi les plus virulentes de l’histoire lyrique) et Roberto Devereux (1837), surtout Lucia di Lammermoor (1835, qui offre Ă  toutes les cantatrices dignes de ce nom, un personnage d’amoureuse sacrifiĂ©e sombrant dans la folie et le crime… ), mais aussi ses buffa d’une dĂ©licieuse Ă©motivitĂ© tels que L’Elisir d’Amor et son chef-d’oeuvre de la fin, Don Pasquale (partition dans laquelle Donizetti sait Ă©mouvoir sans caricature en brossant le portrait d’un vieux libidineux finalement pathĂ©tique et Ă©mouvant par sa dĂ©risoire et impuissante sincĂ©ritĂ©) … autant d’ouvrages qui imposent le gĂ©nie de Donizetti comme l’un des plus grands compositeurs italiens romantiques. D’ailleurs, Strauss quand il regarde du cĂŽtĂ© de la comĂ©die italienne, c’est ouvertement le climat et la trame dramatique de Don Pasquale qu’il revisite pour sa comĂ©die Ă©crite avec Zweig, La Femme silencieuse …
Donizetti, entre Bellini et Verdi demeure mĂ©sestimĂ©. Secondaire aprĂšs le premier, pas toujours constant et pertinent comparĂ© au second… On l’a trouvĂ© Ă  torts, passionnel rugueux voire dramaturge vulgaire aux accents appuyĂ©s sans mesure ni dĂ©licatesse (plutĂŽt propre Ă  Bellini). C’est oubliĂ© que sous les tĂ©nĂšbres d’une inspiration volontiers portĂ©e vers la folie se cache un vrai tempĂ©rament soucieux du sentiment et de la vĂ©ritĂ© Ă©motionnelle. Or les chefs et les interprĂštes confondent comme souvent pathos (et maniĂ©risme) et expressivitĂ©.