Porpora inédit à Beaune

Nicola_Antonio_PorporaBeaune, le 24 juillet 2015. Porpora: Il Trionfo della Divina Giustizia. Dans la Basilique Notre Dame de Beaune, Nicolo Antonio Porpora ressuscite grâce à la recréation de son oratorio créé à Naples en 1716 : Il trionfo della divina Giustizia. Jean et Madeleine assistent Marie, la soulage et la soutiennent, confrontés au spectacle terrifiant de la Crucifixion du Fils, Jésus. La Justice divine leur explique le sens d’un tel Sacrifice : le style de Porpora, rival de Haendel à Londres (au moment rococo où Rameau créée Hippolyte et Aricie), incarne le sommet de l’esthétique napolitaine, favorisant l’extrême virtuosité comme indice de la passion la plus intense. Alternant avec les recitatifs secs, tous les airs sont da capo.

Génie de l’opéra seria, Porpora soigne aussi l’écriture instrumentale : partie de violon (virtuose) rivalisant avec la voix de la Giustizia (soprano), trompettes avec sourdine (pour l’air de Maddalena : Mesto e sanguente), tandis que pour l’air de déploration de Marie (contralto), le compositeur privilégie un contrepoint redoutable, miroir des peines et souffrances de la Mère (Occhi mesti affliti). Plus tard, à l’époque où triomphe Haendel dans le genre de l’oratorio, Porpora saura encore renouveler sa manière (Davide e Bersabea, Londres, 1734), en soignant en particulier l’écriture contrapuntique virtuose des chœurs, nouvel élément principal de son expressivité fervente.
Le style de Porpora (chaînon flamboyant de l’art vocal entre Alessandro Scarlatti et Haendel) marque l’art musical du premier tiers du XVIIIème : Le Napolitain marque les esprit comme professeur de chant au Conservatoire San Onofrio de Naples de 1715 à 1721 ; il devient le maître du castrat Farinelli (comme des autres chanteurs adulés Cafarelli, favori de Haendel, ou de Hasse), et plus tard de Haydn, Porpora atteint un rare équilibre entre virtuosité technique et fine caractérisation des personnages qu’il s’agisse d’opéras ou d’oratorios. Reprenant la riche tradition lacrymale des déplorations héritées du XVIIè (les fameux Sepolcri si goûtés des souverains Habsbourg à Vienne), Porpora offre une collection d’airs très expressifs qui recueillent la compassion et l’amour pour Jésus, le Sacrifié. Porpora est un génie de l’art vocal qui voyage beaucoup, atteignant même avant Gluck ou Piccinni, un statut européen : il quitte Naples en 1726 pour Venise (où il dirige l’Ospedale des Incurabili) ; puis rejoint Londres en 1733, pilotant la direction artistique de l’Opera de la Noblesse, maison rivale de celle de Haendel. Puis c’est à nouveau Naples puis Venise en 1742 (Statira au Grisostomo) où il dirige alors l’Ospedaletto. De 1747 à 1752, Porpora rejoint Dresde où se produit son élève Hasse. Il devient Kappellmeister de la Cour en 1748 avant de gagner Vienne en 1753 : il emploie alors Haydn comme valet ! Ce dernier deviendra son élève enfin, recevant sa maîtrise exceptionnelle de l’écriture lyrique.

NICOLÒ ANTONIO PORPORA (1686 – 1768)
Il trionfo della Divina Giustizia
Oratorio en 2 parties, 
créé le 4 avril 1716 à S. Luigi di Palazzo de Naples
LES ACCENTS. Direction musicale : THIBAULT NOALLY

Maria : Delphine Galou
Giustizia Divina : Blandine Staskiewicz
Maddalena : Emmanuelle de Negri
San Giovanni: Martin Vanberg

Beaune, Basilique Notre-Dame
Vendredi 24 juillet 2015, 21h. 
Réservez  sur le site du Festival de Beaune :
http://www.festivalbeaune.com/

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