ISIS de Lully

PARIS, TCE, ven 6 dĂ©c 2019, 19h30. En version de concert, l’un des opĂ©ras les moins connus de Lully et pourtant l’un des mieux Ă©crits… qui d’ailleurs ne devrait pas s’appeler ISIS mais IO, la nymphe aimĂ©e de Jupiter et qui dĂ»t Ă©prouver la haine jalouse et donc la sadisme de Junon, l’Ă©pouse officiel du Dieu des Dieux. A travers son prĂ©texte mythologique, la partition Ă©gratigne quelques protagonistes de la Cour de Louis XIV dont surtout la favorite en titre, La Montespan qui se reconnut Ă©videmment dans le rĂŽle infect de Junon et … obtint du Roi pour se venger l’exil du poĂšte librettiste Quinault. Le TCE Ă  Paris affiche une version de concert d’un ouvrage majeur de Lully qui avant Rameau au XVIIIĂš (dans son dernier opĂ©ra Les BorĂ©ades de 1764), met en scĂšne la folie amoureuse, la haine divine et la torture…

LIRE ici notre critique du cd ISIS de Lully dont la distribution est celle du spectacle parisien : ISIS de LULLY par Les Talens Lyriques

LULLY isis ROUSSET critique cd opera classiquenewsCD, critique.LULLY : ISIS / Io. Talens Lyriques, Ch Rousset (2 cd APARTE – juil 2019). AprĂšs Bill Christie et Hugo Reyne, tous d’eux ayant diffĂ©remment rĂ©ussi leur propre lecture d’Atys(respectivement en 1987 et 2009), sommet de l’éloquence et du sentiment XVIIĂš, Les Talens lyriques et leur chef Christophe Rousset poursuivent une sorte d’intĂ©grale des opĂ©ras de Lully chez ApartĂ©. Un dĂ©fi redoutable et un courage immense
 tant les plateaux sont difficiles Ă  rĂ©unir, et le rĂ©pertoire toujours Ă©cartĂ© des scĂšnes lyriques. Qui programme aujourd’hui le Florentin anobli / naturalisĂ© par Louis XIV ? On s’étonne d’une telle situation, qui d’ailleurs vaut pour le baroque en gĂ©nĂ©ral : mĂȘme Rameau, le plus grand gĂ©nie dramatique et orchestral du XVIIIĂš peine Ă  dĂ©fendre sa place Ă  chaque saison nouvelle, en particulier Ă  l’OpĂ©ra de Paris. Que l’on ne nous parle pas d’équilibre et de diversitĂ© des programmations. Le Baroque est de moins en moins jouĂ© au sein des thĂ©Ăątres d’opĂ©ras en France. Donc rĂ©jouissons nous de ce nouvel opus Lully par Ch Rousset.

Pourtant, soit qu’il soit question de la prise ou de l’économie du geste gĂ©nĂ©ral, la petitesse du son ne cesse ici d’interroger : on sait que les effectifs requis pour les crĂ©ations devant la Cour et le Roi, ne craignaient pas l’ampleur ; d’ailleurs toutes les gravures le reprĂ©sente : l’orchestre Ă©tait plĂ©thorique. Ce qui laisse imaginer un tout autre son Ă  l’époque
 Pourquoi alors ce format sonore si Ă©troit et serrĂ©, d’autant que le traitement final souhaitĂ© lisse tout relief. Pas d’aspĂ©ritĂ©, ni de timbres dĂ©finis: un juste milieu qui attĂ©nue toute disparitĂ© et tend Ă  unifier la globalitĂ© vers une uniformitĂ© dĂ©sincarnĂ©e. S’agirait-il alors d’une autre raison ? La vision propre au chef qui en phrases courtes, certes prĂ©cises mais systĂ©matiques jusqu’à la mĂ©canique, sonne sĂšche ; des tempos parfois trĂšs prĂ©cipitĂ©s soulignent une lecture nerveuse
 et finalement dĂ©vitalisĂ©e. Voici un Lully Ă©troit et mĂ©canisĂ© qui manque singuliĂšrement d’ampleur, de souffle, de respiration. Tout ce qu’ont apportĂ© et cultivĂ© autrement et par un orchestre et un continuo plus palpitant, les prĂ©cĂ©dents dĂ©jĂ  citĂ©s : Christie et Reyne. Pas sĂ»r que les dĂ©tracteurs et critiques d’un Lully trop affectĂ©, sophistiquĂ©, et finalement artificiel, ne changent d’avis aprĂšs Ă©coute de cet album. Lire la critique complĂšte d’ISIS de Lully par Les Talens Lyriques

CD, critique.LULLY : ISIS / Io. Talens Lyriques, Ch Rousset (2 cd APARTE – juil 2019).

LULLY isis ROUSSET critique cd opera classiquenewsCD, critique.LULLY : ISIS / Io. Talens Lyriques, Ch Rousset (2 cd APARTE – juil 2019). AprĂšs Bill Christie et Hugo Reyne, tous d’eux ayant diffĂ©remment rĂ©ussi leur propre lecture d’Atys (respectivement en 1987 et 2009), sommet de l’éloquence et du sentiment XVIIĂš, Les Talens lyriques et leur chef Christophe Rousset poursuivent une sorte d’intĂ©grale des opĂ©ras de Lully chez ApartĂ©. Un dĂ©fi redoutable et un courage immense
 tant les plateaux sont difficiles Ă  rĂ©unir, et le rĂ©pertoire toujours Ă©cartĂ© des scĂšnes lyriques. Qui programme aujourd’hui le Florentin anobli / naturalisĂ© par Louis XIV ? On s’étonne d’une telle situation, qui d’ailleurs vaut pour le baroque en gĂ©nĂ©ral : mĂȘme Rameau, le plus grand gĂ©nie dramatique et orchestral du XVIIIĂš peine Ă  dĂ©fendre sa place Ă  chaque saison nouvelle, en particulier Ă  l’OpĂ©ra de Paris. Que l’on ne nous parle pas d’équilibre et de diversitĂ© des programmations. Le Baroque est de moins en moins jouĂ© au sein des thĂ©Ăątres d’opĂ©ras en France. Donc rĂ©jouissons nous de ce nouvel opus Lully par Ch Rousset.

