Ingolf Wunder: 300 (D. Scarlatti, Mozart, Debussy, Liszt, Chopin, Williams…)1 cd Deutsche Grammophon

Souvenons nous c’était en septembre 2011, DG Deutsche Grammophon révélait un jeune pianiste Ingolf Wunder dans un récital solo dédié à Chopin (que nous retrouvons ici en plage 5: balancement rêveur de la Berceuse en ré bémol majeur opus 57, d’une fluide élocution très articulée)… Aux côtés de l’écurie DG qui compte déjà de prestigieux leaders (Ott, Wang, Blechacz…), Ingolf Wunder (2ème Prix du Concours Chopin de Varsovie 2010), paraît avec d’autant plus de mérite que son second album confirme outre les dispositions digitales de l’interprète, son aptitude poétique qui le porte à l’intériorité mélancolique (Scarlatti d’ouverture), aux mondes de l’enfance (Mozart : Sonate en si bémol majeur K 333, intégralement abordée), monde suspendus et flottants d’un songe à la Watteau (Chopin déjà cité ou la Valse de Koczalski qui suit, ce dernier élève d’un élève du grand Frédéric, et de son vivant estimé tel le meilleur interprète de Chopin…).


Jardin pianistique

Le jeu contrasté mais jamais sec ou dur du jeune homme autrichien né en 1985, pas encore trentenaire, fait montre d’un beau tempérament plus impétueux et plein de fougue mordante chez Liszt (Scardas macabre de 1881) ou chez Rachmaninov (Prélude en sol mineur), avec cette prédilection pour l’enchantement miroitante d’un Debussy lunaire (Clair de lune (extrait de Suite bergamasque), touché par la grâce papillonnante de vol du bourdon de Rimsky (arrangement de Rachmaninov); plein d’humour et de distance critique décalée, Wunder sait aussi enrichir ses imaginaires en choisissant l’exploit de ses prédécesseurs tels Arcadi Volodos, auteur d’une paraphrase d’après le rondo alla turca de la Sonate K331 de Mozart.

Pourquoi 300 ? Pour l’écart stylistique des compositeurs retenus dans ce jardin personnel, soit 300 ans d’histoire de la musique pour piano; mais encore parce que, en 2013, le jeune soliste donnera son 300ème récital au sein d’une carrière débutée avec énergie et tempérament, bien que venu sur le tard à son instrument comme il le précise lui-même dans la notice du cd.

Sensible et enchanteur, le pianiste réussit à élargir encore son vaste répertoire en incluant en conclusion deux musiques de film signées Morricone et Williams (thème d’ouverture de Star Wars), ce dernier dans un arrangement du jeune pianiste: le geste est entier, la volonté indéfectible et d’un brio lisztéen mais le délire… absent. Rien de tel qu’un récital personnel, courageusement défendu et qui dévoile comme ici, l’un des tempéraments récemment recrutés parmi les plus intéressants de l’écurie Deutsche Grammophon : dans ses ambitions assumées, et ses imperfections certainement passagères. Le talent est réel et la maturité artistique plus que prometteuse. A suivre.

Ingolf Wunder, piano: 300. Domenico Scarlatti, Mozart, Liszt, Chopin, Rachmaninov, Debussy, Scriabine, Horowitz, Volodos, Morricone, Williams… 1 cd Deutsche Grammophon 00289 479 0084. Enregistré en juin 2012.

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