Sacchini: Renaud, 1783. RecréationVersailles, le 19 ; Metz, le 21 octobre 2012

opéra événement
Renaud de Sacchini, 1783
vertiges et langueurs d’Armide

Sur le thème de l’Opéra des lumières, l’histoire de la tragédie lyrique nous est dévoilée… Après La Toison d’or de Vogel (1786), Atys de Piccini (1780), voici Renaud de … Antonio Sacchini (1783), ouvrage redoutablement ciselé qui confirme outre le gluckisme pleinement assimilé du Napolitain, le triomphe des Italiens à Paris, dans les années 1780. Marie-Antoinette rêvait d’un opéra européen, éclectique, largement dominé par les étrangers: il fallait bien des pointures unanimement célébrées pour régénérer la” vieille ” tragédie lyrique française; depuis les opéras chocs de Gluck, réformant dans les années 1770, l’opéra à Paris, ce sont donc une série de nouveaux auteurs invités qui entendent rénover le style du théâtre français.
Avant la Médée de La Toison d’or de Vogel, proche d’une Cybèle dans Atys (quoique plus formatée et convenue), l’Armide qui se distingue dans Renaud de Sacchini justifie amplement la résurrection de la partition.

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le triomphe d’un Napolitain à Paris

A Versailles (19 octobre à 20h) puis Metz (21 suivant à 16h), les spectateurs mesureront l’ampleur frénétique d’un style proche de Gluck (frénésie expressive proche du texte) mais aussi de Mozart (épanchements, alanguissements tendres). Comme Piccinni, Sacchini importe le seria italien à Paris: vocalité exubérante, raffinement orchestral mais au service du texte car Sacchini réussit grâce à son intelligence des situations et son sens dramatique.

Ne manquez pas par exemple, le sublime prélude de l’acte III: ruines et dévastations après une bataille… comme est défait l’esprit de la pauvre Armide, démuni, impuissante face au désir que lui inspire le chevalier chrétien Renaud… Guerrière et proche des Amazones au I, attendrie amoureuse au II, Armide rayonne enfin en un amour reconquis, partagé au III. C’est pour la soprano en titre, l’un des rôles tragiques les plus brillamment contrastés, finement caractérisés, troubles voire contradictoires; vertigineux même par les écarts émotionnels requis: l’Armide de Sacchini (rivalise avec son modèle gluckiste) et annonce les héroïnes préromantiques, telle Médée de Vogel, puis Médée de Cherubini (1797)… c’est dire l’apport inestimable de l’ouvrage qui nous est révélé en octobre 2012, grâce à l’action concertée du Palazzetto Bru Zane et du Centre de musique baroque de Versailles. 2 dates incontournables.

Renaud de Sacchini, 1783
tragédie lyrique en 3 actes

version de concert

Versailles, Opéra Royal, le 19 octobre 2012, 20h
Metz, Arsenal, le 21 octobre 2012, 16h

Marie Kalinine, Armide
Julien Dran, Renaud
Katia Velletaz, une Coryphée, Doris

Les Talens Lyriques
(Christophe Rousset, direction)

Illustrations: Portrait d’Antonio Sacchini (DR); Marie Kalinine chante Armide de Sacchini après avoir chanté Cybèle d’Atys de Piccinni et Médée de La Toison d’or de Vogel… un parcours vocal et interprétatif d’une belle intensité, d’une indéniable cohérence stylistique.

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