Paris,salle Pleyel: Mozart, les Mystères d’Isis, le 23 novembre 2013

Paris,salle Pleyel: Mozart, les Mystères d’Isis, le 23 novembre 2013        …        En 1801, le praguois  Ludwig Wenzel Lachnith (55 ans) présente aux parisiens un nouvel opéra de Mozart, jamais créé en France, Les Mystères d’Isis… Sous ce titre magique et fantastique, exotique et antiquisant, le compositeur arrangeur, inspiré par Haydn et Pleyel, a recyclé la musique du dernier opéra de Wolfgang (1791) : La Flûte enchantée, enrichie d’emprunts à d’autres de ses opéras tels Don Giovanni, Les Noces de Figaro, La Clémence de Titus …

Mozart : les mystères d'Isis (Paris, 1801) Il en résulte un opéra composite, manière de pasticcio romantique réunissant dans un nouvel ordre dramatique les morceaux de La Flûte et ceux des autres opéras de Mozart. Avec le librettiste Étienne Morel de Chédeville, Lachnith n’hésite pas à s’inscrire dans le goût dominant du ” Retour d’Egypte “, porté par les campagnes proche-orientales de Bonaparte et de ses successeurs dont le général Kléber (1798-1801).

Les Mystères d’Isis, 1801
opéra en 4 actes d’après Mozart

Samedi 23 novembre 2013, 19h30
Paris, Salle Pleyel

Une passion française pour l’Egypte et Mozart …

En 1801, l’épopée contemporaine de la campagne d’Egypte exalte l’imagination des français. L’engouement pour l’Egypte ne cessera jamais de croître ; toute une nouvelle esthétique exprime le goût français pour l’Antiquité Egyptienne.
Ainsi les Mystères d’Isis suscitent un incroyable succès malgré la liberté parfois irrespectueuse avec laquelle Lachnith recompose et dénature l’héritage mozartien. Or l’ouvrage, véritable emblème du goût parisien du premier romantisme (1801) permet aux auditeurs de découvrir pour la première fois morceaux et airs de La Flûte enchantée. Beau geste de sensibilisation ou comme le dit Berlioz alors, inacceptable irrespect des sources mozartiennes ? Au delà de la querelle esthétique et du bien fondé scientifique de l’aventure, la production ainsi recréée connaît un triomphe jamais démenti jusqu’en 1827, applaudie de reprises en reprises (1816, 1827) … au total plus de 130 représentations. C’est aussi à travers la sélection très fine des airs ainsi réassemblés, la preuve que Lachnith et Chedéville connaissent en profondeur l’oeuvre mozartienne, qu’ils sont capables d’en extraire la quintessence pour l’éblouissement du public.
De ce point de vue, le résultat est une réussite. L’enjeu de cette nouvelle recréation 2013 vise à reconsidérer de façon historique une étape importante dans l’histoire du mythe mozartien en France : derrière le succès du spectacle de 1801 se cache une double passion, celle naissante pour Mozart, celle surtout pour l’Egypte antique. En 1822, Champollion fait avancer l’archéologie égyptienne en déchiffrant les hiéroglyphes.

Les Mystères d’Isis, 1801
d’après les opéras de Wolfgang Amadeus Mozart

Arrangé par Ludwig Wenzel Lachnith d’après La Flûte enchantée
Livret d’Étienne Morel de Chédeville
Version de concert

Le Concert Spirituel & le Chœur de la Radio Flamande
Hervé Niquet, direction

Sandrine Piau,   Pamina
Marie Lenormand,   Mona
Marianne Crebassa,   Myrrène
Sébastien Droy,   Isménor
Tassis Christoyannis,  Bochoris
Jean Teitgen,   Zarastro

Chantal Santon,    Première dame / première suivante
Jennifer Borghi,    Deuxième dame / deuxième suivante
Élodie Méchain,   Troisième dame / troisième suivante
Mathias Vidal,   Premier prêtre / premier ministre / Le gardien
Marc Labonette,   Deuxième prêtre / deuxième ministre

Coproduction Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française / Salle Pleyel

informations pratiques :
Salle Pleyel  – 252 rue du faubourg Saint-Honoré 5008 Paris
01 42 56 13 13 – Tarifs de 10 à 60 euros

Lachnith exploite le goût du public en France pour les arrangements et la traduction en français des oeuvres étrangères : malgré le cycle de programmation du Théâtre-Italien, beaucoup d’opéras sont créés dans la Capitale dans la langue locale. Même une reprise de La Flûte Enchantée au Théâtre-Italien en 1865 est chantée en français (livret traduit de Nuitter de Beaumont). Si Berlioz à l’époque de la création des Mystères d’Isis crie au scandale et à l’assassinat de Mozart, il n’hésite pas à écarter les récitatifs originaux du Freischütz de Weber (1841) et à les réécrire lui-même en français…
Grâce à ses tailles et coupes, agencements nouveaux et nouvelle succession d’épisodes d’après La Flûte entre autres, Les Mystères d’Isis de 1801 s’imposent au goût des parisiens : c’est même l’opéra le plus joué sous l’Empire quand une liste des plus grands succès lyriques est établi en 1810 à la demande de Napoléon (déjà 71 représentations alors). L’ouvrage de Lachnith a contribué sans réserve à l’établissement du mythe mozartien en France, ce malgré ces libertés et dénaturations suspectes.