Pourtant, soit qu’il soit question de la prise ou de l’économie du geste gĂ©nĂ©ral, la petitesse du son ne cesse ici d’interroger : on sait que les effectifs requis pour les crĂ©ations devant la Cour et le Roi, ne craignaient pas l’ampleur ; d’ailleurs toutes les gravures le reprĂ©sente : l’orchestre Ă©tait plĂ©thorique. Ce qui laisse imaginer un tout autre son Ă  l’époque
 Pourquoi alors ce format sonore si Ă©troit et serrĂ©, d’autant que le traitement final souhaitĂ© lisse tout relief. Pas d’aspĂ©ritĂ©, ni de timbres dĂ©finis: un juste milieu qui attĂ©nue toute disparitĂ© et tend Ă  unifier la globalitĂ© vers une uniformitĂ© dĂ©sincarnĂ©e. S’agirait-il alors d’une autre raison ? La vision propre au chef qui en phrases courtes, certes prĂ©cises mais systĂ©matiques jusqu’à la mĂ©canique, sonne sĂšche ; des tempos parfois trĂšs prĂ©cipitĂ©s soulignent une lecture nerveuse
 et finalement dĂ©vitalisĂ©e. Voici un Lully Ă©troit et mĂ©canisĂ© qui manque singuliĂšrement d’ampleur, de souffle, de respiration. Tout ce qu’ont apportĂ© et cultivĂ© autrement et par un orchestre et un continuo plus palpitant, les prĂ©cĂ©dents dĂ©jĂ  citĂ©s : Christie et Reyne. Pas sĂ»r que les dĂ©tracteurs et critiques d’un Lully trop affectĂ©, sophistiquĂ©, et finalement artificiel, ne changent d’avis aprĂšs Ă©coute de cet album.

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SUBLIME QUATUOR VOCAL
Tauran, Hubeaux, Auvity, EstĂšphe
Junon, Io/Isis, Apollon, Argus

 

 

 

Mais la surprise vient des chanteurs, prĂ©cisĂ©ment des deux premiers emplois d’une partition assez exceptionnelle. Si le geste du chef et le son de l’orchestre posent problĂšme, en revanche certains solistes sont remarquables tant leur chant restitue Ă  la fois la noblesse du rĂ©cit, le mordant articulĂ©, surtout la sincĂ©ritĂ© de la dĂ©clamation lullyste. Ce qui n’est pas peu dire. Ce que rĂ©alisent les deux cantatrices dans les rĂŽles opposĂ©s de Io / Isis et de Junon, relĂšve de l’exceptionnel, une voie idĂ©ale entre le style du thĂ©Ăątre cornĂ©lien et racinien, et la langueur expressionniste propre Ă  l’opĂ©ra lullyste. VoilĂ  longtemps que nous n’avions goĂ»tĂ© un tel chant vivant et palpitant, serviteur des images linguistiques qui font sens. D’oĂč notre excellente note et le CLIC de classiquenews.com

Relief et vérité des chanteuses TAURAN / HUBEAUX
A l’opposĂ© de toute surcharge hystĂ©rique, – un Ă©cueil que l’on constate aussi pour CybĂšle dans Atys-, BĂ©nĂ©dicte Tauran fait une Junon de grande classe, car elle Ă©vite toute boursouflure caricaturale voire parodique du personnage (ce qui a toujours Ă©tĂ© facile : Junon bien souvent n’est qu’une Ă©pouse dĂ©laissĂ©e, frustrĂ©e, qui rugit) : a contrario, ici, du tact et du style et un français impeccable (nous l’avions dĂ©couvert il y a quelques annĂ©es dans la version d’Atys par Hugo Reyne, en 2009 prĂ©cisĂ©ment, dans le rĂŽle de Sangaride). La maĂźtrise du français est impeccable ; l’intonation racĂ©e, subtile, surtout simple et naturelle. Une leçon de chant qui nous rĂ©conforte tant le problĂšme de l’intelligibilitĂ© est gĂ©nĂ©ral s’agissant des spectacles baroques en France.

montespan-isis-lully-quinault-opera-baroque-critique-hubeaux-tauran-chant-opera-critique-classiquenewsFace Ă  elle, la Io / Isis d’Eve-Maud Hubeaux soupire, rugit (mais de façon adĂ©quate et toujours mesurĂ©e), se lamente, victime douloureuse mais dĂ©munie : sa palette est riche autant que son articulation, elle aussi parfaite. PortĂ©e par ses deux portraits de femmes, – focus lĂ©gitime car de leur affrontements incessants, se produit le drame, les tortures, enfin la rĂ©conciliation (grĂące Ă  la mĂ©tamorphose finale). Mais dans la rĂ©alitĂ©, La Montespan (qui dut supporter la nouvelle conquĂȘte du Roi : Melle de Ludre) se reconnaissant avec raison dans le personnage de Junon… obtint la disgrĂące de Quinault.
Les deux chanteuses ont cette Ă©lĂ©gance et cette noblesse qui rendent passionnantes leur confrontation progressive. Intelligibles et expressives mais avec mesure, les deux divas tirent leur Ă©pingle du jeu. Le chant et la dĂ©clamation lullyste en sortent rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s, somptueusement captivante. C’est l’excellente surprise de cette lecture.

Parmi les hommes, deux solistes se dĂ©tachent nettement : Cyril Auvity convainc parfaitement par l’intensitĂ©, la prĂ©cision et la justesse du chant comme du jeu: entre autres personnages parfaitement tenus, sa Furie mordante et inflexible, haineuse et sadique Ă  souhait, face Ă  la Io frigorifiĂ©e (dĂ©but du IV) ; mĂȘme implication saisissante pour Neptune et Argus du fabuleux Philippe EstĂšphe, tempĂ©rament rare alliant puissance, musicalitĂ©, intelligibilitĂ©, sans jamais appuyer ni forcer. Nous tenons lĂ  un quatuor vocal somptueux, lullyste par l’esprit et le style. De quoi susciter l’enthousiasme d’oĂč le CLIC malgrĂ© nos rĂ©serves (comme on a dit).

