Je voy le bon tens venir. Les Musiciens de Saint-Julien1 cd Alpha

” Je voy le bon tens venir… ” : voilà un adage qui vient réchauffer les coeurs en tant de crise… mais aussi envoûter les sens. Pouvions nous espérer un aussi bel enregistrement poétique, sublimé par son sujet, évoquant les milles grâces de temps meilleurs? Sur le thème de Mille ans de cornemuse en France, François Lazarevitch poursuit son exploration des fricassées et mélanges vocaux et instrumentaux, ici au Moyen-Age tardif, après s’être amarré aux ports de la Renaissance et du premier baroque (Et la fleur vole, superbe réalisation précédente).
Le virelais de la plage 9 (Tant plus vos voye…) répond aux promesses déclamatives d’un temps d’espoir au printemps prometteur et souriant tel qu’esquissé dès le 1 (Je vois le bon tens venir...) , avec ces percussions si rutilantes et expressives, chamarées et mordantes : ce jeu de correspondances façonnent évidemment la cohérence inouïe du programme : il place l’ivresse des timbres au devant de cette scène musicale qui parle à notre imaginaire comme à la gourmandise de nos sens (la cornemuse éblouit par sa trépidation dansante en particulier dans Soit tart tempre virelais et ballade du 10 qui suit).
Sur les traces d’Adam de la halle (XIIIème), poète inspirant et à l’imaginaire courtois (brûlures d’un cour amoureux devant la danse de sa belle dans l’inestimable ballata de Johannes Ciconia : Gli atti col Dançar … plage 11), surtout buccolique (voyez ce coucou frémissant dans le 8, En ce gracïeux temps de Jacob Senleches…), le musicien défricheur sélectionne une série de manuscrits plus tardifs des XIVè et XVè soit aux franges extrêmes de l’ère médiévale… aux portes des univers architecturés de la sémillante aube Renaissante.
Tout un monde sonore surgit ici, sous la pétillance des timbres réunis auxquels se joignent les 3 voix mâles et détonantes des solistes associés aux instrumentistes des Musiciens de Saint-Julien. Piquante, vivante, chorégraphique aussi, chaque séquence de ce disque enchanteur révèle sans affèterie ni effets artificiels, l’éloquente diversité des sources d’inspiration : dialogues, mélodies, virelais et ballades motets retrouvent le rythme naturel et caractérisé des polyphonies et danses autour de 1400 (le sujet du programme): ils y gagnent un surcroît de fascinante intensité grâce au geste articulé et souple des Saint-Julien. La cornemuse comme la flûte enchantée (J’ay grant desespoir, plage 12) de François Lazarevich n’est pas la moindre facette agissante, voire miraculeuse, de ce disque captivant aux innombrables trésors et surprises. Un choc.

Je voy le bon tens venir. Polyphonies et danses autour de 1400. Les Musiciens de Saint-Julien. François Lazarevitch, direction. Enregistré en novembre et décembre 2011 à Paris, chapelle ND du bon secours. 1 cd Alpha.

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