QUATUOR MANFRED : BERLIN Paradise

manfred-quatuor-concert-critique-classiquenews-berlin-paradise-low-defPARIS, Mer 26 fĂ©v 2020 : QUATUOR MANFRED, “Berlin Paradise”. PortĂ© par les membres du Quatuor MANFRED, jamais en reste d’un risque nouveau, « Berlin Paradise » est un voyage musical Ă  Berlin pendant les annĂ©es folles, convoquant le tourbillon artistique et utopique dont l’issue irrĂ©pressible sera l’auto destruction et la folie hitlĂ©rienne. Des espoirs portĂ©s par une insouciance collective y sont avortĂ©s et accouchent de la fin de la civilisation. C’est ainsi que le meilleur de l’humanitĂ© peut si l’on n’y prend pas garde, prĂ©luder au pire
 ImaginĂ© par le Quatuor Manfred et la chanteuse Marion Rampal, avec le saxophoniste Thomas Savy, le programme interroge le rĂ©pertoire berlinois des annĂ©es 20 aux annĂ©es 40, de Kurt Weill Ă  Hollaender ; y paraissent des lĂ©gendes iconiques dĂ©sormais, allĂ©gorie d’un art de vivre aussi impertinent que fragile, Marlene Dietrich et Lotte Lenya.

Tout commence dans le Berlin mythique de la rĂ©publique de Weimar qui aura durĂ© 15 ans (1918 – 1933). La jeunesse s’émancipe contre l’ordre moral bourgeois : « les jeunes filles coupent leurs cheveux Ă  la garçonne, l’androgynie devient un critĂšre de mode, l’homosexualitĂ© est reconnue et dĂ©fendue, les utopies politiques s’affirment. Les artistes survoltĂ©s s’empressent de casser les codes, quittent le chemin tracĂ© du classicisme, investissent les cabarets, partent Ă  la dĂ©couverte du jazz, se jettent avec frĂ©nĂ©sie sur le cinĂ©ma, exaltent la liberté de pensĂ©e
. ».

Mais ce nouveau monde, telle une chimĂšre s’écroule sous le coup de la crise financiĂšre (krach de 1929) et de la grande dĂ©pression de 1930 qui s’en suit ; Berlin, trop frĂȘle rempart artistique et culturel contre l’inexorable montĂ©e du nazisme, n’est-il qu’un leurre ?
 « Comment rĂ©sister ? Pourquoi devoir cesser de croire Ă  la possibilitĂ© du bonheur ? » / NouveautĂ© discographique du Quatuor MANFRED : Bye Bye Berlin! Marion Rampal &Quatuor Manfred (Harmonia Mundi)

QUATUOR MANFRED
PARIS, Bal Blomet
26 février 2020, 20h30
RÉSERVEZ
Jazz & Music Hall
http://www.balblomet.fr/events/berlinparadise/

Marion RAMPAL (chant)
Thomas SAVY (saxophone)

NOUVEL AN Ă  BERLIN avec Kiril Petrenko

Petrenko Kirill maestro chef orchestreARTE, mar 31 dĂ©c 2019, 18h. CONCERT DE LA SAINT SYLVESTRE 2020. NOUVEL AN Ă  BERLIN. Kirill Petrenko / Orch Philharmonique de Berlin. La premiĂšre phalange en Allemagne, l’Orchestre Philharmonique de Berlin fĂȘte la “glissade” dans le Nouvel An, en privilĂ©giant comĂ©die musicale et vertiges de Broadway. C’est la premiĂšre fois que le chef Kirill Petrenko (photo ci contre, DR), successeur de Simon Rattle Ă  la tĂȘte du Berliner, dirige ce traditionnel concert de la Saint-Sylvestre.
C’est aussi la premiĂšre collaboration entre l’orchestre et la soprano mozartienne Diana Damrau. Ensemble, ils interprĂštent Un AmĂ©ricain Ă  Paris de Gershwin, les danses symphoniques de West Side Story de Leonard Bernstein, surtout plusieurs piĂšces de Kurt Weill, Stephen Sondheim et Harold Arlen. Les Berlinois forts d’une tradition musicale spectaculaire aimeraient rivaliser avec la tradition viennoise autour du Nouvel An
 La magie opĂ©rera-t-elle ? 1h35mn. Replay sur Arte concert jusqu’au 29 janvier 2020.

ARTE, mar 31 déc 2019, 18h. CONCERT DE LA SAINT SYLVESTRE 2020. NOUVEL AN à BERLIN.