A oublier Ă  l’inverse : le chant continĂ»ment outrĂ© et surexpressif et finalement systĂ©matique d’Ambroisine BrĂ© (Syrinx) ; les voix engorgĂ©es, ternes, lisses (usĂ©es ?) de Edwin Crossler Mercier (Pan) et Aimery LefĂšvre (HiĂ©rax).

En dĂ©pit de qualitĂ© Ă©loquentes indiscutables, le chƓur (de chambre de Namur) rate ses airs Ă  la chasse, dans une mise en place hasardeuse et prĂ©cipitĂ©e, sans souffle (Ă©pisode de Syrinx, la nymphe qui refuse l’amour et Ă©carte un Pan trop pressant). Selon le plan de Mercure, il est question en rĂ©alitĂ© d’endormir Argus afin de libĂ©rer Io, sa prisonniĂšre
 On finit par s’endormir nous aussi.

Heureusement l’acte IV, le plus poĂ©tique et le plus dramatique, celui des contrastes climatiques et autres supplices infligĂ©s par Junon Ă  Io, dont le chƓur des frimas, aux syllabismes glaçés, rĂ©pĂ©tĂ©s est plus prĂ©cis et dramatiquement plus prenant. L’acte dans son entier annonce les effets, machineries Ă  l’appui, du Rameau Ă  venir (Parques pour Hippolyte et Aricie ; tortures et Ă©carts climatiques des BorrĂ©ades). MĂȘme bel engagement des forces calorifiques des forges dans le tableau qui suit
 Mais lĂ  encore on s’interroge sur la petitesse de la sonoritĂ©, l’étroitesse du spectre des timbres orchestraux, d’autant que la prise de son reste centrale, globale, distanciĂ©e, confinant Ă  une image lisse, comme amidonĂ©e, et 
dĂ©vitalisĂ©e.

LĂ  est bien le problĂšme : l’orchestre trĂšs bien huilĂ©, semblable Ă  une machine Ă  coudre, Ă  la rythmique mĂ©canique, tricote un son aigre, petit, lisse. Tout est jouĂ© de la mĂȘme façon, uniformĂ©ment, malgrĂ© la disparitĂ© des ambiances par acte. Les tutti sonnent secs et courts. Voici un Lully sans tendresse ni ampleur.

Quelle diffĂ©rence avec les tĂ©moignages d’époque qui rĂ©pĂ©tons-le attestent d’un effectif de 100 instrumentistes dont la chair et la respiration devaient ĂȘtre autres. Le geste est de plus en plus rapide et sec Ă  mesure que le drame se prĂ©cipite, Ă  partir du IV justement quand Io subit les supplices imposĂ©s par une Junon particuliĂšrement sadique. Au point de forcer Io au suicide pour Ă©chapper Ă  tant de souffrance. Les instrumentistes savent cependant atteindre une certaine profondeur Ă  l’énoncĂ© des Parques (fin du IV) : si Io veut cesser de souffrir, « elle doit apaiser Junon ». C’est Ă  dire la rendre moins jalouse. La tendresse du geste (et la compassion pour l’hĂ©roĂŻne) paraĂźt enfin. C’est un peu tard. On le voit le chef Rousset joue surtout sur les contrastes, la tension, le nerf, au risque de paraĂźtre sec.

CLIC D'OR macaron 200Soulignons la rĂ©ussite du livret de Quinault et la dramatisation musicale par Lully, ce qui fait de « Isis » un opĂ©ra majeur aux cĂŽtĂ©s de Atys, en particulier pour la fin de la partition (acte V) : devant une Io Ă©puisĂ©e, qui appelle la mort, face Ă  Junon inflexible, Jupiter rend son amour à
 son Ă©pouse. L’enchaĂźnement des actes IV et V relĂšve du pur gĂ©nie lullyste : exacerbation des passions puis grand pardon et aspiration Ă  l’apaisement final grĂące Ă  la sublimation / mĂ©tamorphose salvatrice de la nymphe Io, Ă©reintĂ©e, exsangue, 
 miraculeusement recomposĂ©e en dĂ©esse Ă©gyptienne, soit Isis. Ce qui donne le titre de l’opĂ©ra, sans pour autant rendre compte vĂ©ritablement de la nature mĂȘme de son action depuis son dĂ©but. L’épisode Ă©gyptien Ă©tant dĂ©volu aux deux derniers airs orchestraux du V. La logique aurait plutĂŽt prĂ©fĂ©rĂ© le titre Io, plus proche du drame rĂ©el, Ă  travers les actes I, II, III et IV. Pour conclure, orchestre mĂ©canisĂ© et serrĂ© voire tendu ; mais plateau irrĂ©sistible, grĂące au quatuor vocal que nous avons distinguĂ©.

 

 

 

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CD, critique. LULLY : ISIS / Io (1677). Talens Lyriques, Ch Rousset (2 cd APARTE – juil 2019) – Lire aussi notre prĂ©sentation d’ISIS de Lully par Ch Rousset, Les talens lyriques, ici :
http://www.classiquenews.com/lully-isis-1677-les-talens-lyriques-ch-rousset-2-cd-aparte/

 
 

APPROFONDIR
LULLY, articles, dossiers, critiques sur CLASSIQUENEWS

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Isis, Ă  Beaune, juillet 2019 – critique de l’opĂ©ra en version de concert
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-critique-opera-beaune-lully-isis-12-juillet-2019-les-talens-lyriques-choeur-de-chambre-de-namur-c-rousset/

Bellérophon, 1679 / Les talens lyriques, 2011
http://www.classiquenews.com/lully-bellrophon-1679-les-talens-lyriqueschristophe-rousset-2-cd-apart/

Alceste, 1674 / Les talens lyriques 2017
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-lully-alceste-les-talens-lyriques-2-cd-aparte/

