vendredi, décembre 9, 2022

Gustav Mahler: Symphonie n°8 des Mille. Orchestre de Paris Arte, dimanche 6 juillet 2008 à 19h

A ne pas rater

Gustav Mahler
Symphonie n°8 « des mille »

Arte
Dimanche 6 juillet 2008 à 19h

A l’été 1906, alors qu’il souhaitait surtout ne rien faire, Mahler se
passionne pour le manuscrit du Spiritus Creator
qui le dévore pendant
huit semaines: à son terme, cette retraite mystique produit
l’une de ses partitions les plus ambitieuses: la Symphonie n°8. Pour
faire entendre et résoner la musique des sphères, des soleils et des
constellations qu’implore un peuple de fervents, l’Orchestre de Paris
pour ses 40 ans (mars 2008) offre ce concert des « Mille » au palais
omnisport de Paris-Bercy.
Sous la direction musicale de Christoph Eschenbach. Avec l’Orchestre Nationale de Paris. Marina Mescheriakova (soprano) ; Erin Wall (soprano) ; Marisol Montalvo (soprano) ; Nora Gubisch (alto) ; Annette Jahns (alto) ; Nikolai Schukoff (ténor) ; Franco Pomponi (baryton) ; Stephen Milling (basse). Avec les chœurs : Le Wiener Singverein : chef de chœur Johannes Prinz. Le London Symphony Chorus : chef de chœur Joseph Cullen. Le Chœur de l’Orchestre de Paris : chefs de chœur Didier Bouture et Geoffroy Jourdain. La Maîtrise de Radio France et une maîtrise d’assemblée : chef de chœur Marie-Noëlle Maerten. Et avec la participation de plus de 300 enfants. Réalisation : François Goetghebeur. Coproduction : LMG, ARTE France, Mezzo, France 2. Enregistré au Palais Omnisport de Paris-Bercy le 6 mars 2008 à l’occasion des 40 ans de l’Orchestre de Paris.

La Symphonie « Des Mille » est l’une des oeuvres les plus impressionnantes du répertoire symphonique. Pas moins en effet de 1000 interprètes afin d’exprimer l’élan et les aspirations du compositeur qui rêve d’éternité et de mysticisme ultime. Sous la direction de Christoph Eschenbach, le concert regroupe en plus des solistes, un nombre éloquent de choristes: ceux du Wiener Singverein et du London Symphony Chorus, le Choeur de l’Orchestre de Paris ainsi que la Maîtrise de Radio France, enfin plus de 300 enfants. La clameur mahlérienne, désirant son rêve d’absolu et de pureté, exige ce collectif de voix engagées.


Chant des planètes et des soleils
A l’été 1906
, alors qu’il souhaitait surtout ne rien faire, Mahler se passionne pour le manuscrit du Spiritus Creator (hymne catholqiue en langue latine) qui le dévore pendant huit semaines: à son terme, la retraite mystique du compositeur produit l’une de ses partitions les plus ambitieuses. Comme piloté par un esprit qui le dépasse, Mahler compose avec une fluidité jamais connue auparavant, lui qui souvent, peine à écrire, au fil d’une inspiration capricieuse. Le 18 août 1906, il écrit son enthousiasme face à la partition accomplie: « Représentez vous que l’univers commence à retentir et à vibrer. Ce ne sont plus des voix humaines, mais des planètes et des soleils qui tournent »…

Ferveur et amour
Symphonie cosmique, miracle musical, la Symphonie n°8 repose surtout sur 2 textes qui composent les deux sujets édifiants d’un vaste diptyque. Sujet et forme sont étroitement liés: la première partie sur le texte du Veni Creator, en latin, est néo baroque et d’une maîtrise chorale, en particulier contrapuntique, à couper le souffle. Dans le chant des choeurs et des solistes s’expriment l’admiration et l’hommage au Créateur, au miracle de la nature. Dans la seconde partie, Mahler choisit un sujet totalement différent: la conclusion du second Faust de Goethe, où l’homme soumis à la tentation, traversé par l’ardent désir de résurrection et de salut, communie avec l’être supérieur en une série de visions angéliques.