Dudamel dirige les Noces de Figaro de Mozart en direct de Berlin

dudamel-gustavo-maestro-classiquenews-presentation-review-critique-account-of-arte_logo_2013Arte. En direct : Les Noces de Figaro de Mozart. Vendredi 13 novembre 2015. Gustavo Dudamel, direction.  En direct du Staatsoper im Schiller Theater Unter der linden de Berlin, le vĂ©nĂ©zuĂ©lien actuel direction musical du Los Angeles Philharmonic, Gustavo Dudamel, l’élĂšve le plus douĂ© et le plus mĂ©diatisĂ© du Sistema vĂ©nĂ©zuĂ©lien s’essaie (enfin) Ă  la direction lyrique en pilotant la Staatskapelle de Berlin. AprĂšs ses rĂ©alisations rĂ©ussies, toutes enregistrĂ©es par Deutsche Grammophon (Symphonie de Mahler en particulier), le jeune maestro joue de la baguette opĂ©ratique dans le sommet sentimental de Mozart et da Ponte d’aprĂšs Beaumarchais. La Folle JournĂ©e mozartienne trĂ©pigne d’une indicible excitation, que rendent explicite les airs de ChĂ©rubin, jeune cƓur Ă©perdu bientĂŽt enrĂŽlĂ© (mais si troublĂ© par la Comtesse) ; l’opĂ©ra souligne surtout le gĂ©nie de Mozart dans la peinture  de l’ñme fĂ©minine : La Comtesse (qui palpite et s’alanguit mĂ©lancoliquement au souvenir des annĂ©es perdues oĂč Almaviva l’aimait encore), Suzanne, vivace et pĂ©tillante, jeune Ă©pouse de Figaro ; sans omettre Barberine et son dĂ©licieux air au clair de lune, d’une Ă©motivitĂ© Ă  fleur de peau
 Il semble que Mozart et Da Ponte aient finalement produit un miracle de justesse psychologique dans chacun des portraits des femmes ici prĂ©sentes.

Gustavo Dudamel dirige Les Noces de MozartLe duo de la lettre entre Suzanne et La Comtesse y serait sans doute le point d’orgue, d’une vĂ©ritĂ© Ă©motionnelle, d’une justesse musicale, irrĂ©sistibles. Qu’en sera-t-il sous la baguette du jeune vĂ©nĂ©zuĂ©lien Gustavo Dudamel ? Le maestro que tout le monde attend, se revĂšlera-t-il brillant chef lyrique ? RĂ©ponse ce soir sur Arte en direct de Berlin.

LIRE aussi notre dossier spĂ©cial Les Nozze di Figaro, Les Noces de Figaro : l’opĂ©ra de femmes 

 

 

ARTE, Vendredi 13 novembre 2015, 20h45dudamel-gustavo-maestro-classiquenews-presentation-review-critique-account-of-
Mozart : Les Noces de Figaro – en direct de Berlin
A l’affiche du Staatsoper im Schiller Theater unter den Linden de Berlin
Les 7, 9, 11, 13, 15 novembre 2015

Direction musicale : Gustavo Dudamel
Mise en scĂšne : JĂŒrgen Flimm
Staatskapelle Berlin
Staatsopernchor sous la direction de Frank Flade

CinquiĂšme mise en scĂšne des Nozze di Figaro par JĂŒrgen Flimm, directeur-gĂ©nĂ©ral du Berliner Staatsoper Unter den Linden. La commedia mozartienne est ici transposĂ©e en Espagne Ă  Cadiz oĂč la bonne sociĂ©tĂ© se rafraichit en bord de mer au coeur de l’étĂ©.

Avec Ildebrando D’Arcangelo et Dorothea Röschmann en Comte et Comtesse Almaviva, Anna Prohaska en Susanne, Marianne Crebassa en Cherubino, Lauri Vasar en Figaro
 À la baguette, le trĂšs prisĂ© chef vĂ©nĂ©zuĂ©lien Gustavo Dudamel dirige le Staaskapelle Berlin.

LIRE la présentation des Noces de Figaro sur le site du Staatsoper de Berlin

 

 

Approfondir : dossier spécial

Les Noces de Figaro : partition des LumiÚres, opéra des femmes ?

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opéra des femmes ?

Mozart / Da Ponte : modernitĂ© des Noces de Figaro. En pleine pĂ©riode dite des LumiĂšres, au moment oĂč Paris et la Cour de Versailles sous l’impulsion de Marie-Antoinette vivent leurs heures artistiques les plus glorieuses, Mozart et Da Ponte conçoivent en 1786, Les Noces de Figaro. Premier volet d’une trilogie exemplaire dans l’histoire de l’opĂ©ra, qui est l’enfant d’une collaboration Ă  quatre mains aux apports irrĂ©sistibles, l’ouvrage poursuit sa carrirĂše sur les scĂšnes du monde entier : c’est que sa musique berce l’ñme et son livret, excite l’esprit par leur justesse combinĂ©e, accordĂ©e, idĂ©alement associĂ©e. Un mariage parfait ? Figaro et Suzanne, c’est le couple de l’avenir … LIRE notre dossier complet Les Noces de Figaro

