Nuits Romantiques d’Aix-les-Bains (73) Du 25 septembre au 4 octobre 2009

Nuits Romantiques d’Aix-les-Bains (73)
Du 25 septembre au 4 octobre 2009
De Chopin à Mahler, la Valse

Les Nuits Romantiques ne sont-elles plus tout à fait ce qu’elles étaient au bord du Lac-par-excellence ? Ou bien le Temps suspend-il son vol pendant la Valse ? La Valse dans tous ses états musicaux et chorégraphiques est le thème de la session 2009, pas si frivole qu’il n’y paraît, et riche en regards de coulisses vers l’histoire, la sociologie et l’esthétique.

Les rapides délices des plus beaux de nos jours

Alors, Aix, oublié le cher Alphonse de Lamartine, du moins celui du Lac ? « O temps, suspends ton vol, et vous, heures propices / suspendez votre cours ! » Mais n’as-tu pas lu la suite du quatrain adorablement irrégulier :
« Laissez-nous savourer les rapides délices / Des plus beaux de nos jours ! »

C’était en 1816, quelques mois avant que l’inspiratrice du Lac, Julie Charles, la belle Créole, ci-devant épouse d’un illustre physicien, ne meure de la phtisie. Et un an après que le Congrès de Vienne rebâtisse la Sainte-Alliance des monarchies et la gendarmerie contre-révolutionnaire de l’Europe, après liquidation de l’aventure napoléonienne. C’était très long et ardu, ce travail de diplomates en situation mondaine, et comme il arrivait que le Congrès s’ennuie, on dansait. La valse… Comme peut-être Lamartine, bientôt venu à Aix soigner ses malaises nerveux (du spleen, docteur ?) et où il rencontrerait Julie (Elvire de la poésie), déjà en proie à « la maladie de la mort » mais sans doute encore capable de séduire dans les salons et réceptions de la ville d’eaux…

La musique des sphères

Ces deux-là furent-ils comme Goethe racontait dans Werther la scène du bal où Charlotte subjugua le jeune romantique ? « Quand nous en vînmes à la valse, et que nous roulâmes comme les sphères célestes les uns autour des autres, il faut avouer qu’il y eut d’abord une certaine confusion, parce que les bons valseurs sont rares…Quand les plus maladroits eurent quitté la place, nous entrâmes dans le cercle et continuâmes vaillamment jusqu’à la fin…Jamais je ne me suis senti plus léger : je n’étais plus un homme… je me jurai que si j’aimais une jeune fille et que j’eusse quelques droits sur elle, je me ferais tuer plutôt que de la laisser valser avec un, autre ! » Ainsi que le cite fort judicieusement Pierre Korzilius, le conseiller artistique des Nuits d’Aix qui ont choisi en 2009 la thématique de la Valse, c’était aussi le temps où plus au nord Charlotte et Werther se séduisaient en tournoyant, et où près de Chambéry Jean-Jacques Rousseau préférait au « tortillage moderne » les danses plus terroir, et décentes pour sa Nouvelle Héloïse.

Invitations à la valse…

Au fait, la Valse ne fut pas dans ses origines – obscures et controversées – le symbole du charme aristocratique et bourgeois des salons. Plutôt genre un peu lourd, ce laendler autrichien-bavarois-alpin ! Même si au départ il s’agissait pour le danseur d’envoyer en l’air…sa partenaire, style rock acrobatique… Et puis à la fin du XVIIIe, même la bonne société cesse de considérer cette danse comme « lascive et immorale », on civilise et adoucit et esthétise le principe du mouvement tournant, et bientôt on casera la valse, qui dans une sonate (Haydn…), qui dans un opéra (Martin y Soler, l’auteur de Cosa Rara, silhouetté par Mozart dans Don Giovanni), avant que ce ne devienne en Autriche une véritable fureur de vivre mondainement. Et en avant Michael Pamer, Joseph Lanner et surtout la dynastie des Strauss, sublimés par Weber ou Chopin ou Berlioz et Tchaikovski ! C’est en tout cas le choix des Nuits d’Aix en 2009 que de célébrer le culte – Europe Centrale et sa capitale absolue, Vienne ; la France et son phare, Paris – de cette Valse devenue symbole pan-européen de luxe, tourbillon et volupté. Passent alors les fantômes tournoyants dans les salons contés par Balzac, Proust ou Schnitzler, Ophüls ou Visconti. Art de fascination par la Fête, jusqu’à en mourir ou faire mourir, et contresigner l’acte de décès d’une civilisation en fin de vie suicidaire par une Valse (ravélienne) qui achève et parfait toutes les autres…

