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CRITIQUE, STREAMING, opéra. Somptueux FALSTAFF au Maggio Fiorentino 2021 : Nicola Alaimo, Francesca Boncompagni

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Dans la mise en scène sobre et poétique de Sven-Eric Bechtolf, triomphe l’épatant Nicola Alaimo, FALSTAFF à la fois tendre, sincère, fanfaron et d’une suffisance naïve…qui outre le lyrisme facile est aussi un vrai tempérament comique ; sa stature et son aisance scénique soulignent combien le dernier Verdi est un génie théâtral qui sert la verve entre tendresse et satire propre à Shakespeare. Celui qui pense avoir séduit le belle Meg comme Alice Ford, toutes deux Commères de Windsor, apprendra à ses dépens qu’il est le dindon de la farce, la proie ourdie par un trio de femmes avisées… on ne se moque pas ainsi des épouses respectables en courant deux lièvres à la fois. Autant chanteur qu’acteur habile en finesse et truculence délectable, car tout passe ici par le chant souverain, le chnateur en baryton-Verdi accompli, convainc de bout en bout, véhicule de la verve shakespearienne, de sa tendresse comme de ses vertiges oniriques, d’autant mieux que l’orchestre sous la baguette affûtée, précise de John Eliot Gardiner, épouse chacun des accents du formidable chanteur. Les dames quant à elles (Ailyn Pérez en Alice, et Caterina Piva en Meg Page) sont des actrices et chanteuses de grandes classes, distinguées, d’une finesse continue.

 

 

 

Somptueux Falstaff au Maggio
Nicola Alaimo, Francesca Boncompagni subjuguent
entre verve, tendresse, satire…

 

Nicola Alaimo (au centre), indiscutable baryton-Verdi, truculent Falstaff, naïf et suffisant…

 

 

Le trio qui suit la scène de l’auberge initiale, trio hyperféminin, pétille autant dans la parodie amoureuse que dans la colère qui grandit dans le coeur des trois commères. Chacune tient sa partie en un caquetage virtuose qui entend « faire suer l’ogre » et tromper l’indigne séducteur. Quand surgit, éclat angélique soudainement sincère, le duo amoureux de Nanetta et son fiancé caché – la Nanetta de Francesca Boncompagni, aux aigus filés, éthérés, magiciens, subjugue (même ivresse féerique dans l’acte de la forêt enchantée, ses aiguës à peine vibrés, droits, intenses, diamantins). Gardiner captive par sa vivacité précise et la rondeur tendre de ses accents ; l’orchestre soulignant combien Verdi a compris l’intelligence du théâtre shakespearien, dans ce mélange habilement combiné de charge comique et satirique, à laquelle répond comme des éclairs d’une sincérité désarmante, la naiveté du rôle-titre.
Ici les ensembles doivent briller par leur éclat comme, avant la fugue comique moralisatrice finale, l’octuor du I qui associe l’esprit de vengeance des femmes comme des hommes contre l’arrogance du trop fier Falstaff : « la panse pleine de morgue va enfler et crever ». La cruauté de cette assemblée portée par la haine collective est d’autant mieux incarnée que la baguette est vive, affûtée, joyeuse, d’une légèreté illusoire.

Enfin l’acte des enchantements nocturnes et sylvestres, incarné par la figure de la mariée ailée immaculée (la « Reine des fées », Nanetta grimée)…, parodie dans la parodie, vaste fresque collective illusoire, où le dindon se laisse prendre à nouveau par tout un village déguisé prêt à le rosser comme un lynchage qui n’ose dire son nom, est superbement réalisé. Autour du formidable baryton, tous les chanteurs sont soucieux de nuances, en particulier les femmes déjà distinguées. De sorte que l’économie des moyens et la justesse du geste servent l’ample crescendo dramatique et musical qui se libère dans la morale fuguée échevelée finale. Tout est farce et la vie, un théâtre. Voilà une belle leçon d’humilité qui rosse les orgueils et la suffisance humaine… « Tous bernés. Rira bien qui rira le dernier ». Effaçant définitivement les frontières entre la scène lyrique et la réalité des spectateurs. Excellente production qui allie verve, élégance, satire fanfaronnante. Que du bonheur.

 

 

 

 

Nanetta et la Reine des Fées : sublime Francesca Boncompagni

 

 

 

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CRITIQUE, STREAMING, opéra. Somptueux FALSTAFF au Maggio Fiorentino 2021.
Direction : Sir John Eliot Gardiner / Mise en scène : Sven-Eric Bechtolf.
Production filmée le 23 nov 2021 / opéra di Firenze / Maggio Musicale Fiorentino / Opéra de Florence

Sir John Falstaff : Nicola Alaimo
Ford : Simone Piazzola
Fenton : Matthew Swensen
Docteur Caïus : Christian Collia
Bardolfo : Antonio Garés
Pistola : Gianluca Buratto
Mrs. Alice Ford : Ailyn Pérez
Nannetta : Francesca Boncompagni
Mrs. Quickly : Sara Mingardo
Mrs. Meg Page : Caterina Piva

Chorus & Orchestra del Maggio Musicale Fiorentino