CD événement, critique. DUEL : Porpora / Handel in London. Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018)

duel-concert-de-l-hostel-dieu-franck-emmanuel-comte-giuseppina-bridelli-opera-cd-evenement-critique-cd-cd-review-opera-musique-classique-news-classiquenewsCD événement, critique. DUEL : Porpora / Handel in London. Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018). Londres : 1733-1737. Les années 1730 marquent l’essor du seria italien à Londres. Au point que les spectateurs londoniens arbitrent une émulation inédite entre deux créateurs, d’un théâtre à l’autre, chacun selon ses ressources propres. Deux compositeurs, deux goûts, deux esthétiques… Porpora le napolitain, Haendel / Handel le Saxon présentent simultanément à Londres leurs ouvrages respectifs, dans un esprit défricheur et d’estime réciproque, dont témoignent leurs opéras « italiens », goûtés par l’élite et le public londoniens. La guerre n’aura pas lieu, d’ailleurs comme le rappelle les interprètes ici, elle n’eut jamais lieu.
« Stille amare », extrait du Tolomeo de Handel était très admiré de Porpora… dont les cantates opus 1 étaient bien connues et plutôt très appréciées de Haendel. Estime réciproque avérée vous disait-on. De fait, le geste de Franck-Emmanuel Comte, fondateur de son ensemble sur instruments historiques, Le Concert de l’Hostel Dieu, souligne la noblesse des écritures, surtout leur plasticité expressive et leur essence dramatique.

En choisissant la soliste Giuseppina Bridelli, la réalisation insiste aussi sur l’articulation saisissante du texte, dans ses éclaircissements vocaux propres : la jeune diva proposant même sa propre résolution des vocalises, selon le témoigne de contemporains qui au XVIIIè ont laissé des écrits sur le chant des castrats … napolitains évidemment, pour lesquels ont composé Porpora comme Handel (cf variations da capo et section B pour Scherza infida d’Ariodante de Handel : superbe révélation du programme).
En 1733, Handel qui règne sur la scène lyrique londonienne doit subir la concurrence de l’Opera of Nobility qui invite Porpora. Le Prince de Galles Frederick souhaite mettre à l’affiche les plus grands chanteurs d’alors Francesca Cuzzoni, Senesino, Antonio Montagnana, et bien sûr Farinelli, dans des pièces composées directement par les Italiens, surtout Napolitains… d’où Porpora. Dès lors une rivalité, souvent exacerbée par les medias de l’époque, s’impose aux deux compositeurs ; Handel allant même jusqu’à démontrer son ouverture stylistique en intégrant des ballets français, avec le concours de la ballerine vedette Marie Sallé (cf les ballets ici joués de l’acte II d’Ariodante).
PORPORA HANDEL concert hostel dieu bridelli opera italien classiquenewsDramatique et d’une étonnante sensibilité orchestrale, Handel varie ses effets comme dans Alcina (Sta nell’ircana pietrosa tana) où Ruggiero en chasseur hésitant (alors chanté par Carestini) brille par sa virtuosité technique, une flexibilité vocale dont Giuseppina Bridelli transmet le feu et l’énergie expressive. Assurent alors pour sa performance incarnée, habitée, les instrumentistes du Concert de l’Hostel Dieu. C’est pour le chef et l’orchestre un retour éloquent aux sources de l’opéra baroque, une manière de revisiter ce qu’ils connaissaient déjà, et qu’ils réinvestissent avec feu et vérité.

 
 
 

LONDRES, 1733…
Handel / Porpora : essor du verbe incarné
Giuseppina Bridelli et Le Concert de l’HOSTEL DIEU

 
 
 

Le grand succès de ses années pour Porpora demeure Polifemo (écrit simultanément à Ariodante de Handel) qui regroupe les divos et divas d’alors : Cuzzoni, Mantagnana, Farinelli, Senesino, Francesca Bertolli, Maria Segatti. Giuseppini Bridelli en chante l’air de Calypso, amoureuse éperdue et admiratrice lumineuse d’Ulysse dont elle raconte alors l’exploit sur le cyclope géant Polyphème (Il gioir qualor s’aspetta, plage 10). Tout l’art de la jeune mezzo sait y fusionner la chair agile, ductile de sa technique et la justesse de ses intonations, celles d’un chant clair et explicite, qui suit avec intelligence et variations de nuances, le sens du texte (l’attente et l’espérance alimentent l’ardeur du désir).
Mais l’échec global de la venue de Porpora à Londres tient aux limites de la langue italienne : les récitatifs fussent-ils aussi ciselés que ceux de David dans l’oratorio (unique) David e Bersabea, ne suffirent pas à convaincre l’audience londonienne, trop volage ; on sait avec quel talent Handel recompose totalement son style en adoptant des recitatifs plus courts et en anglais. Le sens du verbe incarné défendu par Giuseppina Bridelli, la souple ardeur du continuo comme sculpté, nerveux, mordant, bondissant par Franck-Emmanuel Comte réussissent pourtant une superbe scène amoureuse (David exprime son amour naissant pour Bethsabée qu’il rencontre alors). Entre émoi et ravissement, le travail sur le texte et les couleurs de l’orchestre témoignent d’une vision et d’une conception très fouillées de la part des instrumentistes et du chef du Concert d’Hostel Dieu.

CLIC_macaron_2014On ne cesse de pesner, du début à la fin de ce programme, qu’ils ont eu bien raison de revenir aux fondamentaux du Baroque lyrique, le théâtre à la fois linguistique et coloratoure de Handel. L’intonation poétique sert avant tout le sens de la situation dramatique et la direction du texte : la franchise du chef de ce point de vue, son efficacité et sa poésie soulignent aussi chez Handel comme chez Porpora, à travers les exemples que nous avons mis en avant, tout ce qui caractérise et distingue l’un par rapport à l’autre. Entre un Handel obligé au renouvellement, et un Porpora ductile, naturellement agile mais contraint lui aussi à une nouvelle exigence dramatique et vocale, nous tenons dans ce récital lyrique, une claire évocation d’un âge d’or du seria italien à Londres. Magistrale réalisation pour un sujet original, idéalement explicité. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2019.

 
 
 
 
 
 

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CD Ă©vĂ©nement, critique. DUEL : Porpora / Handel in London. Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018) – CLIC de CLASSIQUENEWS du mois d’avril 2019.

 
 
 
 
 
 

LIRE AUSSI notre prĂ©sentation du cd DUEL / PORPORA vs HANDEL – Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018)
https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-duel-porpora-and-handel-in-london-le-concert-de-lhostal-dieu-franck-emmanuel-comte-1cd-arcana-2018/

 
 
 
 
 
 

CD événement, annonce. DUEL, Porpora and Handel in London (Le Concert de l’HOSTEL DIEU, Franck Emmanuel Comte (1cd Arcana 2018)

duel-concert-de-l-hostel-dieu-franck-emmanuel-comte-giuseppina-bridelli-opera-cd-evenement-critique-cd-cd-review-opera-musique-classique-news-classiquenewsCD événement, annonce. DUEL, Porpora and Handel in London (Le Concert de l’HOSTEL DIEU, Franck Emmanuel Comte (1cd Arcana 2018). Dans les faits, la rivalité entre les compagnies d’opéra dirigées par Handel et Porpora à Londres (1734-1737) s’expose outrageusement. La réalité est autres, car sur le plan strictement musical, il est plus approprié de parler d’estime réciproque car chacun d’eux admirait la musique de l’autre. Leur rivalité produit des effets artistiques majeurs : les opéras nouveaux Ariodante de Handel et Polifemo de Porpora sont des sommets lyriques (même si le second est moins joué que le premier…). Les compositeurs rivalisent de trouvailles et de nouvelles formes pour renouveler le genre et séduire le public londonien. Chacun peut s’appuyer sur le talent des chanteurs de sa troupe dont les fameux castrats (Farinelli, Senesino, Carestini…).

Le nouvel enregistrement du Concert de l’Hostel Dieu, dirigé par Franck-Emmanuel Comte évoque les méandres et les apports d’une relation intellectuelle et artistique complexe : plus qu’un duel, l’équation Handel / Porpora précise une étonnante émulation qui a profité à l’expressivité du genre lyrique; les interprètes proposent plusieurs exemples éloquents de chaque style (restituant aussi la vocalisation d’époque dans les reprises) ; offrent un tour d’horizon éloquent et superbement caractérisé de l’art vocal et lyrique au début du XVIIIè dans le genre seria. Chef et instrumentistes s’associent au mezzo-soprano ductile, expressif, articulé de Giuseppina Bridelli qui relève les défis de partitions aussi intenses dramatiquement que virtuoses sur le plan technique. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

 

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Tracklisting :

George Frideric Handel (1685-1759)
1. Sta nell’ircana pietrosa tana – Alcina HWV 34 (London, 1735)
Nicola Porpora (1686-1768)
2. Nume che reggi ’l mare – Arianna in Naxo (London, 1733 )
3. Dolce è su queste alte mie logge a sera – David e Bersabea (London, 1734)
4. Fu del braccio onnipotente – David e Bersabea (London, 1734)
5-7. Ouverture – Polifemo (London, 1735)
8. A questa man verrĂ  – Calcante e Achille (London, 1735)
George Frideric Handel
9. Scherza infida – Ariodante HWV 33 (London, 1735)
Nicola Porpora
10. Il gioir qualor s’aspetta – Polifemo (London, 1735)
George Frideric Handel
11-14. Suite de ballet – Ariodante HWV 33
Nicola Porpora
15. Alza al soglio i guardi – Mitridate (London, 1736)
George Frideric Handel
16. Inumano fratel, barbara madre – Tolomeo HWV 25 (London, 1728)
17. Stille amare, giĂ  vi sento – Tolomeo HWV 25 (London, 1728)
18. Quando piomba improvvisa saetta – Catone in Utica HWV A7 (London, 1732)

 

 

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DUEL : PORPORA ET HANDEL À LONDRES
Giuseppina Bridelli, mezzo-soprano
LE CONCERT DE L’HOSTEL DIEU
Franck-Emmanuel Comte, direction
1 CD ARCANA – A 461 – 1 CD TT : 1h05mn

 

 

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LA VIDEO du cd DUEL

https://youtu.be/5RWzXj5y6Nw

 

 

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CONCERTS 2019
Duel, Handel vs Porpora :

Felicia Blumental International Festival, Tel Aviv (30 mars) I
Salle Molière, Lyon (7 avril) |
Handel Festival, Londres (8 avril) |
Handel-Festspiele, Halle (9 juin)
Festival Bach de Saint-Donat (11 août)

Folia : Theaterhaus, Stuttgart (2-3 juillet) |

Festival 1001 Notes en Limousin, Zenith de Limoges (20 juillet)
Sinfonia en Périgord, Périgueux (24 août)

 

 

+ d’infos sur le site du CONCERT DE L’HOSTEL DIEU

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LYON, Concert Hostel-Dieu: DUEL, Handel / Porpora.

