CD, critique. BACH en miroir. Marie Andrée JOERGER, accordéon (1 cd Klarthe, 2020)

KLA115couv_low BACH en miroir. Marie AndrĂ©e JOERGER, accordĂ©on clic de classiquenews cd critiqueCD, critique. BACH en miroir. Marie AndrĂ©e JOERGER, accordĂ©on (1 cd Klarthe, 2020) – MA Joerger sĂ©lectionne 5 PrĂ©ludes et Fugues de Johann Sebastian auxquels l’accordĂ©oniste fait dialoguer 5 autres Ă©critures dont le sens dramatique, l’acuitĂ© expressive, un dĂ©liĂ© spĂ©cifique dans l’articulation font merveille, rĂ©vĂ©lant une grande interprĂšte au carrefour des styles. Le dĂ©fi est de taille, exigeant pour l’instrumentiste et la musicienne ; de l’impro (PrĂ©lude) au cadre strict et complexe qui suit (fugue), la musicienne convainc de bout en bout grĂące Ă  une rare intelligence discursive : le geste est naturel, proche du souffle et de la respiration ; comme il sait habilement dĂ©tailler la texture complexe contrapuntique. Entre rigueur et imagination, la balance est idĂ©ale.
Au cƓur du programme des plus inspirĂ©s, il y a le « mystĂšre » Bach, ici magnifiquement suggĂ©rĂ©, incarnĂ©. Pour chaque PrĂ©lude et Fugue choisi du Cantor, derriĂšre l’agilitĂ© des architectures prodigieuses, leur immensitĂ© impressionnante, l’interprĂšte touche le dĂ©nuement et la solitude infinie qui s’en dĂ©tache (sublime profondeur, simplicitĂ© envoĂ»tante du sommet en la matiĂšre du BWV 853 en mib mineur). Le programme ouvre sur le dĂ©pouillement profond d’un Bach architecte qui tutoie les Ă©toiles, mais qui sait aussi stimuler et comme rĂ©vĂ©ler les maniĂšres mises en dialogue avec la sienne.
Le parcours est passionnant car la palette expressive est d’une rare richesse imaginative : inquiĂ©tude sourde, tendresse intranquille chez Mozart (PrĂ©lude Kv404a) qui trouve un Ă©cho d’une douceur infinie chez Clara Schumann (PrĂ©lude et fugue n°1 opus 6) ; construction polyphonique vertigineuse dont l’écoulement qui semble intarissable, Ă©difie des cathĂ©drales aussi lumineuses, dĂ©taillĂ©es, qu’équilibrĂ©es et rayonnantes, d’une tension irrĂ©pressible (BWV 875) et sous les doigts agiles et souple de l’accordĂ©oniste, suspendues, cĂ©lestes

CLIC D'OR macaron 200La vibration papillonnante subtilement irisĂ©e de Reger (n°2 opus 99) dont la fugue qui renouvelle encore le genre, apporte la preuve que l’on peut ĂȘtre crĂ©atif et Ă©tonnamment inspirĂ© dans un cadre contraint jusqu’aux cimes expressionnistes et trĂšs contrastĂ©es de Thierry Escaich – autre maĂźtre du clavier (orgue) comme esquissĂ©es avec une acuitĂ© flamboyante (ici crĂ©ation mondiale enregistrĂ©e en 2019) et conçue comme une course Ă  l’abĂźme, convulsive et inquiĂšte. Il n’y a guĂšre que la tranquillitĂ© impĂ©nĂ©trable du BWV 893 pour rĂ©parer, rassĂ©rĂ©ner, bercer. Le geste est infiniment poĂ©tique et d’une palette de nuances qui enivre littĂ©ralement.

CD, critique. BACH en miroir. Marie Andrée JOERGER, accordéon (1 cd Klarthe, enregistré en mars 2019 et déc 2020)CLIC de CLASSIQUENEWS été 2021.

CD événement, critique. LAURENT CABASSO : Toccatas de Jean-Sébastien BACH (1 cd PARATY records, 2019)

CABASSO laurent JS BACH Toccatas PARATY records cd reviex critique CLASSIQUENEWS teaser reviewCD Ă©vĂ©nement, critique. LAURENT CABASSO : Toccatas de Jean-SĂ©bastien BACH (1 cd PARATY records, 2019)Laurent Cabasso trace un chemin de vie de maĂźtre. Ses enregistrements de Schumann, Prokofiev, Beethoven, Schubert, Liszt, accumulent les plus prestigieuses distinctions. Sous la tutelle spirituelle de ses maĂźtres (DĂ©sirĂ© N’Kaoua, Yvonne Loriod, Jean Hubeau, Ventsislav Yankoff, Christian Ivaldi. Nikita Magaloff, György Sebok, György Sandor et Norbert BraĂŻnin, Maria Curcio-Diamand), le pianiste aborde sereinement les 7 Toccatas de Jean-SĂ©bastien Bach, comme on revient habiter une forteresse mĂ©diĂ©vale que tous les pianistes visitent, mais que peu parviennent Ă  prendre. De mĂȘme que la doctrine luthĂ©rienne, assimilĂ©e de maniĂšre naturelle, a permis Ă  Bach d’exprimer sa foi Ă  travers une lecture et une interprĂ©tation autonome des Écritures, il semble que Laurent Cabasso s’exprime dans une langue vernaculaire. Son secret? On n’interprĂšte pas Bach, c’est Bach qui s’accommode d’une direction pour dĂ©gager sa dimension, se faisant ainsi pĂšre des siĂšcles. Dans cet enregistrement remarquable Ă©ditĂ© par Paraty, il vient encore une fois illuminer nos vies.

Dans ses 7 toccate (BWV 910-916), Ɠuvres de jeunesse, J. S. Bach fait alterner des sections courtes, cultivant une Ă©criture virtuose mĂȘlant gammes rapides, trilles, usant librement du fugato, Ă  la maniĂšre d’un ricercare. La Toccata est une forme stylistique qui vise Ă  mettre en valeur les caractĂ©ristiques de l’instrument dans un geste improvisĂ©. A ce jeu, Laurent Cabasso sait dĂ©peindre toute l’impĂ©tuositĂ© du jeune J. S. Bach, parvenant Ă  extirper les multiples qualitĂ©s Ă©tonnantes de l’instrument qu’il a choisi, l’”opus 102” de Stephen Paulello. Son disque s’ouvre magistralement par la Toccata en sol majeur BWV 916, offrant un ciselage lumineux, plein de fraĂźcheur. AprĂšs l’éclat, la clartĂ© et la longueur unique des sons de cet instrument fabuleux nous rĂ©vĂšlent la prĂ©sence de la voix humaine. L’interprĂšte semble ainsi relayer une parole profonde. C’est notamment dans l’Adagio de la Toccata en do mineur BWV 911 qu’on reste subjuguĂ© par cette cantabilitĂ .

Les cordes parallĂšles de l’instrument lui permettent de faire sonner le mĂ©dium grave sans battements, ce qui confĂšre une prĂ©sence immĂ©diate Ă  l’harmonie. Du reste, on peut se demander si certains maĂźtres du passĂ©, telles Rosalyn Tureck ou Tatiana NikolaĂŻeva, auraient conservĂ© leur choix dĂ©libĂ©rĂ© de donner tant de puissance compacte aux valeurs longues dans les pages contrapuntiques de J. S. Bach, si elles avaient bĂ©nĂ©ficiĂ© des possibilitĂ©s d’un tel piano. A l’écoute de Laurent Cabasso, les registres se rĂ©pondent comme danse et contredanse, sans insistance, de maniĂšre aĂ©rienne. La fugue de la Toccata en sol mineur BWV 915 est remarquable de ce point de vue. DĂ©fait d’une austĂ©ritĂ© surajoutĂ©e, son jeu s’enrichit des libertĂ©s hĂ©ritĂ©es des clavecinistes, variant rythmes, phrasĂ©s de deux en deux, ornementations et articulations mobiles, lui permettant de prĂ©luder de maniĂšre ailĂ©e, comme les instruments Ă  archet, ce que les thĂ©oriciens de l’Ă©poque appelaient l’imitatio violonistica. Ses choix audacieux rĂ©vĂšlent une lecture authentique. Tandis qu’il propose un trait accĂ©lĂ©rĂ©, typique du cembalo, pour conclure brillamment la fugue magistrale de la Toccata en mi mineur BWV 914 et prendre ainsi congĂ© de ses auditeurs, il fait au contraire le choix de dĂ©tendre le dernier trait en triples croches du rĂ©citatif de la toccata en fa# mineur BWV 910, que d’autres joueraient en rafales zĂ©brantes et Ă©chevelĂ©es, dĂ©montrant que c’est bien l’évasion de l’esprit Ă©vanescent qui doit introduire la profonde mĂ©ditation dans l’Adagio qui suit immĂ©diatement.