Armide, / Les talens lyriques 2015
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-lully-armide-les-talens-lyriques-2015-2-cd-aparte/

Amadis, 1684 / Les talens lyriques
http://www.classiquenews.com/lully-amadis-1684-rousset-2013-3-cd-aparte/

Les premiers opéras français par Hugo Reyne
http://www.classiquenews.com/lully-les-premiers-opras-franais-hugo-reyne10-cd-accord/

REPORTAGE VIDEO ATYS par Hugo Reyne 2009
http://www.classiquenews.com/lully-quinault-atys-1676-hugo-reynela-chabotterie-vende-aot-2009-reportage-vido-22/

Dossier Atys de Lully :
http://www.classiquenews.com/lully-atys-1676-le-livret-de-philippe-quinaultaspects-dune-partition-gniale/

Atys de Lully Chaboterie 2009 / Hugo Reyne
http://www.classiquenews.com/lully-atys-1676-hugo-reynefestival-musiques-la-chabotterie-11-et-12-aot-2009/

ATYS de Lully par William Christie
recréation reprise 2011 : reconstitution ou recréation ?
http://www.classiquenews.com/atys-2011-dossier-spcialreconstitution-ou-approfondissement/

ATYS de Lully par William Christie, reprise 2011 (DVD)
http://www.classiquenews.com/lully-atys-villgier-christie-20112-dvd-fra-musica/

ARMIDE de Lully par William Christie, 2008
http://www.classiquenews.com/lully-armide-christie-2008/

CD baroque Ă©vĂ©nement, annonce. LULLY : ISIS, 1677 – les talens lyriques, Ch Rousset (2 cd ApartĂ©)

LULLY isis ROUSSET critique cd opera classiquenewsCD baroque Ă©vĂ©nement, annonce. ISIS, 1677 / les talons lyriques / Ch Rousset (2 cd ApartĂ©). 5Ăš tragĂ©die en musique conçue par Lully et Quinault, ISIS tĂ©moigne Ă©videmment des faits marquants du royaume de Louis XIV : le prologue et son contenu encomiastique fait rĂ©fĂ©rence Ă  la guerre de Hollande, aux victoires de la marine royale (Neptune paraĂźt) ; c’est somme toute un prĂ©alable « ordinaire » et habituel pour une tragĂ©die en musique, comme bientĂŽt Ă  Versailles, la vaste Galerie des glaces a son plafond peint de toutes les batailles du roi guerrier. Sur le plan esthĂ©tique et lyrique, Isis qui n’a rien d’égyptien (sauf Ă  l’Ă©noncĂ© final de l’avatar de Io en … Isis, nouvelle dĂ©esse honorĂ©e sur les rives du Nil) , marque un tournant tout en prolongeant les opus prĂ©cĂ©dents (Cadmus et Hermione, 1673, ; Alceste, 1674 ; ThĂ©sĂ©e, 1675 et Atys, 1676). CrĂ©Ă© devant le Roi Ă  St-Germain en Laye, le 5 janvier 1677, Isis est l’une des premiĂšres tragĂ©dies lyriques nĂ©cessitant les machineries (comme plus tard et dans des proportions plus amples et spectaculaires : PersĂ©e)
 L’acte IV regroupe les Ă©pisodes les plus spectaculaires : ceux des supplices inventĂ©s par la jalouse et sadique Junon contre Io : frimas glaçants, forges brĂ»lantes, puis arrĂȘt des Parques, elles aussi inflexibles quant Ă  la souffrance de la pauvre et si dĂ©munie nymphe aimĂ©e de Jupiter… La salle d’opĂ©ra de St-Germain, dessinĂ©e par Carlo Vigarini (qui en l’occurrence dessine machineries et dĂ©cors), permet les changements Ă  vue, les vols divins et son parterre peut contenir jusqu’à 650 spectateurs.

 

 

 

ISIS, 1677 :
JUNON ATHENAIS FURIEUSE
PROVOQUE L’EXIL DE QUINAULT

 

 

Le site est alors puisque Versailles n’existe pas encore, le lieu des reprĂ©sentation royales par excellence. ThĂ©sĂ©e et Atys y ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© crĂ©Ă©s. Ayant abandonnĂ© la pratique de la danse, le Roi Ă  37 ans, se passionne surtout dĂšs 1675 pour l’opĂ©ra. Chaque ouvrage est prĂ©sentĂ© devant le souverain trĂšs interventioniste (participant au choix des sujets voire aux situations dramatiques), pendant le Carnaval puis repris Ă  Paris. AprĂšs Isis, paraĂźtront encore Proserpine (1680), Le Triomphe de l’Amour (1681), PhaĂ©ton (1683) et Roland (1684).
Lully rĂ©serve le rĂŽle titre Ă  Marie Aubry, dĂ©jĂ  cĂ©lĂšbre car elle fut Sangaride dans Atys l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente. A Mlle de Saint-Christophle, ailleurs dĂ©esse ou sorciĂšre colĂ©rique – elle fut CybĂšle dans Atys, revient le personnage rival d’Isis, la fiĂšre et haineuse voire barbare Junon.
Comme tous les opĂ©ras prĂ©sentĂ©s devant Louis XIV, chaque discipline n’a qu’un but : incarner le prestige et la grandeur de la Cour de France, celle du Roi-Soleil ; l’orchestre d’Isis est important, rien Ă  voir avec les petits ensembles baroqueux dont le public contemporain est familier. Il regroupe jusqu’à 100 instrumentistes, dont les trompettes de la Grande Écurie (qui accompagnent la RenommĂ©e et sa suite dans le prologue) et les membres du clan Hotteterre (Louis, Jean, Nicolas, Jeannot) cĂ©lĂšbres flĂ»tistes particuliĂšrement exposĂ©s dans le divertissement de l’acte III qui Ă©voque la nymphe Syrinx. A la puissance dĂ©clamatoire de l’orchestre rĂ©pond le luxe et le raffinement des costumes dessinĂ©s par Jean BĂ©rain.