En direct sur Arte. A Berlin, Gustavo Dudamel dirige les Noces de Figaro de Mozart

dudamel-gustavo-maestro-classiquenews-presentation-review-critique-account-of-arte_logo_2013Arte. En direct : Les Noces de Figaro de Mozart. Vendredi 13 novembre 2015. Gustavo Dudamel, direction.  En direct du Staatsoper im Schiller Theater Unter der linden de Berlin, le vĂ©nĂ©zuĂ©lien actuel direction musical du Los Angeles Philharmonic, Gustavo Dudamel, l’élĂšve le plus douĂ© et le plus mĂ©diatisĂ© du Sistema vĂ©nĂ©zuĂ©lien s’essaie (enfin) Ă  la direction lyrique en pilotant la Staatskapelle de Berlin. AprĂšs ses rĂ©alisations rĂ©ussies, toutes enregistrĂ©es par Deutsche Grammophon (Symphonie de Mahler en particulier), le jeune maestro joue de la baguette opĂ©ratique dans le sommet sentimental de Mozart et da Ponte d’aprĂšs Beaumarchais. La Folle JournĂ©e mozartienne trĂ©pigne d’une indicible excitation, que rendent explicite les airs de ChĂ©rubin, jeune cƓur Ă©perdu bientĂŽt enrĂŽlĂ© (mais si troublĂ© par la Comtesse) ; l’opĂ©ra souligne surtout le gĂ©nie de Mozart dans la peinture  de l’ñme fĂ©minine : La Comtesse (qui palpite et s’alanguit mĂ©lancoliquement au souvenir des annĂ©es perdues oĂč Almaviva l’aimait encore), Suzanne, vivace et pĂ©tillante, jeune Ă©pouse de Figaro ; sans omettre Barberine et son dĂ©licieux air au clair de lune, d’une Ă©motivitĂ© Ă  fleur de peau
 Il semble que Mozart et Da Ponte aient finalement produit un miracle de justesse psychologique dans chacun des portraits des femmes ici prĂ©sentes.

Le duo de la lettre entre Suzanne et La Comtesse y serait sans doute le point d’orgue, d’une vĂ©ritĂ© Ă©motionnelle, d’une justesse musicale, irrĂ©sistibles. Qu’en sera-t-il sous la baguette du jeune vĂ©nĂ©zuĂ©lien Gustavo Dudamel ? Le maestro que tout le monde attend, se revĂšlera-t-il brillant chef lyrique ? RĂ©ponse ce soir sur Arte en direct de Berlin.

LIRE aussi notre dossier spĂ©cial Les Nozze di Figaro, Les Noces de Figaro : l’opĂ©ra de femmes 

 

 

ARTE, Vendredi 13 novembre 2015, 20h45dudamel-gustavo-maestro-classiquenews-presentation-review-critique-account-of-
Mozart : Les Noces de Figaro – en direct de Berlin
A l’affiche du Staatsoper im Schiller Theater unter den Linden de Berlin
Les 7, 9, 11, 13, 15 novembre 2015

Direction musicale : Gustavo Dudamel
Mise en scĂšne : JĂŒrgen Flimm
Staatskapelle Berlin
Staatsopernchor sous la direction de Frank Flade

CinquiĂšme mise en scĂšne des Nozze di Figaro par JĂŒrgen Flimm, directeur-gĂ©nĂ©ral du Berliner Staatsoper Unter den Linden. La commedia mozartienne est ici transposĂ©e en Espagne Ă  Cadiz oĂč la bonne sociĂ©tĂ© se rafraichit en bord de mer au coeur de l’étĂ©.

Avec Ildebrando D’Arcangelo et Dorothea Röschmann en Comte et Comtesse Almaviva, Anna Prohaska en Susanne, Marianne Crebassa en Cherubino, Lauri Vasar en Figaro
 À la baguette, le trĂšs prisĂ© chef vĂ©nĂ©zuĂ©lien Gustavo Dudamel dirige le Staaskapelle Berlin.

LIRE la présentation des Noces de Figaro sur le site du Staatsoper de Berlin

 

 

Approfondir : dossier spécial

Les Noces de Figaro : partition des LumiÚres, opéra des femmes ?

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opéra des femmes ?