Dans ce disque, Laurent Cabasso catalyse la fiĂšvre crĂ©atrice du jeune J. S.Bach, explorant toute la diversitĂ© qui germe dans l’esprit du jeune gĂ©nie, tout en rassemblant chaque Toccata dans une rĂ©flexion sonore et formelle. Il rĂ©pond ainsi Ă  l’idĂ©e leibnizienne de l’identitas in varietate. Critique par notre rĂ©dacteur Arnaud PĂ©resse

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CD événement, critique. LAURENT CABASSO : Toccatas de Jean-Sébastien BACH (1 cd PARATY records, 2019)

 

 

 

 

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LIRE aussi notre annonce du CD JS BACH / Laurent Cabasso : 7 Toccatas (1 cd Paraty)

https://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-laurent-cabasso-toccatas-de-jean-sebastien-bach-1-cd-paraty-records-2019/

CD événement, critique. LAURENT CABASSO : Toccatas de Jean-Sébastien BACH (1 cd PARATY records, 2019)

CABASSO laurent JS BACH Toccatas PARATY records cd reviex critique CLASSIQUENEWS teaser reviewCD Ă©vĂ©nement, critique. LAURENT CABASSO : Toccatas de Jean-SĂ©bastien BACH (1 cd PARATY records, 2019) – D’abord il y a le choix de l’instrument qui a aussi commandĂ© le choix du lieu d’enregistrement : le sublime piano (aux cordes parallĂšles) du seul et unique facteur français encore en activitĂ©, Stephen Paulello : son fameux modĂšle « Opus 102 », aussi impressionnant en taille qu’en potentialitĂ© musicale : longueur sonore, intensitĂ© durable, timbre clair et lumineux, idĂ©al pour le relief, la lisbilitĂ© voire le mordant de l’écriture polyphonique d’un Bach jeune donc conquĂ©rant et brillant. Mais non moins profond.
Ensuite le rĂ©pertoire choisi pour ce programme prolonge le travail prĂ©cĂ©dent initiĂ© par l’incontournable Glenn Gould sur la planĂšte Jean-SĂ©bastien Bach : les 7 toccatas sont des oeuvres pleines d’une juvĂ©nilitĂ© ardente et souveraine (Bach n’a pas atteint ses 25 ans) ; Laurent Cabasso, fidĂšle au texte, souligne tout ce qui est en germe ici, le fourmilelment des idĂ©es comme la cohĂ©rence architecturale qui sous tend chaque piĂšce ; ce que le jeune Bach inaugure et prĂ©figure : la construction dramatique, le chant, une narration qui allie Ă©loquence, rhĂ©torique, incarnation et abstraction, 
 tout ce qu’il dĂ©veloppera dans cantates, Passions, Partitas et Suites. Les 7 Toccatas prĂ©figurent tout cela.
Au delĂ  de son toucher nuancĂ©, de son phrasĂ© naturel, Cabasso, interprĂšte fidĂšle et Ă©vident chez Bach, restitue la force intĂ©rieure et la profonde cohĂ©rence structurelle des Toccatas. Ici rĂšgne surtout l’art de toucher le clavier, de faire corps avec lui, tout en respirant et en suggĂ©rant une Ă©criture qui tant certes Ă  l’éloquence discursive, mais aussi Ă  l’abstraction la plus poĂ©tique et le plus mystĂ©rieuse dont la virtuositĂ© et la vitalitĂ© interpellent l’auditeur et inspirent l’interprĂšte. RĂ©cital Ă©vĂ©nement.

 

 

 

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CD événement, critique. LAURENT CABASSO : Toccatas de Jean-Sébastien BACH (1 cd PARATY records, 2019)

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PLUS D’INFOS sur le site de l’éditeur PARATY records
http://paraty.fr/en/sortie-cd-bach-complete-toccatas-laurent-cabasso/

 

TEASER Laurent Cabasso joue les 7 Toccatas de JS BACH :
https://youtu.be/4788xqE62x0

 

COMPTE-RENDU, livre événement. Gilles CANTAGREL : Sur les traces de JS BACH (Buchet Chastel)

JS BACH Cantagrel critique classiquenews Sur-les-traces-de-J-S-Bach BUCHET CHASTEL CLIC de classiquenewsCOMPTE-RENDU, livre Ă©vĂ©nement. Gilles CANTAGREL : Sur les traces de JS BACH (Buchet Chastel). Remarquable Ă  maints titres ce nouvel essai thĂ©matisé aborde la vie, la personnalitĂ©, l’Ɠuvre bien sĂ»r du gĂ©nie baroque germanique Ă  travers plusieurs thĂ©matiques souvent originales ; toutes se sont prĂ©sentĂ©es Ă  l’auteur au cours de ses rencontres ; elles dĂ©voilent souvent des pans peu connus ou souvent passĂ©s rapidement ou superficiellement dans les mains de biographes ou de spĂ©cialistes trop rapides voire schĂ©matiques. Le mythe BACH a voilĂ© plusieurs aspects d’une vie bien remplie ; « contrevĂ©ritĂ©s », « incomprĂ©hensions » sont ainsi corrigĂ©es, nuancĂ©es ; elles ne concernent pas seulement Bach lui-mĂȘme, mais aussi ses proches, tels sa veuve Anna Magdalena Ă  laquelle rien ne fut Ă©pargnĂ© aprĂšs la mort de son mari en 1750


 

 

JS BACH DÉVOILÉ, RÉESTIMÉ
Sa vie, son Ɠuvre, sa fortune critique, ses proches, son hĂ©ritage


 

 

L’érudition libre et prĂ©cise aborde le mythe JS BACH comme d’un regard neuf qui rend plus attachant encore le monument musical ainsi reconsidĂ©rĂ© voire rĂ©Ă©valuĂ©. 16 chapitres trĂšs fluides et accessibles (en lecture), trĂšs complets (par l’argumentation des idĂ©es, comme la richesse des anecdotes) reconsidĂšrent les Ă©tapes de la vie de Jean SĂ©bastien BACH et aussi les thĂ©matiques fondamentales qu’exprime son Ɠuvre : depuis la Thuringe et la Wartburg ; les villes oĂč il sĂ©journa (de Ohrdruf, LĂŒneburg, Arnstadt Ă  LĂŒbeck, Weimar, Coethen ou Erfurt
 bien sĂ»r Leipzig (Ă  laquelle tout un chapitre est dĂ©diĂ© : «  le petit Paris ») ; sa cĂ©citĂ© (Bach comme Haendel Ă  la fin de sa vie Ă©prouva des difficultĂ©s immenses sur le plan physique qui le rendent plus proche encore de nous) ; la foi, entre pĂ©dagogie et prĂ©dication ; l’hĂ©ritage et la fortune critique de son Ɠuvre ; les pionniers de sa « redĂ©couverte », en particulier Ă  Leipzig, et en France (de 1800 Ă  1950).

