Portrait du dernier Liszt, de Tivoli à Rome

LISZT nadar 1886 Franz_Liszt_by_Nadar,_March_1886arte_logo_2013Arte. Le dernier Liszt. Dimanche 17 août 2014, 00h40. Franz Liszt : Les dernières années. Entre Weimar, Vienne, et surtout Rome (sans omettre Budapest dont il est le fondateur de l’Académie musicale qui portera son nom), Franz Liszt (1811-1886) pendant ses 25 dernières années ne cesse d’occuper la scène musicale : si sa vie spectaculaire comme récitaliste virtuose, saltimbanque, prodige génial du clavier (l’antithèse de Chopin), est à présent derrière lui, Franz parcourt l’Europe en train (mais en 3ème classe, non par ce qu’il est pauvre – loin de là, mais parce que l’ascétisme spartiate des voitures lui convient idéalement) : il quitte Weimar et sa petitesse bourgeoise étriquée. Le couple qu’il forme avec sa dernière compagne la princesse Carolyne de Wittgenstein, amie associée très fortunée, pose problème : vivant en concubinage, les deux choquent la bonne société ; Carolyne ne cesse de vouloir se remarier avec Franz. Elle partira se fixer à Rome pour solliciter le Pape en vain… De fait, Liszt étouffe à Weimar : il rejoint Carolyne à Rome mais las, usé et défait par le refus du Vatican de célébrer leur union, Liszt et Carolyne s’éloignent progressivement sans se séparer cependant; Installée via del babuino dans un appartement dans lequel elle ne cesse fumer pour cacher les odeurs putrides venant de la rue, Carolyne entame alors la rédaction d’un texte critique vis à vis de l’église qu’elle juge défaillante et réactionnaire. Ce qui lui vaudra plusieurs interdictions du Pape.

Aspiration du dernier Liszt, de Tivoli à Rome

Liszt qui vient déjeuner et diner presque quotidiennement chez Carolyne, s’est fixé quant à lui via Sistina près de la Piazza di Spagna…
Mais davantage encore que les beautés multiples et parfois rien que divertissantes de la Ville éternelle, Liszt recherche la retraite et la solitude de sites isolés, non loin de Rome, en particulier après la mort de Carolyne : il séjourne ainsi au monastère Sainte Marie du Rosaire qui conserve encore le petit clavier (Boisselot) qu’il jouait dans sa cellule : c’est là le 11 juillet 1863 que le pianiste compositeur, vivant en ermite et qui va bientôt recevoir les ordres franciscains (1865), joue pour Pie IX venu l’écouter, La prédiction aux oiseaux de Saint-François d’Assise. Liszt fréquente aussi l’observatoire des jésuites qui lui permet de contempler les étoiles : vision enivrante pour ce défricheur mystique qui souhaitait apporter au Vatican une nouvelle musique. Mais ses audaces harmoniques, sa modernité trop déconcertante agace et irrite les conservateurs de la Curie : Liszt le compositeur ne sera jamais réellement compris, accepté, célébré de son vivant.
Il trouve surtout à Tivoli, dans la Villa d’Este, où il s’installe dans une chambre qui domine toute la vallée, un nouveau havre de paix, fécond pour sa créativité. En témoigne les fameux Jeux d’eau de la villa d’Este à Tivoli, partition visionnaire dont la liquidité préfigure les pages le plus modernes de Debussy…
Le documentaire qui s’appuie surtout sur le témoignage du pianiste russe Lev Vinoco souligne combien Liszt veuf de Carolyne, solitaire et vieillissant, dans ses 20 dernières années, devenu l’abbé Liszt (il a reçu les 3 ordres mineurs), affine encore et toujours son écriture épurée, de plus en plus immatérielle et passionnée, réservée, inquiète, mystérieuse voire énigmatique (dépressive diront ses détracteurs totalement étrangers à sa science expérimentale). Le Méfisto en soutane demeure un pur esprit romantique jusqu’à sa mort : défricheur, moderne, d’une force créative inédite à son époque. L’attrait du film est la place réservée aux lieux que Liszt a habité et vécu intimement.

arte_logo_2013Arte. Le dernier Liszt. Dimanche 17 août 2014, 00h40. Franz Liszt : Les dernières années. Documentaire de Günther Klein (Allemagne, 2011, 52mn)

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