dimanche 21 juillet 2024

ENTRETIEN avec Jean-François VINCIGUERRA et Estelle DANVERS, à propos du Festival lyrique d’Aix-les-Bains 2024.

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Défense de l’opérette et du répertoire « léger » (méconnu, mal estimé), prochain essor de l’opéra… le Festival lyrique d’AIX-LES-BAINS se métamorphose et promet bien des surprises dans la forme renouvelée que conçoit sa directrice artistique, la chorégraphe ESTELLE DANVERS ; perspectives et projets futurs, mais aussi spécificités 2024 sont évoqués (dont une nouvelle production de La veuve Joyeuse cet été, mis en scène par le baryton JEAN-FRANÇOIS VINCIGUERRA) « l’incontournable et facétieux » baryton est un ardent défenseur du répertoire opérette / opéra ; il œuvre ainsi en complice impliqué, dans cette formidable aventure, pour transmettre aux chanteurs le sens du jeu et de la comédie, aux côtés des défis du chant proprement dit… A terme, le Festival Lyrique d’Aix-les-Bains s’annonce comme l’événement lyrique de chaque été en France.
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Toutes les infos, le détail des programmes, la billetterie en ligne du 35ème Festival d’Art lyrique d’AIX-LES-BAINS 2024 – du 14 au 21 juillet 2024 : https://www.festivalaixlyrique.fr/

 

 

CLASSIQUENEWS : Qu’est ce qui fait selon vous la singularité du Festival aujourd’hui ?

ESTELLE DANVERS : «  Il y a plusieurs points qui font de ce Festival un événement que l’on peut qualifier de singulier, mais le principal à mon sens et sa vocation première, c’est la défense de tout un patrimoine lyrique que l’on sait aujourd’hui en danger. C’est pourquoi l’ensemble de la programmation met en lumière des ouvrages d’opérettes, de comédies musicales et donnera très prochainement la part belle à l’opéra. Pour que tous ces grands titres du répertoire français continuent à séduire le public, il est important d’être respectueux du livret et de la partition mais aussi apporter de la modernité dans la façon de mettre en scène ! C’est à dire respecter l’oeuvre tout en lui donnant sa place dans le paysage culturel actuel. Mon regard de chorégraphe, a la double casquette c’est-à-dire à la fois habituée aux ouvrages lyriques (opéras et opérettes) dont j’ai signé les ballets et aussi à la création contemporaine à laquelle je me consacre, depuis plus de huit ans, avec ma Compagnie Estelle Danvers (dont mes dernières créations Requiem de Mozart et Be Bach) apporte une approche nouvelle à tout ce répertoire lyrique.
Depuis sa création en 1989 par Pierre Sybil, le Festival ne s’est jamais départi de cette mission et aujourd’hui je souhaite qu’il devienne un événement incontournable, puisqu’il est déjà unique en France. »

 

CLASSIQUENEWS : Selon quels critères concevez-vous la programmation ?

ESTELLE DANVERS : « Je conçois mes programmations autour d’un thème, un artiste, un compositeur qui me séduit. Pour ma première année, il s’agissait du compositeur Offenbach pour lequel j’ai toujours eu beaucoup de préférence pour son inventivité et sa modernité. Nous avions à l’affiche «  La Belle Hélène »  et j’avais confié la mise en scène à l’incontournable et facétieux Jean-François Vinciguerra qui a fait l’unanimité autant auprès du public que de la presse, y compris dans son interprétation du rôle de Calchas. Autour de cette pièce majeure, j’avais imaginé une programmation musicale et des conférences sur le compositeur et notre marraine d’honneur Eve Ruggieri, nous a littéralement captivé avec une soirée sur Hortense Schneider, la muse d’Offenbach.
Cette année, le thème du Festival s’harmonise autour d’une programmation « joyeuse » grâce à notre parrain d’honneur Eric Laugérias, comédien, metteur en scène, chanteur et humoriste, mais aussi grâce au baryton-basse Jean-François Vinciguerra son complice depuis « On arrête pas la connerie – Jean Yanne » au Théâtre Petit Montparnasse.
Jean-François Vinciguerra signera à nouveau la mise en scène de notre « Veuve Joyeuse » de Franz Léhar avec une superbe distribution et dirigée par Didier Benetti. Jean-François y jouera Popoff au coté d’Eric Laugérias qui sera Figg, comme ils l’ont déjà fait plus de 150 fois à l’Opéra Comique dans la mise en scène de Jérôme Savary.
On retrouve ce talentueux duo tout au long du festival avec une création «  J’aim’ pas la musique classique… mais j’me soigne ! » accompagnés par le pianiste Thomas Palmer, puis ils feront la présentation de la soirée concert au théâtre du Parc de Verdure « Un Soir à Vienne «  avec 2 pianistes, solistes, choeurs et ballet. Eric Laugérias chantera son récital Réggiani accompagné de Simon Fache.