CLIC D'OR macaron 200Les chapitres les plus intĂ©ressants, aux cĂŽtĂ©s des approches de l’Ɠuvre, demeure les « affaires » que Bach mena pour sauver son intĂ©rĂȘt voire son honneur (« Dans son bon droit » : affaires, querelles, conflits
), comme le « grand silence » (lassitude et maturation), Ă©vocation des atermoiements du compositeur, ou pourquoi Bach connut-il des pĂ©riodes de silence puis de retours Ă  la crĂ©ation ? Passionnant. L’auteur n’omet pas non plus, propre au baroque et son esthĂ©tique des passions, l’opĂ©ra chez Bach : lĂ  encore le regard est Ă©rudit, pertinent, prĂ©cis
 et comme l’aurait dit Bach lui-mĂȘme, penseur et croyant avant tous, 
 lumineux. Livre Ă©vĂ©nement. Un nouvel incontournable dans la bibliothĂšque de CLASSIQUENEWS.COM. Evidemment le titre Ă©ditĂ© par Buchet Chastel dĂ©croche naturellement le CLIC de classiquenews de fĂ©vrier 2021.

 

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COMPTE-RENDU, LIVRE Ă©vĂ©nement. GILLES CANTAGREL : Sur les traces de JS BACH (Buchet Chastel). Parution : fĂ©vrier 2021 – ISBN 978-2-283-03425-5 – en lire plus sur le site de Buchet Chastel

CD Ă©vĂ©nement, critique. JOHAN SEBASTIAN BACH : Ouvertures for orchestra bwv 1066 – 1069 (Concerto Italiano, Rinaldo Alesandrini, 2 cd NaĂŻve, 2018)

BACH-JS-ouvertures-orchestra-rinaldo-alessandrini-naive-2-cd-critique-cd-review-critique-baroque-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. JOHANN SEBASTIAN BACH : Ouvertures for orchestra bwv 1066 – 1069 (Concerto Italiano, Rinaldo Alesandrini, 2 cd NaĂŻve, 2018). Le chef Rinaldo Alessandrini poursuit son exploration du continent BACH chez NaĂŻve avec ce double coffret. AprĂšs les Brandebourgeois qui remontent Ă  la pĂ©riode de Coethen, voici les Ouvertures pour orchestre
 EnregistrĂ© en dĂ©c 2018 Ă  Rome, le programme met en perspective autour des 4 Ouvertures pour orchestre de Jean-SĂ©bastien, les Suites des autres « Johann » du clan, ses cousins, Johann Bernhard et Johann Ludwig. On a souvent classĂ© le style d’Alessandrini, comparĂ© Ă  celui de son confrĂšre baroqueux, Biondi, comme le plus intellectuel des deux : l’épure conceptuelle du premier, a contrario de l’organique imaginatif et gĂ©nĂ©reux du second, confinant parfois Ă  une sĂ©cheresse qui contredit la sensualitĂ© pourtant inscrite dans la musique italienne.

S’agissant de Jean-SĂ©bastien Bach, le chef bĂ©nĂ©ficie des excellentes personnalitĂ©s qui composent son ensemble Concerto Italiano, collectif capable de restituer cette synthĂšse magistrale d’un Bach alors en pleine maĂźtrise de ses moyens et qui se joue des styles italiens et surtout français, en une pensĂ©e germanique qui organise et structure pour la cohĂ©rence et l’unitĂ© globale.

 

 

 

Danses françaises et italiennes

 

 

 

Le chef italien s’intĂ©resse aux Ouvertures BWV 1066 Ă  1069, et jouĂ©es de façon chronologique : la n°2 bwv 1067 est bien malgrĂ© son numĂ©ro, la plus tardive du corpus, datĂ©e de 1738 ; les Ɠuvres depuis rĂ©cemment, ne sont plus classĂ©es dans le corpus des partitions de Coethen (1717-1723), mais plus tardives, datĂ©es de la pĂ©riode de Leipzig : Jean-SĂ©bastien a composĂ© nombre de partitions profanes, purement instrumentales, pour les musiciens virtuoses du Collegium Musicum (dirigĂ©s auparavant par Telemann). Cela simultanĂ©ment Ă  ses cantates et Passions. Les instrumentistes professionnels avaient coutume de donner leurs concerts Ă  Leipzig au CafĂ© Zimmermann, de 1723 Ă  1741. JS dirigea le collectif trĂšs applaudi Ă  partir de mai 1729 (et jusqu’en 1741). Les instrumentistes de Saint Thomas dont il Ă©tait Cantor et Director Musices purent se mĂȘler aux instrumentistes du Collegium pour l’exĂ©cution de Cantates ambitieuses et des Passions, dont la Saint-Mathieu.
Certaines Ouvertures ont pu ĂȘtre composĂ©es antĂ©rieurement Ă  Leipzig, quand JS Ă©tait le compositeur de plusieurs cours : Coethen donc jusqu’en 1728 ; Saxe-Weissenfels dĂšs 1729 ; puis en 1736, Dresde, composĂ©es dans l’un de ces contextes pour un Ă©vĂ©nement dynastique: l’Ouverture n°2 bwv 1067 est liĂ©e Ă  la Cour de Dresde de façon sĂ»re – sa partie de flĂ»te Ă©tant dĂ©diĂ©e au soliste Buffardin alors au service de l’Electeur de Saxe, Auguste III ; quand la n°4 serait bien de Coethen


DĂšs la majestueuse ouverture  BWV 1068, sommet d’élĂ©gance roborative, Ă  laquelle succĂšde immĂ©diatement une fugue des plus ciselĂ©es par un Bach supĂ©rieurement inspirĂ©, le geste du maestro italien affirme une Ă©vidente prĂ©cision, un souci de la clartĂ©, voire une stricte lisibilitĂ© verticale, au dĂ©triment d’un certain abandon ; ce qui s’exprime dans une coupe sĂšche mais d’une motricitĂ© rythmique nerveuse ; Alessandrini souligne le relief de l’écriture concertante, et surtout l’opposition / dialogue tutti / soliste, d’un caractĂšre alternĂ© trĂšs italien. L’ouverture pointĂ©e rappelle bien sĂ»r l’esthĂ©tique française et son esprit dansĂ©, d’une immuable souplesse ; quand le style fuguĂ© revient au seul gĂ©nie de Bach et rĂ©vĂ©lateur bien souvent de cet Ă©lan lumineux et solaire qui le caractĂ©rise. Il faut donc trouver le liant Ă©vident entre la partita (sĂ©quentielle) et la suite de danse, qui respire et s’unifie pourtant de l’un Ă  l’autre Ă©pisode.

Depuis le modĂšle de Lully transmis en Allemagne par Muffat, l’élĂ©gance est française. Et Bach sur ce plan connaĂźt bien son affaire ; il faut articuler et faire parler la musique pour Ă©viter d’en dissoudre le caractĂšre et l’expression.
De sorte qu’en guise d’Ouvertures, Alessandrini nous comble par un catalogue de piĂšces dansantes aux nuances expressives, idĂ©alement restituĂ©es.
La lente Courante (noble, solennelle, majestueuse – la plus « française », qui ouvre comme au bal, l’Ouverture n°1 bwv 1066), le rapide Passepied y paraĂźt (n’est-il pas un menuet mais en plus Ă©lectrique voire rustique c’est Ă  dire pastoral?), semblant Ă©carter dĂ©finitivement toute Allemande, au profit des sĂ©quences authentiquement « françaises » soient : bourrĂ©es, gavottes, menuets, alors trĂšs Ă  la mode. Quand la seule Gigue (qui referme la pĂ©tulante bwv 1068) est dans le style italien.
Avec beaucoup de subtilitĂ©, et d’imagination aussi, Alessandrini soigne la Sarabande de la bwv 1067 (plus rapide et plus expressive que la Courante qui reste formelle et contrĂŽlĂ©e, mais tout autant majestueuse) – mĂȘme attention particularisĂ©e pour le Menuet, danse qui a le plus grand succĂšs et le plus durable au XVIIIĂš – rapide, nerveux mais lĂ©ger et sautillant : allĂšgre, badin. Sautillante tout autant, la forlane qui doit ĂȘtre expressive comme la gigue. Quant Ă  la gavotte, JS Bach n’oublie pas son caractĂšre lui aussi pastoral (comme le passepied).
Qu’elles soient dansĂ©es ou jouĂ©es comme arriĂšre fond fastueux pour les Ă©vĂ©nements politiques qui en sont le prĂ©texte, les 4 ouvertures orchestrales de Bach expriment la quintessence du mouvement. Avouons que prĂ©cis et architecturĂ©, le geste du chef sait aussi respirer, rebondir, fluidifier