Nicola_Antonio_PorporaLYON, CHD: DUEL, Handel / Porpora. 7 avril 2019. La Salle Molière à Lyon affiche un programme prometteur, dédié à l’opéra italien en Angleterre où s’affrontent deux compositeurs renommés de la scène lyrique. S’ils sont à Londres, redoutables rivaux, prêts à démontrer la virtuosité et l’expressivité juste de leur écriture respective, le plus italien des compositeurs germaniques du XVIIIè, le saxon Handel, et son contemporain le plus européen des compositeurs Napolitains, Porpora (portrait ci contre), s’associent dans ce récital à deux visages, mais grâce au geste du Concert de l’Hostel-Dieu, en une joute des plus apaisées.

 

 

Handel ou Porpora ?
LONDRES, temple de l’opéra italien….

 

 

LE CONCERT DE L'HOSTEL-DIEU : DUEL Porpora / Handel

 

 

haendel handel londres oratorio anglaisAinsi : « En janvier 1733, souhaitant contrer l’hégémonie haendélienne de la Royal Academy of music, un groupe d’investisseurs issu de la noblesse londonienne crée L’Opera of the Nobility, et choisissent le « maître des castrats », Nicolo Porpora, mentor des Farinelli, Senesino, Porporino. Les londoniens se passionnent depuis longtemps pour l’opéra italien, en particulier napolitain, et ses voix agiles, virtuoses, expressives, où la vocalise de plus en plus vite et de plus en plus aiguë, exprime vertiges et palpitation de l’âme humaine. Le public entre les deux théâtres, applaudit alors les plus grands ouvrages jamais composés dans l’histoire de l’opéra italien au XVIIIè dont le Polifemo de Porpora ou Ariodante d’Handel (portrait ci contre).
Soucieux de porter le chant expressif et tragique de la mezzo Giuseppina Bridelli, les instrumentistes du Concert de l’Hostel-Dieu ressuscitent ainsi les heures les plus intenses de l’opéra italien à Londres, dans les années 1730… Le programme est l’objet d’une tournée internationale et aussi d’un nouveau cd de l’ensemble (parution annoncée le 12 avril 2019.

 

 CONCERT DE L'HOSTEL DIEU : saison 2018 - 2019

 

 

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G.-F. Handel : arias et instrumentaux extraits des opéras Alcina, Ariodante, Tolomeo, Cantone in utica

N. Porpora : arias et ouvertures extraits des opéras Polifemo, Mitridate, Arianna in Naxo, David e Bersabea

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Giuseppina Bridelli, mezzo-soprano


Le Concert de l’Hostel Dieu,
Reynier Guerrero, premier violon
Franck-Emmanuel Comte, direction
 / Stefano Aresi, musicologue

 

 

PORPORA HANDEL concert hostel dieu bridelli opera italien classiquenews

 

 

 

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30 mars 2019
Felicia Blumental International Festival de Tel Aviv (Israël)

7 avril 2019
Salle Molière à Lyon (69)

8 avril 2019
London Handel Festival (UK)

12 avril 2019
Sortie du disque (Arcana/Outhere)

9 juin 2019
 : Händel-Festspiele à Halle (Allemagne)

11 août 2019
Festival Bach de Saint-Donat (26)

 

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Présentation et enjeux du programme DUEL : PORPORA vs HANDEL par le Concert de l’HOSTEL-DIEU. Franck-Emmanuel COMTE et les instrumentistes du Concert de l’Hostel-Dieu reviennent à leurs premières amours, l’éloquence dramatique de Haendel, présentée donc en concert avec la complicité de l’étonnante mezzo soprano italienne Giuseppina BRIDELLI, mais aussi en studio, puisque parallèlement à la tournée des concerts, musiciens et chefs ont enregistré le programme et sortent le disque prévu ce 12 avril 2019.
Les airs d’oratorios et d’opéra de Haendel lancent un défi à tout ensemble de musique baroque : il y faut de la précision, des nuances, un équilibre idéal entre voix et instruments, de la finesse expressive comme de la profondeur. Autant de qualités qui distinguent le génie de Haendel de tous les autres. C’est aussi pour Franck-Emmanuel Comte, le prolongement de son travail comme directeur du Concours de Froville dont la mission est l’émergence des jeunes chanteurs baroques. Lauréate du Concours, Giuseppina BRIDELLI retrouve ainsi les instrumentistes du CHD Concert de l’Hostel-Dieu et enregistre avec eux un premier disque Haendel qui sera suivi d’autres opus (dont le prochain avec la soprano Sophie Junker), car Haendel reste un pilier dans le répertoire de l’ensemble fondé par Franck-Emmanuel Comte.

VOCALITA et ORNEMENTS DE HAENDEL

handel-haendel-portrait-classiquenewsCe premier programme Haendel, au disque comme au concert permet de découvrir les qualités de la voix de la soliste (qu’il s’agisse d’airs fameux comme « Scherza infida » d’Ariodante) : voix longue et flexible, agile et colorée sur toute la tessiture, taillé pour des incarnations dramatiques, tragiques ou implorantes comme Haendel a su les concevoir. De quoi promettre un relecture du texte dans la subtilité et la sensibilité. Chanteuse et chef ont particulièrement travaillé sur les reprises des da capo pour certains airs dont la notation des vocalises a été notée depuis l’époque de Haendel : il s’agira de redécouvrir ainsi les ornements tels qu’ils auraient pu être réalisés du vivant de Haendel selon la technique de ses chanteurs.

 

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Plus d’infos sur le site du CHD Concert de l’HOSTEL-DIEU
http://www.concert-hosteldieu.com/diffusion/baroque-et-18eme/duel-porpora-handel/

VIDEO Handel versus Porpora
https://www.youtube.com/watch?v=HJy7jckJw18

 

 

CRITIQUE DU CD HANDEL PORPORA / DUEL – CLIC DE CLASSIQUENEWS

duel-concert-de-l-hostel-dieu-franck-emmanuel-comte-giuseppina-bridelli-opera-cd-evenement-critique-cd-cd-review-opera-musique-classique-news-classiquenewsCD événement, critique. DUEL : Porpora / Handel in London. Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018). Londres : 1733-1737. Les années 1730 marquent l’essor du seria italien à Londres. Au point que les spectateurs londoniens arbitrent une émulation inédite entre deux créateurs, d’un théâtre à l’autre, chacun selon ses ressources propres. Deux compositeurs, deux goûts, deux esthétiques… Porpora le napolitain, Haendel / Handel le Saxon présentent simultanément à Londres leurs ouvrages respectifs, dans un esprit défricheur et d’estime réciproque, dont témoignent leurs opéras « italiens », goûtés par l’élite et le public londoniens. La guerre n’aura pas lieu, d’ailleurs comme le rappelle les interprètes ici, elle n’eut jamais lieu.
« Stille amare », extrait du Tolomeo de Handel Ă©tait très admirĂ© de Porpora… dont les cantates opus 1 Ă©taient bien connues et plutĂ´t très apprĂ©ciĂ©es de Haendel. Estime rĂ©ciproque avĂ©rĂ©e vous disait-on. De fait, le geste de Franck-Emmanuel Comte, fondateur de son ensemble sur instruments historiques, Le Concert de l’Hostel Dieu, souligne la noblesse des Ă©critures, surtout leur plasticitĂ© expressive et leur essence dramatique. LIRE notre critique complète DUEL / Handel, Porpora par Le Concert de l’HOSTEL-DIEU, Giuseppina Bridelli

CD événement, annonce. FRANCO FAGIOLI : ROSSINI (1 cd Deutsche Grammophon, à venir le 30 septembre 2016)

