Paris. Théâtre des Champs Elysées, le 10 janvier 2013. Kodály, Schumann, Rachmaninov. Martin Helmchen, piano. Orchestre National de France. Andrés Orozco-Estrada, direction.

Le Théâtre des Champs Elysées accueille l’Orchestre National de France pour son premier concert de l’année 2013 sous la direction du chef invité Andrés Orozco-Estrada dans un programme aux parfums romantiques et post-romantiques qui célèbre la virtuosité et la danse.


Début d’année dansant et passionné

Le concert commence avec les Danses de Galanta de Zoltán Kodály (1882 – 1967), icône de la musique hongroise et de l’enseignement musical au 20e siècle (la célèbre méthode Kodály est inspirée des travaux pédagogiques du compositeur). Il s’agît d’une sorte de rondo modifié, dont le matériel thématique est tiré de la musique de recrutement tzigane (Verbunkos), que le maître a pu entendre plusieurs fois dans son enfance à Galanta (située aujourd’hui en Slovaquie).

L’Orchestre National de France gère avec beaucoup de charme les forts contrastes entre le post-romantisme harmonique prédominant, avec des cordes envoûtante et nuancées, et l’inspiration mélodique issue du folklore, avec un groupe des vents d’une éclatante vivacité et dont la virtuosité est un trait caractéristique. Sous la baguette dansante du chef colombien Andrés Orozco-Estrada, la clarté et la maestria sont indiscutablement privilégiées par l’orchestre.

Ensuite le très célèbre Concerto pour Piano et Orchestre en la mineur de Robert Schumann (1810 – 1856) interprété par le jeune pianiste berlinois Martin Helmchen. Extraordinaire exemple de la forme de concerto du premier romantisme, Schumann achève ici un certain équilibre entre cohérence musicale et virtuosité pure. Il le fait en ayant recours à une structure monothématique dominante. Dans l’allegro affetuoso qui ouvre la composition, le thème principal est introduit par les vents, ici de façon quelque peu incertaine, et très rapidement repris et commenté par le piano. Rapidement aussi les vents gagnent en sûreté, notamment les belles flûtes et les bassons chaleureux et Helmchen impressionne avec une incontestable dextérité et une sensibilité tout-à-fait contemporaine. Le dialogue entre piano et orchestre est riche de nuances, juste avant la cadence surprenante. Ici très peu de rubato de la part du soliste (!), plutôt un style endiablé et agité aux effets saisissants et troublants. La coda qui ferme le mouvement est exceptionnellement concertée par le chef d’orchestre. L’intermezzo qui suit d’une douceur presque enfantine est interprété de façon très peu révérencieuse par le pianiste, ce qui est rafraîchissant et confondant à la fois, mais surtout intéressant, ajoutant au jeu contemporain du soliste un certain air capricieux. L’Allegro vivace final est le moment pour Helmchen de montrer davantage sa virtuosité et surtout son art du spectacle, l’orchestre participant au dialogue ravissant de façon presque galante. Une fin complètement fortifiante, et une prestation qui inspire à l’auditoire ses plus forts applaudissements. Ce qui inspire le pianiste à son tour à offrir un bis de Schumann, le morceau Vogel als Prophet de l’op. 82 Waldszenen, petit bijoux d’une beauté pleine de poésie et de mystère qui fait penser aux poèmes d’un Novalis.

Le concert s’achève avec les Danses Symphoniques de Serge Rachmaninov (1873 – 1943), sorte de rhapsodie concertante pour très grand orchestre, véritable chant de cygne du compositeur. La pièce est sans aucune doute d’une énorme difficulté, certainement pour les musiciens mais parfois également pour les auditeurs.
Dès le premier mouvement, deux aspects omniprésents, et à plusieurs reprises transfigurés dans la partition, se distinguent ; d’abord l’audace harmonique empruntée au Coq d’Or de Rimsky-Korsakov, et la figure musicale sur laquelle cette spécificité est appliquée, le Dies Irae orthodoxe. Une occasion extraordinaire pour le chef de montrer l’excellence technique des musiciens de l’Orchestre National de France jouant avec une puissante vivacité qui n’est pourtant pas dépourvue de mystère. Le mouvement compte avec la participation d’un saxophone, s’ajoutant aux vents qui donnent une prestation impeccable. Au deuxième mouvement, sorte de valse mélancolique parfois, à la sonorité de musique de film mais aussi avec une certaine influence de Ravel, Sarah Nemtanu, premier violon, montre sa maîtrise exquise de l’instrument avec un solo hanté. La pièce termine avec un troisième mouvement d’une sombre et dansante religiosité, avec un contrebasson très présent, un tuba et 7 percussionnistes aux timbres plus originels que brillants. Un final confondant et menaçant, surtout frappant.
Voici un début d’année solide et spectaculaire, mélangeant pathos avec légèreté, tout en montrant le talent et les vastes forces de l’Orchestre National de France.

Illustration: Andrès Orozco-Estrada © W.Kmetitsch

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