DVD, critique. WAGNER : PARSIFAL. Schager, Kampe, Tcherniakov, Barenboim (2 dvd Bel Air classiquenes, Berlin 2015)

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PARSIFAL tcherniakov kampe schater pape barenboim critique dvd par classiquenewsDVD, critique. WAGNER : PARSIFAL. Schager, Kampe, Tcherniakov, Barenboim (2 dvd Bel Air classiquenes, Berlin 2015). Au moment où Bastille présente sa nouvelle production de Parsifal signée Richard Jones, – lire notre présentation du Parsifal de R Jones à l’Opéra Bastille / mai 2018. Bel Air classiques réédite son DVD controversé dans la mise en scène du provocant Tcherniakov avec deux chanteurs qui sont présents actuellement à Bastille : Andreas Schager (Parsifal) et Anja Kampe (Kundry)… Donné au Schiller Theater de Berlin dans le cadre du Festival de la Staatsoper de Berlin en avril 2015, cette production parsifalienne comporte faiblesses et points forts dus au metteur en scène russe Dmitri Tcherniakov. La question relance l’éternel débat à l’opéra : comment dépoussiérer les ouvrages du répertoire quitte à dénaturer et rendre confuse leur perception ? A la suite de Warlikowski, Tcherniakov ne fait pas exception et développe une vision terreuse, parfois caricaturale des personnages, souvent « forcée », afin que l’action de Wagner rentrre dans sa grille théâtrale…

Le cadre clos, quasi étouffant du plateau imaginé par Tcherniakov exprime l’impasse dans laquelle sont murés les chevaliers de Montsalvat. En guise de chevaliers, il s’agit plutôt de décalés, solitaires, impuissants, démunis, réfugiés, apatrides : soit une horde de laissés pour compte qui se terrent ici dans une zone sombre et plutôt misérable.
Tcherniakov fidèle à lui-même aime dévoiler les blessures et la fragilité maladive voire dépressive des individus. En vieux prophète aux invectives dictatoriales, Gurnemanz tient ses ouailles sous une discipline de fer : il édicte et explique sa règle stricte (récit du Graal). Son bouc émissaire, Amfortas à la plaie béante, se laisse traire le sang d’un rituel vicié. Les murs finissent d’achever le tableau de l’acte I : ils suintent l’infamie, la terreur et la laideur.
Puis au II, paraît le royaume tout aussi perverti du mage émasculé, Klingsor, en vieux pédophile à tics, dans la chambre de jeune fille de Kundry.
Dans ce marais immonde, Parsifal rencontre alors Kundry et contre toute attente, l’un et l’autre se reconnaissent, lui en mal de mère ; elle, violée par son père : leur souffrance (vision propre à Tcherniakov) les a réunit. Mais le metteur en scène n’hésite pas à réécrire la fin de l’opéra : libérée enfin, Kundry peut aimer Amfortas et l’embrasse… Gurnemanz outré, la poignarde. On nage en plein mélo misérabiliste. Une manière de Lulu sans issue, au pays de Wagner.
Mais quel est donc le but et le sens de ce pastiche de Parsifal ? La fin ôte toute espérance, annule l’élévation mystique finale… L’esprit de Tcherniakov est un labyrinthe énigmatique : pas sûr que telle lecture aide les spectateurs à mesurer tous les enjeux de la fable spirituelle la plus bouleversante écrite à l’opéra et qui est aussi le dernier opéra de Wagner.

Côté musique et chant, les choses sont plus acceptables ou moins… déconcertantes. Barenboim auquel on doit un Tristan anthologique (mis en scène par Chéreau avec Waltraud Meier en Isolde) confirme ses affinités avec le drame et la psychose wagnériens. Aucune emphase… mais parfois, un manque de souffle aussi.

Amfortas faible, Wolfgang Koch, qui chante Wotan à Bayreuth, manque lui aussi de constance vocale même s’il se reprend en fin de représentation. Bonne actrice, à la fois traversée par la culpabilité et la quête – ivre- de pardon, Anja Kampe donne tout le relief nécessaire au personnage de Kundry, – adolescente et séductrice, pècheresse et fervente, mais la voix montre des limites dommageables (aigus tirés). Dévoré dans sa chair lui aussi, mais guide aux dérapages tyranniques, René Pape fait un Gurnemanz qui a beaucoup de corps et de présence psychique, jusque dans ses regards et postures : c’est un mage qui a sa part diabolique. le ténor encore vert, Andreas Schager souligne ici tout ce que fait du jeune crédule et pur, Parsifal, un ado en quête de sens. Capable de nuances que l’on pensait impossible : son Parsifal est à suivre évidemment : il a confirmé une sensibilité de poids pour le rôle que beaucoup de ses confrères abordent plus tard. La juvénilité rayonne, ses doutes, ses espoirs, et donc le miracle de la compassion qui l’humanise. Il existe une autre version de Parsifal au crédit du catalogue Bel Air classiques, celui signé Romeo Castellucci (La Monnaie, Bruxelles, octobre 2013 dont le souffle onirique et la part du visuel fantastique a totalement régénéré la partition).

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DVD, critique. WAGNER : Parsifal. Barenboim, Tcherniakov, Schager, Kampe, Pape, Koch… (2 dvd, BERLIN, avril 2015).

WAGNER : PARSIFAL [DVD & BLU-RAY]
Opéra en trois actes
Livret: Richard Wagner
Amfortas: Wolfgang Koch
Gurnemanz: René Pape
Parsifal: Andreas Schager
Klingsor: Tómas Tómasson
Kundry: Anja Kampe
Titurel: Matthias Hölle
Staatskapelle Berlin
Staatsopernchor
Konzertchor Der Staatsoper
Direction musicale: Daniel Barenboim
Mise en scène: Dmitri Tcherniakov
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Festival scénique sacré (Bühnenweihfestspiel) en 3 actes
Créé à Bayreuth (Festspielhaus) le 26 juillet 1882
Berlin, Schiller Theater, avril 2015.

https://belairclassiques.com/film/wagner-parsifal-berlin-barenboim-dvd-blu-ray

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