Paris. Opéra National de Paris (Opéra Bastille), le 3 juillet 2014. « Notre-Dame de Paris », Ballet en deux actes d’après le roman de Victor Hugo. Roland Petit, chorégraphie et mise en scène. Kevin Rhodes, direction musicale.

Retour de Roland Petit à l’Opéra de Paris pour la fin de saison 2013-2014! Notre-Dame de Paris, le ballet médiéval du chorégraphe français, avec les costumes intemporels d’Yves Saint-Laurent, les décors d’après René Allio et la musique du célèbre compositeur pour le cinéma Maurice Jarre, est aussi le dernier ballet de l’Étoile Nicolas Le Riche, dont la dernière performance officielle a lieu ce 9 juillet. Une soirée haute en couleurs et en émotion !

Un si beau et trépidant malheur…

notre_dame_de_paris2-_c_c._leiberLe ballet devenu désormais un classique, représente clairement le style particulier du chorégraphe, loin des académismes inévitables de la danse néo-classique. Avec la clarté et la précision qui lui sont propres, Petit s’inspire des scènes importantes du monument de Victor Hugo, focalisant l’action sur trois personnages : Esméralda la gitane, l’effrayant archidiacre Frollo et Quasimodo, bossu monstrueux protégé par ce dernier. Les deux hommes, ainsi que Phoebus, capitaine des archers, sont fascinés par Esméralda. Frollo dans sa jalousie meurtrière, tue Phoebus et incrimine la belle, condamnée à mort mais sauvée par Quasimodo qui la cache ensuite dans la cathédrale où elle est protégée par le droit d’asile. Frollo la trouve et la délivre après son refus de céder à ses passions. Elle est ensuite exécutée et Frollo étranglé par Quasimodo, qui part avec le corps inerte de celle qu’il a aimé. Roland Petit (1924 – 2011), met en scène et en mouvement la tragédie de façon incisive et fulgurante, mais aussi avec lyrisme et innovation.

Comment faire danser Quasimodo, qui peine déjà à marcher proprement ? La réponse de Roland Petit, qui à crée lui-même le rôle à l’Opéra de Paris en 1965, se voit davantage magnifiée et mise en valeur quand Nicolas Le Riche, l’un de ses danseurs fétiches, l’interprète. Le personnage habité par la douleur causée par le regard méprisant de la société, acquiert quelque chose d’attendrissant. Ce n’est pas un Quasimodo tourmenté, c’est un être avant tout triste et amoureux, en l’occurrence non seulement d’Esméralda, brillamment interprétée par Eleonora Abbagnato, mais aussi de la danse. Jamais la danse si parfaite et si sincère de Le Riche s’oppose à la situation et à la psychologie du personnage, au contraire, on dirait que le danseur se sert du tourbillon d’émotions qu’est le ballet ainsi que des sentiments partagés de son départ imminent, pour offrir une prestation bouleversante de beauté. L’abandon dans ses pirouettes et dans ses pas boiteux en général s’exprime jusqu’au bout de ses cheveux : il touche l’auditoire jusqu’aux frissons, pleurs et bravos.

Le personnage plus évidemment tourmenté dans cette distribution est sans doute Frollo, interprété par Josua Hoffalt. Après sa performance inoubliable dans Robbins il y a quelques semaines, le jeune papa sportif, campe une performance saisissante, incroyable d’un point de vue artistique et athlétique. Comme Le Riche, il paraît profondément habité par le personnage sombre et inquiétant.

A chacune de ses apparitions sur scène, une ambiance diabolique fortement troublante s’instaure. Au superbe travail de l’acteur, s’ajoute une souplesse à laquelle nous ne pouvons pas rester insensibles… Mais aussi des sauts et des pirouettes impressionnants qui font de lui un virtuose, indéniablement. L’Esméralda d’Eleonora Abbagnato fait preuve d’un mélange de piquant et de sensualité avec une gestuelle outrée et un entrain plein de brio. Malgré une performance en manque d’équilibre, elle demeure une grand interprète de Petit et se montre très souvent grande technicienne, parfois aussi touchante et tendre. Florian Magnenet dans le rôle de Phoebus

, nous laisse de marbre. Même ses mouvements tremblants et dubitatifs peinent à toucher. On dirait un Prince d’un conte romantique d’une terrible froideur et fadeur. Il est beau, il est grand, il est même blond à l’occasion, et il danse joliment un rôle sans véritable profondeur.

Le Corps de Ballet a des belles occasions dans cette œuvre. Les danseurs bénéficient surtout des superbes costumes d’Yves Saint-Laurent mais ils sont aussi très souvent gâtés par les tableaux fulgurants et percutants que Petit crée pour eux. Kevin Rhodes, quant à lui, dirige un Orchestre National d’Ile-de-France plutôt,  réactif et efficace. La musique de Maurice Jarre, quoi que pas terriblement originale et intéressante, illustre parfaitement les mœurs évoqués dans la scénographie à la fois moderne et moyenâgeuse de René Allio. Elle  offre surtout une pulsation rythmique constante pour les auditeurs et les danseurs.

Cest donc une grand œuvre d’art moderne que nous accueillons avec bonheur après 10 ans d’absence dans la maison. A découvrir ou redécouvrir sans modération ! A l’affiche de l’Opéra Bastille les 8, 10, 11, 13, 15 et 16 juillet 2014.

Paris. Opéra National de Paris (Opéra Bastille), le 3 juillet 2014. « Notre-Dame de Paris », Ballet en deux actes d’après le roman de Victor Hugo. Roland Petit, chorégraphie et mise en scène. Yves Saint-Laurent, costumes. Eleonora Abbagnato, Nicolas Le Riche, Josua Hoffalt… Ballet de l’Opéra. Maurice Jarre, musique. Orchestre National d’Ile-de-France. Kevin Rhodes, direction musicale.

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