vendredi, décembre 9, 2022

Festival des Arts Jaillissants Montsapey (73). Du 8 au 22 juillet 2007

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Festival des Arts Jaillissants

Montsapey (73). Du 8 au 22 juillet 2007

Deux citoyens du monde

Un vrai village de montagne, à l’entrée de la Maurienne. Mais vraiment petit – une cinquantaine d’habitants -, a priori peu touristique, et « hors installations de domaine skiable ». Il y a quinze ans, les frères (jumeaux) Villermet – dont la famille est originaire de Montsapey – décident de réaliser un rêve d’adolescents : touchés depuis leur enfance par l’état de délabrement d’une église paroissiale qui abrite, comme beaucoup de sanctuaires savoyards, peintures et sculptures de l’époque baroque, ils pensent pouvoir porter remède à un désastre annoncé en mobilisant les énergies par la création d’un festival de musique. Bernard et Jean-Marc, historiens et enseignants, ont bourlingué de « classes prépa » en Université, publié travaux et livres (notamment sur les structures économiques contemporaines), chanté ou joué au théâtre ou en concert, se sont insérés par leur métier et leur activité bénévole dans le domaine culturel. Ils ont été marqués par leurs voyages et leurs séjours, en particulier en Amérique du nord ou Latine, « mais se sentent aussi des citoyens du monde ». Après une première expérience sur le plan régional – « Courants d’art » – , ils ont donc créé il y a 15 ans le festival centré sur « leur » village.

Les Arts Jaill…

Avec un titre plus liquide (Les Arts Jaillissants) que végétal (Les Arts Flo(rissants) de William Christie, en référence évidente !), ce festival de début d’été a contribué très rapidement à « mieux insérer Montsapey dans le paysage savoyard comme lieu de développement économique et social en milieu de montagne » ; les pouvoirs publics (Conseil Général, Conseil Régional) se sont intéressés à l’expérience et désormais l’aident de façon significative « pour mieux faire revivre, par la culture, les espaces ruraux isolés ». Et chemin faisant, les restaurateurs ont travaillé dans l’église pour restituer la splendeur du chef d’œuvre pictural néoclassique de Pierre Moretti ( « difficilement classable tant son originalité est grande »), en attendant le tour des statues polychromes de Gilardi. Un lustre en cristal de Bohême, conçu par Jean-Michel Delisle, éclaire désormais la nef…Les frères Villermet ont d’ailleurs toujours mis en pleine lumière leur conviction religieuse : le festival est « au service du patrimoine commun et du message chrétien qui l’accompagne…Dans ce grand décor en trompe-l’œil, devenu oasis spirituelle et culturelle à l’écart des espaces urbains, qui est l’âme et qui est le cœur ? »

Des ouvertures sur le théâtre de la parole

Patrimoine ne signifie pas fermeture sur un art au passé, si nécessaire soit-il. Ainsi chaque année voit s’inscrire un travail d’exposition contemporaine dans une galerie d’arts visuels, l’Espace Lauzière : en 2007, le peintre Caryl, après Niki de Saint-Phalle, Monory, Calder ou Arman…
Musicalement, si le festival demeure généraliste et aussi très largement ouvert sur une dimension sacrée des œuvres, l‘art actuel n’en est pas absent. En témoignent cette année des œuvres de Jose Evangelista intégrées dans des programmes Turina et Rodrigo (le guitariste Emmanuel Rossfelder, l’Orchestre de Savoie dirigé par Graziella Contratto, partenaire privilégié des « Arts Jaill » ) ou d’Arvo Pärt (pour conclure un parcours chronologique de Josquin des Prés à Barber, via Byrd, Lotti et J.S.Bach, par le Chœur de la Radio Flamande que conduit Kaspars Putninsh). Une des caractéristiques du festival réside aussi dans la participation très active des comédiens-récitants : Marie-Christine Barrault, qui est une fan de l’expérience-Montsapey, revient en juillet pour être « la voix » d’Anna-Magdalena dans un récital du violoniste Jean-Philippe Audoli (sonates et partitas de Johann-Sebastian…). Et Daniel Mesguich donnera la réplique à Mark Foster, ici pianiste qui pose sa baguette de chef et nous livre les clés de son « bestiaire secret », à travers coucou, cygne, rossignol, et les aventures de Babar telles que les a musiquées Francis Poulenc.

L’air vivifiant de la Maurienne

Un autre pianiste prend, lui, la baguette : Jean-Claude Pennetier dirige les Solistes de Lyon-Bernard Tétu et la harpiste Sophie Bellanger pour ambuler en XIXe et XXe siècles. Territoires pas si fréquentés, à l’image du parfait schubertien qu’est J.C.Pennetier : le Psaume XXIII, de 1823 (D.706), doux et un peu irréel, est dans une traduction de Moses Mendelssohn, figure des Lumières et du judaïsme allemands…Et grand père de Felix Mendelssohn, ici auteur d’un Veni Domine. Les Quatre chants sérieux de Brahms introduisent à du XXe, Deux Sonnets de Caplet, des œuvres de l’Anglais Gustav Holst (plus connu pour ses Planètes) et le Britten fort convivial de la Ceremony of Carols. Dans la même zone chronologique, la violoncelliste Ophélie Gaillard et la pianiste Delphine Bardin naviguent de 3e Sonate op.69 beethovénienne en Fantasiestücke schumanniens , l’essence même de la poésie romantique que cet op.73, de la Sonate op.38 de Brahms en Sonate écrite par Debussy dans la grande détresse ultime de la maladie et de la guerre.
Une autre caractéristique de Montsapey, c’est la participation d’activité que le festival propose et organise pour un public décidé à ne pas « repartir-idiot-ou-paresseux » : randonnées, concerts « en hauteur », découverte du milieu montagnard, goûters dans les fermes…Encore une façon de montrer – comme l’ont vécu les 30.000 spectateurs recensés ici depuis 1991 – que Montsapey n’est pas un festival « comme d’autres », et qu’on va « souffler les 15 bougies anniversaires» d’un coeur toujours vivifié par l’air de Maurienne !

Concerts: dimanche 8 juillet, 11h, 18h30, 20h30 . Dimanche 15 : 11h, 18h30. Dimanche 22 2007 : 11h, 18h30.
Information et réservations : Tél.: 06 19 06 46 65 ou 06 86 96 01 79.

Crédit photographique
Francis Poulenc (DR)

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