Franco Fagioli il divinoCD Ă©vĂ©nement, annonce. FRANCO FAGIOLI : ROSSINI (1 cd Deutsche Grammophon, Ă  venir le 30 septembre 2016). Nouveaux dĂ©fis rossiniens pour Franco Fagioli… C’est son second album chez Deutsche Grammophon : après un Orfeo ed Euridice de Gluck (version 1762, paru en octobre 2015), assez passe partout, paru il y a peu dont classiquenews  (mitigĂ©) a rendu compte, voici « Rossini » , un nouveau album dans lequel le contre-tĂ©nor argentin Franco Fagioli entend dĂ©monter outre son agilitĂ© vocale, ses talents de bel cantiste. Sa rage coloratoure, cette agilitĂ© de passage passant du grave Ă  l’aigu (en voix de tĂŞte admirablement maĂ®trisĂ©e, rappelant une Cecilia Bartoli pĂ©taradante en ses dĂ©buts faramineux), un timbre gĂ©nĂ©reux, charnu, et cette furie immĂ©diatement remarquĂ©e ont affirmĂ© le talent vocal et dramatique du chanteur.
Engagé, vif-argent, c’est à dire, doué d’une agilité dans la caractérisation tragique des personnages, Franco Fagioli aborde dans « Rossini », nouvel album à paraître le 30 septembre 2016, les rôles avant lui dévolus aux mezzos féminins particulièrement agiles (telles hier Maryline Horne ou aujourd’hui Vivica Genaux voire Joyce DiDonato…).
Mais le contre-tĂ©nor argentin ajoute la couleur de sa voix, qui tout en troublant l’écoute, par sa densitĂ©, son intensitĂ©, reste immĂ©diatement reconnaissable. Voici donc les Ottone et Edoardo des opĂ©ras AdelaĂŻde di Borgogna (airs des actes I, et II), surtout Matilde de Shabran et son grand air (introduit par un fabuleux solo de cor… naturel Ă©videmment) : « Ah, perchĂ©, perchĂ© la morte »… prière et lamento pour lesquels Fagioli dit aussi « Monsieur Bartoli » (en raison de sa parentĂ© Ă©vidente avec l’art vocal de la mezzo romaine Cecilia Bartoli), offre de superbes graves, ronds et gras, des aigus claironnants et brillants, affichant cette santĂ© vocale et l’ampleur d’une tessiture exceptionnellement Ă©tendue, qui assure tous les passages dont nous avons parlĂ© : dans les rĂ´les travestis ici choisis (en gĂ©nĂ©ral ceux d’hommes, composĂ©s par Rossini pour les mezzos fĂ©minins après l’interdiction des castrats sous NapolĂ©on), l’expressivitĂ© de la voix se met au diapason des instruments d’époque (l’orchestre sur instruments d’Ă©poque, Armonia Atenea sous la direction de George Petrou) ; accents, rugositĂ©, intensitĂ©. Ce qui frappe chez le phĂ©nomène Fagioli, ce sont sa capacitĂ© Ă  caractĂ©riser un personnage, et son expressivitĂ© portĂ©e par un organe Ă©lastique d’une suretĂ© musicale souvent très juste.

 

 

fagioli cd deutsche grammophon reviex announce compte rendu classiquenews Franco_Fagioli_Vita

 

 

Outre AdelaĂŻde et Matilde, figurent aussi les opĂ©ras Demetrio e Polibio, Tancredi (« O sospirato lido », avec violon solo, et « Dolci d’amor parole »), Semiramide (airs d’Arsace), Eduardo e Cristina (opĂ©ra recyclant des airs d’AdĂ©laĂŻde…). VoilĂ  qui ressuscite aujourd’hui cette fascination lĂ©gendaire de Rossini pour les voix mâles et aigus, et Ă©videmment les castrats dont prĂ©cisĂ©ment Giambattista Velluti pour lequel le compositeur Ă©crivit les rĂ´les d’Arsace dans Aureliano in Palmira et celui d’Alceo dans la cantate Il Vero omaggio… Les rĂ´les blessĂ©s, celui des princesses trahies mais dignes, dont les vocalises en tunnels et toboggans expriment les langueurs ineffables, permettent aujourd’hui Ă  l’interprète de ciseler un chant certes de virtuositĂ© mais aussi de justesse et souvent de vĂ©ritĂ©. Un dĂ©fi relevĂ© avec une verve et un panache indiscutable, d’autant que les instrumentistes qui l’accompagnent colorent et trĂ©pignent Ă  ses pieds, nous rĂ©galant des timbres finement caractĂ©risĂ©s. AssurĂ©ment voici le second cd Ă©vĂ©nement qu’édite Deutsche Grammophon, en cette rentrĂ©e 2016, aux cĂ´tĂ©s de “VERISMO”  l’album vedette oĂą Anna Netrebko ose chanter Turandot de Puccini, avec … un aplomb admirable. Car comme Fagioli, Anna Netrebko sait heureusement allier audace et musicalitĂ©, gage de dĂ©fis saisissants. Sur a couverture, derrière San Michele Ă  Venise, l’audacieux et rossinien contre-tĂ©nor tombe ou envole la veste : il est prĂŞt Ă  tout, torse bombĂ©, bras levĂ©s…

 

 

rossini franco fagioli rossini cd review critique classiquenews cdCD événement : Franco Fagioli : Rossini, 1 cd Deutsche Grammophon, à paraître le 30 septembre 2016. CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentrée 2016. Prochaine critique complète de l’album Rossini de Franco Fagioli sur CLASSIQUENEWS, le jour de la sortie de l’album, soit le 30 septembre 2016.

 

 

 

 

 

AGENDA : Franco Fagioli est l’affiche du Palais Garnier à Paris, dans le rôle-titre d’Eliogabalo de Cavalli, en septembre et octobre 2016 (du 16 septembre au 15 octobre) ; autre défi d’ampleur dans l’opéra de maturité de Cavalli, jamais joué de son vivant et figure trouble du pouvoir, fascinant et repoussant à la fois. Un rôle taillé pour la démesure ambivalente et la fièvre dramatique du chanteur dont l’engagement vocal ne laisse jamais de marbre. LIRE notre présentation d’Eliogabalo de Cavalli recréé à l’Opéra de Paris…

LIRE aussi notre prĂ©sentation complète d’Eliogabalo de Cavalli au Palais Garnier Ă  Paris avec Franco Fagioli

LIRE notre compte rendu critique complet du cd PORPORA, opéras napolitains par Franco Fagioli (édité en septembre 2014)

 

CD annonce. cd Arie napolitaine par Max Emanuel Cencic (Decca). A paraître le 2 octobre 2015

cencic arie napolitane cd decca review account of compte rendu critique du cd CLASSIQUENEWS cover Arie NapoletaneCD annonce. cd Arie napolitaine par Max Emanuel Cencic (Decca). A paraĂ®tre le 2 octobre 2015. Après le formidable Artaserse (1730, rĂ©vĂ©lĂ© dès 2012) de Leonardo Vinci (auteur prĂ©sent Ă  nouveau ici), Ă  la fois tremplin des jeune nouveaux hautes contres (Fagioli, Berna Sabadus, Mynenko…) et ouvrage d’un flamboyant lyrisme propre Ă  la Naples du XVIIè, le contre tĂ©nor croate nĂ© en 1976 (altiste) Max Emanuel Cencic affirme un goĂ»t sĂ»r pour le dĂ©frichement rare et d’autant plus admirable : il continue d’explorer les trĂ©sors oubliĂ©s partĂ©nopĂ©ens avec un nouvel album Ă©ditĂ© par Decca, dĂ©but octobre 2015 : Arie Napoletane, nouveau rĂ©cital, comportant plusieurs rĂ©vĂ©lations, joyaux de l’opera seria napolitain du dĂ©but du XVIII e siècle  (soit 10 enregistrements en première mondiale); le travail du chanteur observe et la sensualitĂ© virtuose des airs d’hĂ©roĂŻsme ou de langueur et l’impact linguistique des rĂ©citatifs qui mettent en avant le texte, Ă©lĂ©ment essentiel de la lyre italienne baroque. A l’époque, la machine napolitaine doit sa grande rĂ©putation et son extraordinaire sĂ©duction au chant des castrats (Farinelli, Senesino ou encore Caffarelli s’y sont rĂ©vĂ©lĂ©s), enfants musiciens virtuoses produits des quatre conservatoires de Naples sur lesquels rĂ©gnèrent des auteurs attentionnĂ©s et soucieux de l’essor de leurs Ă©lèves chanteurs : Alessandro Scarlatti, Leonardo Leo, Leonardo Vinci, Nicola Porpora ou encore Giovanni Battista Pergolesi… Les amateurs de chant passionnĂ© autant que contournĂ© retrouvent ici Max Emanuel Cencic, cette voix flexible, corsĂ©e, contrastĂ©e qui aime cultiver les dĂ©fis vocaux. Comme Cecilia Bartoli, Cencic aime approfondir et bien prĂ©parer chaque rĂ©cital lyrique… Celui-lĂ  en est un, après un prĂ©cĂ©dent dĂ©diĂ© Ă  Adolf Hasse, “Apollon europĂ©en”, auteur de virtuositĂ©s elles aussi langoureuses et hĂ©roĂŻques… (LIRE notre compte rendu du cd Rokoko, Ă©ditĂ© par Decca dĂ©jĂ  en janvier 2014 avec l’excellent ensemble Armonia Atenea de George Petrou). Prochaine critique dĂ©veloppĂ©e du cd Arie napolitaine par Max Emanuel Cencic dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

LIRE aussi notre critique développée du DVD Artaserse de Leonardo Vinci

 

 

 

Compte rendu, opĂ©ra.Innsbruck, Festival de Musique ancienne (Autriche). Tiroler Landestheater Oper, le 16 aoĂ»t 2015. Superbe recrĂ©ation d’Il Germanico de Nicola Porpora (Rome, 1731). Alexander Schulin, mise en scène. Alessandro de Marchi, direction.

germanico-porpora-innsbruck-2015Innsbruck. Compte rendu, opĂ©ra. Superbe recrĂ©ation d’Il Germanico de Porpora par Alessandro De Marchi Ă  Innsbruck. Très belle surprise Ă  Innsbruck pour la recrĂ©ation d’Il Germanico de 1732 de Nicola Porpora, compositeur Ă  torts Ă©tiquettĂ© (et expĂ©diĂ© en mĂŞme temps) comme exclusivement “virtuose” c’est Ă  dire dĂ©monstratif voire dĂ©coratif et creux. Rien de tel en vĂ©ritĂ© tout au long du spectacle comprenant trois actes et dans lesquels le chef Alessandro De Marchi avec un zèle passionnant, joue toutes les reprises des airs : tremplin excitant pour les chanteurs mais aussi loupe radicale pour ceux qui tenteraient de masquer des dĂ©fauts techniques ou stylistiques.