Mozart / Da Ponte : modernitĂ© des Noces de Figaro. En pleine pĂ©riode dite des LumiĂšres, au moment oĂč Paris et la Cour de Versailles sous l’impulsion de Marie-Antoinette vivent leurs heures artistiques les plus glorieuses, Mozart et Da Ponte conçoivent en 1786, Les Noces de Figaro. Premier volet d’une trilogie exemplaire dans l’histoire de l’opĂ©ra, qui est l’enfant d’une collaboration Ă  quatre mains aux apports irrĂ©sistibles, l’ouvrage poursuit sa carrirĂše sur les scĂšnes du monde entier : c’est que sa musique berce l’ñme et son livret, excite l’esprit par leur justesse combinĂ©e, accordĂ©e, idĂ©alement associĂ©e. Un mariage parfait ? Figaro et Suzanne, c’est le couple de l’avenir … LIRE notre dossier complet Les Noces de Figaro

DVD. Alban Berg : Lulu. Mojca Erdmann (Barenboim, 2012, 1 dvd Deutsche Grammophon)

lulu berg dvd mojca erdmann daniel barenboim deutsche grammophonDVD, critique. Alban Berg : Lulu. Mojca Erdmann (Barenboim, 2012, 1 dvd Deutsche Grammophon). Berlin, avril 2012 : au thĂ©Ăątre Unter den Linden, Barenboim dirige Wozzek puis Lulu, ici dans la version non de Friedrich Cerha, mais celle, s’agissant du III, de D R Coleman. A partir des fragments laissĂ©s par Berg en 1935, le musicologue a reconcentrĂ© les sections parvenues, dĂ©cousu l’ordre de Cerha (plus de prologue ni de scĂšne parisienne habituelles dans le III) mais une formule resserrĂ©e, dense, prĂ©cipitant la mort de Lulu (en coulisses), afin de « prĂ©server l’effet de symĂ©trie » souhaitĂ© par Berg dans l’architecture globale de son second opĂ©ra. Andrea Breth peine Ă  rĂ©vĂ©ler une vision cohĂ©rente et prĂ©cise d’un drame scĂ©nique qui Ă©blouit par son Ă©trangetĂ© pourtant. Il y a de la confusion dans ce dispositif quoique la tension reste palpable.

Le mystĂšre, le trouble, la gĂȘne surtout et les frĂ©missements d’une destruction totale sont perceptibles dans un drame qui moderniste et inclassable concentre les fissures et catastrophes de l’époque : la destruction de la rĂ©publique de Weimar sous la montĂ©e de l’hitlĂ©risme. CimetiĂšre de voitures, perspectives tronquĂ©es, chanteurs au sol
 tout indique ici la fin de l’ordre bourgeois.

 

 

lulu_mojca erdmann - daniel barenboim dvd deutsche grammophon critique classiquenews

 

 

CĂŽtĂ© chanteurs, Ă©videmment la silhouette juvĂ©nile, au corps gracile de la soprano Mojca Ermann, vraie poupĂ©e glamour, sĂ©duit dans le rĂŽle de la femme enfant, perverse et attendrissante (la beautĂ© du diable?) : son timbre pincĂ©, malgrĂ© des aigus mal tenus, n’en finit pas de troubler voire de captiver. Debora Polaski fait une comtesse solide et trĂšs Ă©mouvante au III dans son air de dĂ©ploration au cimetiĂšre, sorte de chant funĂšbre sur le genre humain Ă  l’agonie
 quand Michael Volle, vrai vedette de la soirĂ©e, incarne avec une finesse nuancĂ©e et le Docteur Schön et Ă  la fin, Jack l’éventreur
 prĂ©sence Ă  la fois paternelle, fraternelle, et dans les faits maritale (humain surtout humain donc pĂ©rissable : il meurt de facto au II, tuĂ© par la belle qui lui tire une balle dans le dos) et enfin juge implacable face Ă  la monstruositĂ© humaine. L’homme (la femme ici) est une saloperie dĂ©licieuse
 qui exploite et consomme sans scrupule ni morale jusqu’à la mort.

Daniel Barenboim veille dans la fosse Ă  ce dĂ©voilement progressif de la catastrophe et de l’effroi collectif : le sexe dĂ©signe la mort ; le dĂ©sir c’est la manipulation ; l’amour,un esclavage
 et l’humanitĂ©, l’annonce d’une mort inĂ©luctable. Au final qu’avons nous sur scĂšne, une ambiance dĂ©lĂ©tĂšre et des morts Ă  la pelle : les deux premiers maris de Lulu (le professeur de mĂ©decine puis le peintre), enfin Schön et son fils Alwa, Lulu elle-mĂȘme. Cirque fantastique et scĂšne pathĂ©tique, la production berlinoise reste honnĂȘte. Volle et Polaski sont trĂšs convaincants, les maillons forts du spectacle : c’est d’ailleurs eux deux qui ferment le rituel thĂ©Ăątral aprĂšs l’embrasement final. Le dernier tableau est le plus rĂ©ussi dans son dĂ©pouillement. Mais on lui prĂ©fĂšrera d’emblĂ©e la version Ă©ditĂ© par DG Ă©galement, avec Petibon dans la mise en scĂšne de Py.

