CD, critique. LULLY : La Grotte de Versailles, Georges Dandin (Marguerite Louise, 1 cd Château de Versailles, fév 2020)

cd-george-dandin-grotte-de-versailles-jarry-marguerite-louise-cd-critique-classiquenews-Versailles-cd-critiqueCD, critique. LULLY : La Grotte de Versailles, Georges Dandin (Marguerite Louise, 1 cd Château de Versailles, fév 2020). Dès 1669, Madeleine de Scudéry témoignait de l’enchantement de Versailles, les charmes et éblouissements de son parc, bosquets à surprise, palais de verdure et autres grottes enchantées. Avait-elle en tête la Grotte de Thétis, construite en dur dans les jardins (là où se trouve actuellement le vestibule de la Chapelle royale) et qui servit d’écrin comme de décor naturel au divertissement de Lully : La grotte de Versailles, ici restitué dans son état originel de 1667 / 1668? La galanterie pastorale règne sans partage : née de la première coopération Lully / Quinault, la partition évoque l’accueil par la Titanide Thétys, d’Apollon (le Soleil) le soir, harassé par sa course diurne. L’eau coulante, le décor de coquillages et de nacre, l’orgue jouant des chants d’oiseaux recréent un univers poétique dédié au repos, au sommeil, à l’abandon vers le rêve et la langueur… Girardon a sculpté le fameux groupe d’Apollon servi par les nymphes (1670). A Lully revenait déjà le privilège d’exprimer musicalement ce rêve absolu qui ajoute au mythe solaire de Louis XIV.

 

Inspirés, Marguerite Louise et Gaétan Jarry ressuscitent la collaboration
Lully et Quinault, Lully et Molière,
faiseurs de fêtes à Versailles…

La musique à Versailles avant l’opéra

 

 

C’est une série d’entrée et de danses (réalisées par le Roi lui-même en 1668), entre la Pastorale et le ballet, propre aux divertissements créés par Lully pour la Cour, avant l’avènement de l’opéra français en 1673. L’amour des bergers et bergères (dont Sylvandre, Coridon) chantent le retour du roi victorieux ; Daphnis et les nymphes, des pâtres grotesques, Iris langoureuse et l’écho de la grotte… ponctuent l’action de leurs péripéties à peine dramatiques. La Grotte reste jusqu’en 1674 (où elle est encore jouée pour le Grand Divertissement de Versailles), l’emblème du Louis XIV, guerrier amoureux et victorieux, qui va bientôt fixer la Cour à Versailles (1682). Les interprètes savent exprimer la douce nostalgie d’une partition à la fois dialoguée (compétition Ménalque / Coridon) et surtout suave et trouble (plainte d’Iris à laquelle répond l’écho de la grotte).

CLIC D'OR macaron 200Les musiques des intermèdes et de la Pastorale pour la comédie Georges Dandin de Molière précise l’ambition de Lully sur le plan lyrique avant l’élaboration d’un modèle pour l’opéra français. Ici rayonnent déjà la puissance onirique des instruments, habiles à suggérer cet accord rêvé, harmonieux entre Nature et bergers ; a contrario de la peine de Dandin, les bergères disent par leur chant, l’empire de l’amour et ce flux tragique qu’il peut susciter (leurs amants semblent noyés) ; les interprètes (surtout les femmes aux accents d’une langueur plaintive voire funèbre) veillent à ce chant droit, non vibré, aux ornements précis, sans préciosité aucune qui rétablit l’exactitude et l’intelligibilité du verbe français (« Ah qu’il est doux, belle Sylvie… »). A côté du drame de Molière, déjà perce la force opératique de Lully qui échafaude une pastorale en musique indépendante de la pièce. Les Choeurs précis et mordants rétablissent la verve pastorale et presque héroïque de l’action ; en soulignant l’empire final de Bacchus, le chant collectif (jouant de l’écho dans la coulisse) vivifie la tendresse et l’ardeur des sens, un épanchement particulier propre au Roi amoureux et vainqueur qu’est Louis XIV dans les années 1660 et 1670. Révélateur des divertissements à Versailles avant l’opéra (tragédie en musique), l’album est un incontournable.

 

 

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CD, critique. LULLY : La Grotte de Versailles, Georges Dandin (Marguerite Louise / Gaetan Jarry, 1 cd Château de Versailles, enregistré en février 2020).

