Le Stabat Mater de Vivaldi, 1712

pontormo marie santa lucialogo_francemusiqueFrance Musique. Vivaldi : Stabat Mater. Le 15 aoĂ»t 2014, 16h. D’une durĂ©e approximative selon les versions, d’environ 20 mn, le Stabat Mater d’Antonio Vivaldi est une partition marquante de son auteur. ComposĂ© entre 1711 et 1712, le Stabat est crĂ©Ă© Ă  Brescia – ville natale du pĂšre d’Antonio, le 18 mars 1712 dans l’église Santa Maria della Pace Ă  l’occasion de la fĂȘte des Sept douleurs de Marie. Pour voix soliste (haute-contre ou soprano), le Stabat Mater (RV 621) est redĂ©couvert au XXĂšme Ă  Sienne en 1939, Ă  la Settimana Vivaldiana (Semaine vivaldienne). France Musique prĂ©sente une mise en contexte de l’Ɠuvre, en particulier Ă  la lumiĂšre des Ă©vĂ©nements historiques survenus en Europe en 1712
 Le Stabat Mater de Vivaldi sur France Musique

ParallĂšlement au Stabat, Vivaldi fait publier L’Estro Armonico (L’invention Harmonique), recueil de 12 concertos pour 1,2 ou 4 violons, dĂ©dicace faite au Grand duc de Toscane, Ferdinand III de MĂ©dicis. Au mĂȘme moment Destouches, Ă©lĂšve de Campra, crĂ©e CallirhoĂ© et le suave et sensuel Watteau peint Jupiter et Antiope


La partition du Stabat Mater, en fa mineur, comprend neuf mouvements :

1. Stabat Mater dolorosa – Largo
2. Cuius animam gementem – Adagissimo
3. O quam tristis et afflicta – Andante

4. Quis est homo – Largo
5. Quis non posset contristari – Adagissimo
6. Pro peccatis suae gentis – Andante

7. Eia Mater, fons amoris – Largo
8. Fac ut ardeat cor meum – Lento
9. Amen

Les parties sont enchaĂźnĂ©es en trois groupes de 3 mouvements chacun. Les deux premiers Ă©noncent les strophes du texte mĂ©diĂ©val sur la mĂȘme base musicale, ce qui confĂšre Ă  l’ensemble une Ă©tonnante unitĂ©.

24 ans plus tard, un autre compositeur de gĂ©nie compose son propre Stabat Mater, Pergolesi en 1736 : lĂ  aussi une Ɠuvre singuliĂšre et envoĂ»tante, d’autant plus poignante qu’elle fut composĂ©e 2 mois avant la mort de l’auteur, dans le monastĂšre de Pouzzoles. C’est l’ultime offrande musicale d’un musicien fauchĂ© Ă  
 26 ans. Deux voix portent l’intensitĂ© dramatique des strophes : une soprano et une alto qui Ă  l’origine pouvaient ĂȘtre deux castrats. Les Italiens semblent avoir Ă©tĂ© particuliĂšrement inspirĂ©s par le thĂšme de la Vierge douloureuse… outre Alessandro Scarlatti, c’est au XIXĂšme, Rossini qui relĂšvera Ă  nouveau le dĂ©fi dans une partition dramatique et flamboyante, elle aussi particuliĂšrement irrĂ©sistible.

Marie Rogier_van_der_Weyden_-_Deposition_(detail)_-_WGA25578Chez Vivaldi comme chez PergolĂšse, le texte du Stabat Mater convoque la figure mariale dans le contexte doloriste de la Crucifixion. Stabat Mater… / Debout la MĂšre
 assiste impuissante et compatissante au sacrifice de son Fils sur la croix. Sa douleur est immense : elle est inconsolable. Peintres et sculpteurs ont reprĂ©sentĂ© ce moment extrĂȘme oĂč la mĂšre tĂ©moin de la mort douloureuse du Fils suppliciĂ©, s’évanouit prenant Ă  tĂ©moin tous ceux qui dĂ©couvrent sa peine et son affliction. Il n’est pas de douleur Ă©gale Ă  la sienne…  Le texte pourrait avoir Ă©tĂ© compilĂ© au XIIIĂšme par Jacopone da Todi pour fĂȘter dans le calendrier liturgique Notre-Dame des douleurs, chaque 15 septembre. SimĂ©on le prophĂšte a annoncĂ© Ă  Marie sa douleur profonde : « Et toi-mĂȘme, ton cƓur sera transpercĂ© par une Ă©pĂ©e » (Luc, II, 35). La Mater Dolorosa, MĂšre douloureuse appartient de fait Ă  une nouvelle esthĂ©tique religieuse, plus thĂ©Ăątrale et lyrique, dĂ©monstrative et attendrie qui s’affirme Ă  la fin du XIIIĂšme siĂšcle. Marie n’y paraĂźt pas en Reine des cieux, misĂ©ricordieuse,  bienheureuse ou triomphante intercesseuse, c’est au contraire une mĂšre affligĂ©e, dĂ©truite, agonisante au pied de la Croix de la Passion.

Marie douloureuse par Pontormo, Van der Weyden (DR)

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