Acclimatation réussie

Pour adapter Mozart au goût français du premier romantisme égyptianisant, Lachnith réécrit l’enchaînement des épisodes de La Flûte, ajoute des ballets, retranscrit pour de nouvelles tessitures les airs originaux, selon les chanteurs à sa disposition et selon la tradition du chant parisien, refonde un nouveau drame dans le sens plus fastueux du grand opéra à la française, où le spectaculaire pictural des décors doit impressionner l’audience …
Le singspiel allemand et son caractère fantastique et poétique évolue ainsi vers le noble merveilleux du tragique français (avec récitatifs dans le style de Gluck, car à l’Opéra : pas de dialogues parlés). De même la Reine de la nuit n’est plus un soprano coloratoure mais une mezzo

A l’époque où Mozart demeure rare voire exceptionnel, les deux auteurs des Mystères, doués d’une intuition visionnaire et connaissant parfaitement le génie mozartien, offrent aux parisiens les meilleurs airs de La Flûte enchantée, auxquels ils ajoutent d’autres perles issues de Titus, des Noces, de Don Giovanni. Même contemporain, l’assemblage nouveau relevant du meilleur goût de leur époque, est un haut fait musical, le miroir de l’esthétique lyrique au début du nouveau siècle, passionnément romantique.

L’histoire a changé. À la mort de Zoroastre et à sa demande, sa fille Pamina est enlevée par Zarastro, le grand prêtre  d’Isis. Celui-ci est l’ennemi de Myrrène, la mère de Pamina. Ismenor, prince égyptien amoureux  de la jeune captive, cherche à la délivrer, mais se heurte aux sortilèges de Zarastro. Il mène  alors, avec le pâtre Bochoris (ex Papageno de La Flûte) auquel Myrrène confie un sistre magique, une longue quête pour
sauver Pamina de l’emprise de Zarastro. Épreuves du feu, de l’eau, de l’air sont les jalons d’une nouvelle geste féerique qui culmine en une fin heureuse, au temple de la lumière.

Si l’ouverture originale a conservé sa place (comme l’air de Tamino ou l’entrée de Papageno), le lever de rideau des Mystères d’Isis assemble des morceaux tirés de la fin de La Flûte. Plus troublant mais non moins passionnant, l’utilisation d’airs d’autres opéras à des moments clés de l’action nouvelle : La Reine de la nuit paraît pour la première fois avec le premier air de Donna Anna  (Don Giovanni), transposé plus bas, puis chante le sublime air de Vitellia « Non piu di fiori » (La Clemenza di Tito : air de bascule, essentiel déjà pour Titus, quand la mauvaise éprouve pour la première fois un sentiment de compassion : le cor de basset soliste original y est remplacé dans les Mystères d’Isi par un basson).
Plus spectaculaire, la strette vocalisante de l’air de Sesto « Parto ma tu ben mio » (La Clemenza di Tito) est transformée en un duo vertigineux  entre Tamino (rebaptisé Isménor) et Papageno. Un peu plus loin, le célébrissime air de Don Giovanni (« Finch’han dal vino ») devient un trio endiablé entre Pamina, Papageno et Papagena (laquelle voit son  rôle considérablement étoffé, sous le nom de Mona). Dernier exemple enfin, le quintette « du cadenas  » devient une scène collective avec chœur absolument impressionnante. Et la Reine de la Nuit prend même la peine de s’y déranger pour chanter en quatuor au milieu de ses trois dames…


Les principaux personnages
La Flûte Enchantée versus Les Mystères d’Isis

Tamino devient Isménor
Pamina :  Pamina
Papageno : Bochoris
La Reine de la Nuit : Myrrène
Zarastro : Zarastro
Papagena : Mona
Monostatos : Le Gardien

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Les décors de la création

La monumentale évocation des rites de l’Egypte antique s’accomplit de l’extérieur colossal vers l’intérieur mystérieux. Peu à peu, l’action mène le spectateur du solennel grandiose vers l’accomplissement et la révélation du secret …

ACTE I
Le théâtre représente les portiques qui entourent l’enceinte habitée par les prêtres d’Isis. On voit, d’un côté, l’entrée du Palais de Myrrène, de l’autre celle des souterrains qui conduisent à la  demeure des Prêtres et au temple d’Isis. Plus loin, un pont sur un canal du Nil. On découvre, dans le  fond, diverse pyramides et, dans le lointain, la vue de Memphis. Au lever du rideau, des Prêtres et  Prêtresses sont rangés sur le théâtre, où ils attendent un sacrifice à Isis. Il fait nuit.

ACTE II et III
Le théâtre change et représente une vaste avenue de Sphinx qui conduit de l’habitation profonde, au Temple et aux lieux réservés à la demeure des Prêtres. On découvre des terrasses sur  lesquelles sont des plantations qui entourent ces monuments.

ACTE IV 
Le théâtre change et représente une salle souterraine destinée aux assemblés de Prêtres. On y  entre par différentes issues ; elles sont toutes fermées et gardées par l’armée des Prêtres qui, du fond d’une galerie obscure, viennent prendre place suivant leur ordre.

Illustrations : décors des Mystères d’Isis de Mozart (1801, 1816, 1827) DR

 

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