vendredi 14 juin 2024

ENTRETIEN avec Maurice Xiberras / Opéra de Marseille à propos de la nouvelle saison 2023 – 2024 de l’Opéra de Marseille

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CLASSIQUENEWS : Qu’est ce qui rend votre nouvelle saison à la fois, cohérente et aussi spécifique ?

MAURICE XIBERRAS : Ce qui rend cette nouvelle saison 2023 2024 singulière et riche, c’est son éclectisme ; chaque saison, nous veillons particulièrement à respecter le goût de notre public. Celui-ci est en cela authentiquement méditerranéen : il aime les grandes et belles voix, dans des mises en scène ni trop modernes ni trop décalées.

La cohérence et l’unité sont assurés par le souci d’équilibre; chaque saison je veille à proposer de la musique contemporaine, du grand répertoire (Verdi évidemment), mais aussi chaque saison un opéra de Mozart. Place est accordée aux raretés et à l’opéra français ; ainsi nous ouvrons la nouvelle saison 2023 – 2024, avec Meyerbeer dont les Huguenots avaient fermé la saison passée; jouer aujourd’hui L’Africaine est un défi. Notre spécificité tient aussi au fait que l’Opéra de Marseille dispose d’une seconde salle (l’Odéon), laquelle affiche traditionnellement des opérettes, soit 7 à 8 productions par saison ; c’est une spécificité marseillaise qui complète comme nul par ailleurs,  la saison lyrique de l’Opéra.

 

CLASSIQUENEWS : Quels seraient les « plus » de cette saison, les productions emblématiques de la maison ?

MAURICE XIBERAS : Évidemment l’Africaine de Meyerbeer, véritable rareté  française dans le genre grand opéra ; cette nouvelle production sera d’autant plus attendue que nous avons clôturé la saison passée avec un autre grand opéra de Meyerbeer, « Les Huguenots » : un ouvrage à grand spectacle qui réclame une distribution solide, des chœurs impeccables, un orchestre idem. « L’Africaine » a une histoire particulière avec l’Opéra de Marseille car c’est au cours de la dernière production de l’ouvrage en 1917, qu’un incendie a ravagé le théâtre. Comme pour les Huguenots, nous avons la chance de disposer d’excellentes voix qui permettent de produire aujourd’hui de tels ouvrages. Ainsi entre autres Karine Deshayes ou Jérôme Bouteiller qui faisaient partie des Huguenots, cette nouvelle production est très prometteuse.

Autre singularité cette saison, l’opéra méconnu de Maurice Ohana, « L’Autodafé » , grande fresque lyrique que j’avais remarquée à Lyon, dirigé alors par Louis Erlo, que nous proposons  en forme oratorio, réalisée par Musicatreize, Rolland Hayrabedian. Le sujet très sensible parle toujours à notre actualité : le fanatisme politique et religieux qui est évoqué à différentes époques, à travers les siècles. L’écriture est particulièrement soignée, dramatique, riche en innovations, en particulier pour le chœur ; l’orchestration intègre une bande magnétique, une guitare électrique. C’est une œuvre forte à (re)découvrir absolument.

 

CLASSIQUENEWS : quelles sont les ressources propres à l’Opéra de Marseille et qui lui assurent sa singularité artistique ?

MAURICE XIBERAS : L’Opéra de Marseille dispose d’un chœur. Il comptait 54 choristes jusqu’en 1990. Aujourd’hui il s’est réduit à 30 permanents, avec des renforts selon les productions. L’Opéra dispose aussi d’un Orchestre Philharmonique de circa 80 instrumentistes que notre chef Lawrence Foster a accompagné pendant plusieurs décennies, œuvrant sans relâche pour atteindre son niveau actuel, le faisant aussi voyager en Europe [entre autres à Amsterdam] et jusqu’en Chine ; réalisant aussi un cycle régulier d’enregistrements (édités chez Pentatone) ; deux nouvelles réalisations sont d’ailleurs  programmées cet été : elles vont couronner le travail réalisé avec le maestro.

La nouvelle saison 2023 – 2024 marque un changement de cap car nous accueillons un nouveau directeur musical, Michele Spotti ; la première rencontre décisive s’est produite en 2021 en pleine pandémie quand nous avons produit coûte que coûte Guillaume Tell de Rossini : malgré le contexte contraignant, la complicité avec les musiciens a été immédiate. Michele est un chef lyrique mais aussi symphonique qui permettra aussi outre la saison lyrique proprement dite, de développer notre cycle de concerts purement symphoniques [environ 10 programmes en moyenne chaque saison].

Son arrivée permettra de renouveler l’offre musicale en intégrant davantage ce que nos publics apprécient à Marseille, comme le hip hop par exemple.

 

CLASSIQUENEWS : Avec le temps, de saison en saison, avez-vous accompagné certains artistes sur la durée, en permettant un travail d’approfondissement sur le plan artistique ?

MAURICE XIBERAS : J’ai été moi-même chanteur ; je comprends l’évolution, les contraintes, les particularités du chant. Chaque voix évolue, s’épaissit, perd de son étendue, de sa souplesse, dans les aigus, en clarté… Tout cela compte pour le choix de chaque soliste quand au rôle que nous choisissons : est ce le bon moment ? Je m’évertue toujours à mesurer les choix des distributions : que veut le chanteur précisément ? Quel rôle le plus adapté se présente à lui ? Selon quels moyens vocaux ?

