vendredi, décembre 9, 2022

Gustav Mahler, Symphonie n°2, « Résurrection » (1895)Monaco, Forum Grimaldi. Le 30 septembre à 20h30

A ne pas rater

Volet capital dans la maturation de l’écriture symphonique de Gustav Mahler, la Deuxième symphonie dite « Résurrection » est la première du genre, sollicitant voix solistes et chœur, mais aussi inaugure une sorte de triptyque avec les deux suivantes, tant elle exprime et approfondit un même regard singulier sur l’existence humaine. Semé de vertigineux abîmes, le chemin mahlérien fixe son objectif, avec amertume, cynisme, crises. Pourtant, l’issue, jamais assurée, se révèle bel et bien, comme une ultime offrande, telle la rémission espérée.

Genèse. Le premier mouvement de la Symphonie Résurrection est un matériau ancien, composé dès 1888 à Cassel, à l’époque où l’auteur achevait le dernier mouvement de sa Première symphonie Titan. Mahler y composait alors un ample mouvement conçu comme une marche funèbre, dont le titre Totenfeier laisse penser qu’il excluait de l’intégrer dans un vaste cycle. Or à l’été 1893, le compositeur peut enfin prendre le temps de réfléchir sur son œuvre et reprendre l’état des matériaux à disposition. Totenfeier est intégré dans un vaste programme, augmenté d’un deuxième, troisième puis un quatrième mouvement. Pour le final, Mahler songe à un plus grand ensemble encore, et même s’il devra assumer la comparaison avec la Neuvième de Beethoven, il opte pour un chœur, deux solistes et l’orchestre à son complet. Ne lui manque plus qu’un texte : en assistant aux funérailles de Hans von Bülow (décédé le 12 février 1894), il a l’idée d’adapter le poème Résurrection de Klopstock (1724-1803).
A l’été 1894, il peut orchestrer la partition qui sera créée à Berlin, le 13 décembre 1895.
Autobiographique et en cela jugé, vulgaire par la critique, la Deuxième symphonie est un parcours jalonné de terribles épreuves : souffrance, misère, angoisse. Le héros doit gagner son salut au prix de hautes luttes. C’est au terme d’une succession d’épisodes terrifiants et vertigineux que le ciel laisse entrevoir la gloire céleste, l’apothéose tend espérée. Confiant dans ses propres ressources, Mahler ajoute au texte Résurrection de Klopstock : « je mourrai pour vivre ! ». Confession de foi, et même serment énoncé à lui-même qui démontre aussi dans le flot foisonnant de l’orchestre, la lente maturation d’une expérience personnelle profondément mystique.

Parcours de l’œuvre. En cinq mouvements, la Deuxième symphonie est un pèlerinage vécu par le croyant, au préalable soumis à des forces titanesques qui le dépassent totalement. L’expérience des souffrances l’amène à un effondrement des forces vitales, ce qu’exprime le premier mouvement. Aucune issue n’est possible. Une solitude errante (hautbois), et même meurtrie. Mais l’homme se relève dans l’Andante qui fait suite : pause, regain de vitalité, et aussi, reprise du souffle. Le vrai combat n’est peut-être pas tant dans l’apparente représentation spectaculaire d’un vaste paysage à la démesure cosmique, que bel et bien dans l’esprit du héros, en proie à mille pensées contradictoires, amères et suicidaires. C’est pourtant de la résolution d’un conflit personnel, du compositeur face à lui-même que jaillit la révélation de la fin : la carrière vécue comme une tragédie suscite ses propres sources de régénération, grâce à une ferveur quasi mystique qui se dévoile pleinement dans les paysages célestes du dernier mouvement.

La Symphonie Résurrection, porte en elle cette aspiration à la sérénité et aussi à la plénitude. L’Ulricht (quatrième mouvement), chanté par la mezzo soliste, recueille toutes les souffrances vécues, assumées. La voix exprime, et les épreuves passées, et les attentes à l’oeuvre. Enfin, l’ultime et cinquième mouvement laisse s’épanouir en une déflagration cosmique, la manifestation du ciel. Le croyant n’aura ni souffert ni vécu en vain : les paradis éthérés lui sont désormais ouverts.


Les 150 ans
de l’Orchestre Philharmonique
de Monte-Carlo

Concert d’ouverture

Samedi 30 septembre, 20h30
Grimaldi Forum, Monaco

Ruth Ziesak, soprano
Iris Vermillion, mezzo-soprano
Rundfunkchor Berlin
Simon Halsey, chef de choeur

Marek Janowski, direction

Approfondir
Consulter la présentation du concert sur le site de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
Lire aussi notre présentation de la saison événementielle des 150 ans de l’Orchestre

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