La Messe en si de JS Bach sur Radio Classique

JS Bach : Messe en si. Radio Classique, mardi 14 juillet 2015, 19h30. En direct de l’Abbaye aux Dames de Saintes, Philippe Herreweghe dirige le Collegium Vocale Gent dans le sommet sacrĂ© du Director musices de Leipzig : le Messe en si, une oeuvre emblĂ©matique de toute la dĂ©votion europĂ©enne baroque et qui regroupant plusieurs matĂ©riaux de pĂ©riodes diffĂ©rentes, compose le grand oeuvre du compositeur. Sa gĂ©nèse s’Ă©tend de 1724 Ă  1749 : sa destination n’Ă©tant pas liturgique (elle ne fut jamais jouĂ©e telle que nous la connaissons), la partition dans son entier synthĂ©tise la pensĂ©e chorale et l’esthĂ©tique musicale du Bach penseur, thĂ©oricien, croyant sincère et ardent.

bach_js jean sebastianLe chef-d’œuvre de Bach ? Au regard du génie et des sommets atteints par le Cantor de Leipzig, gardons-nous de tout absolu. Mais cette œuvre (nommée Messe en si mineur alors qu’elle est principalement en Ré majeur !) est symbolique à plus d’un titre. Tout d’abord, elle est la dernière composition pour chœur de Bach. De plus, elle incarne la somme du style baroque à son apogée, mais aussi de la polyphonie façon Machaut ou encore des modes et teneurs antiques. Enfin, son histoire n’est pas ordinaire. Composée durant près de 25 ans, elle réunit des partitions d’époques différentes, l’Allemand ayant puisé dans ses œuvres antérieures et ajouté des créations originales – dont les chœurs du Credo. Le résultat ? Une messe de liturgie catholique pour deux sopranos, un contralto, un ténor, une basse, un orchestre et un chœur. Cette pièce-phare conclut depuis des années le festival Bach de Leipzig mais n’avait pas été jouée par l’Atelier depuis près de quinze ans.

Le souffle solennel voire funèbre qui emporte le Kyrie introductif; le Gloria impĂ©tueux dont les trompettes claironnantes disent ce sentiment de jubilation festive adressĂ© au nouveau Roi de Pologne (Auguste III); le mystère de l’Et incarnatus est (et sa tierce picarde dans ses 5 dernières mesures); l’exclamation des choeurs, la guirlande des cordes, flĂ»tes et hautbois, sans omettre la prière individuelle si intĂ©rieure, entre sĂ©rĂ©nitĂ© et inquiĂ©tude (Benedictus pour tĂ©nor, Agnus Dei pour alto)… tout est dans la Messe en si mineur, une affaire de dĂ©fis, de risques Ă  surmonter, d’Ă©preuves Ă  vaincre, d’options Ă  assumer (que l’on opte pour l’option des chanteurs Ă  un par voix)…

Il faut bien l’expĂ©rience et le feu sacrĂ© d’un chef aguerri pour atteindre les fervents sommets d’une montagne magique, monument de la musique sacrĂ©e baroque comprenant 21 sections , -dont Kyrie et Gloria sont les plus anciens, remontant aux annĂ©es 1730). Le chef doit transmettre sa passion du timbre et de la sonoritĂ©, de la respiration, du flux… sans diluer ni affaiblir l’intensitĂ© de la prière collective ou solistique.

La Messe en si de Jean-SĂ©bastien Bach

Le Grand oeuvre (1724-1749)

TAP Poitiers : Philippe Herreweghe joue PromethĂ©eLa Messe en si est une partition monumentale que porte l’auteur pendant 25 ans: c’est l’oeuvre d’une vie, l’aboutissement d’une Ă©criture et d’une expĂ©rience musicale portĂ©e tout au long de la carrière et de la vie, comme un journal. Bach y dĂ©pose toute sa science et sa sensibilitĂ©, mais ne l’entendit jamais de son vivant.
Director Musices de Leipzig, Bach doit fournir nombre de musique pour les Ă©glises de Saint-Thomas et de Saint-Nicolas, assurer la formation des Ă©lèves Ă  Saint-Thomas, mais aussi l’ordinaire musical de la ville entière, pour tous les Ă©vĂ©nements de la vie social. On comprend aisĂ©ment que le compositeur fut capable d’une organisation mĂ©thodique qui comprend le recyclage de sa musique (principe parodique), diversement utilisĂ©e selon les circonstances. Le compositeur municipal est en outre depuis 1729, chef d’orchestre, dirigeant le Collegium musicum, fondĂ© par Telemann.
Fort heureusement si l’on peut dire, alors qu’en cette annĂ©e 1733, Rameau fait son entrĂ©e Ă  l’opĂ©ra avec son chef d’oeuvre scandaleusement gĂ©nial, Hippolyte et Aricie, le patron du musicien, FrĂ©dĂ©ric Auguste Ier, prince Ă©lecteur de Saxe, meurt le 1er fĂ©vrier. Le deuil instituĂ© pendant 5 mois interdit toute musique. Bach peut ralentir le rythme.