En rĂ©pĂ©titions, Ă  Saint-Germain dĂšs le moins de novembre 1676, soit 2 mois avant la crĂ©ation, Isis est au cours de sa genĂšse et des sĂ©ances prĂ©paratoires, promis Ă  un grand succĂšs : en dĂ©cembre, Quinault lit en avant-premiĂšre son texte d’aprĂšs Ovide (livre I) ; le poĂšte baroque français Ă©carte l’épisode oĂč Jupiter amoureux change Io en gĂ©nisse ; il prĂ©fĂšre plutĂŽt traiter l’épisode oĂč le dieu de l’Olympe cache sa maitresse Io, dans une nuĂ©e, afin de la protĂ©ger des foudres de son Ă©pouse, l’irascible et jalouse Junon. Les auditeurs sont enthousiastes. Rien ne laissait prĂ©sager l’accueil final de l’opĂ©ra dĂ©clamĂ©, en dĂ©finitive plutĂŽt rĂ©ticent, ni l’exil dont allait ĂȘtre victime Quinault. La Montespan se reconnaissant dans le figure de Junon, et ici Io / Isis incarnant la derniĂšre proie du roi Ă©grillard, Isabelle de Ludres, dans les faits historiques, vraie rivale de la maĂźtresse en titre, obtint du Roi la disgrĂące du poĂšte. On ne se moque pas de la Favorite officiel du Soleil : AthĂ©naĂŻs rĂšgne sur le cƓur de Louis. Isis fut un opĂ©ra rapidement remisĂ© dans les placards du scandale et de la honte.

 

 

 

 

  

 

 

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CD Ă©vĂ©nement, annonce. Lully: Isis, LWV 54 – Hubeaux, Tauran
 Les Talens lyriques / C Rousset (2 CD ApartĂ©) – prochaine critique complĂšte d’ISIS de Lully par les talens lyriques dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

 

 

 

 

 

Compte-rendu critique. OpĂ©ra. BEAUNE, LULLY, Isis, 12 juillet 2019. Les Talens lyriques, ChƓur de Chambre de Namur, C Rousset.

Compte-rendu critique. OpĂ©ra. BEAUNE, LULLY, Isis, 12 juillet 2019. Orchestre Les Talens lyriques et chƓur de Chambre de Namur, Christophe Rousset. Christophe Rousset poursuit, Ă  Beaune, son cycle Lully, avec l’une des partitions les moins jouĂ©es et les plus riches musicalement du compositeur. Une distribution qui frise l’idĂ©al et un orchestre Ă  son meilleur. On se frotte les mains, l’opĂ©ra est dĂ©jĂ  en boĂźte.

Isis brillamment ressuscité

lully_portrait_mignard_lebrunOn pouvait entendre le cĂ©lĂšbre chƓur des trembleurs dans la belle anthologie qu’Hugo Reyne avait consacrĂ© Ă  La Fontaine, avant que le chef ne l’enregistre pour son propre cycle dĂ©diĂ© Ă  Jean-Baptiste Lully. Nul doute que la lecture de Christophe Rousset, Ă  en juger par le magnifique concert bourguignon, se hissera au sommet de la bien maigre discographie de ce chef-d’Ɠuvre. La cinquiĂšme tragĂ©die lyrique du Florentin passa Ă  la postĂ©ritĂ© sous le nom d’« opĂ©ra des musiciens », prĂ©cisĂ©ment en raison de l’opulence et du raffinement de la partition. Outre le chƓur des Peuples des climats glacĂ©s, dont on connaĂźt la fortune, l’Ɠuvre compte moult merveilles, de la plainte de Pan, dans le mĂ©tathĂ©Ăątre du 3e acte, la superbe descente d’Apollon au Prologue, la scĂšne onomatopĂ©ique des forges des Chalybes, ou encore le trio des Parques dans la scĂšne conclusive de l’opĂ©ra. On rĂȘve toujours Ă  une version scĂ©nique de cette Ɠuvre moins riche en pĂ©ripĂ©ties que les autres tragĂ©dies lyriques : le merveilleux baroque se nourrit aussi des effets visuels des machines et des costumes qui participent Ă  la stupeur quasi constante du spectateur.
La distribution rĂ©unie dans la chaleur moite de la CollĂ©giale Notre-Dame est proche de l’idĂ©al. On pourrait regretter qu’étant donnĂ© le nombre Ă©levĂ© de personnages, les interprĂštes, qui endossent plusieurs rĂŽles, ne parviennent pas toujours Ă  les bien diffĂ©rencier, mais la plupart sont relativement secondaires. Le rĂŽle-titre est magnifiquement incarnĂ© par Ève-Maud Hubeaux qui, par la prĂ©sence, l’engagement dramatique et la couleur de la voix, a la grĂące touchante d’une VĂ©ronique Gens : Ă©locution idoine et projection solidement charpentĂ©e sont des qualitĂ©s Ă©galement distribuĂ©es ; on les retrouve chez Cyril Auvity, merveilleux Apollon Ă  la voix cristalline, d’une fluiditĂ© et d’une puretĂ© qui forcent le respect, capable de pousser la voix dans les moments de dĂ©pit, sans perdre une once de son Ă©loquence maĂźtrisĂ©e. En Jupiter et Pan, Edwin Crossley-Mercier dispense toujours la mĂȘme Ă©lĂ©gance vocale ; si la voix semble parfois un peu Ă©touffĂ©e, la diction est en revanche impeccable ; il est un Jupiter trĂšs crĂ©dible dans sa duplicitĂ© avec Junon, et la dĂ©ploration de Pan au 3e acte est l’un des moments bouleversants de la soirĂ©e. Philippe EstĂšphe, entre autres en Neptune et Argus, est une trĂšs magnifique rĂ©vĂ©lation : un timbre superbement ciselĂ©, un art de la dĂ©clamation trop rare : dans l’acoustique par trop rĂ©verbĂ©rĂ©e de la Basilique, pas une syllabe ne s’est perdue dans les volutes romanes du bĂątiment. MĂȘmes qualitĂ©s chez le tĂ©nor Fabien Hyon, Mercure espiĂšgle et dĂ©cidĂ© : les quelques duos avec Cyril Auvity ont provoquĂ© une rare jouissance vocale qu’on aurait souhaitĂ© voir se prolonger. Chez les hommes, le seul point noir est le HiĂ©rax d’Aimery LefĂšvre : la voix est lĂ , le timbre n’est pas dĂ©sagrĂ©able, loin s’en faut, mais ces belles compĂ©tences sont gĂąchĂ©es par une diction engorgĂ©e : on a peinĂ© Ă  suivre sa dĂ©clamation, si essentielle dans le thĂ©Ăątre du XVIIe siĂšcle. Aucun faux-pas chez les autres interprĂštes fĂ©minines : la Junon de BĂ©nĂ©dicte Tauran, d’une faconde elle aussi impeccable et qui ne tombe pas dans le piĂšge de la colĂšre excessive : la tragĂ©die lyrique doit, Ă  tout instant, rester une Ă©cole de rhĂ©torique, et les interprĂštes l’ont bien compris : la mezzo moirĂ©e d’Ambroisine BrĂ© s’y soumet avec Ă©lĂ©gance, dans ses deux rĂŽles (principaux) d’Iris et de Syrinx, tandis que les deux nymphes de Julie Calbete et Julie Vercauteren (superbe duo), complĂštement avec rĂ©ussite cette trĂšs belle distribution.
On saluera une nouvelle fois les nombreuses et excellentes interventions du ChƓur de Chambre de Namur ; Ă  la direction, Christophe Rousset anime les forces alliciantes et roboratives des Talens lyriques, avec une passion raisonnĂ©e : la prĂ©cision des tempi est toujours au service de l’éloquence du geste et de la parole, et dans ce rĂ©pertoire, il est dĂ©sormais passĂ© maĂźtre.

