DVD. Alban Berg : Lulu. Mojca Erdmann (Barenboim, 2012, 1 dvd Deutsche Grammophon)

lulu berg dvd mojca erdmann daniel barenboim deutsche grammophonDVD, critique. Alban Berg : Lulu. Mojca Erdmann (Barenboim, 2012, 1 dvd Deutsche Grammophon). Berlin, avril 2012 : au thĂ©Ăątre Unter den Linden, Barenboim dirige Wozzek puis Lulu, ici dans la version non de Friedrich Cerha, mais celle, s’agissant du III, de D R Coleman. A partir des fragments laissĂ©s par Berg en 1935, le musicologue a reconcentrĂ© les sections parvenues, dĂ©cousu l’ordre de Cerha (plus de prologue ni de scĂšne parisienne habituelles dans le III) mais une formule resserrĂ©e, dense, prĂ©cipitant la mort de Lulu (en coulisses), afin de « prĂ©server l’effet de symĂ©trie » souhaitĂ© par Berg dans l’architecture globale de son second opĂ©ra. Andrea Breth peine Ă  rĂ©vĂ©ler une vision cohĂ©rente et prĂ©cise d’un drame scĂ©nique qui Ă©blouit par son Ă©trangetĂ© pourtant. Il y a de la confusion dans ce dispositif quoique la tension reste palpable.

Le mystĂšre, le trouble, la gĂȘne surtout et les frĂ©missements d’une destruction totale sont perceptibles dans un drame qui moderniste et inclassable concentre les fissures et catastrophes de l’époque : la destruction de la rĂ©publique de Weimar sous la montĂ©e de l’hitlĂ©risme. CimetiĂšre de voitures, perspectives tronquĂ©es, chanteurs au sol
 tout indique ici la fin de l’ordre bourgeois.

 

 

lulu_mojca erdmann - daniel barenboim dvd deutsche grammophon critique classiquenews

 

 

CĂŽtĂ© chanteurs, Ă©videmment la silhouette juvĂ©nile, au corps gracile de la soprano Mojca Ermann, vraie poupĂ©e glamour, sĂ©duit dans le rĂŽle de la femme enfant, perverse et attendrissante (la beautĂ© du diable?) : son timbre pincĂ©, malgrĂ© des aigus mal tenus, n’en finit pas de troubler voire de captiver. Debora Polaski fait une comtesse solide et trĂšs Ă©mouvante au III dans son air de dĂ©ploration au cimetiĂšre, sorte de chant funĂšbre sur le genre humain Ă  l’agonie
 quand Michael Volle, vrai vedette de la soirĂ©e, incarne avec une finesse nuancĂ©e et le Docteur Schön et Ă  la fin, Jack l’éventreur
 prĂ©sence Ă  la fois paternelle, fraternelle, et dans les faits maritale (humain surtout humain donc pĂ©rissable : il meurt de facto au II, tuĂ© par la belle qui lui tire une balle dans le dos) et enfin juge implacable face Ă  la monstruositĂ© humaine. L’homme (la femme ici) est une saloperie dĂ©licieuse
 qui exploite et consomme sans scrupule ni morale jusqu’à la mort.

Daniel Barenboim veille dans la fosse Ă  ce dĂ©voilement progressif de la catastrophe et de l’effroi collectif : le sexe dĂ©signe la mort ; le dĂ©sir c’est la manipulation ; l’amour,un esclavage
 et l’humanitĂ©, l’annonce d’une mort inĂ©luctable. Au final qu’avons nous sur scĂšne, une ambiance dĂ©lĂ©tĂšre et des morts Ă  la pelle : les deux premiers maris de Lulu (le professeur de mĂ©decine puis le peintre), enfin Schön et son fils Alwa, Lulu elle-mĂȘme. Cirque fantastique et scĂšne pathĂ©tique, la production berlinoise reste honnĂȘte. Volle et Polaski sont trĂšs convaincants, les maillons forts du spectacle : c’est d’ailleurs eux deux qui ferment le rituel thĂ©Ăątral aprĂšs l’embrasement final. Le dernier tableau est le plus rĂ©ussi dans son dĂ©pouillement. Mais on lui prĂ©fĂšrera d’emblĂ©e la version Ă©ditĂ© par DG Ă©galement, avec Petibon dans la mise en scĂšne de Py.

DVD, critique. Berg : Lulu (version berlinoise inĂ©dite de DR Coleman, 2012). Mojca Erdmann (Lulu), Deborah Polaski (la comtesse Geschwitz), Michael Volle (Schön, Jack), Thomas Piffka (Alwa), Stephan RĂŒgamer (le peintre). Staatskapelle Berlin. Daniel Barenboim, direction. Andrea Breth, mise en scĂšne. FilmĂ© Ă  Berlin en mars 2012. 1 DVD Deutsche Grammophon 0440 073 4934

 

 

 

Comments are closed.