jeudi, décembre 8, 2022

Grand Quevilly. Théâtre Charles Dullin, le 11 mars 2011. 14èmes Transeuropéennes de la Créa, soirée d’ouverture. David Reinhardt Trio, Eri Mantani (piano). Wind Orchestr’aq

A ne pas rater
Transeuropéennes, 12è édition: c’est parti! Ce vendredi 11 mars 2011 a eu lieu la soirée de lancement des 12èmes Transeuropéennes au Grand Quevilly (Théâtre Charles Dullin). S’il n’était déjà que la qualité de la ligne artistique, le premier festival de la Créa (entendez la communauté d’agglomération Rouen Elbeuf Austreberthe, qui est la plus grande de France avec un nombre d’habitants qui frôle les 500.000 !) mériterait les honneurs; mais proposant ses concerts et événements en accès gratuit, les Transeuropéennes (30 000 spectateurs en 2010) réattribuent à la culture et au spectacle vivant, ce formidable rôle d’entente sociale et d’émulation transgénérationnelle: ici, les plus jeunes musiciens européens et locaux échangent, se confrontent, font partager leur passion de la musique; depuis leurs début, les « Trans » permettent aussi de voyager, voyez le thème de cette année qui met « les pays de l’Europe centrale et de l’Est », à l’honneur.

Nuit de la jeunesse et du talent

D’où ce soir la présence des oeuvres de Liszt, le plus hongrois des romantiques (et dont 2011 marque le bicentenaire de la naissance); d’où l’invitation faite au petit-fils de Django, David Reinhardt (23 ans), guitariste comme son grand père, dont le Trio (guitare, batterie, orgue) réactive aujourd’hui l’énergie des standards inspirés du jazz manouche. En étant en 2011, le (plus jeune) parrain des Transeuropéennes, le guitariste ouvre le festival au grand Quevilly en réinterprétant des tubes déjà connus ou en jouant quelques unes de ses compositions, dont « Colombe », en hommage à sa grand-mère… La filiation est pleinement assumée, et l’héritage de son aîné, Django, indiscutablement assimilé.

Ce soir, place à la jeunesse talentueuse : l’accord, – essentiel dans la programmation du festival-, entre jeunes années et talent prometteur, gagne encore en surprise avec la présence de la pianiste japonaise Eri Mantani (née à Osaka en 1982) qui joue Liszt: extraits des Années de Pèlerinage (Troisième Année) tout d’abord pour s’échauffer les doigts, et surtout en conclusion, Ballade n°2 en si mineur (S 171, datée de 1853), le même tonalité que la Sonate, si révolutionnaire, qui la précède. Dans le jeu élégant et fluide, d’une concentration transcendante de la jeune musicienne, se libère tous les éléments du cas « Liszt »: ténèbres et lumière alternés par séquences, en une houle à la fois démoniaque et profonde d’où surgissent in fine au terme d’une alchimie sonore, les plus hauts élans mystiques: toute la vie et la spiritualité de Franz se trouvent ici résumés. Sans affectation ni effet démonstratif d’aucune sorte, la lauréate du dernier Concours international Casagrande de Terni (29è Concours Alessandro Casagrande, Italie), qui aime aussi être photographe, étonne par son jeu limpide et dépouillé qui voisine si naturellement avec les éthers de la révélation: tendresse, éblouissements, pudeur et sensibilité dansante distillent un miel pianistique dont on peine à s’extirper sans secousses intérieures. Proche de la transe, l’écriture s’y révèle aussi proche de l’improvisation, faisant éclater la forme classique. Eri Mantani se dévoile ambassadrice allusive au pouvoir de séduction irrésistible. Propre aux grands interprètes, et la jeune musicienne encore trop rare en France (un concert à Saintes l’année dernière sous la tutelle d’Anne Queffelec, pour le festival Piano en Saintonge, où elle jouait avec la même plénitude, Schubert), en a déjà l’étoffe et la maturité, l’interprétation nous fait perdre pieds, en un moment de lévitation proche de la grâce (chant des piani superbes d’intériorité sobre). Immense jeune talent à suivre.
La suite (et la fin) de la soirée fait entendre le résultat d’un travail d’apprentissage professionnel réunissant deux classes de musiciens de deux conservatoires italiens: les cordes sont remplacées par clarinettes et saxos dans une version réadaptée de Pierre et le loup de Prokofiev, dont la valeur tient à l’excellente narration qui met en avant et identifie chaque timbre d’instruments. Les (très) jeunes instrumentistes se passionnent pour l’action de Pierre vainqueur du loup, et la phalange fusionnée présente en conclusion, l’instrumentarium idéal pour la Jazz Suite de Chostakovitch et sa célèbre valse irrésistible.

Nuit de jeunesse et de talent, ce premier concert ne pouvait mieux éclairer les jeunes talents européens de la scène musicale. Les Transeuropéennes (171 manifestations dans 41 communes) se déroulent sur le territoire de la Créa jusqu’au 26 mars 2011. Tous les concerts sont gratuits. Réservation téléphonique fortement conseillée (02 35 52 93 93). Téléchargez l’application (gratuite) du festival depuis App Store et Android.

Illustration: autoportrait de la pianiste Eri Mantani, révélation du concert d’ouverture des 12èmes Transeuropéennes de la Créa 2011

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