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Compte-rendu. Beaune, Festival d’OpĂ©ra Baroque et Romantique, Lully, Isis, 12 juillet 2019. Ève-Maud Hubeaux (Thalie, Io, Isis), Cyril Auvity (Apollon, 1er Triton, Pirante, Erinnis, 2e Parque, 1er Berger, La Famine, L’Inondation), Edwin Crossley-Mercier (Jupiter, Pan), Philippe EstĂšphe (Neptune, Argus, 3e Parque, La Guerre, L’Incendie, Les Maladies violentes), Aimery LefĂšvre (Hierax, 2e Conducteur de Chalybes), Ambroisine BrĂ© (Iris, Syrinx, HĂ©bĂ©, Calliope, 1Ăšre Parque), BĂ©nĂ©dicte Tauran (Junon, La RenommĂ©e, MycĂšne, MelpomĂšne), Fabien Hyon (2e Triton, Mercure, 2e Berger, 1er Conducteur de Chalybes, Les Maladies languissantes), Julie Calbete et Julie Vercauteren (Deux Nymphes), Orchestre Les Talens lyriques, ChƓur de chambre de Namur, Christophe Rousset (direction).

Paris,salle Pleyel: Mozart, les MystĂšres d’Isis, le 23 novembre 2013

Paris,salle Pleyel: Mozart, les MystĂšres d’Isis, le 23 novembre 2013        …        En 1801, le praguois  Ludwig Wenzel Lachnith (55 ans) prĂ©sente aux parisiens un nouvel opĂ©ra de Mozart, jamais crĂ©Ă© en France, Les MystĂšres d’Isis… Sous ce titre magique et fantastique, exotique et antiquisant, le compositeur arrangeur, inspirĂ© par Haydn et Pleyel, a recyclĂ© la musique du dernier opĂ©ra de Wolfgang (1791) : La FlĂ»te enchantĂ©e, enrichie d’emprunts Ă  d’autres de ses opĂ©ras tels Don Giovanni, Les Noces de Figaro, La ClĂ©mence de Titus …

Mozart : les mystĂšres d'Isis (Paris, 1801) Il en rĂ©sulte un opĂ©ra composite, maniĂšre de pasticcio romantique rĂ©unissant dans un nouvel ordre dramatique les morceaux de La FlĂ»te et ceux des autres opĂ©ras de Mozart. Avec le librettiste Étienne Morel de ChĂ©deville, Lachnith n’hĂ©site pas Ă  s’inscrire dans le goĂ»t dominant du ” Retour d’Egypte “, portĂ© par les campagnes proche-orientales de Bonaparte et de ses successeurs dont le gĂ©nĂ©ral KlĂ©ber (1798-1801).

Les MystĂšres d’Isis, 1801
opĂ©ra en 4 actes d’aprĂšs Mozart

Samedi 23 novembre 2013, 19h30
Paris, Salle Pleyel

Une passion française pour l’Egypte et Mozart …

En 1801, l’Ă©popĂ©e contemporaine de la campagne d’Egypte exalte l’imagination des français. L’engouement pour l’Egypte ne cessera jamais de croĂźtre ; toute une nouvelle esthĂ©tique exprime le goĂ»t français pour l’AntiquitĂ© Egyptienne.
Ainsi les MystĂšres d’Isis suscitent un incroyable succĂšs malgrĂ© la libertĂ© parfois irrespectueuse avec laquelle Lachnith recompose et dĂ©nature l’hĂ©ritage mozartien. Or l’ouvrage, vĂ©ritable emblĂšme du goĂ»t parisien du premier romantisme (1801) permet aux auditeurs de dĂ©couvrir pour la premiĂšre fois morceaux et airs de La FlĂ»te enchantĂ©e. Beau geste de sensibilisation ou comme le dit Berlioz alors, inacceptable irrespect des sources mozartiennes ? Au delĂ  de la querelle esthĂ©tique et du bien fondĂ© scientifique de l’aventure, la production ainsi recrĂ©Ă©e connaĂźt un triomphe jamais dĂ©menti jusqu’en 1827, applaudie de reprises en reprises (1816, 1827) … au total plus de 130 reprĂ©sentations. C’est aussi Ă  travers la sĂ©lection trĂšs fine des airs ainsi rĂ©assemblĂ©s, la preuve que Lachnith et ChedĂ©ville connaissent en profondeur l’oeuvre mozartienne, qu’ils sont capables d’en extraire la quintessence pour l’Ă©blouissement du public.
De ce point de vue, le rĂ©sultat est une rĂ©ussite. L’enjeu de cette nouvelle recrĂ©ation 2013 vise Ă  reconsidĂ©rer de façon historique une Ă©tape importante dans l’histoire du mythe mozartien en France : derriĂšre le succĂšs du spectacle de 1801 se cache une double passion, celle naissante pour Mozart, celle surtout pour l’Egypte antique. En 1822, Champollion fait avancer l’archĂ©ologie Ă©gyptienne en dĂ©chiffrant les hiĂ©roglyphes.

