Davide Penitente, l’oratorio équestre de Bartabas

Arte, Davide Penitente de Mozart par Bartabas. Le 21 juin 2015, 18h40. C’est assurément le point fort de cette programmation spéciale Fête de la musique, le 21 juin 2015 sur Arte. Filmé à Salzbourg en janvier 2015, le spectacle saisit par son esthétisme et la présence enivrante des chevaux dans le Manège des rochers à Salzbourg, lieu historiquement lié à la présence des équidés dans la ville festival, berceau de Mozart. Rediffusion le vendredi 31 juillet 2015, 5h10 (certes c’est tôt au matin mais le spectacle vaut largement que vous vous forciez à quitter le lit pour regarder la performances des cavaliers et des chanteurs…).

 

 

arte_logo_2013Arte. Spécial fête de la musique, le 21 juin 2015, 18h40 : spectacle équestre saisissant. Arte met les petits plats dans les grands pour la fête de la musique. Le programme annoncé mêlant tous les genres commence à 13h, enchaîne des genres et formes variées jusqu’à 23h (début du dernier programme dédié à John Williams). LIRE la présentation des 7 rvs programmée sur Arte, exemplaires par leur diversité bien que le chant et l’opéra soient majoritaires.

 

 

 

Davide Penitente de Mozart

Opéra équestre de Bartabas

 

mozart_portrait-300Pendant la dernière Semaine Mozart à Salzbourg en janvier 2015, le chorégraphe et écuyer Bartabas a présenté sa nouvelle création sur un oratorio méconnu de Mozart, « Davide Penitente » dans l’ancien manège de Salzbourg, le célèbre « Manège des rochers ». Espace clos rythmé par les galeries superposées en fond de scène sans omettre l’arbre isolé qui tient lieu d’axe structurant. Bartabas conçoit une œuvre d’art totale et unique en son genre, qui marie musique et art équestre. Comment l’action sacrée de David gagne-t-elle un sens particulier grâce au concours des chevaux pendant le spectacle?  Réponse par l’image sur Arte ce 21 juin 2015, 18h40.

La Cantate oratorio K649 ” Davide Penitente” sur un texte de Saverio Mattei (et non Da Ponte comme on continue depuis trop longtemps de l’écrire) est créée le 13 mars 1785 à Vienne (Burgtheater). L’ouvrage est une commande de la Tonkünstler Societät de Vienne. Mozart y recycle de nombreuses séquences de sa Messe en ut (8 au total issus de la K 427 composée auparavant en 1782/83, c’est à dire en plein essor des idées des Lumières).  Souvent mésestimé, l’oratorio met en lumière la très grande maturité du Mozart viennois. Ses séquences inédites composées en 1785 en témoignent : l’air du ténor « A te fra tanti affanni » (passionnant dialogue avec hautbois), puis « Tra l’oscure ombre funeste » pour soprano, surtout le trio « Tutte le mie speranze » ont la profondeur et l’éclat de Cosi ou des Noces de Figaro, c’est dire.

Bartabas au Manège des rochers : une présence historiquement légitime car c’est là que l’Archevêque de Salzbourg entraînait sa cavalerie (impressionnante). 96 arcades y sont creusées dans la roche de la montagne au moment de sa construction par Johann Bernhard von Erlach en 1693.

Pour Bartabas, premier écuyer créateur de France l’équitation est d’essence chorégraphique. « Monter à cheval, c’est danser. Le cavalier danse tout en dirigeant son cheval. Il doit gérer le travail de l’animal, l’intention du mouvement et sa qualité. Il forme un tout, un couple avec l’animal et devient une sorte de danseur-cheval » déclare le concepteur du spectacle Davide penitente de Mozart. Bartabas a créé l’Académie équestre de Versailles en 2003, où les jeunes apprentis écuyers qui ont pour seuls maîtres les chevaux, font l’expérience de la vie collevtive elle même matrice propice a leur créativité. Le foyer expérimental a été rebaptisé à l’occasion de son dixième anniversaire Centre Chorégraphique équestre, renforce sa propre réflexion entre équitation et danse.
La formation des élèves  est pluridisciplinaire comprenant la danse, l’escrime artistique, du chant, du Kyudo – tir à l’arc traditionnel japonais. Ce sont des sportifs avertis formant à présent un véritable corps de ballet équestre. L’élégance du geste, l’harmonie des positions, l’équilibre des figures réalisés par l’homme – cheval produisent le sens :  « Le rendu final tient surtout pour moi de l’intention du geste », précise encore Bartabas.

 

 

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NOTRE AVIS. Très séduisant, moins musicalement que visuellement, ce David Penitente de Mozart en version “oratorio équestre” est d’une beauté  à couper le souffle. Dans le Manège des rochers à Salzbourg, haut lieu des passions équestres, historiquement défendues par les Princes Archevêques locaux (c’est dans le Manège qu’au XVIIè, le Prince Archevèque avait réservé un lieu désigné pour l’entretien de ses montures, très nombreuses), les chevaux aux robes sublimes (qu’aurait peint évidemment un Géricault) s’ébrouent sur la terre du manège salzbourgeois aux sons du David de Mozart. Tous les musiciens, choristes, solistes et instrumentistes sont disposés sous les arcades creusées dans la roche sur 3 étages, face au chef.
Les Musiciens du Louvre récemment affaiblis après l’annulation de la subvention de la ville de Grenoble (près de 250000 euros quand même) peinent à la tâche, et les solistes n’ont pas la grâce des chevaux eux, impeccables sur la piste. Notons le solo du ténor français Stanislas de Barbeyrac dont la tension tendre de la voix est la plus intéressante : fragile mais timbré).

Sur la terre battue, 6 cavaliers et cavalières composent des figures collectives tandis qu’un magnifique cheval blanc semble caler son pas souverain et altier sur le rythme de la musique. On croit revivre des sensations comparables à celle suscitées face au Sacre de Stravinsky version Pina Baush : même corps sculptés dans la lumière et comme mis à nu sur la terre, même beauté animale, archaïque et raffinée à la fois… mais ici, l’élégance musculaire des montures, la silhouette racée des écuyers, centaures ou amazones dansant sur la piste, et chantant même (par interaction avec les musiciens situés au fond), la nervosité précise et raffinée des magnifiques équidés font toute la magie de ce spectacle qui démontre l’excellence de l’école équestre fondée par Bartabas. Dommage qu’il faille découvrir l’ivresse et la perfection d’une telle équation à Salzbourg. A quand à Versailles dans les Grandes Ecuries où Bartabas à ses locaux ? A suivre de près.  Le programme est le point fort de la programmation Fête de la musique sur Arte le 21 juin 2015 (à 18h40 donc).

Avec les musiciens du Louvre-Grenoble (M. Minkowski, direction), Chœur Bach de Salzbourg, Académie équestre de Versailles. Enregistré pendant la Semaine de Mozart à Salzbourg en janvier 2015. Rediffusion le vendredi 31 juillet 2015, 5h10.

 

 

 

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