 

Portrait Estelle DANVERS et Jean-François VINCIGUERRA © Marion Bonnet

 

 

CLASSIQUENEWS : Qu’apporte pour le chanteur d’opéra, l’interprétation du répertoire léger, de l’opérette ?

JEAN-FRANÇOIS VINCIGUERRA : «  Vous connaissez bien sûr la réponse de Manuel Rosenthal quand on lui avait parlé de « musique légère » et qu’il avait répondu « je ne savais pas qu’il y avait de la musique lourde » ! Plus sérieusement, ce clivage Opéra / Opérette est une de ces merveilleuses et agaçantes particularités françaises. En Autriche, les mêmes artistes chantent le répertoire lyrique qu’il soit opéra et opérette ! Cela devient le cas, chez de nombreux jeunes chanteurs, et nous ne pouvons que nous en réjouir ! La différence dans le répertoire français, par exemple,  entre opéra et opéra-comique ne sont pas dans la difficulté de l’exécution de la partition qui peut dans les deux cas être tout aussi difficile mais bien dans les scènes parlées où une autre difficulté attend le chanteur ! Car le vrai sujet justement est le jeu de comédien qui doit s’ajouter aux qualités de chanteur. La formation de comédien pour les chanteurs est quasi inexistante, les jeunes chanteurs doivent s’improviser comédien face à un metteur en scène et, de nombreuses fois, on voit des chanteurs excellents, si je caricature le trait, qui ne savent pas mettre un pied devant l’autre, alors dire du texte avec le sens des ruptures, l’écoute de son partenaire, inventer des silences est une toute autre affaire.
Michel Serrault disait : «  Au théâtre, c’est simple il suffit d’écouter l’autre ! ». Si vous avez de bons partenaires, comme au tennis, alors vous jouez mieux !
Pour revenir à ce que le chanteur doit apporter c’est la même rigueur, la même musicalité dans n’importe quel répertoire. Quand vous interprétez le répertoire viennois, il est extrêmement lyrique et il faut donc de grandes voix ! On ne peut plus parler de chanteur d’opéra ou d’opérette, mais d’interprète qui offre au public le meilleur de son art. »

 

CLASSIQUENEWS : Dans ce sens, quels sont les défis pour la réalisation de la Veuve Joyeuse cet été ? Quelle est votre vision de l’œuvre et des deux rôles principaux ?

JEAN-FRANÇOIS VINCIGUERRA : «  Les défis sont, comme toujours, nombreux mais en cette année olympique nous ne demandons qu’à les relever !  Déjà, à titre privé, juste quelques jours avant les représentations, je me marie ! Alors mettre en scène «  La Veuve Joyeuse » dans la foulée, vous imaginez bien que c’est en soit le plus grand des défis avec… la fatalité, chère à « La Belle Hélène » que j’ai mis en scène dans ce même festival l’an passé !!!
Premier défi : réunir une distribution d’artistes qui répondent à deux critères importants : bien chanter et être des comédiens hors pairs qui ont ce sens du vaudeville. Je ne peux que remercier la directrice artistique du festival, Estelle Danvers, qui a réunit dans cette production de beaux talents tels que Perrine Madoeuf, Eve Coquart, Régis Mengus, Florian Laconi, Eric Laugérias, Yvan Rebeyrol, Didier Claveau, pour ne citer que les principaux rôles, sous la direction du maestro Didier Benetti. J’ai eu la chance de le rencontrer à l’Opéra Royal de Wallonie à Liège lorsque nous avions créé la version française de « Sugar » (Certains l’aiment chaud) mis en scène par Jean-Louis Grinda, et de le retrouver à plusieurs reprises dans « Orphée aux Enfers », « L’Homme de la Mancha » ou encore « La Belle Hélène » et « La Chauve-Souris », je me réjouis de partager cette production avec lui et avec tous ces artistes que je connais bien pour avoir déjà eu le bonheur de chanter avec eux ou de les mettre en scène. Ma mise en scène s’est aussi formatée autour de leurs personnalités.

