CD, critique. ” MOZART concertante ” – Aleksandra Kurzak, soprano (1 cd APARTÉ)

kurzak-aleksandra-mozart-concertante-constanze-fiordiligi-cd-critique-classiquenews-aparteCD, critique. MOZART concertante – Aleksandra Kurzak, soprano (1 cd APARTÉ) – Concertant car il s’agit ici du dialogue entre la voix mozartienne et un instrument soliste, comme double de la passion vocale : Vitellia avec le cor de basset / clarinette basse, ZaĂŻde (hautbois), Fiordiligi (cor), sans omettre pour nous le sommet Ă©motionnel du cycle, sa Constanze dont l’accompagnement instrumental se fait scintillement des plus juste. Aleksandra Kurzak rayonne ici par son naturel et sa technicitĂ© qui servent toujours la sincĂ©ritĂ©. L’agilitĂ© du timbre plutĂŽt corsĂ©, sa ligne souveraine (legato filĂ©), ses intonations justes : dramatisme de son Cosi oĂč l’ardente inquiĂ©tude de Fiordiligi parce que dĂ©sormais rongĂ©e par la faute et la trahison est accordĂ©e au cor, comme la dĂ©termination loyale, d’une sincĂ©ritĂ© bouleversante de sa formidable Constanze, (Die EntfĂŒrhrung aus des Serail) font ici la valeur de ce rĂ©cital oĂč rĂšgne surtout la vocalitĂ  de chaque instrument. L’exquise sensibilitĂ© de la soprano polonaise, Ă©pouse Ă  la ville de Roberto Alagna, partage avec lui, un souci exemplaire de la caractĂ©risation, avec un style et une technique dont la musicalitĂ© et l’intelligence captivent.
Lui emboĂźte le pas, l’orchestre viennois requis le Morphing Chamber Orchestra qui Ă  la façon d’un commentaire chambriste, entoure, accompagne, calme ou excite l’impĂ©rieux chant de la diva, son urgence irrepressible. On la sait comĂ©dienne, actrice et tragĂ©dienne mĂȘme de premier plan (comme en tĂ©moigne sa rĂ©cente Butterfly de nov 2021). Ce Mozart permet Ă  la soprano d’allĂ©ger, de nuancer (Fiordiligi), d’éclairer tout ce qui est thĂ©Ăątre de l’ñme chez Mozart, alliance intime des intentions textuels et des accents vocaux en un geste lyrique qui n’oublie jamais le sens du verbe comme les enjeux de la situation. Puccinienne et verdienne, la diva plus intĂ©rieure et suggestive que jamais, invite Ă  approfondir chaque accent, chaque nuance en ce qu’ils expriment l’insondable frĂ©missement de chaque hĂ©roĂŻne mozartienne.
La voix plus charnelle qu’avant n’a pas perdu sa clartĂ© ni sa sincĂ©ritĂ©. VoilĂ  qui fait tout le rĂ©alisme grave, tendre et profond de son air extrait de L’EnlĂšvement au SĂ©rail, d’un calme parfois terrifiant en ce que la tragĂ©dienne exprime la lame de la mort, l’angoisse panique d’une solitude contrainte, la conscience de toute fin.
CLIC_macaron_2014Dans ce cocktail dĂ©lectable d’intentions lyriques aussi ciselĂ©es que maĂźtrisĂ©es, la Symphonie concertante pour violon, alto et orchestre, s’invite comme une conclusion elle aussi parsemĂ©e de tendresse et d’éclairs foudroyants, grĂące Ă  l’éloquence des instrumentistes (solistes : Yuuki Wong, violon / Tomasz Wabnic, alto), visiblement inspirĂ©s par la diva qui les a ainsi prĂ©cĂ©dĂ©s. Programme stylĂ©e, cohĂ©rent au goĂ»t sĂ»r, trĂšs convaincant.

CD, critique. « MOZART concertante » – Aleksandra Kurzak, soprano (1 cd APARTÉ) enregistrĂ© Ă  Vienne en fĂ©v 2021. CLIC de CLASSIQUENEWS

CRITIQUE, opéra. MONTE-CARLO, le 16 nov 2021. PUCCINI : Madame Butterfly. Aleksandra Kurzak
 S Bisanti / M Larroche.

CRITIQUE, opĂ©ra. MONTE-CARLO, le 16 nov 2021. PUCCINI : Madame Butterfly. Aleksandra Kurzak
 S Bisanti / M Larroche.  -  Retour du chef d’Ɠuvre de Puccini, Madame Butterfly, Ă  l’OpĂ©ra de Monte-Carlo aprĂšs 17 ans d’absence. Pour ce retour en beautĂ©, la soprano Aleksandra Kurzak interprĂšte le rĂŽle-titre Ă  cĂŽtĂ© du tĂ©nor Marcelo Puente en Pinkerton, dans la mise en scĂšne sympathique et conventionnelle de Mireille Larroche. Le chef milanais Giampaolo Bisanti dirige l’excellent Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo avec une puissance surprenante mais aussi une intelligence remarquable vis-Ă -vis des coutures dans la partition.

