vendredi, décembre 9, 2022

Richard Strauss, Ariadne auf Naxos (1916)Mezzo, du 17 au 27 février 2007

A ne pas rater

Richard Strauss,
Ariadne auf Naxos
, 1916

Le 17 février 2007 à 20h45
Le 18 février 2007 à 13h45
Le 27 février 2007 à 15h40

Opéra de Paris, saison 2003/2004. Réalisation: Don Kent, 2h

Dans la mise en scène de Laurent Pelly, plus habitué aux facéties d’Offenbach qu’à la délicate poésie de Strauss et de son librettiste génial, Hugo von Hoffmannsthal, cette Ariane sur le plateau de l’Opéra Bastille, s’impose surtout par la prestation des chanteurs. Si elle reste encombrée et peu lisible sur le plan scénographique, la production suscite néanmoins une totale adhésion sur le plan vocal. Natalie Dessay (Zerbinette) est en grande forme, le couple Ariane/Bacchus, très inspiré, et surtout, dans le Prologue, Sophie Koch incarne un compositeur, exalté, intransigeant, à fleur de peau, à la rayonnante et incandescente présence.
Le sujet de l’opéra interroge la dualité des registres poétiques, entre le seria et le buffa, le comique et le tragique. En décidant d’oser mêler à la tragédie d’Ariane abandonnée par Thésée, selon la fable mythologique, le délire bouffe de la Commedia dell’arte, par la présence de Zerbinette et de ses amants, les auteurs ciblent en définitive l’histoire même du genre lyrique. Le duo compositeur/librettiste s’interroge sur la définition et l’enjeu du théâtre musical. Quel rapport entre le comique et le sérieux? Comment exprimer la vie et le mystère de l’identité sur une scène? Quelle est la part de la métamorphose et du salut? Autant de valeurs clés qui fondent au début du XX ème siècle, le travail de deux créateurs exceptionnels, dans le genre lyrique. En usant volontiers du pastiche, – Ariadne au Naxos revisite l’idéal classique de l’opéra baroque, Lully et les italiens-, Strauss/Hoffmannsthal, co fondateurs du Festival de Salzbourg en 1922, analysent l’histoire même de l’opéra, récapitulent son évolution, ses perspectives. Leur démarche, toute en finesse, pose la question irrésolue de l’illusion et de la vérité. Ils tournent autour du thème moteur de l’essence des choses et de la vie. Une interrogation déjà posée dans le Chevalier à la rose, en 1911.

Et sur la scène, lorsque tous les caractères s’agitent quand il faut selon la volonté du mécène, unir la troupe des comédiens et la dignité des tragédiens, fusionner la fable antique et le masque dansé, chacun exerce son droit à défendre son pré carré. Strauss et Hoffmannsthal, conscients de la signification profonde du drame lyrique, expriment la clé qui fonde l’art: cette magie de l’instant qui permet à tant d’activités et d’intentions multiples (danse, poésie, musique, mécène…) de se fondre dans l’accomplissement de la représentation. Le duo qui conclut le Prologue, entre le Compositeur et Zerbinette, souligne le miracle d’un moment volé, rendu éternel dans le partage de ces deux sincérités, fugaces mais foudroyantes.
L’oeuvre est une partition éblouissante par sa portée poétique et les multiples questions qu’elle propose. Si l’on peut émettre de justes réserves sur le dispositif visuel et scénique, sur la direction du chef, bien peu articulée et chambriste, la production parisienne par sa grande cohérence vocale, est à ne pas manquer. Saluons Mezzo de rediffuser la performance.

Distribution

opéra en un prologue et un acte
Version de 1916
Livret de Hugo von Hofmannsthal

Majordome : Waldemar Kmett
Maître de Musique : David Wilson-Johnson
Compositeur : Sophie Koch
Ténor (Bacchus) : Jon Villars
Officier : Mihajlo Arsenski
Maître de Danse : Graham Clark
Perruquier : Sergei Stilmachenko
Laquais : Yuri Kissin
Zerbinette : Natalie Dessay
Primadonna (Ariadne) : Katarina Dalayman
Naïade : Henriette Bonde-Hanssen
Dryade : Svetlana Lifar
Echo : Sine Bundgaard
Arlequin : Stéphane Degout
Scaramouche : Daniel Norman
Truffaldin : Alexander Vinogradov
Brighella : Norbert Ernst

Orchestre de l’Opéra National de Paris
Direction musicale : Pinchas Steinberg
Mise en scène et costumes : Laurent Pelly
Décors : Chantal Thomas
Lumières : Joël Adam

Approfondir
Lire notre dossier les opéras de Richard Strauss

Illustration

Natalie Dessay (Zerbinette) et le Compositeur (Sophie Koch) © Opéra national de Paris 2003/2004
Sophie Koch (DR)

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