ComplĂ©ment utile Ă  la richesse chorĂ©graphique des Ouvertures de Jean SĂ©bastien, le programme ajoute l’Ouverture pour cordes seules (trĂšs française) de son cousin et ami Johann Bernhard Bach (1676 – 1749) qu’il fait jouer, signe de reconnaissance, par les instrumentistes du Collegium. Plus liĂ©es et alanguies, moins syncopĂ©es et donc hĂąchĂ©es avec un sens de la ligne plus naturel, les 8 sections (comprenant les Rigaudons par trois; absents chez JS) sonnent plus Ă©vidents, en particulier l’excellente bascule du Menuet (9): que des cordes donc, mais quel feu contrastĂ© : quel soin dans l’articulation. Un chambrisme mieux abouti. Auquel le hautbois proche d’un Couperin Ă  cette mesure française dans l’Air qui suit (10)


EnchaĂźnĂ©e la suite BWV 1065 s’affirme davantage encore par son caractĂšre et ses tempĂ©raments idĂ©alement contrastĂ©s qui propre Ă  JS, semblent s’élever vers des hauteurs jamais visitĂ©es avant lui. La trĂšs belle Forlane, vivace et rustique, dĂ©ploie une activitĂ© intĂ©rieure solaire, gonflĂ©e d’une saine ardeur, portĂ©e par un assise rythmique parfaite. Enfin le passepied qui conclut cette guirlande enivrĂ©e, rappelle Ă©videmment ce qu’en fera Haendel dans Watermusic

Dans le CD2, on note la mĂȘme qualitĂ© inventive chez l’ainĂ© des trois Bach, ici rĂ©unis, le Bach de Meiningen, Johann Ludwig (1677 – 1731) dont JS joue les Ɠuvres Ă  Leipzig en 1726 et 1750, preuve lĂ  encore d’une belle estimation.
CLIC_macaron_2014De Johann Sebastian, Alessandrini joue enfin les deux ouvertures bwv 1069 et surtout bwv 1067, la plus dĂ©veloppĂ©e et la plus inventive ne serait-ce que dans la Sarabande, la BourrĂ©e en 3 parties ; l’élĂ©ment trĂšs original en est la Polonaise, avec flĂ»te initialement confiĂ©e Ă  Buffardin qui dĂ©ploie cette autoritĂ© militaire, idĂ©alement caractĂ©risĂ©e, Ă  la fois hautaine et nerveuse grĂące Ă  laquelle Bach rend hommage Ă  Auguste III, Electeur de Saxe et roi de Pologne depuis 1734. De mĂȘme la « Battinerie » pour Badinerie (conclusion) est bien jouĂ©e scherzando, lĂ©ger et Ă©lĂ©gant, fulgurante comme une bambochade et selon l’esprit fouettĂ©e, Ă©lĂ©gante, lĂ©gĂšre, fugace d’un Fragonard. Ce travail de ciselure instrumentale, portĂ© sur l’intonation, l’articulation, la rĂ©alisation des ornements, en prĂ©servant la ligne du souffle, les phrasĂ©s, la respiration accrĂ©dite donc une excellente lecture. Du fort bel ouvrage qui dĂ©montre s’il en Ă©tait besoin, la conception gĂ©niale de JS Bach pour le CafĂ© Zimmermann Ă  Leipzig. CLIC de CLASSIQUENEWS de l’automne 2019.

 

 

 

BACH-JS-ouvertures-orchestra-rinaldo-alessandrini-naive-2-cd-critique-cd-review-critique-baroque-classiquenews

 

 

 

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CD Ă©vĂ©nement, critique. JOHAN SEBASTIAN BACH : Ouvertures for orchestra bwv 1066 – 1069 (Concerto Italiano, Rinaldo Alesandrini, 2 cd NaĂŻve, 2018).

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TOUL, Festival JS BACH : 1er, 7, 8, 15, 22 sept 2019

TOUL-festival-Bach-annonce-concerts-festival-presentation-BACH-A-TOUL-2019-classiquenewsTOUL, Festival BACH : 1er, 7, 8, 15, 22 sept 2019. Reprise dynamique du Festival BACH de TOUL, avec 4 nouveaux programmes (les dimanches) particuliĂšrement fĂ©dĂ©rateur et festif, qui pĂ©rennisent toujours l’actualitĂ© de la musique de Jean-SĂ©bastien. GrĂące Ă  l’initiative de l’organiste Pascal Vigneron (auteur d’une rĂ©cente intĂ©grale des Variations Goldberg), dĂ©but le dim 1er sept en la cathĂ©drale Saint-Etienne (Ɠuvre pour orgue avec la classe d’Orgue de la Musikhochschule de Stuttgart), puis le sam 7 et dim 8 sept : intĂ©grale du clavier bien tempĂ©rĂ© au clavecin, au piano, Ă  l’orgue (avec Pieter-Jan Belder, Clavecin – Dimitri Vassilakis, Piano – Pascal Vigneron, Orgue) ; le 15 sept concert exceptionnel avec Richard Gallianno, accordĂ©on, puis le 22 sept : Bach et HĂŠndel – Concertos pour orgue – Transcriptions de Marcel DuprĂ© – Jean Paul Imbert, orgue. Et bien d’autres concerts, Ă©vĂ©nements et actions pĂ©dagogiques Ă  suivre en octobre 2019

 

 

 

 

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VOIR le dĂ©tail des programmes et notre prĂ©sentation du Festival BACH de TOUL qui a lieu toute l’annĂ©e, jusqu’au 12 octobre 2019 (13 concerts Ă©vĂ©nements)

http://www.classiquenews.com/toul-festival-bach-classe-dorgue-du-cnsmd-lyon-14-juil-15h/

 

 

 

 

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LIRE aussi notre entretien avec PASCAL VIGNERON, organiste, directeur artistique du Festival BACH de TOUL 

vigneron-pascal-organiste-festival-BACH-TOULPASCAL VIGNERON : “La lĂ©gitimitĂ© du festival s’est imposĂ©e petit Ă  petit, grĂące notamment Ă  la prĂ©sence du Grand Orgue Curt Schwenkedel construit en 1963. C’est un instrument nĂ©o-baroque, dĂ©diĂ© Ă  la musique ancienne, avec une ouverture contemporaine sur le troisiĂšme clavier. C’est le plus grand opus de Curt Schwenkedel, et lorsqu’il fut construit, c’était un vĂ©ritable pari sur l’avenir. Nous l’avons entiĂšrement remis Ă  jour, grĂące au concerts de Maitre Yves Koenig, qui a compris d’emblĂ©e l’intĂ©rĂȘt d’un instrument de cette taille pour l’interprĂ©tation de l’oeuvre d’orgue de Johann Sebastian Bach. Michel Giroud, qui fut apprenti de Curt Schwenkedel apporta un concours inestimable par ses conseils.” (extrait)

 

 

 

 

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TOUTES LES INFOS et les modalitĂ©s pratiques pour se rendre aux concerts, Ă©vĂ©nements, exposition du 10Ăš Festival JS BACH de TOUL sur le site du Festival Bach de TOUL 

 

https://www.toul.fr/?festival-bach-2019-10-ans 

 

BACH festival TOUL festival BACH de toul annonce presentation programme par classiquenews

 

 

 

 

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TĂ©lĂ©chargez la brochure du 10Ăš Festival BACH de TOUL 

 

https://www.toul.fr/IMG/pdf/livret_bach_2019-web.pdf

TOUL-festival-Bach-annonce-concerts-festival-presentation-BACH-A-TOUL-2019-classiquenews

 

 
 

 

TOUL. Festival BACH, week end Variations GOLDBERG, les 29 et 30 juin 2019

TOUL-festival-Bach-annonce-concerts-festival-presentation-BACH-A-TOUL-2019-classiquenewsTOUL. Festival BACH, week end Variations GOLDBERG, les 29 et 30 juin 2019. Pascal Vigneron, directeur du Festival Bach de Toul propose ce week end, samedi 29 et dimanche 30 juin 2019, un cycle entiĂšrement dĂ©diĂ© aux Variations Goldberg de JS BACH, sommet absolu du genre ThĂšme et Variations. La partition sera interprĂ©tĂ©e au piano et au clavecin et aussi Ă  l’orgue par Pascal VIGNERON lui-mĂȘme. Ce dernier a rĂ©cemment fait paraĂźtre une nouvelle interprĂ©tation des Goldberg sur le grand orgue de la CathĂ©drale de Toul (LIRE ici notre critique du cd Variations Goldberg de Bach par Pascal Vigneron, 1cd Quantum).

