Saintes. Abbaye aux Dames, le 21 avril 2012. Mozart, Beethoven. Jeune Orchestre Atlantique; Alessandro Moccia, direction

Compte rendu rédigé par notre envoyée spéciale à Saintes, Hélène Biard
Saintes, concert Mozart et Beethoven par le JOA, Alessandro Moccia

En décembre dernier nous avions assisté, à l’Abbaye aux Dames, au premier concert du Jeune Orchestre Atlantique qui était dirigé par l’excellent chef américain David Stern; en ce début de printemps, la session de travail et le concert de samedi dernier étaient dirigés par le chef italien Alessandro Moccia (ndlR:Premier violon de l’Orchestre des Champs Elysées, lire ci après).

Le Jeune Orchestre Atlantique revient à l’Abbaye aux Dames

Stern et Moccia ont des méthodes de travail très différentes mais ils ont tous les deux une direction souple et ferme. Cependant Alessandro Moccia qui est un excellent musicien met aussi une dose d’exubérance et d’humour, très rafraîchissante et il n’hésite pas à lancer une ou deux plaisanteries en direction de ses musiciens qui … en vrais complices et partenaires huilés, réagissent au quart de tour.

Lors du concert de décembre, le Jeune Orchestre Atlantique nous avait proposé un programme consacré à la musique instrumentale de Gluck, Hérold et Cherubini.

pétillante
Haffner

Samedi soir, il a joué des oeuvres de Mozart et de Beethoven. On ne présente plus Don Giovanni, opéra composé et créé par Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) en 1787 juste après le décès de son père. Si seule l’ouverture de l’oeuvre est donnée lors du concert elle est menée tambour battant; Alessandro Moccia dirige depuis l’orchestre étant donné qu’il assure aussi la partie de premier violon (partie qu’il assure à l’Orchestre des Champs Elysées depuis 1992). Nous voyons d’ailleurs Moccia prendre un véritable plaisir à jouer au milieu de ces jeunes musiciens qui sont galvanisés par un chef, précis dans sa battue, et qui joue sans jamais se démobiliser avec une telle fougue qu’il entraine l’orchestre avec aisance et bonne humeur : un tel engagement est pour beaucoup dans la réussite de la soirée.

La symphonie n°35 «Haffner», du nom de son commanditaire, est défendue avec autant d’entrain et de vitalité que l’ouverture de Don Giovanni; la musique symphonique de Mozart est fortement influencée par sa musique lyrique et la symphonie Haffner, qui date de 1782, n’échappe pas à une telle influence. A aucun moment Alessandro Moccia ne se laisse dépasser par une musique vivante, débordante d’énergie, dont les mélodies foisonnent sans jamais se répéter ni se télescoper. Et c’est là le coup de génie de Mozart, alors tout juste marié à Constance Weber, qui transcrit en partie, dans cette oeuvre de commande, un bonheur tout neuf. Le chef connait bien la musique, tant lyrique qu’instrumentale, de Mozart; il donne au Don Giovanni et à la symphonie Haffner une touche toute personnelle, très caractérisée mais aussi très dynamique et vivante. On comprend aisément quel plaisir et quel bénéfice ont pu en tirer les élèves instrumentistes du JOA.


Beethoven exalté

Après la pause, le Jeune Orchestre Atlantique joue la symphonie n°1 de Ludwig Van Beethoven (1770-1828). Créée en 1800, alors que Bethoveen a tout juste trente ans, la première de ses neuf symphonies, qui est bien accueillie malgré les critiques liées à son aspect novateur, pose les bases de ce que sera la musique qu’il composera par la suite. Alessandro Moccia visiblement très remonté met un tel enthousiasme et un tel dynamisme à jouer avec ses musiciens qu’après l’archet qui perd un ou deux crins, une des cordes de son violon se détache et du coup, le chef est contraint d’emprunter le violon d’une instrumentiste qui a passé presque tout le dernier mouvement à réparer l’instrument!
Le théâtre n’est pas seulement contenu dans la partition: il est aussi sur la scène au devant des musiciens; le public comprend que la musique est un défi physique où le risque, même s’il peut paraître dangereux, reste toujours payant…
Indépendamment de ces inconvénients qui, même mineurs, sont handicapants, Beethoven surgit avec un naturel épatant, joué avec un entrain qui donne à la symphonie des saveurs et des couleurs qui ne manquent pas de piquant. Bethoveen, grand admirateur de Mozart et élève de Joseph Haydn dédia sa partition au baron Von Swieten qui fut un ami des deux hommes. Ainsi se précise la pertinence du programme.

Beethoven n’échappe pas à l’influence de ses deux illustres prédécesseurs dont il utilise par ailleurs ici et là, des techniques de compositions qu’il fait siennes en les actualisant avec bonheur. Et si en effet le résultat final a pu surprendre, voire choquer, notamment concernant l’utilisation des pupitres de bois et de vents, la symphonie n°1 en ut majeur est à la croisée des chemins puisque, tout en conservant quelques tournures de la période précédent, elle annonce par certains aspects, le romantisme sous sa forme la plus aboutie dont les dernières symphonies de Beethoven sont les plus beaux exemples.

Le moins que l’on puisse dire c’est que le concert de samedi soir, révèle au public venu nombreux, des jeunes musiciens prometteurs. Dans un programme apparemment sans surprise, le chef et ses apprentis musiciens abordent les oeuvres avec fraîcheur, dynamisme et enthousiasme, et même humour et exubérance. Rappellons que les musiciens du JOA, presque tous jeunes diplômés, viennent à Saintes suivre une expérience unique: il travaillent avec des chefs internationaux qui ont chacun leur méthode et leurs exigences. Et c’est précisément ce qui fait tout l’intérêt des sessions de travail qui sont régulièrement organisées à l’Abbaye aux Dames ; les musiciens ainsi formés à ces différentes techniques sont prêts à aborder une carrière orchestrale ou soliste dans des conditions idéales. D’autant que le jeu sur instruments d’époque apportent une pratique et une connaissance des répertoires particulièrement formateur (Voir notre reportage vidéo exclusif: le JOA Jeune Orchestre Atlantique: pourquoi jouer sur instruments d’époque? session Gluck, Cherubini, Herold, janvier 2012)

Saintes. Abbaye aux Dames, le 21 avril 2012. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Don Giovanni (ouverture), symphonie n°35 “Haffner”; Ludwig Van Beethoven (1770-1828) : symphonie n°1 en ut majeur. Jeune Orchestre Atlantique. Alessandro Moccia, direction.Compte rendu rédigé par notre envoyée spéciale à Saintes, Hélène Biard

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