 

 

Germanico-innsbruck-david-hansen-patricia-bardon-compte-rendu-review-classiquenews-2015La vedette attendue de la soirĂ©e Ă©tait le contre-tĂ©nor David Hansen dont un premier disque (“Rivals”) paru sous Ă©tiquette DHM avait alors convaincu la RĂ©daction de classiquenews (rĂ©cital dĂ©diĂ© Ă  “Farinelli and Co”). Certes, le soliste a du cran de pousser sa voix dans les aigus atteignant des accents puissants et de mieux en mieux couverts, mais dès le dĂ©but, un dĂ©faut majeur gâte l’Ă©coute : son Ă©mission serrĂ©e presque engorgĂ©e (le temps de chauffer la voix est long) et surtout, son italien laisse vraiment Ă  dĂ©sirer, comparĂ© Ă  celui dĂ©fendu par les autres chanteurs. L’articulation patine, reste imprĂ©cise et flottante : un charabia Ă©nigmatique pour les plus fines oreilles italophiles. Un conseil, il ne s’agit pas de forcer et de projeter des aigus mĂ©talliques spectaculaires, il faut encore savoir articuler et nuancer… On invite donc le chanteur Ă  suivre une formation sĂ©rieuse d’articulation de l’italien : avec cette maĂ®trise, l’interprète devrait gagner encore en conviction d’autant qu’il est aujourd’hui au sommet de ses possibilitĂ©s vocales. La seule performance montre ses limites tant il faut de la subtilitĂ©.

En ressuscitant Il Germanico, Alessandro de Marchi dévoile la profondeur de Porpora

Seria subtil et humain

 

Car c’est lĂ  la surprise de la soirĂ©e : on attendait un Porpora rien que superfĂ©tatoire et virtuose, on dĂ©couvre un théâtre oĂą les scènes hĂ©roiques et historiques (confrontation du romain Germanico / Germanicus et du germain rebelle Arminio / Arminius) sont finalement prĂ©texte Ă  de superbes dĂ©voilements Ă©motionnels, oĂą les protagonistes ne sont pas ceux que nous espĂ©rions. Certes face Ă  l’Arminio de David Hansen, le Germanico de Patricia Bardon ne manque pas d’allure et campe mĂŞme une figure du pouvoir mobile, très juste : d’abord dure, inflexible, puis de plus en plus troublĂ©e et atteinte, jusque dans la scène finale, augurant Les Lumières, en pardonnant au vaincu Arminio… lequel suscite dans l’esprit du vainqueur romain, un pur sentiment d’admiration et de compassion.

 

 

Germanico innsbruck ensemble classiquenews review aout 2015

 

 

Les rĂ©vĂ©lations de la soirĂ©e sont du cĂ´tĂ© des “seconds rĂ´les” : celle des deux soeurs germaines (toute deux filles de Segeste, fidèle du clan Romain), Rosmonda et Ersinda, respectivement soprano et mezzo, remarquablement caractĂ©risĂ©es par deux solistes idĂ©alement convaincantes, jeunes tempĂ©raments d’une musicalitĂ© nuancĂ©e, au jeu crĂ©dible : Klara Ek et Emilie Renard ; cette dernière confirme les promesses dĂ©jĂ  exprimĂ©es quand nous l’avions dĂ©couverte comme laurĂ©ate de l’AcadĂ©mie de William Christie, Le Jardin des Voix 2013 ; la mĂŞme annĂ©e, la jeune britannique remportait aussi le Concours de chant Cesti… d’Innsbruck. Grâce Ă  Emilie Renard, Ersinda s’impose sur la scène par sa franche et souple sensualitĂ©, et le couple amoureux d’une lascivitĂ© assumĂ©e (voire explicite dans cette mise en scène) qu’elle forme avec le très correct Cecina (Hagen Matzeit, 2ème contre tĂ©nor de la production, s’impose superbement dans ses “affrontements” et duos suaves, qui sont autant de contrepoints conjugaux, rĂ©flexion sur la fidĂ©litĂ© et le dĂ©sir, Ă  l’action politique. Ces deux lĂ  sont l’antithèse du couple Ă©prouvĂ© par l’autoritĂ© de Germanico : Rosmonda et son Ă©poux, Arminio. Ainsi dans le rĂ´le de Rosmonda, Klara Ek incarne Ă  l’inverse, l’effroi de la soeur plutĂ´t gagnĂ©e au clan des germains rebelles, tous les vertiges et les tiraillements de la jeune femme, âme piĂ©gĂ©e, prise entre la rĂ©sistance au Romain, son lien filiale Ă  Segeste (père dĂ©vouĂ© au parti de Germanico) et surtout son amour pour son Ă©poux, Arminio (figure splendide de la rĂ©sistance). Les rapports entre les personnages sont parfaitement calibrĂ©s, d’autant que chaque protagoniste dĂ©fend son pĂ©rimètre expressif avec une autoritĂ© qui ne faiblit jamais.

Saluons Ă©galement l’engagement, la projection, l’aisance, la prĂ©cision linguistique (naturels pour un natif) du tĂ©nor Carlo Vincenzo Allemano qui apporte au personnage mĂ©dian de Segeste, un relief particulier: le rĂ´le assure le lien entre les cercles mĂŞlĂ©s : cour de Germanico dont il est le serviteur, et cercle sentimental des deux soeurs Rosmonda et Ersinda dont il est le père. HĂ©roĂŻques, ses airs sont redoutables et cĂ©lèbrent continĂ»ment la gloire romaine.

 

Collection de séquences enivrantes

 

Parmi les meilleurs moments de la soirĂ©e : citons quelques instants vocalement très rĂ©ussis, fruits d’une complicitĂ© entre les solistes et d’un esprit d’Ă©quipe qui demeure manifeste et s’affirme mĂŞme de façon croissante jusqu’Ă  la dernière mesure de cette 3ème et dernière reprĂ©sentation Ă  Innsbruck.

 

 

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Au I, c’est d’abord, l’enchaĂ®nement des airs d’Ersinda puis de son fiancĂ©, Cecina, le second reprenant la mĂŞme mĂ©lodie comme une surenchère Ă©motionnelle qui rĂ©pond en miroir Ă  son aimĂ©e, avec une Ă©vidente coloration Ă©rotique (scène 6 : enchaĂ®nĂ©s, les airs “Al Sole lumi d’Ersinda”, puis “Splende per mille amanti” de Cecina) : ce jeu de dĂ©clarations successives relève d’une exigence dramaturgique et inspire particulièrement Porpora (s’inspirerait-il pour le couple d’amoureux Ersinda/Cecina, des couples emblĂ©matiques de l’opĂ©ra vĂ©nitien : un hommage imprĂ©vu de Porpora Ă  Vivaldi finalement, et plus loin encore Ă  Cesti et Cavalli ?).

L’air de Rosmonda qui conclut l’acte (avec hautbois obligĂ©), outre qu’il souligne le dĂ©chirement intĂ©rieur qui dĂ©vore l’Ă©pouse d’Arminio comme on l’a dit, dĂ©voile aussi un jeu d’acteurs et une conception scĂ©nographique très justes : Klara Ek est la seule Ă  se dĂ©placer. La soprano va de l’un Ă  l’autre des 5 autres protagonistes, comme si soudainement l’action se dĂ©roulait de son point de vue, rĂ©vĂ©lant l’horreur de sa situation personnelle : son impuissance et sa souffrance. La subtilitĂ© qu’apporte la chanteuse Ă©claire ce personnage central dans l’action, comme Emilie Renard cisèle la sensualitĂ© lĂ©gère mais profonde d’Ersinda : les deux portraits de femmes (antagoniques) sont dans cette production idĂ©alement restituĂ©s.

 

 

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L’Acte II est centrĂ© sur le couple politique affrontĂ© : Germanico qui a contrario de son pouvoir omnipotent, s’inflĂ©chit intĂ©rieurement ; et Arminio qui dans sa prison, laisse fuser une plainte sombre qui Ă©gale les grands Haendel, par sa grandeur tragique et son esprit de rĂ©sistance. “Nasce da  valle impura” (ici s’adressant Ă  Arminio) rĂ©vèle un Romain dĂ©fait humainement et profondĂ©ment troublĂ© (mĂŞme sentiment dĂ©voilĂ© face Ă  Ersinda dans l’air qui suit : “Per un moment ancora” – scène 3 oĂą dans cette mise en scène, le Romain s’effondre en larmes en fin d’air) ; puis,  ”Parto, ti lascio, o Cara” (s’adressant alors Ă  son Ă©pouse Rosmonda) souligne pour Arminio, une autre facette chez David Hansen, la gravitĂ© lugubre, oĂą perce le masque de la mort : mĂŞme si l’italien s’enlise, le style s’assagit, les couleurs sont plus nuancĂ©es, le souffle surgit. Ses deux grands airs distinguent nettement les deux guerriers affrontĂ©s et accrĂ©ditent le très grand intĂ©rĂŞt de la partition crĂ©Ă©e Ă  Rome. Il paraĂ®t Ă©vident que Haendel Ă  puiser chez le Napolitain, et que plus tard Ă  Vienne, le jeune Haydn profite des enseignements de son maĂ®tre Porpora.