DVD, critique. Berg : Lulu (version berlinoise inĂ©dite de DR Coleman, 2012). Mojca Erdmann (Lulu), Deborah Polaski (la comtesse Geschwitz), Michael Volle (Schön, Jack), Thomas Piffka (Alwa), Stephan RĂŒgamer (le peintre). Staatskapelle Berlin. Daniel Barenboim, direction. Andrea Breth, mise en scĂšne. FilmĂ© Ă  Berlin en mars 2012. 1 DVD Deutsche Grammophon 0440 073 4934

 

 

 

Berlin, Deutsche Oper. Pretty Yende chante Lucia di Lammermoor

une-evasion-deutsche-oper-berlin-580-570Berlin, Deutsche Oper. Donizetti : Lucia di Lammermoor :  les 1er, 6 fĂ©vrier 2015. L’annĂ©e oĂč meurt Bellini, sur le mĂ©tier des Puritains pour la scĂšne parisienne, Donizetti son challenger livre Lucia di Lammermoor crĂ©Ă© au San Carlo de Naples le 26 septembre 1835. Le compositeur gagne ainsi ses lettres de noblesse, s’affirmant avant Verdi, tel le champion du romantisme lyrique Ă  l’italienne. Walter Scott donne l’intrigue inspirĂ©e d’une histoire authentique : celle de Janet Dalrymple qui en 1668 assassine son mari pendant leur nuit de noces et le paye fort au prix de sa raison. Edgardo fait figure de bon, opposĂ© Ă  Enrico, le mĂ©chant manipulateur contre lequel doit lutter la riche hĂ©ritiĂšre Lucia. ModĂšle des hĂ©roïšnes romantiques sacrifiĂ©es, Lucia s’immole en perdant la raison dans la fameuse scĂšne de la folie, martyr et embrasement extatique Ă  l’acte III. Le rĂŽle de Lucia offre au soprano coloratoure, de style bellinien obligĂ©, une palette de sentiments nuancĂ©s et profonds, exprimĂ©s avec une rare justesse : dĂ©sir d’une jeune Ăąme juvĂ©nile, d’autant plus exacerbĂ©e face Ă  un frĂšre sadique et noir et un amant Ă©trangement distanciĂ©, absent, aimant mais si peu complice.

 

Lucia, un sommet du bel canto romantique

 

lucia-deutsche-oper-berlin-580-380-pretty-yendeLucia est encore une adolescente au dĂ©sir ardent, d’un romantisme entier et passionnel : les vocalises de sa partie s’intensifient Ă  mesure que la souffrance ou la frustration se dĂ©ploient. Elle affronte directement la brutalitĂ© d’une sociĂ©tĂ© phallocratique qui traite les femmes comme des marchandises, Ă  Ă©pouser ou Ă  renier. La figure de l’Ă©pouse sacrifiĂ©e, comme immolĂ©e par son propre frĂšre marque les esprits des contemporains de Donizetti dont Ă©videmment Flaubert : Emma Bovary, la protagoniste tragique de son roman fameux, assiste Ă  la reprĂ©sentation de Lucia en français : Emma voit alors dans Lucia, sa propre image, une prĂ©monition de son propre destin dĂ©sormais vouĂ© Ă  la mort. C’est Maria Callas la premiĂšre qui en 1955 restitue en bellinienne accomplie la force Ă©motionnelle du personnage, les aspirations de la jeune femme affrontĂ©e malgrĂ© elle et jusqu’Ă  la mort, Ă  l’esprit Ă©troit et roublard d’une sociĂ©tĂ© d’hommes hostiles…

 

 

 

2 raisons pour ne pas manquer La Lucia de Berlin

l’Ă©valuation de classiquenews.com

CLIC D'OR macaron 2001- la mise en scÚne classique promet de respecter la gradation de plus en plus pathétique et tragique du drame, en particulier la scÚne de la folie de Lucia au III

CLIC_macaron_20142- dans le rĂŽle de Lucia, la jeune soprano sud africaine Pretty Yende fait ses dĂ©buts attendus dans un grand rĂŽle romantique tendu et nuancĂ© ; de la grĂące juvĂ©nile et adolescente Ă  la folie de la femme sacrifiĂ©e et criminelle, la cantatrice, couronnĂ©e par le Grand Prix Bellini en 2010 (avant sa distinction par le prix Operalia l’annĂ©e suivante en 2011) devrait Ă©blouir l’audience par sa ligne vocale, son timbre diamantin taillĂ© pour les hĂ©roĂŻnes angĂ©liques, mais aussi son intelligence des coloratoures, non plus mĂ©caniques mais finement expressives. Classiquenews suit la carriĂšre de Pretty Yende depuis ses dĂ©buts et l’obtention de son Grand Prix au 1er Concours Bellini 2010.

