lundi 28 septembre 2026

CRITIQUE, opéra. VERSAILLES, Opéra Royal, le 11 octobre 2025. ROSSINI : Cendrillon (en VF). G. Arquez, P. Kabongo, J. G. Saint-Martin, A. Baldo… Cécile Roussat et Julien Lubek / Gaëtan Jarry

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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C’est avec une originale version – en Français ! – de Cendrillon de Gioacchino Rossini que l’Opéra Royal de Versailles commence sa saison lyrique, dans une mise en scène confiée au duo de metteurs en scène Cécile Roussat et Julien Lubek – qui est tout simplement le moteur de cette féerie. Transposant l’œuvre dans l’univers de la commedia dell’arte, ils ont créé un spectacle baroque, burlesque et d’une inventivité visuelle constante. 

 

La scène, montée sur une tournette, devient une véritable boîte à musique dont les décors défilent avec une fluidité de rêve. Cet ingénieux dispositif nous fait passer sans effort du logis délabré de Don Magnifico au palais du Prince, servant à merveille le thème des métamorphoses et des masques. L’esthétique est assumée jusqu’au grotesque, avec des maquillages stylisés, des costumes excentriques et une gestuelle très précise, presque chorégraphiée, qui lie le chant à l’action. C’est drôle, vif et jamais gratuit. Cinq danseurs-acrobates, disciples de Fabio (Alidoro dans la version originale), envahissent l’espace pour assurer les transitions. Leur enchaînement de pyramides humaines, de pirouettes et de saltos ajoute une dimension circassienne et poétique qui comble l’absence de féerie traditionnelle . On voit même un combat burlesque entre un cygne et un renard pendant un sextuor ! 

Quant à l’équipe de chanteurs-acteurs réunie par Laurent Brunner, elle est tout simplement phénoménale, alliant une maîtrise vocale impeccable à un jeu scénique irrésistible, à commencer par le rôle-titre. La superbe mezzo-soprano Gaëlle Arquez incarne une Angelina au timbre chaud et velouté, ourlé de scintillements dans le vibrato. Son agilité vocale force l’admiration, et si sa bonté naturelle est touchante, c’est dans le Rondo final qu’elle déploie toute la maîtrise de son phrasé, couronnant le spectacle avec une grâce souveraine. Face à elle, Patrick Kabongo – en Prince Don Rodolphe – rayonne avec une voix claire, lumineuse et à la projection ample. Ses aigus sont solidement ancrés et ses vocalises fusent avec une aisance déconcertante  Son jeu est un subtil mélange de charme, de drôlerie et de noblesse, formant avec son valet un duo qui déclenche des rires francs dans la salle. Autre triomphateur de la soirée, le baryton Jean-Gabriel Saint-Martin dans le rôle de Perruchini, le valet du Prince (équivalent de Dandini), se montre irrésistible. Il s’empare de la scène avec un culot maîtrisé, exploitant toutes les possibilités burlesques de son personnage. Sa voix de baryton, colorée et précise, fait des vocalises les plus exigeantes un véritable feu d’artifice, galvanisant le public.

La jeune basse Française Alexandre Baldo campe Fabio,  l’homme de l’ombre, bienveillant, véritable metteur en scène du subterfuge. Avec son chapeau haut-de-forme fumant qui évoque un Chapelier fou, il observe et orchestre l’intrigue, parfois même depuis le public. Sa voix de baryton-basse dégage une autorité tranquille et son legato est d’une grande élégance. Il faut aussi saluer le duo comique et parfaitement huilé formé par Gwendoline Blondeel (Éléonore) et Éléonore Pancrazi (Isabelle), ainsi qu’Alexandre Adra en Don Magnifico cruel et fantasque .

Gaétan Jarry, à la tête de l’Orchestre de l’Opéra Royal de Versailles, livre une lecture nerveuse, subtile et pétillante de la partition de Gioacchino Rossini. Dès les premières mesures de l’ouverture, il impose des contrastes dynamiques marqués et une rythmique précise, soulignant avec malice les traits d’humour de la partition. L’orchestre, tout feu tout flammes, mérite tous les éloges : cordes lumineuses, vents d’une grande qualité et particulièrement les solos de flûte, hautbois et clarinette, si exposés chez Rossini, sont impeccables. Et cerise sur le gâteau, Gaétan Jarry a lui-même traduit et arrangé les récitatifs, qu’il accompagne au pianoforte avec une verve communicative, insufflant encore plus de vie à l’action.

Le public, conquis, a applaudi à tout rompre sur le tempo effréné du finale, et les saluts, agrémentés de confettis lancés par le chef, étaient à l’image du spectacle : une fête pure et simple !

 

 

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CRITIQUE, opéra. VERSAILLES, Opéra Royal, le 11 octobre 2025. ROSSINI : Cendrillon (en VF). G. Arquez, P. Kabongo, J. G. Saint-Martin, A. Baldo… Cécile Roussat et Julien Lubek / Gaëtan Jarry. Crédit photographique © Baptiste Lacaze

 

 

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