 

 

 

La vie prend toujours fin,
nul besoin d’ĂȘtre soumise », Latifa

 

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Le spectacle commence avec une actrice s’exprimant en langue des signes, dĂ©clamant la cĂ©lĂšbre citation, Ă©galement sous-titrĂ©e, du roman de l’Afghane Latifa, « Visage Volé » (2004). Une façon discrĂšte mais affirmĂ©e de montrer que l’Ɠuvre de Puccini, ainsi que la mise en scĂšne de Mireille Larroche, malgrĂ© conventions et traditionalismes qui les constituent, sont toujours pertinentes et d’actualitĂ©. Les trĂšs beaux dĂ©cors du regrettĂ© Guy-Claude François, ainsi que les jolis costumes de DaniĂšle Barraud revendiquent clairement le Japon du dĂ©but du 20e siĂšcle. L’histoire est bien celle de Cio-Cio San, geisha de 15 ans qui se « marie » avec le lieutenant de la marine amĂ©ricaine B.F. Pinkerton. C’est une farce mais Cio-Cio San y croit. Elle se convertit au christianisme et a un enfant de cette union. Elle sera dĂ©laissĂ©e par le lieutenant qui reviendra avec une femme amĂ©ricaine, sa vĂ©ritable Ă©pouse, pour rĂ©cupĂ©rer son fils illĂ©gitime. Cio-Cio San dĂ©cide se donne la mort avec le couteau hĂ©ritĂ© de son pĂšre, et qu’il avait lui-mĂȘme utilisĂ© pour son suicide rituel.

Ce drame psychologique et intimiste est Ă©galement une tragĂ©die romantique. Le personnage de Cio-Cio San (“Butterfly”) est d’une grande complexitĂ© et richesse dramatique. C’est un rĂŽle redoutable en raison, entre autres, de sa longueur : la soprano est presque toujours sur le plateau. FĂ©licitons Aleksandra Kurzak pour sa prestation. Si elle commence avec une certaine rĂ©serve, Ă  la fin du I, lors du magnifique duo romantique « Viene la sera
 », se rĂ©vĂšlent pleinement toutes les qualitĂ©s de son talent, avec un chant incarnĂ© au lyrisme ravageur. AprĂšs l’entracte, elle fait exploser l’auditoire d’applaudissements et de bravos Ă  la fin du cĂ©lĂšbre « Un bel di vedremo ». Le tĂ©nor Marcelo Puente dans le rĂŽle de B.F. Pinkerton est tout fougue tout ardeur ; le mĂ©tal tranchant dans la voix, l’ampleur, la justesse du chant, comme sa prĂ©sence sur scĂšne, insouciante et fiĂšre, sĂ©duisent l’auditoire de façon inĂ©luctable.

Remarquable aussi, la mezzo-soprano Annalisa Stroppa dans le rĂŽle de Suzuki. Le cĂ©lĂšbre duo des fleurs Ă  la fin du II (« Tutti i fior ? ») est non seulement le rayon de soleil de la partition, mais en l’occurrence le moment le plus merveilleux, le plus harmonieux, de la production et de la prestation. Impressionne Ă©galement par la force de la caractĂ©risation mais surtout par la puissance et la rondeur chaleureuse du chant, le baryton Massimo Cavalletti en Consul Sharpless, admirable dans la performance, Ă  la dignitĂ© exquise, touchant d’humanitĂ©. Il se distingue entre autres lors du trio du 3e acte « Povera Butterfly
 Io so che alle sue pene », rĂ©unissant Suzuki, Sharpless, B.F. Pinkerton, dans un moment de grande Ă©motion et haut impact musical. Les nombreux rĂŽles secondaires comme le chƓur de l’OpĂ©ra sont sans dĂ©faut.

Et l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo s’avĂšre superlatif dans l’interprĂ©tation, parfois presque trop. Pourtant l’orchestre dirigĂ© par le chef Giampaolo Bisanti, prend un instant avant de trouver l’équilibre idĂ©al entre fosse et plateau. VoilĂ  le dĂ©faut qui s’est transformĂ© rapidement. Autrement, l’orchestre joue la partition avec une telle flamme et une expressivitĂ© si vive dans chaque groupe instrumental, que nous oublions les aspects parfois « rudimentaires » de l’orchestration. Sous la direction dynamique de Bisanti, les bois sont graves ou lĂ©gers quand il le faut, comme il le faut, les cordes toujours prĂ©cises et en tension, les cuivres envoĂ»tants
 Une prestation Ă©patante dans tous les sens, et de haut niveau.