Le génie de Mahler est dans la réussite et l’unité musicale des deux volets. Ferveur et humanisme réorganisent la carrière et la condition humaines, portées par une seule source qui en fait tout le prix, l’amour. Amour divin, amour profane, les peintres (Titien) l’ont traité avant Mahler. Mais le compositeur lui donne une démesure époustouflante, dans l’une de ses oeuvres les plus émouvantes. Tout l’élan et la tension continue s’y résolvent dans l’hymne final à la Vierge, divinité où convergent les espoirs et les aspirations de l’humanité: Mater gloriosa. La figure de la femme divinisée, protectrice, icône et présence de consolation, culmine au sommet de la partition qui permet, ici mieux que dans aucune autre création symphonique, de convoquer de superbes visions paradisiaques. Mahler aborde aux rivages célestes et nous fait profiter de ses inoubliables visions.

Mais le projet ne se réalise pas aussi facilement: 8 solistes, 2 choeurs mixtes de 250 chanteurs, un choeur supplémentaire de 350 enfants, un orchestre philharmonique, regroupant près de 1030 musiciens au total, sont en effet nécessaires. Mahler se montre particulièrement pointilleux lors des répétitions pour la création à Vienne en septembre 1910.

Notre avis. Mahler compose une fresque en deux volets apparemment antinomiques: l’hymne glorificateur « Veni Créator » (Viens esprit créateur), puis le Faust de Goethe. D’un côté l’ardente prière d’une humanité fervente habitée par une indéfectible ivresse spirituelle (Fais nous connaître le Père, révèle nous le Fils), faite déflagration, désir écumant à l’adresse des divinités miséricordieuses. De l’autre, le cycle des visions célestes, produit de la prière préliminaire; où paraît triomphante et compatissante la Vierge Marie, salvatrice, clémente, protectrice: celle qui sait pardonner, élever, comprendre. Les solistes s’y affirment chacun selon la mesure de ses possibilités, tous portés par cette ascension progressive pendant laquelle l’orchestre et les choeurs gravissent pas à pas chacune des marches de cette montagne céleste. Réunis à au palais omnisport de Paris-Bercy, les effectifs placés sous la conduite du chef Christoph Eschenbach fêtent les 6 mars 2008, les 40 ans de l’Orchestre de Paris avec cette partition aux dimensions pharaoniques. Certes on a connu plateau de chanteurs plus captivants, moins « serrés », plus hallucinés et touchés par la grâce comme le désir de sublimation du texte: après tout, le compositeur nous parle de champs célestes, de lumière transfigurante, celle d’un Dieu miséricordieux. Il est question de fervents ivres, vivant les ultimes expériences d’une humanité en quête de salut et de grâce divine… D’une façon générale, le quatuor féminin est plus investi, sans omettre la Mater Gloriosa de Marisa Montalvo qui paraît, instance de compassion supérieure, tel un ange descendu des cieux, au sommet des gradins de la salle parisienne… L’Orchestre déploie puissance et feu chromatique sous une baguette qui met du temps à décoller. Eschenbach fait comme à son habitude: direction carrée à l’évidence, lisse parfois plate qui manque d’ampleur, de souffle, de sueurs, d’efforts, de vertigineux contrastes… Rares, les grands chefs mahlériens. Saluons les choeurs impeccables, en particulier les choeurs d’enfants. En revanche, les options filmiques nous ont causé un beau mal de crâne: surenchère de plans serrés, d’effets panoramiques, successions d’angles de vue, avec images saisies caméra à l’épaule. N’est pas Hugo Nibeling qui veut, et la réalisation visuelle est en constant hors sujet avec la progression dramatique de la partition… un désastre. Pas facile de filmer la musique, et beaucoup comme ici s’y sont cassé les dents. Karajan aurait dit: « trop d’images, pas assez de musique! ».

Illustrations: Gustav Mahler en 1909 (DR)

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