Un poste Ă  Dresde…
bach_jean_sebastien_portrait-eisenach-haussmann-1730Le changement de prince rĂ©gnant laisse espĂ©rer un meilleur traitement et surtout des salaires mieux payĂ©s, car comme Monteverdi Ă  Mantoue au siècle passĂ©, Bach a du mal Ă  se faire livrer les sommes qui lui reviennent pour ses nombreux services. Aussi dĂ©cide-t-il de commencer une oeuvre grandiose, dĂ©diĂ©e Ă  son nouveau protecteur, FrĂ©dĂ©ric-Auguste II. De Leipzig oĂą il se sent Ă  l’Ă©troit non reconnu, comme relĂ©guĂ©, Bach adresse sa partition nouvelle Ă  Dresde, siège de la Cour de Saxe, tout en formulant son dĂ©sir d’ĂŞtre membre de la Chapelle de la Cour (d’autant que son fils Wilhelm Friedmann a obtenu Ă  Dresde, un poste enviable d’organiste). La messe catholique cĂ©lèbre la ferveur du Souverain dresdois qui est aussi Roi de Pologne sous le nom d’Auguste III. Bach n’est pas pour autant dĂ©paysĂ© par la liturgie catholique car dans le cadre luthĂ©rien peuvent ĂŞtre aussi Ă©coutĂ©s Magnificat et Sanctus Ă  NoĂ«l, pour Pâques, Ă  la PentecĂ´te. Le Kyrie (perfection du style fuguĂ©) et le Credo ainsi livrĂ©s en 1733 (formant une messe latine conforme, mais brĂŞve selon l’usage luthĂ©rien, c’est Ă  dire sans Gloria, Sanctus et Agnus Dei), forment la première moitiĂ© de notre actuelle Messe en si. Bach y recycle des choeurs dĂ©jĂ  Ă©crits provenant des cantates BXV 29 et 46.

Synthèse artistique
Mais le compositeur ne laisse pas son grand projet en chemin. il ajoute le Sanctus qui puise dans une partition liĂ©e Ă  la NativitĂ©, datant de 1724. Ensuite, celui qui au soir de sa vie, est engagĂ© dans son testament musical sur le mode strictement instrumental, L’art de la fugue, dans les annĂ©es 1748/1749, Ă©crit la seconde moitiĂ© de la Messe en si.
Sorte de catalogue de toutes les Ă©critures dont Ă©tait capable le musicien, l’ensemble concentre la maĂ®trise d’un Bach universel, encyclopĂ©dique, synthĂ©tique. Peut-ĂŞtre destinait-il son oeuvre Ă  Auguste III, souhaitant plus que jamais quitter Leipzig pour Dresde… Ou encore s’agit-il d’une commande privĂ©e dont la monumentalitĂ© est liĂ©e au goĂ»t et Ă  la volontĂ© du Comte Johann Adam von Questerberg (mort en 1752), riche mĂ©lomane, membre de la Cour impĂ©riale Viennoise qui aurait pu financer le grand oeuvre choral du musicien toujours en quĂŞte de projets audacieux.

JS Bach : Messe en si.
En direct du Festival de Saintes

D. Mields, M. Oetzinger
D. Guillon, T. Hobbs, P. Kooy
Collegium Vocale Gent
Philippe Herreweghe, direction

JS Bach : Messe en si. Radio Classique, mardi 14 juillet 2015, 19h30. En direct de l’Abbaye aux Dames de Saintes, Philippe Herreweghe dirige le Collegium Vocale Gent

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