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Temps forts de la partition, acte par acte :
Ce qu’il ne faut pas manquer, les Ă©pisodes du drame les plus dĂ©cisifs…

En Ecosse, les Ashton (Enrico et sa soeur Lucia) vouent une terrible haine à leur rival, Edgardo, hériter de la famille Ravenswood.
Au I : Les deux amants. EnivrĂ©s par leur amour, Edgardo et Lucia s’abandonnent Ă  la langueur extatique (duo Sulla tomba)
Au II : Le mariage forcĂ©. C’est l’acte de la manigance, celle du frĂšre sadique Enrico et de son complice Raimondo qui forcent Lucia Ă  Ă©pouser un bon parti : Arturo Bucklaw. Les deux intrigants rĂ©alisent leur projet en faisant croire Ă  Lucia qu’Edgardo l’a trahie pour une autre. Le sextuor final est le plus impressionnant : face aux agents du complot (Enrico, Raimondo, Arturo) se dressent les amants hier unis, Ă  prĂ©sent dĂ©sunis : Edgardo jette l’anneau que lui avait remis Lucia au I.
Au III : La folie de Lucia. Alors qu’Edgardo et Enrico se sont donnĂ© rendez vous pour se battre, surgit Lucia dĂ©mente, errant dans le chĂąteau encore animĂ© par les murmures de la fĂȘte nuptiale : elle vient de tuer Arturo, sa robe maculĂ©e de sang (scĂšne de la folie : Il dolce suono…). Alors qu’il allait se battre avec Enrico, Edgardo en apprenant la mort de Lucia, se poignarde.

 

 

Lucia di Lammermoor au Deutsche Oper de Berlin :
Vendredi 6 fĂ©vrier – Berlin, 19h30‹

Ivan Repusic, direction musicale
Filippo Sanjust, mise en scĂšne

Simone Piazzola, Enrico
Pretty Yende, Lucia
Joseph Calleja, Edgardo
Matthew Newlin, Arturo
Andrew Harris, Raimondo
Ronnita Miller, Alice

Orchestre et choeur de la Deutsche Oper
Visiter le site du Deutsche Oper Berlin

A l’affiche les 1er, 6 fĂ©vrier 2015
Consulter la page Lucia di Lammermoor sur le site du Deutsche Oper Berli

 

 
 

 

Organisez votre séjour à Berlin : les 6 et 7 février 2015

Profitez de la reprĂ©sentation du vendredi 6 fĂ©vrier 2015 au Deutsche Oper pour rester Ă  Berlin, et voir le lendemain samedi 7 fĂ©vrier : Macbeth de Verdi au Staatsoper de Berlin, 18h. Daniel Barenboim, direction. Avec Placido Domingo, Macbeth. RenĂ© Pape, Banquo. Liudmyla Monastyrska, Lady Macbeth, Rollando Villazon, Macduff… Peter Mussbach, mise en scĂšne. LĂ  aussi le plateau vocal promet un grand moment musical et lyrique (Placido Domingo en Macbeth) d’autant plus convaincant sous la baguette de Barenboim et dans la mise en scĂšne de Peter Musbach (homme de thĂ©Ăątre dont le travail scĂ©nique et visuel demeure toujours passionnant).

Week end Ă  Berlin : Lucia et Macbeth, les 6 et 7 fĂ©vrier 2015. Destination voyage culturel et lyrique proposĂ© par Europera La Fugue. A partir de 250 euros par personne… toutes les infos, les modalitĂ©s de rĂ©servation sur le site www.europera.com

DVD. Verdi : Il Trovatore (Netrebko, Domingo, Barenboim, Berlin 2013)

trovatore verdi netrebko domingo DVDCLIC D'OR macaron 200DVD. Verdi : Il Trovatore (Netrebko, Domingo, Barenboim, Berlin 2013). Dans l’imaginaire du scĂ©nographe Philippe Stölzl, le TrouvĂšre est un conte lunaire, basculant constamment entre cynisme barbare et dĂ©lire fantastique. La premiĂšre scĂšne est digne d’une gravure gothique d’Hugo ou d’une eau forte de Callot : Ferrando (excellent Adrian SĂąmpetrean) plante le dĂ©cor oĂč rĂšgne la malĂ©diction de la sorciĂšre effrayante brĂ»lĂ©e vive sur le bĂ»cher par le comte de Luna
 une vision primitive qui inspire tout le spectacle qui suit, dont les tableaux jouant sur le blanc et le noir, dĂ©taillant d’effrayantes ombres graphiques sur les murs d’une boĂźte dont l’angle regarde vers la salle et les spectateurs, instaure ce climat si original, celui façonnĂ© par un Verdi subjuguĂ© par le jaillissement du surnaturel, de la malĂ©diction, la figure troublante d’ñmes Ă©perdues (Leonora) qui ivres et portĂ©es par leur seul dĂ©sir, demeurent continĂ»ment aveuglĂ©es par la passion qui les consume : la jeune femme dans une arĂšne de silhouettes souvent grotesques et grimĂ©es jusqu’à la caricature, y paraĂźt tel un lys pur, Ă©clatant par son chant amoureux, juvĂ©nile, ardent, innocent. Ce qu’apporte Anna Netrebko relĂšve du miraculeux : le jaillissement brut d’un amour immense qui la dĂ©passe totalement, la possĂšde jusqu’à l’extase : le chant est incandescent, Ăąpre, d’une sincĂ©ritĂ© tendre irrĂ©sistible.

