Ce vendredi 12 juin, Andreas Scholl et l’ensemble Le Consort étaient réunis sur la scène de la Salle Gaveau. La rencontre de deux générations de musiciens qui s’inspirent mutuellement et dont le dénominateur commun est un intense plaisir de musique dans l’écrin d’une interprétation de haute volée. Justin Taylor a d’ailleurs rendu un vibrant hommage à Andreas Scholl en ouverture de concert, ne cachant pas son émerveillement d’être là, au cœur d’un projet qu’il y a un an encore, il n’aurait pas pensé possible. Andreas Scholl, quant à lui, nous a confié après le concert que la collaboration trouvée avec de jeunes musiciens est pour lui extrêmement galvanisante. Et c’est fort de cette synergie qu’ils nous ont offert un programme judicieusement conçu autour du répertoire d’Antonio Vivaldi (mâtiné d’ouvrages de J. S. Bach), autant virtuose qu’introspectif, exigeant un chant élégiaque, introverti, suspendu et à l’opposé vaillant et lumineux. Un répertoire qu’Andreas Scholl nous a fait, par le passé, tant aimé par la beauté du timbre, une technique impeccable et la vigueur de l’interprétation. Un répertoire dans lequel Le Consort fait également merveille du haut de ses jeunes années. Et au cœur de ce programme, un joyau : le Stabat Mater pour alto solo du maître vénitien – dont Andreas Scholl est un interprète phare depuis de nombreuses années, conjuguant intensité du chant et art du dire.
Dès l’ouverture, dans le Concerto Grosso et la Sonata a quatro, et plus encore dans l’introduzione al Miserere, à l’unisson avec la voix d’Andreas Scholl, Le Consort fait la démonstration éclatante des qualités propres à chaque soliste. Quelle merveille d’équilibre, quelle liberté dans ces Follia ou ces quasi-improvisations sur le fil. Comme à son habitude, Justin Taylor nous offre toute une palette de nuances au clavecin dans un jeu à la fois expressif et aéré. Et que dire des violons de Sophie de Bardonnèche et Roxana Rastegard et de leur ostinati envoûtants dans « Eia Mater, fons amoris », et de leurs pizzicati qui donnent le frisson dans « Fac ut ardeat cor meum » extrait du Stabat Mater. Géraldine Roux à l’alto, Arthur Cambreling au violoncelle et Thomas de Pierrefeu, viennent ajouter leurs couleurs à l’alchimie de ces cordes inspirées.
Andreas Scholl ne cessera jamais de nous surprendre. Quel est donc le secret de la longévité de cette voix ? D’abord, et avant tout, une technique infaillible qui fait de lui le maître d’un art du chant exceptionnel. Et évidemment la beauté du timbre et l’intelligence de l’interprétation dans laquelle chaque mot et sa musicalité intrinsèque sont ciselés en virtuose. Andreas Scholl délivre son chant sans maniérisme emprunté et fioriture inutile. Ses phrasés sont des modèles de nuances, mettant en lumière les intentions du texte chanté. Et l’on goûte alors à l’envi cet art du dire qui transcende l’interprétation spécialement dans l’aria et le recitativo du « Widerstehe dich der sunde » de Bach. Oui, Bach est ici associé à Vivaldi. La proximité des deux compositeurs n’est pas d’emblée évidente. Mais prenant à son tour la parole, Sophie de Bardonnèche nous a rappelé, non sans une pointe d’humour, qu’il existe toutefois une connexion, de par des cantates de Vivaldi retrouvées dans la bibliothèque de Bach, que ce dernier avait lui-même recopiées
Mais c’est sans nul doute dans le Stabat Mater de Vivaldi qu’Andreas Scholl se distingue. L’interprète donne là toute la force de son talent dotant son timbre alors vibrant d’intensité et de densité expressive. Le chant où tout est dit et qui donne à voir par sa force propre. Voilà finalement une belle leçon qui remet la virtuosité à sa juste place, et l’humain au centre de tout. Le chant est d’abord une affaire d’âme. Et nous y sommes précisément. Rare est cette voix d’une élégance si subtile, savant équilibre entre naturelle aisance et maîtrise technique, sans pyrotechnie inutile ni démonstration narcissique dans les vocalises. Andreas Scholl aime également agrémenter ses interprétations de petites touches très personnelles, ainsi dans l’aria « Ah, ch’infelice sempre » extrait de la cantate « Cessate, omai cessate » de Vivaldi, pièce finale du concert, le contre-ténor abandonnant momentanément la voix de tête pour une tonalité grave de baryton, détonante, mais au combien suave, suscitant la surprise et la joie d’un public entièrement conquis. Avec une telle énergie et une envie sans cesse renouvelée, au contact désormais d’une nouvelle génération de musiciens, le contre-ténor promet de nous offrir encore, à notre plus grand plaisir, de belles heures musicales !…
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CRITIQUE, récital lyrique. PARIS, Salle Gaveau, le 12 juin 2026. Récital Vivaldi. Ensemble Le Consort, Andreas SCHOLL (contre-ténor). Crédit photographique (c) Brigitte Maroillat





