EDITO… Make America great again? par Pedro Octavo Diaz

EDITO, par Pedro Octavo Diaz… Depuis 24 heures le monde est secouĂ© par la clameur rageante d’un triste histrion matamore Ă  la tĂŞte de la première puissance Ă©conomique et militaire de l’Occident. Effectivement, il a emportĂ©, Ă  coups de slogans dĂ©magogiques et quelques beuglements crus, la prĂ©sidentielle Étasunienne la plus dĂ©chirante de l’histoire de cette incipiente dĂ©mocratie.

Make America great again?

palmyre cite syrie cite martyr ete 2015Sa devise: “Make America great again” (“Rendre les États-Unis grands Ă  nouveau » / « Rendre Ă  l’AmĂ©rique sa grandeur »). De toute Ă©vidence, Mister Trump, du haut de ses 70 printemps, fait croire Ă  la dĂ©cadence d’un Ă©tat et d’une Ă©conomie. N’en dĂ©plaise Ă  cette vedette de Manhattan et des Stock-options, tout comme une certaine dynastie de Saint-Cloud en France, tout un pan de la grandeur Étasunienne est mise de cĂ´tĂ©. Outre le sĂ©rieux “Overpromising” de l’impĂ©trant et un abus de phrasettes Ă  gogo, Trump demeure le châtelain d’un Monde clos et irrĂ©mĂ©diablement accrochĂ© aux annĂ©es de son toupet blond, les annĂ©es 80, rĂŞveuses et tournĂ©es vers un avenir Ă  la George Lucas.

Et ce n’est pas inhĂ©rent Ă  M. Trump, parce que depuis un certain temps l’on recèle un oubli criminel et dangereux des classes politiques mondiales du fait culturel et, plus particulièrement, pour le spectacle vivant.

Le 21 Janvier 2017, alors que les Ă©ditorialistes mondiaux se dĂ©chaĂ®nent, tantĂ´t sur les aventures de Trump tantĂ´t sur le tailleur Ralph Lauren de son hĂ©taĂŻre, on oublie que Daesh a finalement fini par dĂ©truire un des plus beaux sites de l’histoire humaine : Le ThĂ©atre de Palmyre. Symbole de la tolĂ©rance, du partage, de la geste humaine, de sa permanence dans l’histoire par l’imaginaire.

On limite Ă  quels critères, aujourd’hui, la grandeur des peuples et l’accomplissement des nations? Ă€ l’ineffable Ă©conomie, froide et volage? Aux indices sociologiques ? Ou bien Ă  ce qui reste malgrĂ© les conflits et les dĂ©flagrations irrĂ©versibles de l’Histoire?

Les États-Unis sont grands par leur gĂ©ographie d’abord, par les paysages immenses qui ont fait rĂŞver Samuel de Champlain et Lewis et Clark. Ces pierres jaunes du Wyoming, ces lĂ©gendes de l’Oiseau Tonnerre que JK Rowling Ă  vulgarisĂ© dans la valise de Newt Scamander. Les États-Unis demeurent gigantesques et Ă©ternels par les mĂ©andres mystĂ©rieux et fascinants des lettres. Des embruns sauvages de Melville aux questionnements Ă©gotiques de Paul Auster. Et les volutes captivantes de Poe et la geste aristocratique de Henry James ou Edith Wharton. Le rĂŞve AmĂ©ricain se dĂ©ploie tel un papillon merveilleux dans les vers d’Emily Dickinson, les rĂ©verbĂ©rations de Walt Whitman et la torpeur sensuelle de Tenessee Williams…

Mais les États-Unis sont aussi un ciel toujours sublime, blanc virginal aux abords des cols, cĂ©rulĂ©en aux abords des Ă©tendues sans fin des ocres et des verts et aux gris zibelins rasant les gratte-ciel. La musique, grandes sont les contributions des États-Unis aux chemins invisibles du son. Mariss Jansons, Isaac et David Stern, Yehudi Menuhin, Cole Porter, Thomas Ades, George Gershwin, John Musto, Jessye Norman, Lucinda Childs, Nicholas McGegan, William Christie, Laura Claycomb, RenĂ©e Fleming, Lisa Vroman, Larry Blanck, Amy Burton, Ed Lyon, Vivica Genaux, Joshua Bell, Nicholas Angelich, pour ne citer qu’eux, sont les voix puissantes des États-Unis. Mais que l’on ne se trompe pas. La voix des États-uniens est celle que ni les trusts, ni les thurifĂ©raires de M. Trump ne peuvent ni veulent comprendre parce qu’elle ne produit aucun profit.

Quoi qu’il arrive et qu’il en soit des choix des peuples ou des calculs Ă©lectoraux, aucun Pays ne se dĂ©termine par sa gouvernance. Les actes de barbarie ou d’iniquitĂ© qui jaillissent de l’actuelle incompĂ©tente irresponsabilitĂ© des Ă©quipes politiques ne doit en aucun cas entacher comme naguère la destinĂ©e des peuples.

Actuellement les États-Unis sont traversĂ©s par des convulsions inquiĂ©tantes. Les Ă©lites culturelles s’insurgent contre les dĂ©crets nĂ©fastes de l’actuelle administration. Les artistes et les institutionnels de la culture sont en grève. Mais en creusant l’Ă©cart entre les soutiens de base de Monsieur Trump et la “gens” culturelle ne verrons-nous pas le germe redoutable de la guerre civile, qui est la “coda” inĂ©vitable de tout totalitarisme ?

N’oublions pas les leçons de l’Histoire. L’Ă©ditorialiste de CNN, Christiane Amanpour l’exploite bien dans ses comptes-rendus. Il y a 70 ans les pires dictatures ont surgi d’un mouvement d’humeur et d’un vote de protestation. De mĂŞme, le parti mĂ©diocre de la bureaucratie a fait surgir les pires monstres, l’immobilisme est toujours ennemi de la crĂ©ation. La culture fut la solution, il y a bien des dĂ©cennies, dĂ©sormais elle sera une arme.

N’en dĂ©plaise aux factieux et aux tenants de la revanche, la France restera le monument du monde envers et contre la dynastie Le Pen; les États-Unis seront toujours une terre d’espoir envers et contre Mr Trump et ses coryphĂ©es RĂ©publicains; le Mexique sera toujours constellĂ© du granit de son Histoire envers et contre Messieurs Peña Nieto et Videgaray. La Pologne sera toujours la patrie de Chopin plutĂ´t que celle de Mr Kaczynski, et la Russie Ă©ternelle de Tchaikovsky et Lomonosov Ă©crase dĂ©jĂ , de sa trace indĂ©lĂ©bile, la paranoĂŻa de Mr Putin.

La mortifère nuĂ©e de leurs voraces harpies n’atteindra jamais ceux qui ont un livre dans les mains, une peinture sous les yeux, un casque sur les oreilles. Il faut dĂ©sormais avoir l’Ă©nergie de faire et non pas l’ambition de devenir.

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Illustration : Palmyre avant Daesh (DR)

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