Le public berlinois lui rĂ©serve une ovation collective dĂšs son premier air. LĂ©gitimement. Tout le premier acte (Le Duel) est stupĂ©fiant de justesse rĂ©aliste et expressionniste, saisissant mĂȘme par ses ombres rouges aux murs dĂ©fraichis. Un rĂ©gal pour les yeux et aussi pour l’esprit exigeant : la direction d’acteur est prĂ©cise et constamment efficace.

TrouvĂšre berlinois, fantastique, effrayant : superlatif

azucena, trovatore berlin, barenboimDans la fosse Daniel Barenboim des grands jours sculpte chaque effet tĂ©nĂ©briste d’une partition qui frappe par sa modernitĂ© fantastique, rappelant qu’ici la vision de Verdi rejoint les grands noms du romantisme lugubre et cynique, surnaturel, cauchemardesque, et poĂ©tiquement dĂ©lirant : Aloysius Bertrand, Villiers de l’Isle Adam, ETA Hoffmann.  On s’étonne toujours que bon nombre continue d’affliger l’ouvrage verdien d’une faiblesse dramatique due Ă  un livret soit disant faiblard : c’est tout l’inverse. Et la prĂ©sente production nous montre a contrario des idĂ©es reçues et colportĂ©es par mĂ©connaissance, la profonde cohĂ©rence d’une partition au dĂ©coupage trĂšs subtil, aussi forte et glaçante que Macbeth, aussi prenante que Rigoletto, aussi Ă©chevelĂ©e et juste que La Traviata
 Philipp Stölzl apporte aussi ce picaresque espagnol dans costumes et maquillages qui revisitent en outrant ses couleurs, Velasquez et les caravagesques ibĂ©riques, de Ribeira Ă  Murillo.  Si Leonora, incarnĂ©e par la sensuelle et embrasĂ©e Anna Netrebko, captive de bout en bout, le Luna, rongĂ© par la jalousie et l’impuissance amoureuse trouve en Placido Domingo, un baryton ardent, habitĂ© par une psychĂ© qui lui aussi le submerge : passionnant duo.

netrebko anna trouvĂšre trovatore leonora Berlin BarenboimPar son code couleur vert froid, exprimant un cynisme fantastique de plus en plus prĂ©sent au fur et Ă  mesure de l’action, le thĂ©Ăątre de Philipp Stölzl rappelle Ă©videmment l’immense Peter Mussbach (repĂ©rĂ© dans son approche parisienne de La Norma au ChĂątelet) : le choeur des gitans y singe une foule aux accents apeurĂ©s, orgiaques avant que ne paraisse le chant hallucinĂ© d’Azucena (trĂšs honnĂȘte Marina Prudenskaya, de plus en plus touchante : c’est elle qui porte le germe de la vengeance finale ; elle est elle aussi, comme Leonora, une poupĂ©e fardĂ©e, usĂ©e, transfigurĂ©e par la passion qui la porte et la consume : si Leonora est dĂ©vorĂ©e par l’amour pour Manrico le trouvĂšre, Azucena est portĂ©e, aspirĂ©e par l’effroi du sacrifice primordial : l’assassinat de son propre fils (le vĂ©ritable) par les flammes. Le Manrico de Gaston Rivero sans partager la brulure de ses partenaires dĂ©fend haut la figure du TrouvĂšre. Jamais production n’a Ă  ce point mieux exprimer l’essence hallucinĂ©e et lunaire de l’opĂ©ra verdien : c’est essentiellement un thĂ©Ăątre de la brĂ»lure, des Ăąmes embrasĂ©es, oĂč pĂšse dĂšs l’origine, l’image effrayante flamboyante du bĂ»cher initial. Une Ă©blouissante rĂ©ussite qui passe surtout par la cohĂ©rence du dispositif visuel. Chef et solistes sont au diapason de cette lecture colorĂ©e, expressionniste, remarquablement convaincante. VoilĂ  qui renvoie Ă  la marche infĂ©rieure la plus rĂ©cente production du TrouvĂšre avec le duo Netrebko et Domingo, prĂ©sentĂ©e cet Ă©tĂ© au Festival de Salzbourg
 La galerie de peintures qui s’y impose paraĂźt en comparaison fatalement anecdotique tant ici, la crĂ©ation visuelle, le thĂ©Ăątre des ombres dĂ©coupĂ©es sur les murs du cube nourrissent le feu de l’action. Un must et donc un CLIC de classiquenews.com.

