jeudi, décembre 8, 2022

Max Lorenz, portrait 1 dvd + 1 cd Medici arts

A ne pas rater
Max Lorenz
(1901-1975)

Superbe documentaire qui doit son intérêt évidemment à la personnalité du ténor légendaire (Heldentenor), allemand, Max Lorenz, né en 1901 à Düsseldorf, de son vrai nom, Sülzenfuss: il changera de nom à 20 ans, au moment où formé à Berlin par un professeur estimé, le jeune homme est prêt à éblouir les scènes du monde.
Mais le profil des témoins et admirateurs suffit aussi à établir, voire rétablir le mythique chanteur: Dietrich Fischer Dieskau, carrément élogieux, ou René Kollo, autre ténor wagnérien renommé (qui chanta Tristan à Salzbourg sous la direction de Daniel Barenboim). Le sous-titre du portrait met le doigt sur une source de trouble à l’égard du ténor: « ténor d’Hitler ». En vérité, Max Lorenz, incarnant l’idéal du héros wagnérien, qui fut même dans les années 1930 à 1940, le plus grand Siegfried et le plus inoubliable Tristan de son temps, fut instrumentalisé, comme beaucoup de vedette de la scène artistique par les nazis. D’autant qu’après une tournée aux USA, en 1931, le ténor acclamé qui incarne pour le Met, 5 rôles wagnériens, revient en Europe, relooké, à la mode hollywoodienne, nouveau dandy artiste qui ajoute à son génie vocal et dramatique, un zeste de glamour propre aux années 1930, auquels ses contemporains ne seront d’autant plus indifférents.
De son côté, Winifred Wagner, devenue directrice à Bayreuth, soucieuse de restaurer la réputation du Festspiele, n’hésita pas à pactiser avec le diable (d’autant qu’Hitler aimait de façon passionnée les opéras de Wagner) et que Max Lorenz était devenu l’âme du festival…
Mais les dés ne sont pas joués d’avance ni l’histoire tout à fait lisse: apprenant que Max Lorenz avait été surpris en 1937, avec un jeune homme (car il était homosexuel), de surcroît marié à une juive, Charlotte Appel, ou « Lotte », qui était son agent et qu’il épousa en 1932), Hitler interdit à Lorenz de chanter à Bayreuth !

Pas de Bayreuth sans Lorenz
Ce que l’on sait moins c’est la ténacité de Winifred Wagner à sauver son Bayreuth: prétextant que sans Max Lorenz, il ne pouvait y avoir de Bayreuth, le furher céda et accepta que l’auguste ténor reparaisse sur la scène wagnérienne…
Statut inouï (grâce à la protection personnelle de Goering) quand on sait que les juifs, sur l’ordre de Goebbels, n’étaient pas admis dans l’enceinte bayreuthienne… Coûte que coûte, Lorenz protégea et imposa aussi son épouse et sa belle mère en les emmenant toutes deux en tournée, à Bayreuth et ailleurs.
Le film s’appuie sur de nombreuses images d’archives où l’on saisit la charisme magnétique de l’immense ténor, à la stature divine (il mesurait 2 m à en croire René Kollo). Mais son immense talent l’a imposé sur la scène: voix pénétrante, claire, éclatante comme une trompette, mais avec une intelligence de l’instant capable d’embraser son jeu… « Il ne représentait pas les notes, il était les notes; il était capable de s’approprier la musique d’une façon exceptionnelle« , précise Dietrich Fischer Dieskau. « Il avait cette clarté nordique à la Nilsson, Flagstat ou Björling« , ajoute René Kollo.
D’ailleurs ce dernier souligne non sans pertinence comme il est facile mais incorrect d’accréditer l’idéalisation des héros wagnériens, proches des héros aryens, sacralisés/idolâtrés par l’appareil hitlérien: « les héros de Wagner n’ont rien de positif: prenez Tristan, c’est un handicapé des sentiments, incapable de dire je t’aime; Sigmund est un fuyard; il y a en chacun d’eux le reflet d’une brisure »… Ajoutons que le héros wagnérien est même maudit, c’est un inadapté qui collectionne les échecs tragiques: même Siegfried tout rayonnant qu’il est, se montre bien naïf, objet d’une manipulation honteuse qui entraînera sa mort et la douleur endeuillé et la fin de Brünnhilde.

Grenzebach, Tietjen, Stassen…
Passionnant, le docu évoque aussi ce milieu bayreuthien et wagnérien de l’époque où sous la tutelle de Winifred, le chef et metteur en scène, Heinz Tietjen (qui apprend son jeu à Lorenz et, avec le décorateur Emile Preetorius, engage une réforme essentielle de la mise en scène: symboliste et fantastique, rompant avec le réalisme anecdotique en usage alors), le peintre illustrateur, spécialiste de l’iconographie wagnérienne, Franz Stassen (qui fut amoureux de Lorenz qu’il représenta en Parsifal idéalisé) sont évoqués tour à tour.
Au final, celui qui se forma à Cologne, puis Berlin (aux côtés de l’illustre Ernst Grenzebach), qui échoua à Bayreuth une première fois après avoir été déjà remarqué par Siegfried Wagner en 1924 (ayant trop répété il usa littéralement sa voix!!), obtint le premier prix de chant à Dresde en 1927, fut engagé au Semperoper par Fritz Busch pour chanter… Richard Strauss (Salomé et Hélène d’Egypte), qui revint à Bayreuth, en triomphateur accompli en 1932, n’eut qu’un seul tort: chanter et se faire applaudir à l’époque où le régime nazi s’était emparé du pouvoir. Les nouveaux maîtres allaient instrumentaliser très vite ce génie du chant trop talentueux, trop charismatique. L’époque avait besoin d’idoles et de modèles.
Or sa résistance courageuse, osant imposer son épouse juive, et même refuser de chanter Tristan à Vienne en 1943… montrent l’humanisme et l’intégrité d’un homme que l’on traita après la guerre, et sans fondement, de chanteur nazi. Une erreur qui blessa amèrement l’artiste. Le film dévoile son passage à Dresde, la ville de Richard Strauss: Lorenz y chanta Salomé (sous la direction de l’auteur!) et surtout Hélène d’Egypte, le si difficile rôle de Ménélas, qui lui ouvrit ensuite les portes de Vienne et de Berlin…
Meilleur chanteur wagnérien, Siegfried légendaire, Max Lorenz fut ensuite applaudi à Salzbourg, encore acclamé dans des rôles de compositions, et aussi dans l’Otello de Verdi… Le ténor James King, qu’il considérait comme un fils, recueille ses conseils… Il meurt seul et amer, le 11 janvier 1975.

L’éditeur Medici arts publie à partir du 22 janvier 2009, en double coffret 1 cd + 1 dvd, un hommage au ténor légendaire Max Lorenz (1901-1975), modèle du chant wagnérien, interprète légendaire de Tristan, Siegfried, mais aussi Otello de Verdi… « Max Lorenz, Wagner’s Mastersinger, Siegfried d’Hitler », éditions Medici arts (1 dvd + 1 cd). La chaîne Histoire a diffusé ce remarquable documentaire portrait en décembre 2008

Illustration: Max Lorenz (DR). Wilhelm Furtwängler et Heinz Tietjen à Bayreuth. Max Lorenz a chanté sous la baguette du premier, a perfectionné son jeu d’acteur et sa présence scénique grâce aux conseils du second (DR)

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