 

 

 

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Un été à TOUL
pour célébrer JS BACH

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prochains concerts du Festival JS BACH Ă  Toul :

29 et 30 juin 2019 – MusĂ©e de Toul – CollĂ©giale Saint-Gengoult – CathĂ©drale Saint Etienne : « « Week-End des Variations Goldberg BWV 988 ». Pieter-Jan Belder, clavecin – Dimitri Vassilakis, piano – Pascal Vigneron, orgue

7 juillet 2019 – 16h – CathĂ©drale Saint Etienne
Les plus belles pages de la musique baroque et classique – Bach – Haendel – Telemann – Vivaldi – Mozart.
Orchestre de Chambre du Marais, Pascal Vigneron (direction)

14 Juillet 2019 – 15h – CathĂ©drale Saint Etienne
La classe d’Orgue du Conservatoire National SupĂ©rieur de Lyon – Professeur : François Espinasse, Emmanuel Culcasi – Yanis Dubois – Fanny Cousseau
L’oeuvre d’Orgue de J. S. Bach

 

 

 

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TOUTES LES INFOS et les modalités pratiques pour se rendre aux concerts, événements, exposition du 10Ú Festival JS BACH de TOUL sur le site du Festival Bach de TOUL
https://www.toul.fr/?festival-bach-2019-10-ans

BACH festival TOUL festival BACH de toul annonce presentation programme par classiquenews

Téléchargez la brochure du 10Ú Festival BACH de TOUL
https://www.toul.fr/IMG/pdf/livret_bach_2019-web.pdf

LIRE notre présentation complÚte du Festival BACH de TOUL 2019

 

 

 

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http://www.classiquenews.com/toul-10e-festival-bach-jusquau-12-octobre-2019/TOUL, 10Ăšme FESTIVAL BACH, jusqu’au 12 octobre 2019. En 2019, le Festival Bach de la Ville de Toul fĂȘte ses 10 ans. Noyau d’une nouvelle saison festive, soulignant les 10 ans du Festival, les Grandes Orgues de la CathĂ©drale Saint-Etienne cĂ©lĂšbrent ainsi le gĂ©nie de Jean-SĂ©bastien Bach. Comme aussi les grandes pages de la musique (signĂ©es Couperin, Mozart
 ou Haendel, autre gĂ©nie et contemproain de Jean-SĂ©bastien). Ainsi il n’y a pas qu’à Leipzig que les grandes orgues de la ville abordent l’écriture de Bach en en questionnant la portĂ©e poĂ©tique comme le souffle universel. Bach est indĂ©modable ; sa musique, une source d’inspiration intacte ; les concerts et Ă©vĂ©nement (confĂ©rences, exposition
) du Festival BACH Ă  TOUL nous le prouvent encore pour sa 10Ăš Ă©dition en 2019.

CD, critique. JS BACH : Celebration cantatas / «  Entfliehet, ihr Sorgen » : BWV 205a, BWV 249a – Deutsche Hofmusik. Alexander Grychtolik (1 cd DHM Deutsche Harmonia Mundi / 2018)

DEUTSCH-HOFMUSIK-GRYCHTOLIK-alexander-DHM-cantates-JS-BACH-249b-BWV-205a-critique-review-cd-critique-cd-classiquenews-baroque-cantatesCD, critique. JS BACH : Celebration cantatas / «  Entfliehet, ihr Sorgen » : BWV 205a, BWV 249a – Deutsche Hofmusik. Alexander Grychtolik (1 cd DHM Deutsche Harmonia Mundi / 2018). Mai 2019 marque l’agenda baroque grĂące Ă  ce programme enregistrĂ© Ă  Berlin en 2018 par le jeune ensemble allemand Deutsche Hofmusik encore mĂ©connu en France. Ce qui devrait Ă©voluer sous peu si les directeurs de festivals et de salles cultivent un minimum de curiositĂ© extrafrançaise. Le harpiste et chef Alexander Grychtolik dĂ©veloppe ici un sens du texte prĂ©cis, une mĂ©trique ciselĂ©e avec des tempis souvent ralentis mais porteurs d’une belle articulation, au service de deux Cantates profanes, de “cĂ©lĂ©bration” (comme il est prĂ©cisĂ© sur la couverture), dont surtout la 249a, dite « Cantates des bergers », qui cĂ©lĂšbrent ses patrons, en l’occurrence l’anniversaire du duc de Saxe Weissenfels, Christian (en ce 25 fĂ©v 1725). La BWV 205a est Ă©crite pour le sacre d’Auguste III de Pologne.

 

 

 

PrĂ©cis, expurgĂ©, millimĂ©tré 
Le BACH profane d’Alexander Grychtolik

 

 

 

Alors que la France d’avant Rameau cultive un goĂ»t suave et italien, « galant », la Saxe de Bach apprĂ©cie l’articulation du verbe allemand, Ă  la façon d’une dramaturgie du verbe, parfaitement dĂ©fendue par les solistes rĂ©unis : en particulier la basse Stephan Macleod (dĂšs son air dans la BWV 2015a), le tĂ©nor Daniel Johannsen, au style intelligible et impeccable de fluiditĂ© timbrĂ©e ; sans omettre le soprano mĂ©tallique et brillant, droit comme une trompette, et jamais vibrĂ© de Miriam Feuersinger. Chacun dĂ©fend une prĂ©cision, un allant et une expressivitĂ© au service d’un seul Ă©lĂ©ment (essentiel chez Bach) : le texte.
Voilà qui donne la clé de la recherche : si JS BACH avait écrit des opéras, ces deux cantates en auraient été les prémices directs.
L’éloquence incarnĂ©e, le sens du verbe donc, l’articulation des instruments aussi (superbe sinfonia de la BWV 249a, avec hautbois obligĂ© : n’est ce pas la Cantate dite « des bergers »?) soulignent le souci du Bach dramatique autant que poĂ©tique. La couleur de chaque situation est magnifiquement restituĂ©e grĂące au geste ultra prĂ©cis du chef, harpiste de formation.
On ne peut que souscrire Ă  l’intelligence oratoire et poĂ©tique de l’approche : voilĂ  le BACH profane idĂ©alement restituĂ©. Le travail du chef Alexander Grychtolik s’avĂšre particuliĂšrement convaincante. C’est donc le CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2019 pour ce programme en tout point stimulant.

 

 

 
 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD, critique. JS BACH : Celebration cantatas / «  Entfliehet, ihr Sorgen » : BWV 205a, BWV 249a – Deutsche Hofmusik. Alexander Grychtolik. Stephan Macleod (basse), Miriam Feuersinger (soprano), Elvira Bill (alto), Daniel Johannsen (tĂ©nor) – Deutsche Hofmusik, alexander Grychtolik (direction) – 1 cd DHM Deutsche Harmonia Mundi / Berlin, sept 2018). CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2019.