Verdi : Il Trovatore. Anna Netrebko (Leonora), Placido Domingo (Placido Domingo), Azucena (Marina Prudenskaya), Manrico le TrouvĂšre (Gaston Rivero, Adrian SĂąmpetrean (Ferrando)
 Staatskapelle Berlin. Daniel Barenboim, direction. Philipp Stölzl, mise en scĂšne. 1 dvd Deutsche Grammophon. EnregistrĂ© Ă  Berlin au Staatsoper Unter den Linden de Berlin, im Schiller Teater, en dĂ©cembre 2013.

 

 
 

 

TELE. En octobre 2014, Mezzo diffuse l’Elvira candide, juvĂ©nile d’Anna Netrebko (Metropolitan Opera 2006-2007) : I Puritani avec Anna Netrebko au Met 2007 sur Mezzo Live HD : 6 > 24 octobre 2014. 

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CD. Jonas Kaufmann en crooner 1920 : nouveau programme Du bist die Welt fĂŒr mich (1 cd Sony classical, Ă  paraĂźtre le 15 septembre 2014)

jonas_kaufmann crooner berlin You mean the entire worlf to me cd sony classical You mean the entire worlf to meCD. Jonas Kaufmann en crooner 1920 : nouveau programme Du bist die Welt fĂŒr mich (1 cd Sony classical, Ă  paraĂźtre le 15 septembre 2014). Vous le connaissiez wagnĂ©rien (Siegmund, TannhaĂŒser, Parsifal
), le voici en crooner des annĂ©es 1920 Ă  Berlin. Le tĂ©nor vedette munichois, Jonas Kaufmann publie chez Sony un nouveau disque Ă©vĂ©nement Ă  paraĂźtre le 15 septembre 2014. Face Ă  un micro savamment choisi pour l’occasion, le visuel de couverture ne laisse pas indiffĂ©rent : le chanteur en style rĂ©tro, a pris le chemin du studio pour graver de nouveaux standards lyriques, non pas signĂ©s Verdi (comme l’a montrĂ© son remarquable rĂ©cital discographique The Verdi album),  mais Lehar, Tauber, Kalman, Korngold ou Stolz, soit les auteurs actifs Ă  Berlin, en vogue Ă  l’époque des dĂ©buts du cinĂ©ma parlant


Kaufmann en crooner berlinois des années 1920

A l’instar du tube populaire qui donne son titre Ă  l’album : Du bist die Welt fĂŒr mich (Tu es le monde pour moi / You mean the entire world to me) de Richard Tauber, – une chanson souvent reprise en bis lors de ses rĂ©citals, Jonas Kaufmann a organisĂ© son programme en collectionnant plusieurs standards restituĂ©s ici dans leur orchestration originale, remontant Ă  la pĂ©riode 1925-1935. L’interprĂšte diseur en or (chez Schubert entre autres), magicien du verbe incarnĂ©, remarquable acteur lyrique par son intĂ©rioritĂ© intimiste et puissante, sait ici ciseler l’arĂȘte expressive de chaque auteur, qu’on a tort de classer parmi les compositeurs mineurs, auteurs de musiques lĂ©gĂšres. Il retrouve ce legato mordant et trĂšs colorĂ© que ses prĂ©dĂ©cesseurs, tels Fritz Wunderlich  ou Rudolf Schock, ont su avant lui affirmer, rendant au rĂ©pertoire mĂ©sestimĂ©, ses lettres de noblesse
 Le programme Ă©voque l’ñge d’or de la chanson berlinoise propre aux annĂ©es 1920 et 1930 dont l’insouciance raffinĂ©e contraste avec les Ă©vĂ©nements politiques Ă  venir. cd sony classical kaufmann jonas2Au total 17 chansons et airs d’une sensualitĂ© ciselĂ©e oĂč Jonas Kaufmann affirme davantage son intelligence vocale et dramatique, son sens du texte, son goĂ»t de la situation, son brio naturel pour la caractĂ©risation Ă©motionnelle.  Pour ce nouvel album, Jonas Kaufmann est rejoint par la soprano Julie Kleiter pour Abraham et Korngold ; ils sont accompagnĂ©s par les instrumentistes du Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin, dirigĂ©s par Jochen Rieder.

 

1 cd Sony classical à paraßtre le 15 septembre 2014.  Prochaine grande critique dans le mag cd de classiquenews.com