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Tout cela rĂ©vèle la sĂ©duction d’une esthĂ©tique théâtrale qui Ă©claire diffĂ©remment notre connaissance de Porpora : la combinaison des deux mondes (politique avec Germanico et Arminio, et sentimental avec les deux soeurs, Rosmonda et Ersinda) fonctionne Ă  merveille. Le jeu des contrastes produit la diversitĂ© du spectacle et dans sa continuitĂ©, sa grande diversitĂ© de climats. On comprend mieux ainsi que le compositeur napolitain ait pu dĂ©fier Haendel sur ses terres londoniennes justement dans les annĂ©es 1730.

de-marchi-alessandro-innsbruck-maestro-academia-montis-realisL’artisan d’une telle rĂ©ussite est le chef, Alessandro de Marchi qui est aussi le directeur artistique du Festival : direction souple, affĂ»tĂ©e, très soucieuse de l’Ă©quilibre voix/chanteurs, le maestro convainc pleinement dans cette rĂ©surrection d’un seria en rien indigeste malgrĂ© sa longueur. Le continuo est idĂ©alement souple et subtil, travaillant surtout une fine caractĂ©risation des sĂ©quences selon les enjeux politiques ou sentimentaux. La vivacitĂ© des enchaĂ®nements, la rĂ©partition des airs, le profil dramatique de chacun des caractères, d’autant mieux servi ici par une troupe très cohĂ©rente, de surcroĂ®t dans une mise en scène intelligente et fine (avec changements Ă  vue grâce Ă  une machinerie tournante) soulignent la justesse du choix musical ; la partition mĂ©rite absolument d’ĂŞtre connue et dans ce dispositif (de prochaines reprises sont vivement souhaitĂ©es). VoilĂ  qui dĂ©montre que la transmission est assurĂ©e et que l’ancien assistant-continuiste de RenĂ© Jacobs, devenu son successeur pour la direction du festival autrichien, retrouve ce goĂ»t si essentiel du dĂ©frichement et de la prise de risques. Jacobs s’Ă©tait engagĂ© pour l’opĂ©ra vĂ©nitien (rĂ©vĂ©lant le premier les perles mĂ©connues de Cesti et Cavalli), De Marchi fait de mĂŞme aujourd’hui, au service d’autres compositeurs, dont Porpora et son Germanico dĂ©sormais mĂ©morable. Très belle rĂ©vĂ©lation.

de-marchi-alessandro-maestro-alessandro_de_marchi__c_innsbrucker_festwochen_thomas_schrottInnsbruck, Festival de Musique ancienne (Autriche). Tiroler Landestheater Oper, le 16 août 2015. Nicola Porpora : Il Germanico (Rome, 1731). Recréation. Livret de Niccolo Coluzi. Patricia Bardon, Germanico. David Hansen, Arminio. Klara Ek, Rosmonda. Emilie Renard, Ersinda. Hagen Matzeit, Cecina. Carlo Vincenzo Allemano, Segeste. Academia Montis Regalis (Olivia Centurioni, premier violon). Alexander Schulin, mise en scène. Alessandro de Marchi, direction.

Illustrations : © R.IarI / Festival d’Innsbruck 2015

 

légendes des 6 photographies :
1- Arminio / Germanico : David Hansen / Patricia Bardon
2- Ensemble, de gauche Ă  droite : Segeste, Rosmonda, Ersinda et Germanico
3- Ersinda : Emilie Renard
4- Germanico et sa suite (Patricia Bardon)
5- finale de l’opĂ©ra
6- finale du II

 

 

 

 

 

 

 

 

Prochains temps forts du Festival d’Innsbruck 2015 :

 

Suite de la prĂ©cence de l’opĂ©ra napolitain du XVIIIè mais dans le genre buffa, avec l’intermezzo pĂ©tillant facĂ©tieux, Don Trastullo de Jommelli (1714-1774), les 19 puis 20 aoĂ»t 2015 Ă  20h (Spanischer saal, Château d’Ambras)

 

Armide de Lully avec les laurĂ©ats du dernier concours de chant baroque Cesti d’Innsbruck, les 22,24,26 aoĂ»t 2015

 

Toutes les infos et les modalitĂ©s de rĂ©servations sur le site du Festival d’Innsbruck / Innsbrucker Festwochen Der Alten Musik 2015

 

 

LIRE notre prĂ©sentation complète du Festival d’Innsbruck 2015 “Stylus Phantasticus”

 

 

Innsbruck. RecrĂ©ation d’Il Germanico de Porpora

germanicus-expirant-poussin-tableau-classiquenews-critique-description-germanico-porpora-innsbruck-aout-2015-582Innsbruck. RecrĂ©ation d’Il Germanico de Porpora : les 12,14,16 aoĂ»t 2015. Alors que Beaune 2015 ressucite en première mondiale son oratorio clĂ© : Il Trionfo della Giustizia (lire notre prĂ©sentation “Il Trionfo della Giustizia: un oratorio inĂ©dit Ă  Beaune”, le 24 juillet 2015 ), le Festival autrichien d’Innsbruck, propose l’un des temps forts de l’Ă©tĂ© lyrique, en programmant en recrĂ©ation mondiale, Il Germanico de Nicolo Porpora (1868-1768), les 12, 14, 16 aoĂ»t 2015 (au Tirol Landstheater), sous la direction du directeur du Festival, l’heureux successeur de RenĂ© Jacobs Ă  ce poste, Alessandro de Marchi. Porpora reste mĂ©connu, cantonnĂ© Ă  l’ombre de Haendel dont il fut le rival flamboyant Ă  Londres dans les annĂ©es 1730. MaĂ®tre de Haydn, Porpora incarne l’âge d’or de l’opĂ©ra napolitain, trouvant un Ă©quilibre subtil entre suprĂŞme virtuositĂ© et Ă©lĂ©gance mĂ©lodique, alliĂ© parfois Ă  un sens dramatique aigu. A Naples, il est le professeur de chant des plus grands chanteurs napolitains, en particulier du castrat Farinelli pour lequel il compose nombre d’ouvrages mettant en avant la facilitĂ© vocale de son Ă©lève favori.

Nicola_Antonio_PorporaLe style de Porpora (chaĂ®non flamboyant de l’art vocal entre Alessandro Scarlatti et Haendel) marque l’art musical du premier tiers du XVIIIème : le Napolitain marque les esprit comme professeur de chant au Conservatoire San Onofrio de Naples de 1715 Ă  1721 ; il devient le maĂ®tre du castrat Farinelli (comme des autres chanteurs adulĂ©s Cafarelli, favori de Haendel, ou de Hasse), et plus tard de Haydn, Porpora atteint un rare Ă©quilibre entre virtuositĂ© technique et fine caractĂ©risation des personnages qu’il s’agisse d’opĂ©ras ou d’oratorios. Porpora, gĂ©nie de l’art vocal, voyage beaucoup, atteignant mĂŞme avant Gluck ou Piccinni, un statut europĂ©en : il quitte Naples en 1726 pour Venise (oĂą il dirige l’Ospedale des Incurabili) ; puis rejoint Londres en 1733, pilotant la direction artistique de l’Opera de la Noblesse, maison rivale de celle de Haendel. Puis c’est Ă  nouveau Naples puis Venise en 1742 (crĂ©ation de Statira au Grisostomo) oĂą il dirige alors l’Ospedaletto. De 1747 Ă  1752, Porpora rejoint Dresde oĂą se produit son Ă©lève Hasse. Il devient Kappellmeister de la Cour en 1748 avant de gagner Vienne en 1753 : il emploie alors Haydn comme valet ! Ce dernier deviendra son Ă©lève enfin, recevant sa maĂ®trise exceptionnelle de l’écriture lyrique. Pour sa crĂ©ation Ă  Rome au Capranica, il Germanico in Germania de Porpora est crĂ©Ă© par Cafarelli, castrat vedette Ă  Naples qui chante aussi pour Haendel Ă  Londres. L’oeuvre est emblĂ©matique du gĂ©nie lyrique de Porpora : elle est composĂ©e entre sa rĂ©sidence Ă  Venise (comme directeur musical de l’Ospedale degli Incurabili, nommĂ© dès 1726) et son arrivĂ©e Ă  Londres en 1733 comme directeur du nouveau théâtre rival de celui de la Royal Academy of Music de Haendel, l’Opera of the Nobility. Il Germanico renseigne donc sur l’Ă©criture de Porpora avant qu’il ne compose pour Londres, près de 5 ouvrages majeurs (dont Arianna in Nasso).

Germanicus, héros julio claudien

germanicus-porpora-poussin-julio-claudien-general-classiquenews-juillet-2015Drusus Germanicus (nĂ© en 15 avant JC – mort en 19 après JC). Le gĂ©nĂ©ral romain Germanicus appartient Ă  la famille impĂ©riale julio-claudienne (c’est le petit-fils de Marc Antoine et d’Octavie, la soeur d’Auguste) : hĂ©ritier de Tibère (son père adoptif) mais dĂ©cĂ©dĂ© avant la mort de celui-ci, Germanicus est l’archĂ©type du guerrier romain, loyal, couvert de gloire grâce Ă  ses compagnes victorieuses au profit de la puissance impĂ©riale romaine. Epoux d’Agrippine l’aĂ®nĂ©e, il a pour enfants : Julius Cesar, Agrippine (monstre politique et mère de NĂ©ron). En 10 av JC, Drusus devient Germanicus en raison de ses victoires contre les Germains en 15 et 16 après JC.  C’est le vainqueur du guerrier germain Arminius Ă  Idistaviso.