 

 

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CRITIQUE, opĂ©ra. MONTE-CARLO, le 16 nov 2021. PUCCINI : Madame Butterfly. Aleksandra Kurzak, Annalisa Stroppa, Massimo Cavalletti, Marcelo Puente… Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo. Giampaolo Bisanti, direction. ChƓur de l’OpĂ©ra de Monte-Carlo. Stefano Visconti, direction. Mireille Larroche, mise en scĂšne.
Madame Butterfly est Ă  l’affiche dans la salle Garnier de l’OpĂ©ra de Monte-Carlo, les 16, 18 et 21 novembre 2021. Photo : © OpĂ©ra de Monte-Carlo 2021

 

 

Aleksandra Kurzak chante Madame BUTTERFLY Ă  l’OpĂ©ra de Monte-Carlo

monte carlo opera madame butterfly nov 2021 opera annonce critique classiquenewsMONTE-CARLO, PUCCINI : Madame Butterfly, 16, 18, 21 nov 2021. Comme Traviata (Verdi), Madame Butterfly eut du mal Ă  se faire comprendre et apprĂ©ciĂ© du public. C’est aujourd’hui l’un des titres les plus aimĂ©s du rĂ©pertoire lyrique, qui exige une soprano aux rĂ©els talents lyriques et tragiques. Il nous parle aujourd’hui avec autant de force qu’il y a plus d’un siĂšcle. A travers l’image d’Epinal, celle d’une petite geisha trop naĂŻve qui confond mariage et serment sincĂšre (Ă©changĂ© avec son « mari » occidental Pinkerton, et opĂ©ration commerciale Ă  ses dĂ©pens, les thĂšmes Ă©voquĂ©s par le drame de Puccini, rĂ©sonnent dans notre Ă©poque : rĂ©cit des inĂ©galitĂ©s produites par l’impĂ©rialisme, prĂ©dation sexuelle par les adultes d’adolescents Ă©conomiquement fragiles, abandon des mĂšres-filles par des gĂ©niteurs « de passage », difficultĂ©s de comprĂ©hension entre les diverses cultures et religions, exploitation des minoritĂ©s fragiles par les touristes coloniaux, dĂ©tenteurs d’argent et de pouvoir
 L’opĂ©ra de Puccini souligne aussi l’illusion que produit l’amour chez un ĂȘtre trop loyal, trop tendre, trop passionné  VoilĂ  qui rend le destin de Cio-Cio San, dite « Madame Butterfly », jeune papillon qui finit par se brĂ»ler les ailes

« CĂ©citĂ© comprĂ©hensible chez une jeune fille de quinze ans ou dĂ©ni de rĂ©alitĂ© causĂ© par ses traumatismes passĂ©s ? » telle est la question de cette tragĂ©die japonaise pour laquelle Puccini renouvelle totalement l’orientalisme orchestral dont il fait une parure Ă©blouissante du dĂ©but Ă  la fin.
L’argument majeur de la nouvelle production monĂ©gasque demeure la prise du rĂŽle-titre par la soprano Aleksandra Kurzak dont la sincĂ©ritĂ© du timbre, l’intelligence expressive sĂ©duisent davantage Ă  chaque caractĂ©risation.

boutonreservationGiacomo Puccini : Madame Butterfly
SALLE GARNIER / OPÉRA DE MONTE-CARLO
16 novembre 2021 – 20h (Gala)
18 novembre 2021 – 20h
21 novembre 2021 – 15h

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INFOS et RÉSERVATIONS
https://www.opera.mc/fr/saison2021-2022/madame-butterfly-169

Tragédie japonaise en trois actes
Musique de Giacomo Puccini (1858-1924)
Livret intĂ©gral de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa d’aprĂšs la piĂšce de David Belasco Madam Butterfly, basĂ©e sur une nouvelle de John Luther Long (1898)
Création : Teatro alla Scala, Milan, 17 février 1904

PremiĂšre Ă  l’OpĂ©ra de Monte-Carlo, le 23 mars 1912
DerniĂšre Ă  l’OpĂ©ra de Monte-Carlo, le 30 mars 2004

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Madame Butterfly (Cio-Cio San) : Aleksandra Kurzak
Suzuki, sa servante : Annalisa Stroppa
F.B. Pinkerton : Marcelo Puente
Sharpless, consul : Massimo Cavalletti
Goro : Philippe Do
L’Oncle Bonzo : Fabrizio Beggi

ChƓur de l’OpĂ©ra de Monte-Carlo
Orchestre Philharmonique De Monte-Carlo

Direction musicale : Giampaolo Bisanti
Mise en scĂšne : Mireille Larroche

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