 

 

 
 

 

 

Passion selon Saint-Jean

BACH mc leod concert critique annonce opera classiquenews Gli-Angeli-Geneve© FoppeSchutPOITIERS, TAP. 1er avril 2019 : BACH, Passion selon St Jean. Parmi les grandes Ɠuvres religieuses de Johann Sebastian Bach, la Passion selon Saint Jean reste la plus introspective, celle qui parle et s’adresse directement Ă  l’auditeur, croyant ou non. L’Évangile selon Saint Jean Ă©voque les mortels impuissants dĂ©munis que des Ă©vĂ©nements extraordinaires et troublants dĂ©passent. Bach compose un tableau dramatique trĂšs humain aux figures marquantes dont JĂ©sus le sacrifiĂ© et le Sauveur, Pierre le traĂźtre qui se repend, Pilate et, omniprĂ©sentes, les foules versatiles et hostiles (turba), en quĂȘte de salut, en rpoie au dĂ©sespoir
 En Suisse, Stephan MacLeod et l’ensemble Gli Angeli GenĂšve (fondĂ© en 2005) interprĂštent au concert l’intĂ©grale des cantates de Bach ; un projet et une expĂ©rience musicale qui facilitent leur comprĂ©hension de cette Passion.
Les chanteurs, solistes ou chƓurs, placĂ©s devant l’orchestre, font face au public ; ils projettent directement le sens du txte et le message spirituel de la Passion vers l’assemblĂ©e des auditeurs, comme les croyants Ă  l’église.

ComparĂ© Ă  la Saint-Mathieu, plus humaine et fraternelle, la Saint-Jean est cet opĂ©ra sacrĂ© de Bach, plus Ăąpre, mordant, resserrĂ© qui se concentre sur le sacrifice et la tragĂ©die de la mort. Hautement dramatique, la partition est un sommet parfois terrifiant qui questionne le sens de la mort et des souffrances Ă©prouvĂ©es. Comme pour la Messe en si, ou la Saint-Mathieu, le chef doit maĂźtriser le sens du dĂ©tail comme la clartĂ© de l’architecture contrapuntique, sans omettre le relief et surtout le sens du texte
 lequel donne le tempo exact. C’est aussi une question de couleurs vocales et instrumentales
 Le TAP Ă  Poitiers accueille l’une des formations, avec Vox Luminis / Lionel Meunier, les plus convaincantes actuellement chez Bach.

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/bach/

Poitiers, TAP
JS BACH : Passion selon Saint-Jean
Lundi 1er avril 2019, 20h30
Gli Angeli
Stephan MacLeod, direction

La nouvelle Messe en si de William Christie

Les Arts Flo en rĂ©sidence Ă  La Philharmonie de ParisBARCELONE, LEIPZIG… William Christie dirige la Messe en si de BACH, 16, 19 juin 2016. PrĂ©sentĂ©e pour la premiĂšre fois au dernier Festival de musique religieuse Ă  Cuenca en Espagne, pour la Semaine Sainte, le 24 mars dernier – avant la Philharmonie de Paris, la Messe en si de JS BACH par William Christie, est le dernier programme majeur dĂ©fendu par le crĂ©ateur des Arts Florissants. Un nouvel accomplissement Ă  inscrire parmi ses meilleures rĂ©alisations : ample, superlative, profonde, millimĂ©trĂ©e.
ImmĂ©diatement ce qui frappe, c’est l’Ă©nergie juvĂ©nile que Bill insuffle Ă  son orchestre d’une formidable ductilitĂ© expressive et aux chanteurs formant le choeur des Arts Florissants. La vitalitĂ© du geste sait ĂȘtre dĂ©taillĂ©e, analytique sans omettre la profondeur et la justesse des intonations, ce pour chaque sĂ©quence. Il en dĂ©coule une vision architecturale d’une clartĂ© absolue qui Ă©claire d’une lumineuse façon toute la structure de l’Ă©difice ; comme s’il s’agissait d’en souligner la profonde unitĂ©, l’irrĂ©sistible cohĂ©rence, alors qu’il s’agit d’un cycle que Bach a conçu sur 25 ans, sans concevoir a priori la fabuleuse totalitĂ© que nous saluons aujourd’hui”… extrait de notre compte rendu complet de la Messe en si de JS Bach par William Christie et Les Arts Florissants Ă  Cuenca en mars 2016.

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La Messe en si de Jean-SĂ©bastien Bach
Les Arts Florissants
William Christie, direction

 

 

Barcelone, Palais des Arts / Palau de la Musica, le 16 juin 2016, 20h30
RESERVEZ

 

Leipzig, Eglise Saint-Thomas / Thomaskirche, le 19 juin 2016, 18h
RESERVEZ : Billetterie close / sold out

 

 

 

Voir les dates sur le site des Arts Florissants.

 

 

 

CUENCA-2016-vignette-carre-cartel-smrc55LIRE notre compte rendu, concert. CUENCA (Espagne), 55Úme Festival de musique religieuse. Jean-Sébastien Bach : Messe en si mineur BWV 232. Katherine Watson, Tim Mead (contre-ténor), Reinoud van Mechellen (ténor), André Morsch (basse). Les Arts Florissants (Choeur et Orchestre). William Christie, direction

 

CUENCA (Espagne), Festival de musique sacrée. Auditorio, le 24 mars 2016 : Messe en si mineur de JS BACH. Les Arts Florissants, William Christie

CUENCA-2016-vignette-carre-cartel-smrc55BACH by BILL. Compte rendu, CUENCA (Espagne, Castilla-La Mancha). 55Ăšme Festival de musique religieuse, Auditorio, jeudi 24 mars 2016. JS BACH : Messe en si mineur. Les Arts Florissants, William Christie. Sommet musical Ă  Cuenca. On l’attendait impatiemment, cette nouvelle lecture de la Messe en si de Bach par William Christie. C’est absolument le bon timing pour le chef fondateur des Arts Florissants. Une premiĂšre d’autant plus attendue Ă  Cuenca, pour le festival de musique religieuse que le concert inaugure une tournĂ©e dĂ©sormais marquante dans l’histoire de l’Ensemble qui passera par Paris (Philharmonie, ce 26 mars soit demain) puis Versailles (Chapelle royale), avant les autres dates dont Ă  nouveau l’Espagne, Ă  Barcelone en juin prochain.
ImmĂ©diatement ce qui frappe c’est l’Ă©nergie juvĂ©nile que Bill insuffle Ă  son orchestre d’une formidable ductilitĂ© expressive et aux chanteurs formant le choeur des Arts Florissants. La vitalitĂ© du geste sait ĂȘtre dĂ©taillĂ©e, analytique sans omettre la profondeur et la justesse des intonations, ce pour chaque sĂ©quence. Il en dĂ©coule une vision architecturale d’une clartĂ© absolue qui Ă©claire d’une lumineuse façon toute la structure de l’Ă©difice ; comme s’il s’agissait d’en souligner la profonde unitĂ©, l’irrĂ©sistible cohĂ©rence, alors qu’il s’agit d’un cycle que Bach a conçu sur 25 ans, sans concevoir a priori la fabuleuse totalitĂ© que nous saluons aujourd’hui.

Dans la Messe en si mineur de Bach, les Arts Florissants signent une lecture jubilatoire, ardente et juvénile,

