Les Quatre Saisons de Vivaldi, 1725

vivaldi antonio portrait vignettelogo_francemusiqueFrance Musique. Vivaldi : Les Quatre Saisons. Dimanche 30 novembre 2014, 20h30. La tribune des critiques de disques. Les Quatre Saisons sont les quatre premiers concertos du recueil Il Cimento dell’armonia e dell’invenzione opus 8, cycle de 12 concertos édité à Amsterdam en 1725. C’est un traité pratique en règle qui met à profit la confrontation de l’invention et de l’imagination : discipline et cadre contre liberté et délire poétique. Vivaldi trouve la langue idéale sachant relever le défi d’une telle équation stimulante.  Mi majeur (lumière voire éblouissement du Printemps), sol mineur (tendresse sombre de l’été), fa majeur (pastoralisme de l’automne), fa mineur (âpreté languissante de l’hiver)… la construction harmonique des quatre concertos pour violons et orchestre composant les fameuses Quatre Saisons de Vivaldi – et le sentiment que chaque tonalité déploie, imposent le génie déjà orchestral du baroque Vénitien : à Antonio Vivaldi, violoniste virtuose autant que compositeur, revient le mérite d’avoir créé la forme du Concerto. Le schéma de développement suit la grille vif lent vif (quant la France contemporaine préfère lent vif lent). Le printemps connaît une faveur inédite et immédiate comme séquence autonome au Concert Spirituel à Paris dès 1728 ; puis Corrette en 1765, Vivaldi était mort et oublié depuis bien longtemps, compose un motet pour grand choeur (Laudate Dominum)… sur la même mélodie printanière. Aucun doute, les Quatre Saisons même en pleine période des Lumières savent éblouir les auditeurs comme les compositeurs.

vivaldi antonio quatre saisons orlando furioso 1725En inventeur du Concerto classique, Vivaldi sait préserver l’idéal esthétique de la musique pure, tout en suivant une grille narrative où percent les effets expressifs d’une rare fulgurante poétique.  C’est un vrai climatologue, un paysagiste musicien qui organise le développement instrumental au diapason de la nature dont il exprime plus qu’il ne reproduit, les phénomènes spectaculaires : éclair et tonnerre du premier mouvement du printemps ;  orage et grêle du dernier mouvement de l’été… Dans le Printemps (le violon évoque le sommeil du berger, tandis que l’alto exprime les aboiements d’un chien)… C’est même une sensibilité nouvelle aux sonorités animales : oiseaux du printemps, coucou au début de l’été… et que dire encore des chromatismes de la partie de chasse de l’automne ?

L’éventail des effets expressifs aux cordes détaille toute une palette de climats spécifiques selon les saisons, en particulier pour les mouvements vifs : joie échevelée du printemps, chaleur et torpeur languissante de l’été, danses ivres surexcitées pour la récolte de l’automne ; froid palpitant de l’hiver…

vivladi portrait visage de face antonio-vivaldi-magic-violin_d_jpg_720x405_crop_upscale_q95Réaliste et saisissant – comme Purcell quand il évoque au même siècle le souffle pénétrant de l’Hiver (King Arthur), Vivaldi a compris mieux qu’aucun autre contemporain, la magie palpitante des saisons et avant La Création de Haydn, sut exprimer le miracle envoûtant de la nature. S’il n’était ce prétexte narratif panthéiste, la beauté des mélodies, l’inventivité constante, la liberté flamboyante du geste et la modernité audacieuse des options dans le jeu violonistique suffiraient à nous captiver. Et dire que ce même compositeur a laissé plus de 40 opéras : comment imaginer qu’il ait pu écrire toujours le même concerto (dixit Stravinsky un rien arrogant, minorant comme Boulez après lui, s’agissant des baroques) : Vivaldi est un maître des climats et des atmosphères : du Concerto à l’opéra son génie éclate enfin. Quels chefs aujourd’hui ont compris cette nuance distinctive quand ils jouent Orlando furioso, Tito Manlio, Judith triomphans ou l’Olympiade ? Le travail sur l’orchestre vivaldien n’est pas fini… Il suffit de s’immerger dans la matière instrumentale des Quatre Saisons pour mesurer la finesse et la subtilité vivaldienne.

France Musique. Vivaldi : Les Quatre Saisons. Dimanche 30 novembre 2014, 20h30. La tribune des critiques de disques. Bilan discographique

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