Les compositeurs de la Reine
Grétry, Gluck, Salieri, Rameau…
France Musique
Le 2 septembre 2009 à 20h
Ensemble Vocal du Festival Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon : dirigé par Simone Giordano.
Europa Galante. Fabio Biondi
, direction.
Le programme présenté au dernier Festival Radio France Montpellier 29 et 30 juillet 2009) met en perspective les compositeurs favorisés par Marie-Antoinette : Grétry, Gluck, Sacchini… en prélude, une création scénique d’évocation (« Les secrets de la Reine » avec Natacha Régnier sur des textes d’Evelyne Lever, création mondiale) où paraît sous le regard de Scarpitta, la Souveraine, princesse autrichienne devenue trop jeune Reine de France…
Le goût de la Reine
Passionnant programme qui met en perspective dans le goût de la Reine Marie-Antoinette, l’évolution des oeuvres françaises contemporaines de l’âge d’or de la musique viennoise de la fin du XVIIIè, dominée par 3 grands génies de la musique: Mozart, Haydn et Beethoven, comme au XVIè, Rome regroupe 3 créateurs phares européens que sont Raphaël, Michel-Ange, Leonardo da Vinci.
Paris dont la continuité de la création est moins connue et pourtant exceptionnelle demeure aussi un phare européen au regard de la production connue: à la Cour comme à Versailles, règne le grand genre, l’opéra dominé par les compositeurs que favorise la Reine: Gluck qui fut son professeur de musique à Vienne, et qui à Paris à partir des années 1770 réforme en profondeur le style officiel du théâtre lyrique français, mais aussi Piccini et surtout Grétry.
L’époque est d’autant plus riche et captivante quelle voit en réponse aux grands Viennois contemporains, l’éclosion d’une esthétique nouvelle, le classicisme: la musique qui depuis l’essor baroque a pris comme dessein d’exprimer les passions humaines en s’appuyant sur l’articulation prosodique du texte (surtout à l’opéra), ou la vitalité des humeurs sur des rythmes de danses, ambitionne d’autres perspectives où sans le « prétexte » du texte ou du ballet, elle peut s’exprimer librement comme une musique pure…
L’orchestre en ce sens prend une dimension nouvelle, indépendamment des exigences du sentiment « imposé » par le livret (à l’opéra).
L’opéra français revisité
Paris et Versailles passent à l’étranger: au grand dam de Gossec et même de Mozart qui s’en étonne: »Pourquoi ne commande-t-on pas un grand opéra à un Français? Pourquoi faut-il que ce soit à des étrangers? » (lettre à son père, le 31 juillet 1778). Les « étrangers » Italiens (Piccini et Sacchini) ou autrichien comme Gluck apportent un sang neuf… en particulier sur les oeuvres du répertoire, dont évidemment les tragédies et livrets de Lully et de Quinault, et ceux de Rameau. Les compositeurs se frottent aux périls et obstacles de la langue française, à la nécessité de la prosodie naturelle et expressive en réadaptant les livrets de Quinault: ainsi, Piccini réécrit musicalement Roland et Atys (d’après Quinault et Lully), Jean-Christian Bach, un Amadis des Gaules; Sacchini, Renaud ou même Dardanus d’après l’ouvrage antérieur de Rameau. Gossec suit même la tendance et « ose » un nouveau Thésée (dans lequel, facétieuse citation, il reprend un ancien air de Lully…). Les ouvrages originaux paraissent aussi: défendus par Grétry (Andromaque, superbe mise en musique de la pièce de Racine, comme un siècle avant lui, Lully et Quinault s’ingéniaient à égaler en expression et en intensité la réussite du théâtre parlé (avec la réussite que l’on sait). De même, Gossec écrit un Sabinus (hélas, bien peu applaudi).
Heureusement en marge de l’Opéra et de ses démêlés politico-musiciens, l’engouement pour l’opéra-comique dont Marie-Antoinette est la plus fervente, enrichit encore le tableau: Grétry s’y impose sans rival: L’Amant jaloux (1778; le sujet est également celui d’une peinture de Boilly à la touche porcelainée), par exemple, incarne l’impact des oeuvres de Grétry sur tous les publics de l’époque…
Illustrations: Natache Régnier (DR), Sacchini (DR)