Avant d’ĂŞtre Germanicus, stratège vainqueur des barbares, Drusus fut un lettrĂ© dès sa jeunesse : Ovide lui dĂ©die ses Fastes (alors que Drusus n’a que 20 ans). En 18, Germanicus est nommĂ© consul romain dans les provinces d’Orient : pour Tibère, le loyal guerrier transforme la Cappadoce en province romaine et rattache la Commagène Ă  la Syrie. Il meurt Ă  Antioche probablement empoisonnĂ© par Piso, gouverneur de Syrie. Nicolas Poussin, gĂ©nie pictural du classicisme baroque, a peint la mort de Germanicus, l’un des plus beaux tableaux du XVIIè français, aujourd’hui au Louvre : disposition (composition) en fresque, chatoiement des couleurs nĂ©ovĂ©nitiennes (titianesques), clartĂ© et hĂ©roĂŻsme des attitudes et des gestes, accessoires minutieusement restituĂ©s dans le souci d’une reconstitution archĂ©ologique…).

Il Germanico in Germania (1732) de Nicolo Porpora Ă  Innsbruck, recrĂ©ation lyrique attendue / Germanico in Germania, crĂ©Ă© Ă  Rome en 1732, de Porpora, avec mise en scène sous la direction d’Alessandro de Marchi, le directeur  artistique du Festival : première mondiale les 12 et 14 aoĂ»t, 18h puis le 16 Ă  15h)… Avec Patricia Bardon (Germanico), David Hansen (Arminio), Carlo Vincenzo Alemanno (Segeste), Hagen Matzeit (Cecina)… Academia Montis Regalis. Alexander Schulin (scĂ©nographie). + d’infos sur la page Il Germanico du festival d’Innsbruck

EVASION en Autriche : le festival d'Innsbruck 2015Stylus fantasticus, festival d’Innsbruck 2015. Du 8 au 28 aoĂ»t 2015. Lire notre prĂ©sentation, les temps forts, les productions d’opĂ©ras Ă  ne pas manquer : Il Germanico, Don Trastullo, Armide… La recrĂ©ation du seria de 1732, Il Germanico de Nicola Porpora Ă  Innsbruck est l’un des temps forts du Festival autrichien 2015. L’atout majeur de cette première attendue reste les deux chanteurs dans les rĂ´les protagonistes antagonistes : l’excellente mezzo Patricia Bardon et le contre tĂ©nor David Hansen dans les rĂ´les respectifs de Germanicus et de son rival barbare : Arminius.

 

 

 

distribution de la recrĂ©ation d’Il Germanico Ă  Innsbruck

Première mondiale, recréation
Nicola Porpora (1686 – 1768)
Il Germanico
Opera seria en 3 actes
Livret de Niccolo Coluzzi
création à Rome, 1732

direction musicale : Alessandro De Marchi
mise en scène : Alexander Schulin
Academia Montis Regalis

 

 

hansen-david-contre-tenor-582-594-arminius-germanico-porpora-innsbruck-2015Patricia Bardon, mezzo : Germanico
David Hansen, contre ténor : Arminio (portrait ci contre)
Klara Ek, soprano : Rosmonda
Emilie Renard, mezzo : Ersinda
Hagen Matzeit, contre ténor : Cecina
Carlo Vincenzo Allemano, ténor : Segeste

 

TIROLER LANDESTHEATER Oper
Les 12 et 14 aout 2015 (18h), le 16 août 2015 à 15h 

 

 

David Hansen, maillon fort d’Il Germanico prĂ©sentĂ© en crĂ©ation Ă  Innsbruck. Partenaire de la mezzo Patricia Bardon, Germanico attendu Ă  Innsbruck, le contre tĂ©nor australien David Hansen, qui a sucitĂ© rĂ©cemment l’enthousiasme de la RĂ©daction de Classiquenews pour son premier cd Ă©ditĂ© par Sony (DHM), et intitulĂ© “RIvals” en rĂ©fĂ©rence aux joutes vocales de l’Ă©poque des castrats dont Ă©videmment le modèle Farinelli, est le jalon fort de la nouvelle production prĂ©sentĂ©e Ă  Innsbruck. LIRE notre compte rendu critique du cd de David Hansen, “Rivals” (DHM). EN voici un extrait :

David HansenInspiré par les Cafarelli, Farinelli, Bernacchi et Manzuoli, Hansen ose tout, se risque souvent, et relève les défis multiples de ce récital hors normes. En outre, audacieux défricheur, Hansen nous gratifie généreusement de plusieurs inédits dont quelques airs que le frère de Farinelli, Carlo Broschi, composa pour son parent prodigieux… (Son qual Nave… restitué avec les notations du créateur de l’air).
Plein de santé juvénile et osons dire de testostérone prête à dégainer vocalement, le divo au look ravageur a décidément tout pour réussir et affirmer une très plaisante carrière. Les Cencic ou Scholl connaissent à présent leur successeur. Ce gars là a apparemment une présence, bientôt scénique, à revendre : voilà qui changera des voix étroites au physique maladroit. Pour ses prises de risques, son sens de l’équilibre sur le fil, ce disque est exemplaire et si le talent se confirme ici, voici à n’en pas douter l’un des meilleurs représentants de la jeune génération de haute contre réellement sensationnels.

 

Porpora inédit à Beaune

Nicola_Antonio_PorporaBeaune, le 24 juillet 2015. Porpora: Il Trionfo della Divina Giustizia. Dans la Basilique Notre Dame de Beaune, Nicolo Antonio Porpora ressuscite grâce Ă  la recrĂ©ation de son oratorio crĂ©Ă© Ă  Naples en 1716 : Il trionfo della divina Giustizia. Jean et Madeleine assistent Marie, la soulage et la soutiennent, confrontĂ©s au spectacle terrifiant de la Crucifixion du Fils, JĂ©sus. La Justice divine leur explique le sens d’un tel Sacrifice : le style de Porpora, rival de Haendel Ă  Londres (au moment rococo oĂą Rameau crĂ©Ă©e Hippolyte et Aricie), incarne le sommet de l’esthĂ©tique napolitaine, favorisant l’extrĂŞme virtuositĂ© comme indice de la passion la plus intense. Alternant avec les recitatifs secs, tous les airs sont da capo.

GĂ©nie de l’opĂ©ra seria, Porpora soigne aussi l’Ă©criture instrumentale : partie de violon (virtuose) rivalisant avec la voix de la Giustizia (soprano), trompettes avec sourdine (pour l’air de Maddalena : Mesto e sanguente), tandis que pour l’air de dĂ©ploration de Marie (contralto), le compositeur privilĂ©gie un contrepoint redoutable, miroir des peines et souffrances de la Mère (Occhi mesti affliti). Plus tard, Ă  l’Ă©poque oĂą triomphe Haendel dans le genre de l’oratorio, Porpora saura encore renouveler sa manière (Davide e Bersabea, Londres, 1734), en soignant en particulier l’Ă©criture contrapuntique virtuose des chĹ“urs, nouvel Ă©lĂ©ment principal de son expressivitĂ© fervente.
Le style de Porpora (chaĂ®non flamboyant de l’art vocal entre Alessandro Scarlatti et Haendel) marque l’art musical du premier tiers du XVIIIème : Le Napolitain marque les esprit comme professeur de chant au Conservatoire San Onofrio de Naples de 1715 Ă  1721 ; il devient le maĂ®tre du castrat Farinelli (comme des autres chanteurs adulĂ©s Cafarelli, favori de Haendel, ou de Hasse), et plus tard de Haydn, Porpora atteint un rare Ă©quilibre entre virtuositĂ© technique et fine caractĂ©risation des personnages qu’il s’agisse d’opĂ©ras ou d’oratorios. Reprenant la riche tradition lacrymale des dĂ©plorations hĂ©ritĂ©es du XVIIè (les fameux Sepolcri si goĂ»tĂ©s des souverains Habsbourg Ă  Vienne), Porpora offre une collection d’airs très expressifs qui recueillent la compassion et l’amour pour JĂ©sus, le SacrifiĂ©. Porpora est un gĂ©nie de l’art vocal qui voyage beaucoup, atteignant mĂŞme avant Gluck ou Piccinni, un statut europĂ©en : il quitte Naples en 1726 pour Venise (oĂą il dirige l’Ospedale des Incurabili) ; puis rejoint Londres en 1733, pilotant la direction artistique de l’Opera de la Noblesse, maison rivale de celle de Haendel. Puis c’est Ă  nouveau Naples puis Venise en 1742 (Statira au Grisostomo) oĂą il dirige alors l’Ospedaletto. De 1747 Ă  1752, Porpora rejoint Dresde oĂą se produit son Ă©lève Hasse. Il devient Kappellmeister de la Cour en 1748 avant de gagner Vienne en 1753 : il emploie alors Haydn comme valet ! Ce dernier deviendra son Ă©lève enfin, recevant sa maĂ®trise exceptionnelle de l’Ă©criture lyrique.

NICOLĂ’ ANTONIO PORPORA (1686 – 1768)
Il trionfo della Divina Giustizia
Oratorio en 2 parties, 
créé le 4 avril 1716 à S. Luigi di Palazzo de Naples
LES ACCENTS. Direction musicale : THIBAULT NOALLY

Maria : Delphine Galou
Giustizia Divina : Blandine Staskiewicz
Maddalena : Emmanuelle de Negri
San Giovanni: Martin Vanberg

Beaune, Basilique Notre-Dame
Vendredi 24 juillet 2015, 21h. 
Réservez  sur le site du Festival de Beaune :
http://www.festivalbeaune.com/

CD. Franco Fagioli, contre ténor. Porpora il maestro (1 cd Naïve, juin 2013).

fagioli franco porpora cd naive il maestro porporaCD. Franco Fagioli, contre tĂ©nor. Porpora il maestro (1 cd NaĂŻve, juin 2013). En moins de 5 ans, – un micro intervalle dans l’histoire d’une carrière, le contre tĂ©nor Franco Fagioli dit “monsieur Bartoli”, parce qu’il partage avec la diva romaine, le tempĂ©rament dramatique, le feu Ă©ruptif, l’intensitĂ© et jusqu’Ă  la couleur du timbre…-, est devenu un phĂ©nomène – osons le dire, beaucoup plus intĂ©ressant que Philippe Jaroussky qui se cantonne par exemple et de dĂ©puis le dĂ©but de son parcours musical et lyrique toujours au mĂŞme registre (larmoyant et langoureux : cette rĂ©serve n’Ă´te rien Ă  son talent). en revanche dans le cas de Fagioli, l’Ă©tendue des possibilitĂ©s expressives est indiscutablement plus large, l’Ă©toffe vocale comme le tempĂ©rament, plus novateurs et audacieux.