Bouleversant Bach de Bill

Messe en si de Bach par William ChristieParmi les joyaux de cette rĂ©alisation, soulignons l’Ă©blouissante comprĂ©hension de la Messe dans sa globalitĂ©, comme l’intelligence des enchaĂźnements des sĂ©quences solistiques, chorales, instrumentales… car si l’on prend presque toutes les entrĂ©es des arias, ce sont les instruments (flĂ»tes, hautbois d’amour, violon…) qui sont aux cĂŽtĂ©s des chanteurs, particuliĂšrement exposĂ©s. Sous la direction de William Christie, les vertigineux contrastes d’un Ă©pisode l’autre, se rĂ©vĂšlent avec une acuitĂ© dramatique exceptionnelle ; chaque choeur d’une exultation jubilatoire, affirme le sentiment d’avoir franchi un seuil dans l’ascension de la montagne. Peu Ă  peu, chaque Ă©pisode choral marque les jalons d’une Ă©lĂ©vation collective, – gradation d’une ascension, emportant musiciens et public, en un continuum ininterrompu de prĂšs d’1h30mn.
Le Kyrie initial affirme l’ampleur de la vision Ă  la fois “sereine et gĂ©nĂ©reuse” pour reprendre les mots du Maestro ; et ce sentiment de solennitĂ© est enrichi par la profondeur et un souffle irrĂ©pressible. Puis les choeurs (Gloria in excelsis Deo, avec l’Ă©clat de la trompette ; Gratias agimus tibi ; Cum Sancto Spiritu…) affirment l’avancĂ©e de l’assemblĂ©e des croyants : tout un monde nouveau, Ă©blouissant les attend au sommet des cimes Ă©voquĂ©es. MaĂźtre des contrastes, Bill cisĂšle l’expressivitĂ© mordante des solos, en particulier, Ă  l’inquiĂ©tude tenace du contre-tĂ©nor (premier air : Qui sedes), la certitude bienheureuse du croyant dans la joie incarnĂ©e par la basse (air qui suit immĂ©diatement : Quoniam tu solus Sanctus). Ces contrastes -magnifiquement enchaĂźnĂ©s-, relĂšvent d’une maĂźtrise absolue de l’Ă©loquence, mais aussi, qualitĂ© davantage explicite chez le fabuleux choeur, celle d’une exceptionnelle intelligibilitĂ© : maĂźtre de la dĂ©clamation française, William Christie se distingue plus encore chez Bach, par un souci inouĂŻ du texte dont on comprend et saisit chaque mot ; d’ailleurs le travail du choeur est l’autre point fort d’une approche inoubliable : le chef mĂ©lange les chanteurs, comme un peintre, sur sa palette, obtenant des couleurs, des accents, des combinaisons d’une Ă©tonnante activitĂ© linguistique. C’est tout d’un coup l’armĂ©e des chĂ©rubins qui fourmille dans un ciel misĂ©ricordieux, une nuĂ©e scintillante et linguistiquement miroitante dont le raffinement n’avait jamais atteint Ă  ce degrĂ© de finesse comme d’Ă©lĂ©gance. Autre temps fort de la Messe, le surgissement de la mort, aprĂšs le duo Et in unum Dominum Jesum Christum (du Credo) : sur les mots : “Crucifixus etiam pro nobis”, le choeur fait basculer le cycle dans la gravitĂ© lugubre, un gouffre noir et sombre sans lumiĂšre s’ouvre Ă  nos pieds : dĂ©pression collective, amertume imprĂ©vue, inquiĂ©tude et angoisse… L’impact est foudroyant et la justesse du geste, irrĂ©sistible.
L’ensemble des solistes reste convaincant, mais c’est essentiellement la parure orchestrale, la trĂšs haute tenue de chaque soliste instrumental (palmes spĂ©ciales Ă  la corniste qui accompagne la basse dans le premier air dĂ©jĂ  citĂ©) qui convainc. Le choeur est l’autre protagoniste clĂ© de cette rĂ©alisation exemplaire : l’exaltation, la justesse, l’articulation, l’Ă©lan gĂ©nĂ©ral qui convoque l’assemblĂ©e des croyants s’imposent Ă  nous sans artifice. Et d’une rayonnante ivresse juvĂ©nile.
Quant au maestro, son engagement Ă  dĂ©fendre l’universalitĂ© de la partition (d’une vĂ©ritĂ© oecumĂ©nique), sa profonde poĂ©sie comme son dramatisme hautement expressif… tout s’accordent Ă  ciseler une lecture essentiellement cohĂ©rente et unitaire. Sans omettre nous le soulignons un art remarquable des enchaĂźnements dont la succession des Qui tollis peccatis (grave et intĂ©rieur), Qui sedes (pour haute contre), enfin Quoniam tu solus Sanctus (basse) surprend par la ductilitĂ© des passages ; un lien d’une indĂ©fectible plasticitĂ© reliant les Ă©pisodes l’un Ă  l’autre, comme s’il s’agissait des volets d’un mĂȘme et seul retable. Tour Ă  tour, l’auditeur passe de l’interrogation profonde Ă  l’exultation contagieuse en une continuitĂ© bouleversante par sa sincĂ©ritĂ©. L’expĂ©rience est exaltante et mĂ©morable ; elle a fait l’Ă©vĂ©nement Ă  Cuenca ; en fin de concert, le public conquis a rĂ©servĂ© une ovation lĂ©gitime et tenace au formidable ensemble des Arts Florissants. C’est en effet le grand retour de William Christie Ă  Cuenca, depuis plus de 10 annĂ©es. Programme en tournĂ©e (Paris, Philharmonie le 26 mars 2016 ; Versailles,  Chapelle royale, le 27 mars ; Barcelone, le 16 juin ; Leipzig, le 19 juin…), Ă  ne pas manquer. Voir les dates sur le site des Arts Florissants.

Compte rendu, concert. CUENCA (Espagne), 55Úme Festival de musique religieuse. Jean-Sébastien Bach : Messe en si mineur BWV 232. Katherine Watson, Tim Mead (contre-ténor), Reinoud van Mechellen (ténor), André Morsch (basse). Les Arts Florissants (Choeur et Orchestre). William Christie, direction

Les Folies Françoises : 3 clavecins pour JS BACH

Rondeau Alard MartinParis, OrlĂ©ans, les 23 et 24 mars 2016. Les Folies Françoises jouent JS Bach. Pour interprĂ©ter les Concertos pour deux et trois clavecins de JS Bach, d’une irrĂ©sistible motricitĂ© concertante, Les Folies Françoises (15 ans en 2015) rĂ©unissent 3 clavecinistes avĂ©rĂ©s, tempĂ©raments Ă©tourdissants, tous Premiers Prix du Concours de Bruges – distinction combien prestigieuse pour les clavecinistes… : soit, Benjamin Alard, BĂ©atrice Martin (continuiste habituelle des Folies) et Jean Rondeau. Une immersion enthousiasmante dĂ©fendue par 3 solistes capables de cultiver l’art du partage et de l’Ă©coute collective. Dans les annĂ©es 1730 Ă  Leipzig, Johann Sebastian Bach, Ă  la tĂȘte du Collegium Musicum, donna au public plusieurs concerts au fameux CafĂ© Zimmerman, dont les concertos pour plusieurs clavecins. D’une instrumentation audacieuse voire inĂ©dites, les partitions placent au devant de la scĂšne, le clavecin, nouveau souverain qui quitte son habituelle partie de basse continue. Nouveau soliste sollicitĂ©, le clavier ainsi rĂ©habilitĂ© affirme son tempĂ©rament entre virtuositĂ©, expressivitĂ©, exaltation rythmique… Les concertos pour 2 et 3 clavecins dĂ©cuplent la vivacitĂ© propre Ă  cette forme italienne si jubilatoire, donnent une gravitĂ©, une profondeur, une tendresse exceptionnelles au discours des mouvements lents; ils emportent le cƓur et touchent l’Ăąme par leur Ă©nergie enchanteresse : un dĂ©fi pour chaque solistes appelĂ©s Ă  jouer ensemble ; pour l’orchestre aussi, soumis dĂ©sormais Ă  un nouvel Ă©quilibre sonore.

 

 

 

Les Folies Françoises jouent JS BACH, de Paris à Orléans

Paris, Mercredi 23 mars 2016 Ă  20h30, Salle Gaveau

Orléans, Jeudi 24 mars 2016 à 20h30, ScÚne nationale

Concertos Ă  2 clavecins BWV 1060, BWV 1061a, BWV 1062
Concertos Ă  3 clavecins BWV 1063, BWV 1064.