JEUNES ENSEMBLES. Entretien avec Gaétan Jarry, directeur musical de l’ensemble Marguerite Louise.

jarry-gaetan-chef-maestro-oganiste-marguerite-louise-ensemble-portrait-classiquenews-f-griersJEUNES ENSEMBLES. Entretien avec Gaétan Jarry, directeur musical de l’ensemble Marguerite Louise. A l’occasion de leur soirée exceptionnelle programmée dans l’enceinte du Petit Trianon à Versailles, les musiciens du jeune ensemble Marguerite Louise pourront donner le 9 juillet prochain, à partir de 19h30, la mesure de leur (très) grand talent au service des Baroques français, de Charpentier à Rameau. L’organiste et directeur musical de l’ensemble sur instrument anciens, Gaétan Jarry précise ce qui caractérise son ensemble et aussi les enjeux d’une soirée pas comme les autre qui varie les plaisirs des convives spectateurs, en changeant les lieux et les programmes, soit un marathon musical de pas moins 27 performances en une soirée unique !

 

 

 

Quelles sont les caractères de votre ensemble, qui lui confèrent sa singularité et son identité ?

GAÉTAN JARRY : L’ensemble Marguerite Louise est né d’un grand désir d’interpréter ce répertoire assez spécifique en lui privilégiant toujours un naturel, une spontanéité qui irait constamment chercher l’élan intrinsèque de cette musique. Je dirais qu’il ne s’agit pas d’exhumer une œuvre pour “l’autopsier” mais bien au contraire pour tenter de lui redonner un vrai souffle de vie.
Plus concrètement cela passe par exemple par le respect de l’authenticité des voix de chacun des chanteurs, et ainsi d’éviter de tomber dans un certain formatage qui bien souvent nuit à l’épanouissement du geste vocal. Tout cela nécessite de partager une totale confiance avec mes musiciens qui fréquemment doivent se contenter d’images plus ou moins abstraites, ou volontairement très anachroniques, voire quelques fois triviales, afin de saisir l’esprit de telle ou telle section. Avec le temps, des codes se sont établis, et lorsque je souhaite une couleur particulière, elle a son nom, et chacun sait ce qu’il a à faire !

 

 

En quoi le programme de votre premier cd est-il emblématique de votre approche musicale ? Quels sont vos projets artistiques pour le futur ?

Tout d’abord, je pense qu’il faut beaucoup d’humilité pour s’attaquer à un géant comme Charpentier surtout pour un premier disque. Par chance la musique de Charpentier se révèle elle-même d’une grande humilité et se laisse aisément modeler par les diverses conceptions qu’elle subit. Son langage en perpétuel renouvellement au travers de ce programme nous a offert la possibilité d’exploiter un certain nombre de couleurs, d’affects et de jeux d’intensité, peut-être pas “emblématiques”, mais je pense assez caractéristiques de la façon dont nous concevons cette musique. L’orgue tient également une place prépondérante dans ce programme, son rôle étant de permettre une respiration entre deux motets et de faire naturellement écho au texte. Le choix de l’instrument ne fut pas anodin non plus, il s’agit d’un orgue neuf (Dominique Thomas) de style franco-flamand du 17ème siècle, instrument pour lequel j’ai eu un coup de foudre extraordinaire et dont l’idée de contemporanéité d’une esthétique ancienne correspondait profondément à notre approche musicale.
Pour l’avenir, nous avons de très nombreux projets, dont certains étendront quelque peu notre effectif habituel ; notamment un disque de grands motets de Lalande qui s’échafaude, ainsi que quelques projets de scène lyrique mais je n’en dirai pas plus !

 

 

Quels sont les défis d’un programme comme celui du 9 juillet ; en particulier l’exercice de la mobilité et du plein air peuvent-ils être pénalisant ou à l’inverse stimulants pour les interprètes ?

Se produire dans un tel lieu est évidemment extrêmement stimulant pour nous tous, et d’autant plus un privilège que le Petit Trianon ne fait pas du tout partie des lieux habituels de concerts au Château. L’un des plus grands défis de cette soirée, sera le combat contre la météo ; Il n’est évidemment pas envisageable qu’une goutte de pluie vienne se poser sur un violon historique ! L’autre défi du plein-air, concerne la gestion de l’acoustique. Pour le premier concert dans la cour d’honneur, nous jouerons tout à fait sur le perron et bénéficierons du mur de la façade ainsi que des pavés de la cour pour canaliser le son de l’orchestre. La petite formation qui chantera sous le temple de l’Amour sera, elle, aidée par la coupole de l’édifice.
L’autre gageure pour les musiciens consistera à donner plusieurs fois de suite le même concert, afin que tout le public (qui sera réparti en plusieurs groupes) puisse profiter de chaque prestation. Sur l’ensemble de la soirée, c’est donc 27 concerts qui seront programmés, et tout cela quasiment à la minute près !

 

 

Propos recueillis en juin 2016

 

 

 

LIRE notre présentation du concert de l’ensemble Marguerite Louise à Versailles, Petit Triano, le 9 juillet 2016, soirée exceptionnelle à partir de 19h30

 

 

L'Ensemble Marguerite Louise à Versailles