Parmi les contre tĂ©nors de la nouvelle gĂ©nĂ©ration (avec David Hansen, autre personnalitĂ© saisissante mais lui sopraniste), Fagioli fait figure de modèle par son audace, sa volontĂ© d’en dĂ©coudre Ă  chaque rĂ©cital ou rĂ´le lyrique … comme s’il jouait sa vie sur l’instant.  En abordant Ă  ce moment de sa carrière, pourtant encore courte, l’immense dieu de la voix et du chant napolitain, Niccolo Porpora (1686-1768), maĂ®tre et mentor des Farinelli, Senesino, ou Cafarelli (soit les plus grands castrats du XVIIIème)-, Fagioli s’inscrit d’emblĂ©e très haut dans l’intention et l’interprĂ©tation : ses moyens sont certes très grands. De fait, le rĂ©sultat satisfait la promesse qu’il a laissĂ© suspendue, tant par l’intelligence stylistique, que l’audace surtout, et l’imagination des moyens vocaux: le chanteur affirme ici un sacrĂ© tempĂ©rament.

Dans son hommage à Porpora, Franco Fagiolo affirme un tempérament vocal irrésistible

Monsieur Bartoli embrase la lyre porporienne…

CLIC D'OR macaron 200Comme galvanisĂ© par l’Ă©criture elle-mĂŞme pyrotechnique et acrobatique du compositeur napolitain, Fagioli se dĂ©passe lui-mĂŞme (trilles, coloratoure, ligne vocale illimitĂ©e, sauts d’intervalles, passages entre les registres, agilitĂ© comme expressivitĂ©, projection comme intonation…) tout relève chez Fagioli d’un interprète au calcul millimĂ©trĂ© qui rĂ©tablit la pure virtuositĂ© technicienne avec la profondeur et la vĂ©ritĂ© poĂ©tique. alliance auparavant incertaine, dĂ©sormais rĂ©alisable, c’est un exemple pour tout.
Fagioli semble faire renaĂ®tre par son intensitĂ© et cette couleur si habitĂ©e ce bel canto spĂ©cifique incarnĂ©e au XVIIIè par Cafarelli ou Farinelli, divinis, diseurs et acrobates capables ne l’oublions pas d’enchanter et d’apaiser la torpeur mĂ©lancolique du Roi d’Espagne Philippe V. Le plus grand maĂ®tre de chant Ă  son Ă©poque … on veut bien le croire Ă  l’Ă©coute du seul premier air de Valentiniano extrait d’Ezio (un standard de l’opĂ©ra seria mĂ©tastasien mis  en musique par tous les grands dont Handel ; Porpora rĂ©tablit immĂ©diatement la pure virtuositĂ© avec les inflexions intĂ©rieures d’une âme agitĂ©e conquĂ©rante qui exprime sa vision de l’aigle victorieux… AgitĂ© et mĂŞme inquiet, l’air de Scitalce (vorrei spiegar l’affanno) de Semiramide riconosciuta dĂ©veloppe Ă  travers un air long (plus de 6mn), la panique intĂ©rieure d’une âme touchĂ©e, en pleine effloresence Ă©motive que le timbre Ă©panoui, flexible, agile du contre tĂ©nor argentin embrase littĂ©ralement.

fagioli franco opera magazine Porpora_04Les deux airs les plus longs de ce rĂ©cital porporien (qui donne la mesure du gĂ©nie virevoltant Ă©clatant d’un Porpora, – vrai rival de Haendel Ă  Londres dans les annĂ©es 1730, donne la pleine idĂ©e du talent dramatique de Fagioli et de sa souplesse vocale dans des cascades de vocalises et des aigus Ă©tourdissants, couverts et longs, soutenus avec une intensitĂ© Ă©gale (une performance admirable!) : d’abord: l’air d’Adalgiso extrait de Carlo il Calvo : Spesso di nubi cinto (plus de 7mn45) : un air qui use de la mĂ©taphore solaire avec une finesse Ă©loquente et une caractĂ©risation scintillante Ă  laquelle Fagioli maĂ®tre absolu des vocalises en mitraillette apporte une sincĂ©ritĂ© de ton, irrĂ©sistible. L’ultime sĂ©quence est la plus longue (presque 10 mn : air de Vulcain de Vulcano, cantate a voce sola : non lasciar chi t’ama tanto… il exprime avec pudeur et subtilitĂ© le dĂ©sarroi d’un Vulcain impuissant, dĂ©muni, Ă©pris de l’inaccessible Venus (qui lui prĂ©fère Mars): jouant moins sur l’acrobatie, l’Ă©criture offre des variations de couleurs sur la tenue de la voix dont le vibrato et l’accentuation doivent ĂŞtre millimĂ©trĂ©s. Imaginer un Vulcain en contre-tĂ©nor et non plus en basse ou bayrton profond relève d’une sensibilitĂ© juste : la couleur mĂŞme de la voix trahit l’Ă©motion et l’impuissance du dieu amoureux…  Ici rien d’affectĂ© ni d’artificiel grâce Ă  la maĂ®trise exemplaire du souffle et de la ligne, des trilles tenues, des passages sur la durĂ©e.. en un arc tendu, souverrain d’un esprit funambulesque. La voix exprime l’intensitĂ© de l’âme Ă©prouvĂ©e avec un tact et une Ă©lĂ©gance Ă©tonnante… qui font le brio et l’Ă©clat intĂ©rieur de ce style galant dont Porpora est passĂ© maĂ®tre depuis Venise dans les annĂ©es 1720, puis qu’il a ensuite dĂ©veloppĂ© Ă  Londres.
Evidemment, l’ombre du grand Farinelli, l’Ă©lève et la crĂ©ature favorite du système Porpora, est Ă©voquĂ© dans l’air de Polifemo (1735), composĂ© Ă  Londres  pour le castrat lĂ©gendaire : dans le 2 airs sĂ©lectionnĂ©s (Nell’attendere il mio bene puis alto Giove…), le berger Acis chante son Ă©moi nouveau Ă  l’idĂ©e de l’apparition de la belle GalatĂ©e… il remercie ensuite Jupiter / Giove en un air de gratitude, littĂ©ralement irradiĂ©. L’ivresse, l’extase qui se dĂ©gagent du chant d’un Fagioli Ă©mu, pudique (bien Ă  rebours de la soi disante artificialitĂ© d’un Porpora rien que performant et creux) emportent toute rĂ©serve : la franchise et l’intensitĂ© du timbre, l’Ă©galitĂ© du souffle, la couleur du timbre s’imposent d’eux mĂŞmes. Jamais dĂ©monstratifs ou surexpressifs, les instrumentistes de l’Academia Montis Regalis dirigĂ©s par Alessandro de Marchi savent s’inscrire au diapason de ce chant mesurĂ©e, fin, subtil. Voici l’affirmation d’un immense vocaliste et d’un interprète au chant irrĂ©sistible.

fagioli franco porpora cd naive il maestro porporaFranco Fagioli, contre-tĂ©nor. Propora il maestro : airs d’opĂ©ras de Niccolo Porpora : Carlo il calvo, Didone abbandonnata, Ezio, Il ritiro, il verbo in carne, Meride e Selinunte, Polifemo, Semiramide riconosciuta, Vulcano (cantate). Academia Montis Regalis. Alessandro De Marchi, direction. Enregistrement rĂ©alisĂ© en juin 2013 Ă  Mondovi (Italie). 1 cd NaĂŻve V 5369.

CD. Philippe Jaroussky. Airs de Porpora pour Farinelli (1 cd Erato)

CD. Philippe Jaroussky. Airs de Porpora pour Farinelli (1 cd Erato)   … Après un prĂ©cĂ©dent album Virgin classics dĂ©diĂ© au mezzo ample de Giovanni Carestini (1705-1760), rival de Farinelli et castrat vedette de Haendel Ă  Londres, le phĂ©nomène Philippe Jaroussky s’intĂ©resse pour le label Erato ressuscitĂ©, au mythe castrat, Farinelli dont on sait combien sa flexibilitĂ© de sopraniste avait Ă©bloui Ă  son Ă©poque. A la source du miracle Farinelli, Nicolo Porpora, compositeur qui fut son maĂ®tre et son mentor Ă  Naples pendant sa formation de chanteur. Car il s’agit aussi de restaurer la stature et l’oeuvre de celui qui façonna Farinelli Ă  Naples : Porpora.

Porpora_farinelli_philippe_jaroussky_visuel_porpora2Jaroussky privilĂ©gie surtout les airs que Porpora a composĂ© pour son Ă©lève favori, le plus douĂ© de sa gĂ©nĂ©ration, ceux spĂ©cifiquement doux, centraux, plutĂ´t lyrique voire Ă©lĂ©giaque c’est Ă  dire d’une virtuositĂ© mĂ©diane, plutĂ´t confortable pour sa tessiture : en tĂ©moigne le très dĂ©veloppĂ© air d’Aci, issu de Polifemo (Londres 1735) : Alto Giove … qui suit la prière en duo des deux amants, deux coeurs Ă  jamais insĂ©parables (Placidetti zefiretti chantĂ© avec la complicitĂ© de Cecilia Bartoli). l’Alto Giove d’Aci (Acis) pose clairement le cadre d’une Ă©criture napolitaine purement virtuose et extatique qui met surtout en avant la puissance nuancĂ©e de la voix sur un mode langoureux et très intĂ©rieur (Acis remercie la protection de Jupiter qui le comble en lui restituant son aimĂ©e, GalatĂ©e).