 

Je dois frôler les 200 Veuves Joyeuses…

Deuxième défi : retrouver le rôle de Popoff en le réinventant, rôle que j’ai le plus joué et chanté dans ma carrière, je dois frôler les 200  « Veuve Joyeuse » entre l’Opéra-Comique (où j’ai rencontré il y a 19ans un ami cher Eric Laugérias qui était et sera notre Figg), l’Opéra Royal de Wallonie à Liège, l’Opéra national de Bordeaux, et mes débuts dans le lyrique à l’âge de 17 ans furent dans cet ouvrage, alors que je me destinais qu’au théâtre, en jouant le patron de chez Maxim’s – qui a deux répliques et demi – au dernier acte ! Coup de foudre… jouer la comédie et en plus chanter, le bonheur !
Troisième défi : « La Veuve Joyeuse », c’est une très belle histoire d’amour bien sûr, histoire de deuxième chance pour un pays en plein chaos et un couple qui se retrouve, mais avant tout une histoire d’argent. Missia Palmieri, jeune veuve du banquier Palmieri mort mystérieusement, un Prince Danilo Danilovitch, dandy dilettante, attaché plus aux plaisirs de la vie qu’à sa fonction militaire, tout cela dans un univers d’une ambassade d’un pays des Balkans en ruine et où des attachés militaires, du style barbouzes de pacotille, de divers pays, France, Guatemala, Belgique, font tout pour attirer la fortune de notre Veuve chez eux !  L’idée m’est donc venue d ‘être dans une ambiance de film d’espionnage, d’inventer, en parallèle à ma mise en scène et au décor que je signe, encore plus ce pays imaginaire en déroute qu’est la Marsovie (création d’un drapeau, – ci contre ; d’un hymne avec la complicité de Didier Benetti, d’évoquer son histoire, ses traditions sur les réseaux sociaux Instagram marsovie_news_officiel et Facebook Marsovie News), où tous ces personnages se surveillent, se manipulent les uns les autres, mais comme nous sommes dans une opérette, à l’esprit léger et vif,  «  l’opérette est une fille de l’opéra-comique ayant mal tourné, mais les filles qui tournent mal ne sont pas toujours sans agrément » disait Saint-Saens, cette «  Veuve Joyeuse »  sera épicée à la sauce OSS 117 ! »

 

CLASSIQUENEWS : Pour le futur, avez vous des rêves et de nouvelles formes artistiques en tête ? Lesquels et dans quel but ?

ESTELLE DANVERS : « Oh oui j’ai des rêves ! mon premier rêve serait de retrouver une programmation sur un mois, comme cela a déjà existé ! Plusieurs oeuvres majeures, des conférences, des créations et une vie de festival basée sur la rencontre et les échanges. Grâce à l’équipe de bénévoles sur place et le soutien de la mairie et des institutionnels, des actions pédagogiques se mettent en place à plusieurs niveaux :  transmission du répertoire sous forme de master classes pour des jeunes chanteurs en formation mais aussi en milieu scolaire, plus basé sur la découverte du milieu artistique. Nous souhaitons créer des évènements toute l’année, spectacles, transmission, partage d’une passion et d’une richesse culturelle que nous sommes décidés à protéger. Mon rêve est de créer l’évènement incontournable, le rendez-vous du public, des artistes, le rendez-vous des amoureux du lyrique. »

 

Propos recueillis en juin 2024

 

 

Présentation 2024

LIRE aussi notre présentation annonce du 35è Festival Lyrique d’Aix-les-Bains :
35ème FESTIVAL LYRIQUE D’AIX-LES-BAINS : 14 > 21 juillet 2024. « J’aim’pas la musique classique, mais j’me soigne », « Reggiani », « La Veuve Joyeuse »… Éric Laugérias, Jean-François Vinciguerra, Estelle Danvers, Perrine Madoeuf, Régis Mengus…

 

35ème FESTIVAL LYRIQUE D’AIX-LES-BAINS : 14 > 21 juillet 2024. « J’aim’pas la musique classique, mais j’me soigne », « Reggiani », « La Veuve Joyeuse »… Éric Laugérias, Jean-François Vinciguerra, Estelle Danvers, Perrine Madoeuf, Régis Mengus… 

 

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Crédits photos : © Marion Bonnet / portrait Estelle DANVERS et Jean-François VINCIGUERRA  /  Drapeau de la Marsovie imaginé par Jean-François Vinciguerra

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