Mephisto danse

Les Nuits proposent donc un mélange séduisant et séducteur, esthétique et narcissique de « grande » et moins « grande » musique(s), dont les interprètes sont eux-mêmes souvent des porteurs d’une perfection délicieuse, émouvante et surannée. Ainsi, invités pour la 1ère fois en France, les Vienna Classical Players que dirige Martin Kerschbaum, emmènent du côté de chez Strauss and Co, du Beau Danube Bleu et des opérettes viennoises de Belle Epoque XIXe. Les inimitables et emblématiques solistes de la Philharmonie de Vienne, emmenés par leur 1er harpiste au nom d’Ancien Régime et de théorie monarchiste, (Xavier) de Maistre, vont de Haydn en Debussy, Tchaikovski, et même les Strauss (arrangés par Schonberg et Webern !), avant que de vous faire passer en pratique, et si le cœur vous en dit sans trop de vertige, vous pourrez venir montrer ce que vous savez faire au Salon Raphaël, sous leur direction et celle des Ecoles de Danse d’Aix. Côté clavier, Nima Sarkechik (un jeune … Iranien hautement prometteur) exalte Chopin – évidemment ! -, Brahms et Prokofiev, Alain Gampel va de Liszt (ne pas oublier que Mephisto valse !) en Copland, et de –bien sûr- Chopin en Ravel.

Le beau Tadzio et son Aschenbach

Au centre plus (post) romantique ou classique d’une programmation obsessionnée par la Valse, l’Orchestre de Lorraine (Jacques Mercier) célèbre Mozart (qui adorait danser) dans le 23e concerto (Brigitte Engerer) et succombe à l’envoûtement mahlérien dans la 5e Symphonie : vous vous rappelez, l’Adagietto qui ne valse pas mais dont Visconti fit la vénéneuse synthèse dans les tourments amoureux d’Aschenbach-Mort à Venise et du beau Tadzio, obscur objet du désir, mais aussi le vertigineux mixage du scherzo. Encore plus sophistiqué dans la relation valse/le reste : les travaux tous azimuts du Sextuor Vocal Singer Pur, chantant à l’abbaye d’Hautecombe Hildegard von Bingen, Palestrina, Brahms, Chick Corea, et donc les avatars de la valse « à travers dix siècles de musique ». Une conférence de Patrick Favre-Tissot zoome sur la Valse de l’Empereur, microcosme de l’Empereur des Valses, Johann Strauss (junior, fils de J.S.senior, frère de Josef et d’Eduard, tous avec 2 s, clan qui n’est pas celui d’Oscar avec un s, quelles familles !). Passera aussi en lectures ( Claude Aufaure) le fantôme du sulfureux poète Peter Altenberg, inspirateur de Berg dans son op.4 : Satie viennois, Socrate de café, Verlaine du Prater, rigoureux objectiviste (« décrire un, paysage en un seul mot »), alter ego de Karl Kraus dans la Vienne provocatrice d’avant la catastrophe. Et ici érotomaniaque, et misogyne au pays de Klimt et Egon Schiele… Laisse aller, c’est une Valse !

Nuits Romantiques d’Aix les Bains . La Valse . Du 25 septembre au 4 octobre 2009. 7 concerts, conférences, bals… Vendredi 25 septembre, 17h30, 20h30 ; samedi 26, 20h30 ; vendredi 2 octobre 16h, 20h30 ; dimanche 4, 18h. Renseignements et réservations : T. 04 79 88 46 20 ; www.nuitsromantiques.com

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