Langueur et pâmoison de Porpora

La langueur et la dĂ©ploration semblent d’ailleurs couronner l’inspiration de Porpora pour son Ă©lève dans cet autre lamento extrait d’Orfeo crĂ©Ă© aussi Ă  Londres en 1736, et composĂ© au moment oĂą l’Ă©lève quitte son professeur et père, pour Madrid. Orfeo est le dernier opĂ©ra qui associe les deux tempĂ©raments. DĂ©chirement Ă  peine pudique, et d’une Ă©criture moins dĂ©monstrative qu’intĂ©rieure : c’est l’Ă©poque (1732) oĂą le castrat adulĂ© dans toute l’Europe reçoit les conseils de l’Empereur Charles VI Ă  Vienne (chantez plus beau moins spectaculaire). Inflexion nouvelle qui colore son chant comme sa technique d’une profondeur et d’une gravitĂ© renouvelĂ©es.
De fait, l’activitĂ© de Farinelli sur la scène d’un théâtre s’achève en 1737, marquant aussi la rupture de collaboration entre Porpora et son Ă©lève. En outre, la notice accompagnant le texte des airs, prĂ©cise sans l’Ă©lucider, un incident dans les relations du père au fils, du maĂ®tre Ă  l’Ă©lève : Porpora qui se serait rendu ” coupable ” d’une mauvaise action Ă  l’Ă©gard de son Ă©lève, paraĂ®t en 1759 sous la plume de MĂ©tastase qui Ă©crit Ă  Farinelli, implorant de ce dernier une mansuĂ©tude bienheureuse pour le pauvre compositeur s’enfonçant dans la solitude, l’oubli et la misère.

De tous ces airs ciselĂ©s, Ă©mane un esthĂ©tisme de contemplation vocale, suspension et vertiges, pâmoison, surtout comme on l’a dit langueur. Un goĂ»t qui allait dĂ©trĂ´ner Handel Ă  Londres au dĂ©but des annĂ©es 1730.
Si la voix de Jaroussky est encore capable de legato, on regrette tout au long du rĂ©cital un manque de vrais nuances, une palette finalement restreinte dans la caractĂ©risation poĂ©tique des arias : toutes sont abordĂ©es de la mĂŞme façon rendant interchangeable chaque texte et chaque situation. Les dĂ©fauts de la voix Ă©voluant, on note aussi les mĂŞmes nouvelles limites du chant que dans son dernier album dĂ©diĂ© Ă  Jean-ChrĂ©tien Bach, en particulier dans le passage dans les aigus, ces derniers Ă©tant souvent tirĂ©s, Ă  peine couverts ; mĂŞme l’agilitĂ© du premier air, de pure virtuositĂ© (air d’Alceste d’Arianna e Teseo, Florence 1728) demeure souvent tendue, crispĂ©e, plus convulsĂ©e qu’agile et coulante.
Autre air parmi les inĂ©dits du prĂ©sent rĂ©cital, celui d’Achille (plage 9 : Nel giĂ  bramoso petto) extrait d’Ifigenia in Aulide (Londres, 1735) : Ifigenia affronte alors Ă  Londres la concurrence d’Alcina de Haendel associĂ© Ă  son castrat vedette, Carestini : au mĂ©rite de Porpora revient ici la fine caractĂ©risation d’une âme saisie dans les rets d’un amour incertain qui s’exprime ici naturellement offrant d’Achille, le portrait d’un coeur inquiet dont Jaroussky transpose idĂ©alement les dĂ©chirures premières, comme les atermoiements d’une âme atteinte qui va s’Ă©vanouir. Cet ample air de 8mn30 est aussi une sorte de lamento tragique qui s’Ă©tire au fil des phrases du texte de dĂ©ploration Ă©motionnelle.

C’est donc plus dans les lamentos languissants, amoureux ou dĂ©ploratifs, Ă  la tessiture mĂ©diane donc plus confortable plutĂ´t que dans les airs de caractère et d’agilitĂ© que le contre tĂ©nor français rĂ©ussit Ă  convaincre : de ce point de vue l’air de Mirteo de Semiramide riconosciuta (Venise 1729) est aussi le mieux investi, bĂ©nĂ©ficiant d’une assise vocale plus assumĂ©e et visiblement plus Ă  l’aise (sauf les quelques suraigus systĂ©matiquement tirĂ©s).
A ses cĂ´tĂ©s, Andrea Marcon assure un continuo honnĂŞte, qui pourtant mĂ©riterait nuances plus subtiles dans l’intĂ©rioritĂ© des airs alanguis, essentiellement introspectifs que nous venons de distinguer.


Philippe Jaroussky : Porpora, arias pour Farinelli
  (1 cd Erato). Venice Baroque Orchestra. Andrea Marcon, direction

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CD, critique. Cecilia Bartoli: Sacrificium (2 cd Decca, 2009)

sacrificium cecilia bartoli cd critique annonce classiquenews dossier castrats par cecilia bartoli salzbourg pentecote 2018 withsun 2019CD critique. Cecilia Bartoli: Sacrificium (2 cd DECCA, 2009). En un double album particulièrement soignĂ© sur le plan Ă©ditorial, les enregistrements rĂ©alisĂ©s en fĂ©vrier et mars 2009 en Espagne Ă  Valladolid Ă©clairent en particulier l’acrobatie vocale coloratura de l’Ă©criture de Nicola Porpora (1686-1768), maĂ®tre essentiel de la musique pour castrats au XVIIIè siècle. Ambassadrice de choc et de charme pour la cause des castrĂ©s devenus chanteurs, Cecilia Bartoli ajoute les manières d’autres compositeurs dont les opĂ©ras sĂ©rias mettaient en scène les divins “musici” dans des airs de virtuositĂ© dramatique, taillĂ©s pour leur divin gosier… ainsi 2 airs de Carl Heinrich Graun (circa 1703-1759), extraits de ses ouvrages Demofoonte et Adriano in Siria (1746) qui touchent par leur tendresse digne et blessĂ©e; mais aussi paraissent Leonardo Leo (1694-1744), Leonardo Vinci (circa 1696-1730), Francesco Araia (1709-1770)… soit 11 airs enflammĂ©s entre tendresse hallucinĂ©e et rage expressionniste, atteignant des cimes vocales vertigineuses.

La diva romaine ajoute Ă©galement en un 2è cd, les 3 airs les plus significatifs et les plus intenses de la littĂ©rature pour castrati/musici: l’Ă©poustouflant “Son qual nave” extrait d’Artaserse (1734) du frère de Farinelli, Riccardo Broschi (circa 1698-1756), monument de vocalises tissĂ© pour la voix lĂ©gendaire de… Farinelli… enfin, le nom moins cĂ©lèbre “Ombra mai fu (Serse de Haendel, 1738) et “Sposa, non mi consci”, de Merope de Geminiano Giacomelli (circa 1692-1740): sombre prière d’Epitide frappĂ© par le destin, proche de l’accablement et de l’anĂ©antissement des forces vitales… En plus d’une Ă©tendue de registres surprenante, ayant gagnĂ© de superbes graves aux cĂ´tĂ©s de ses aigus dĂ©cochĂ©s et brillantissimes (Ă©couter ici les extrĂŞmes des registres dans Qual farfalla de Porpora), Cecilia Bartoli apporte une science nuancĂ©e du verbe qui lui permet de colorer par le sentiment autant que par la puissance et l’agilitĂ©, chacun des airs sĂ©lectionnĂ©s.

En presque 1h40 de rĂŞve vocal et de voyage parthĂ©nopĂ©en Ă  remonter le temps, la magicienne Bartoli, Ă  l’agilitĂ© de souffle et d’expression souveraine, s’impose sans rivale. Son beau chant devient aussi architecture du sentiment et du sens: c’est lĂ  que se glisse et s’affirme l’apport capital de la cantatrice, rĂ©flĂ©chie, dĂ©terminĂ©e, pugnace, outre son habituel tempĂ©rament dramatique pour dĂ©fricher, surprendre… sĂ©duire et convaincre. Si le chant des castrats demeure un mythe, l’approche de la diva assoluta Bartoli rĂ©alise un tour de force qui ajoute Ă  la fascination de ce phĂ©nomène d’ivresse lyrique.

CLIC D'OR macaron 200L’Ă©dition dite “deluxe” en 2 cd comprend une notice documentaire très argumentĂ©e qui permet de comprendre la dĂ©marche de la cantatrice admirative de ses prĂ©dĂ©cesseurs baroques Ă  Naples. L’album en hommage aux castrats sacrifiĂ©s sur l’autel de la perfection vocale, contient ainsi “le prĂ©cis du castrat”, vĂ©ritable somme encyclopĂ©dique qui prĂ©sente classĂ©s par entrĂ©es alphabĂ©tiques, de très nombreux articles sur le monde des castrats: compositeurs, villes, opĂ©ration, anecdotes, Ă©videmment chanteurs parmi les plus lĂ©gendaires dont Caffarelli, Farinelli, Senesino… mais aussi Porporino, Carestini, Balatri… auquel un article biographique est dĂ©diĂ©.

Gravure Ă©vĂ©nement (donc Ă©lue ” CLIC ” de CLASSIQUENEWS) dont la sortie officielle est annoncĂ©e au 5 octobre 2009.