Ainsi se sont noués des liens féconds avec Patricia Ciofi, Béatrice Uria-Monzon, Karine Deshayes… Je pense aussi aux débuts à Marseille d’Ermonela Jaho dans Traviata, ceux du tout jeune Stanislas de Barbeyrac ; ainsi avec Jérôme Boutillier ou de Marie-Ange Todorovitch, sans omettre Enea Scala…tous ont à un moment donné, marqué l’histoire de l’Opéra marseillais. Ainsi avec Nicolas Courjal, nous poursuivons un cheminement propre : je lui ai proposé de tenir enfin un premier rôle quand il se cantonnait toujours aux seconds. Nicolas a chanté à Marseille Philippe II dans Don Carlo, puis Méphistophélès dans Faust de Gounod ; il a chanté Marcel des Huguenots… Et s’apprête donc la saison prochaine, à assumer une nouvelle prise de rôle, non des moindres : le rôle-titre du Don Quichotte de Massenet.

Actuellement Karine Deshayes réalise un parcours passionnant à Marseille. Elle a chanté pour nous La reine de Saba de Gounod ; Valentine des Huguenots la saison dernière… Elle sera donc L’Africaine en octobre prochain. Un nouveau défi prometteur.

Lien vers critique Les Huguneots avec Karine Deshayes :

CRITIQUE, opéra. MARSEILLE, opéra municipal, le 6 juin 2023. MEYERBEER : Les Huguenots. E. Scala, K. Deshayes, N. Courjal… L. Désiré / J. M. Pérez-Sierra.

 

 

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5 événements de la saison 23 / 24
de l’Opéra de MARSEILLE

Parcourons ensemble les 5 productions « événements » de cette saison 2023 / 2024. Pouvez-vous préciser pour chacune ce qui en fait un temps fort à ne pas manquer ?

 

1
L’AFRICAINE… C’est un ouvrage historique dans lequel Karine Desayes va réaliser une nouvelle prise de rôle aussi écrasante que prometteuse car tous les airs de Selica, sont bouleversants. Des voix inoubliables avant elle ont marqué l’interprétation du personnage : de Montserrat Caballé à Grace Bumbry… Les airs de Vasco de Gama dont est éprise Selica sont plus connus. Jérôme Bouteiller devrait préserver le relief de cet autre rôle passionnant. La partie dédiée aux chœurs est aussi remarquable et comme c’est souvent le cas du grand opéra, apporte un souffle et une ampleur dramatique particulière.

Souhaitons que la réussite et le succès qui ont accompagné le précédent Meyerbeer [Les Huguenots] se renouvellent à Marseille avec cette Africaine.

 

2
ATTILA
Présenté en version de concert, cet opéra de Verdi a tout pour plaire au public : il compte de nombreux airs patriotiques et nécessite de grandes et belles voix dont celle attendue de Csilla Boross (Odabella) qui fut notre Abigail dans le Nabucco de la saison passée.

 

3
DON QUICHOTTE
L’Opéra de Marseille a le souci de présenter chaque saison un ouvrage français. Jules Massenet a composé un ouvrage bouleversant qui s’appuie sur le personnage central, très abouti du Chevalier soldat. Nicolas Courjal avec cette prise de rôle poursuit son parcours avec la complicité du public marseillais. D’autant que c’est pour lui le bon moment : il possède la longueur et la largeur vocales, la souplesse et cette intelligibilité exemplaire, qualité de plus en plus rare chez les chanteurs. En outre, son souci des phrasés s’avère tout aussi admirable ; il a été d’abord violoniste ; ceci explique peut être cela.

 

4
UN BALLO IN MASCHERA
Ce chef d’œuvre de Verdi n’avait pas été produit à Marseille depuis 2008. Nous nous réjouissons de retrouver le ténor Enea Scala dans le rôle principal (Riccardo). D’autant qu’il a pour partenaire, la soprano Marta Torbitoni dans le rôle d’Amelia. Autre prise de rôle très attendue.

 

5
Le dernier coup de cœur de la saison 2023 2024 est le cycle des CONCERTS FAMILLE qui met l’accent sur l’activité et l’identité de notre orchestre philharmonique. C’est une offre spécifique et nouvelle qui devrait séduire un nouveau public ; il s’adresse aux enfants (dès 5 ans), et leurs parents. Chaque concert est programmé en semaine, un jour sans école et propose des œuvres accessibles que le chef explique et présente avant chaque performance.

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Enregistrements discographiques (réalisés à l’été 2023)
Les 2 programmes enregistrés fin août chez Pentatone : airs d’opéras et  concertos de Martin et Guetti…

 

 

 

Découvrir la nouvelle saison 2023 2024 ici
https://opera.marseille.fr/actualites/nouvelle-saison-20232024

 

Lien vidéo : TEASER Opéra de Marseille – Nouvelle saison 2023 – 2024

 

 

 

RENOUVELLEMENT DES ABONNEMENTS
Du mardi 30 mai au samedi 17 juin 2023

 

NOUVEAUX ABONNEMENTS
À partir du mardi 20 juin 2023

 

ACHAT DE PLACES À L’UNITÉ
Mardi 27 juin 2023
Ouverture exceptionnelle des ventes – à partir de 9h – Hall de l’Opéra / Guichet de location de l’Odéon et sur billetterie.marseille.fr

 

RÉSERVATION / RENSEIGNEMENTS

 

BILLETTERIE DE L’OPÉRA
Angle place Ernest Reyer / rue Molière, 13001 Marseille
Du mardi au samedi de 9h à 12h30 et de 13h30 à 17h15
04 91 55 11 10 | 04 91 55 20 43

 

BILLETTERIE DE L’ODÉON
162, la Canebière — 13001 Marseille
Du mardi au samedi de 9h à 12h30 et de 13h30 à 17h15
04 13 94 85 20

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