Les Folies Françoises
Patrick Cohen-Akenine, direction
Avec Benjamin Allard, BĂ©atrice Martin, Jean Rondeau, clavecins

 

 

 

La Messe en si de JS Bach sur Radio Classique

JS Bach : Messe en si. Radio Classique, mardi 14 juillet 2015, 19h30. En direct de l’Abbaye aux Dames de Saintes, Philippe Herreweghe dirige le Collegium Vocale Gent dans le sommet sacrĂ© du Director musices de Leipzig : le Messe en si, une oeuvre emblĂ©matique de toute la dĂ©votion europĂ©enne baroque et qui regroupant plusieurs matĂ©riaux de pĂ©riodes diffĂ©rentes, compose le grand oeuvre du compositeur. Sa gĂ©nĂšse s’Ă©tend de 1724 Ă  1749 : sa destination n’Ă©tant pas liturgique (elle ne fut jamais jouĂ©e telle que nous la connaissons), la partition dans son entier synthĂ©tise la pensĂ©e chorale et l’esthĂ©tique musicale du Bach penseur, thĂ©oricien, croyant sincĂšre et ardent.

bach_js jean sebastianLe chef-d’Ɠuvre de Bach ? Au regard du gĂ©nie et des sommets atteints par le Cantor de Leipzig, gardons-nous de tout absolu. Mais cette Ɠuvre (nommĂ©e Messe en si mineur alors qu’elle est principalement en RĂ© majeur !) est symbolique Ă  plus d’un titre. Tout d’abord, elle est la derniĂšre composition pour chƓur de Bach. De plus, elle incarne la somme du style baroque Ă  son apogĂ©e, mais aussi de la polyphonie façon Machaut ou encore des modes et teneurs antiques. Enfin, son histoire n’est pas ordinaire. ComposĂ©e durant prĂšs de 25 ans, elle rĂ©unit des partitions d’époques diffĂ©rentes, l’Allemand ayant puisĂ© dans ses Ɠuvres antĂ©rieures et ajoutĂ© des crĂ©ations originales – dont les chƓurs du Credo. Le rĂ©sultat ? Une messe de liturgie catholique pour deux sopranos, un contralto, un tĂ©nor, une basse, un orchestre et un chƓur. Cette piĂšce-phare conclut depuis des annĂ©es le festival Bach de Leipzig mais n’avait pas Ă©tĂ© jouĂ©e par l’Atelier depuis prĂšs de quinze ans.

Le souffle solennel voire funĂšbre qui emporte le Kyrie introductif; le Gloria impĂ©tueux dont les trompettes claironnantes disent ce sentiment de jubilation festive adressĂ© au nouveau Roi de Pologne (Auguste III); le mystĂšre de l’Et incarnatus est (et sa tierce picarde dans ses 5 derniĂšres mesures); l’exclamation des choeurs, la guirlande des cordes, flĂ»tes et hautbois, sans omettre la priĂšre individuelle si intĂ©rieure, entre sĂ©rĂ©nitĂ© et inquiĂ©tude (Benedictus pour tĂ©nor, Agnus Dei pour alto)… tout est dans la Messe en si mineur, une affaire de dĂ©fis, de risques Ă  surmonter, d’Ă©preuves Ă  vaincre, d’options Ă  assumer (que l’on opte pour l’option des chanteurs Ă  un par voix)…

Il faut bien l’expĂ©rience et le feu sacrĂ© d’un chef aguerri pour atteindre les fervents sommets d’une montagne magique, monument de la musique sacrĂ©e baroque comprenant 21 sections , -dont Kyrie et Gloria sont les plus anciens, remontant aux annĂ©es 1730). Le chef doit transmettre sa passion du timbre et de la sonoritĂ©, de la respiration, du flux… sans diluer ni affaiblir l’intensitĂ© de la priĂšre collective ou solistique.

La Messe en si de Jean-SĂ©bastien Bach

Le Grand oeuvre (1724-1749)

TAP Poitiers : Philippe Herreweghe joue PromethĂ©eLa Messe en si est une partition monumentale que porte l’auteur pendant 25 ans: c’est l’oeuvre d’une vie, l’aboutissement d’une Ă©criture et d’une expĂ©rience musicale portĂ©e tout au long de la carriĂšre et de la vie, comme un journal. Bach y dĂ©pose toute sa science et sa sensibilitĂ©, mais ne l’entendit jamais de son vivant.
Director Musices de Leipzig, Bach doit fournir nombre de musique pour les Ă©glises de Saint-Thomas et de Saint-Nicolas, assurer la formation des Ă©lĂšves Ă  Saint-Thomas, mais aussi l’ordinaire musical de la ville entiĂšre, pour tous les Ă©vĂ©nements de la vie social. On comprend aisĂ©ment que le compositeur fut capable d’une organisation mĂ©thodique qui comprend le recyclage de sa musique (principe parodique), diversement utilisĂ©e selon les circonstances. Le compositeur municipal est en outre depuis 1729, chef d’orchestre, dirigeant le Collegium musicum, fondĂ© par Telemann.
Fort heureusement si l’on peut dire, alors qu’en cette annĂ©e 1733, Rameau fait son entrĂ©e Ă  l’opĂ©ra avec son chef d’oeuvre scandaleusement gĂ©nial, Hippolyte et Aricie, le patron du musicien, FrĂ©dĂ©ric Auguste Ier, prince Ă©lecteur de Saxe, meurt le 1er fĂ©vrier. Le deuil instituĂ© pendant 5 mois interdit toute musique. Bach peut ralentir le rythme.

Un poste Ă  Dresde…
bach_jean_sebastien_portrait-eisenach-haussmann-1730Le changement de prince rĂ©gnant laisse espĂ©rer un meilleur traitement et surtout des salaires mieux payĂ©s, car comme Monteverdi Ă  Mantoue au siĂšcle passĂ©, Bach a du mal Ă  se faire livrer les sommes qui lui reviennent pour ses nombreux services. Aussi dĂ©cide-t-il de commencer une oeuvre grandiose, dĂ©diĂ©e Ă  son nouveau protecteur, FrĂ©dĂ©ric-Auguste II. De Leipzig oĂč il se sent Ă  l’Ă©troit non reconnu, comme relĂ©guĂ©, Bach adresse sa partition nouvelle Ă  Dresde, siĂšge de la Cour de Saxe, tout en formulant son dĂ©sir d’ĂȘtre membre de la Chapelle de la Cour (d’autant que son fils Wilhelm Friedmann a obtenu Ă  Dresde, un poste enviable d’organiste). La messe catholique cĂ©lĂšbre la ferveur du Souverain dresdois qui est aussi Roi de Pologne sous le nom d’Auguste III. Bach n’est pas pour autant dĂ©paysĂ© par la liturgie catholique car dans le cadre luthĂ©rien peuvent ĂȘtre aussi Ă©coutĂ©s Magnificat et Sanctus Ă  NoĂ«l, pour PĂąques, Ă  la PentecĂŽte. Le Kyrie (perfection du style fuguĂ©) et le Credo ainsi livrĂ©s en 1733 (formant une messe latine conforme, mais brĂȘve selon l’usage luthĂ©rien, c’est Ă  dire sans Gloria, Sanctus et Agnus Dei), forment la premiĂšre moitiĂ© de notre actuelle Messe en si. Bach y recycle des choeurs dĂ©jĂ  Ă©crits provenant des cantates BXV 29 et 46.

SynthĂšse artistique
Mais le compositeur ne laisse pas son grand projet en chemin. il ajoute le Sanctus qui puise dans une partition liĂ©e Ă  la NativitĂ©, datant de 1724. Ensuite, celui qui au soir de sa vie, est engagĂ© dans son testament musical sur le mode strictement instrumental, L’art de la fugue, dans les annĂ©es 1748/1749, Ă©crit la seconde moitiĂ© de la Messe en si.
Sorte de catalogue de toutes les Ă©critures dont Ă©tait capable le musicien, l’ensemble concentre la maĂźtrise d’un Bach universel, encyclopĂ©dique, synthĂ©tique. Peut-ĂȘtre destinait-il son oeuvre Ă  Auguste III, souhaitant plus que jamais quitter Leipzig pour Dresde… Ou encore s’agit-il d’une commande privĂ©e dont la monumentalitĂ© est liĂ©e au goĂ»t et Ă  la volontĂ© du Comte Johann Adam von Questerberg (mort en 1752), riche mĂ©lomane, membre de la Cour impĂ©riale Viennoise qui aurait pu financer le grand oeuvre choral du musicien toujours en quĂȘte de projets audacieux.

JS Bach : Messe en si.
En direct du Festival de Saintes

D. Mields, M. Oetzinger
D. Guillon, T. Hobbs, P. Kooy
Collegium Vocale Gent
Philippe Herreweghe, direction

JS Bach : Messe en si. Radio Classique, mardi 14 juillet 2015, 19h30. En direct de l’Abbaye aux Dames de Saintes, Philippe Herreweghe dirige le Collegium Vocale Gent