Les MystĂšres d’Isis, 1801
d’aprĂšs les opĂ©ras de Wolfgang Amadeus Mozart

ArrangĂ© par Ludwig Wenzel Lachnith d’aprĂšs La FlĂ»te enchantĂ©e
Livret d’Étienne Morel de ChĂ©deville
Version de concert

Le Concert Spirituel & le ChƓur de la Radio Flamande
Hervé Niquet, direction

Sandrine Piau,   Pamina
Marie Lenormand,   Mona
Marianne Crebassa,   MyrrÚne
Sébastien Droy,   Isménor
Tassis Christoyannis,  Bochoris
Jean Teitgen,   Zarastro

Chantal Santon,    PremiÚre dame / premiÚre suivante
Jennifer Borghi,    DeuxiÚme dame / deuxiÚme suivante
Élodie MĂ©chain,   TroisiĂšme dame / troisiĂšme suivante
Mathias Vidal,   Premier prĂȘtre / premier ministre / Le gardien
Marc Labonette,   DeuxiĂšme prĂȘtre / deuxiĂšme ministre

Coproduction Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française / Salle Pleyel

informations pratiques :
Salle Pleyel  – 252 rue du faubourg Saint-HonorĂ© 5008 Paris
01 42 56 13 13 – Tarifs de 10 à 60 euros

Lachnith exploite le goĂ»t du public en France pour les arrangements et la traduction en français des oeuvres Ă©trangĂšres : malgrĂ© le cycle de programmation du ThĂ©Ăątre-Italien, beaucoup d’opĂ©ras sont crĂ©Ă©s dans la Capitale dans la langue locale. MĂȘme une reprise de La FlĂ»te EnchantĂ©e au ThĂ©Ăątre-Italien en 1865 est chantĂ©e en français (livret traduit de Nuitter de Beaumont). Si Berlioz Ă  l’Ă©poque de la crĂ©ation des MystĂšres d’Isis crie au scandale et Ă  l’assassinat de Mozart, il n’hĂ©site pas Ă  Ă©carter les rĂ©citatifs originaux du FreischĂŒtz de Weber (1841) et Ă  les rĂ©Ă©crire lui-mĂȘme en français…
GrĂące Ă  ses tailles et coupes, agencements nouveaux et nouvelle succession d’Ă©pisodes d’aprĂšs La FlĂ»te entre autres, Les MystĂšres d’Isis de 1801 s’imposent au goĂ»t des parisiens : c’est mĂȘme l’opĂ©ra le plus jouĂ© sous l’Empire quand une liste des plus grands succĂšs lyriques est Ă©tabli en 1810 Ă  la demande de NapolĂ©on (dĂ©jĂ  71 reprĂ©sentations alors). L’ouvrage de Lachnith a contribuĂ© sans rĂ©serve Ă  l’Ă©tablissement du mythe mozartien en France, ce malgrĂ© ces libertĂ©s et dĂ©naturations suspectes.

Acclimatation réussie

Pour adapter Mozart au goĂ»t français du premier romantisme Ă©gyptianisant, Lachnith rĂ©Ă©crit l’enchaĂźnement des Ă©pisodes de La FlĂ»te, ajoute des ballets, retranscrit pour de nouvelles tessitures les airs originaux, selon les chanteurs Ă  sa disposition et selon la tradition du chant parisien, refonde un nouveau drame dans le sens plus fastueux du grand opĂ©ra Ă  la française, oĂč le spectaculaire pictural des dĂ©cors doit impressionner l’audience …
Le singspiel allemand et son caractĂšre fantastique et poĂ©tique Ă©volue ainsi vers le noble merveilleux du tragique français (avec rĂ©citatifs dans le style de Gluck, car Ă  l’OpĂ©ra : pas de dialogues parlĂ©s). De mĂȘme la Reine de la nuit n’est plus un soprano coloratoure mais une mezzo

A l’Ă©poque oĂč Mozart demeure rare voire exceptionnel, les deux auteurs des MystĂšres, douĂ©s d’une intuition visionnaire et connaissant parfaitement le gĂ©nie mozartien, offrent aux parisiens les meilleurs airs de La FlĂ»te enchantĂ©e, auxquels ils ajoutent d’autres perles issues de Titus, des Noces, de Don Giovanni. MĂȘme contemporain, l’assemblage nouveau relevant du meilleur goĂ»t de leur Ă©poque, est un haut fait musical, le miroir de l’esthĂ©tique lyrique au dĂ©but du nouveau siĂšcle, passionnĂ©ment romantique.

L’histoire a changĂ©. À la mort de Zoroastre et Ă  sa demande, sa fille Pamina est enlevĂ©e par Zarastro, le grand prĂȘtre  d’Isis. Celui-ci est l’ennemi de MyrrĂšne, la mĂšre de Pamina. Ismenor, prince Ă©gyptien amoureux  de la jeune captive, cherche Ă  la dĂ©livrer, mais se heurte aux sortilĂšges de Zarastro. Il mĂšne  alors, avec le pĂątre Bochoris (ex Papageno de La FlĂ»te) auquel MyrrĂšne confie un sistre magique, une longue quĂȘte pour
sauver Pamina de l’emprise de Zarastro. Épreuves du feu, de l’eau, de l’air sont les jalons d’une nouvelle geste fĂ©erique qui culmine en une fin heureuse, au temple de la lumiĂšre.

Si l’ouverture originale a conservĂ© sa place (comme l’air de Tamino ou l’entrĂ©e de Papageno), le lever de rideau des MystĂšres d’Isis assemble des morceaux tirĂ©s de la fin de La FlĂ»te. Plus troublant mais non moins passionnant, l’utilisation d’airs d’autres opĂ©ras Ă  des moments clĂ©s de l’action nouvelle : La Reine de la nuit paraĂźt pour la premiĂšre fois avec le premier air de Donna Anna  (Don Giovanni), transposĂ© plus bas, puis chante le sublime air de Vitellia « Non piu di fiori » (La Clemenza di Tito : air de bascule, essentiel dĂ©jĂ  pour Titus, quand la mauvaise Ă©prouve pour la premiĂšre fois un sentiment de compassion : le cor de basset soliste original y est remplacĂ© dans les MystĂšres d’Isi par un basson).
Plus spectaculaire, la strette vocalisante de l’air de Sesto « Parto ma tu ben mio » (La Clemenza di Tito) est transformĂ©e en un duo vertigineux  entre Tamino (rebaptisĂ© IsmĂ©nor) et Papageno. Un peu plus loin, le cĂ©lĂ©brissime air de Don Giovanni (« Finch’han dal vino ») devient un trio endiablĂ© entre Pamina, Papageno et Papagena (laquelle voit son  rĂŽle considĂ©rablement Ă©toffĂ©, sous le nom de Mona). Dernier exemple enfin, le quintette « du cadenas  » devient une scĂšne collective avec chƓur absolument impressionnante. Et la Reine de la Nuit prend mĂȘme la peine de s’y dĂ©ranger pour chanter en quatuor au milieu de ses trois dames…


Les principaux personnages
La FlĂ»te EnchantĂ©e versus Les MystĂšres d’Isis

Tamino devient Isménor
Pamina :  Pamina
Papageno : Bochoris
La Reine de la Nuit : MyrrĂšne
Zarastro : Zarastro
Papagena : Mona
Monostatos : Le Gardien

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Les décors de la création

La monumentale Ă©vocation des rites de l’Egypte antique s’accomplit de l’extĂ©rieur colossal vers l’intĂ©rieur mystĂ©rieux. Peu Ă  peu, l’action mĂšne le spectateur du solennel grandiose vers l’accomplissement et la rĂ©vĂ©lation du secret …

ACTE I
Le thĂ©Ăątre reprĂ©sente les portiques qui entourent l’enceinte habitĂ©e par les prĂȘtres d’Isis. On voit, d’un cĂŽtĂ©, l’entrĂ©e du Palais de MyrrĂšne, de l’autre celle des souterrains qui conduisent Ă  la  demeure des PrĂȘtres et au temple d’Isis. Plus loin, un pont sur un canal du Nil. On dĂ©couvre, dans le  fond, diverse pyramides et, dans le lointain, la vue de Memphis. Au lever du rideau, des PrĂȘtres et  PrĂȘtresses sont rangĂ©s sur le thĂ©Ăątre, oĂč ils attendent un sacrifice Ă  Isis. Il fait nuit.

ACTE II et III
Le thĂ©Ăątre change et reprĂ©sente une vaste avenue de Sphinx qui conduit de l’habitation profonde, au Temple et aux lieux rĂ©servĂ©s Ă  la demeure des PrĂȘtres. On dĂ©couvre des terrasses sur  lesquelles sont des plantations qui entourent ces monuments.

ACTE IV 
Le thĂ©Ăątre change et reprĂ©sente une salle souterraine destinĂ©e aux assemblĂ©s de PrĂȘtres. On y  entre par diffĂ©rentes issues ; elles sont toutes fermĂ©es et gardĂ©es par l’armĂ©e des PrĂȘtres qui, du fond d’une galerie obscure, viennent prendre place suivant leur ordre.

Illustrations : dĂ©cors des MystĂšres d’Isis de Mozart (1801, 1816, 1827) DR

 

Mozart : Les mystĂšres d’Isis. Paris, salle Pleyel, le 23 novembre 2013

OpĂ©ra, dĂ©couverte. Mozart : Les mystĂšres d’Isis. Paris, salle Pleyel, le 23 novembre 2013     …

Les MystĂšres d’Isis, l’opĂ©ra Ă©gyptien de Mozart (1801)

Mozart : les mystĂšres d'Isis (Paris, 1801)

Le 23 novembre 2013 prochain, la Salle Pleyel dĂ©voile un opĂ©ra oubliĂ© de Mozart : Les MystĂšres d’Isis, ouvrage marquĂ© par le retour d’Egypte … En 1801, le praguois  Ludwig Wenzel Lachnith (55 ans) prĂ©sente aux parisiens un nouvel opĂ©ra de Mozart, jamais crĂ©Ă© en France, Les MystĂšres d’Isis… Sous ce titre magique et fantastique, exotique et antiquisant, le compositeur arrangeur, inspirĂ© par Haydn et Pleyel, a recyclĂ© la musique du dernier opĂ©ra de Wolfgang (1791) : La FlĂ»te enchantĂ©e, enrichie d’emprunts Ă  d’autres de ses opĂ©ras tels Don Giovanni, Les Noces de Figaro, La ClĂ©mence de Titus …
Il en rĂ©sulte un opĂ©ra composite, maniĂšre de pasticcio romantique rĂ©unissant dans un nouvel ordre dramatique les morceaux de La FlĂ»te et ceux des autres opĂ©ras de Mozart. Avec le librettiste Étienne Morel de ChĂ©deville, Lachnith n’hĂ©site pas Ă  s’inscrire dans le goĂ»t dominant du ” Retour d’Egypte “, portĂ© par les campagnes proche-orientales de Bonaparte et de ses successeurs dont le gĂ©nĂ©ral KlĂ©ber (1798-1801).

Les MystĂšres d’Isis, 1801

opĂ©ra en 4 actes d’aprĂšs Mozart

Samedi 23 novembre 2013, 19h30
Paris, Salle Pleyel