Aussi rythmée et scéniquement millimétrée que la meilleure comédie musicale, – mais sans les paroles ; aussi onirique qu’un opéra… voire fantastique même, grâce à la création du ballet des hommes-cygnes pour le tableau célébrissime du lac sous la lune, la chorégraphie de Mathew Bourne éblouit continûment du début à la fin. Plus de 30 ans après sa création, le spectacle n’a rien perdu de son aura magnétique…
La trame est déjà vue : un Prince mal aimé (impeccable Stephen Murray), se fatigue d’une vie artificielle, entre représentation et posture factice. Solitaire, incompris, et de plus en plus décalé, il ne tarde pas à sombrer dans une vie parallèle, évasion fantasmatique dont la vision comble un manque affectif criant ; aux scènes de parade officielle (non sans humour) succèdent les épisodes de pure fantaisie poétique : ceux où paraissent le monde des cygnes-hommes : idée géniale d’une justesse manifeste.
Swan Lake de Sir Matthew Bourne
Chorégraphie époustouflante,
poétique, cinématographique…
un spectacle légendaire à La Seine Musicale

30 ans après sa création qui fut un choc, la chorégraphie s’invite à la Seine Musicale jusqu’au 26 octobre, pour des représentations incontournables. Cité même dans le dernier plan du film événement « Billy Elliot », le ballet de Bourne en marquant les esprits par sa justesse et sa profondeur mi tragique-mi onirique, est devenu un spectacle légendaire qu’il faut absolument aller voir. D’autant que la production 2025 à Boulogne-Billancourt, réunit la nouvelle génération des meilleurs danseurs en majorité britanniques. Contrairement à ce qui est souvent écrit, la compagnie qui se produit sur la scène n’est pas uniquement masculine : les premières scènes (à la cour britannique), mais aussi le bal ensuite, expose aussi la danse expressive de danseuses à fort tempérament : la lolita délurée qui s’invite partout (hilarante Bryony Wood); la dame hongroise dominatrice de la scène du bal (Molly Shaw-Downie)… sans omettre la Reine elle-même, d’une indifférence inflexible au mal-être du Prince.

Les amateurs d’élégance et de danse athlétique seront comblés dans un festival de numéros époustouflants. Scènes collectives, pas de deux, de trois, de quatre ; duos sensuels et d’un érotisme assumé (dans la 2è partie : l’étranger et la dame hongroise…) ; pantomimes dont une citation parodique d’un ballet classique (le bucheron et le papillon, dans la première partie)…

Au coeur du spectacle, l’admirable acte « blanc », celui des hommes-cygnes, ample vision du Prince esseulé et dépressif. Le tableau est à l’image du show global, poétique et fantastique où l’imagination du Prince et sa fantasmagorie uniquement virile, trouvent une résonance évidente avec la vie intime (et elle aussi tragique) de Tchaikovsky… dont l’homosexualité à son époque, honteuse et mal considérée, fut une source de souffrance continue.
Ces créatures masculines inventées par Sir Matthew Bourne produisent par leur nombre, dans le tableau collectif (une vingtaine de danseurs synchronisés sur le plateau), une vision à la fois monstrueuse, surnaturelle et d’une force sensuelle évidente, avec une très fine analyse des postures propres aux volatiles majestueux ; le port de tête, les mouvements des bras, des jambes, la nervosité souple des silhouettes fascinent indiscutablement et composent deux tableaux collectifs saisissants : quand le Prince danse avec les cygnes, puis quand dans sa chambre où il vit reclus, reparaît le corps de ballet masculin à son complet, là encore, à la fois inquiétant et envoûtant. D’une intensité onirique, obsédante, éperdue qui s’avère fatale.
Ce monde irréel et fantasmatique est idéalement restitué, autant par le dispositif visuel de la mise en scène et ses décors, que la ténue superlative des danseurs, d’une tonicité habitée, aux profils de légende. Jusqu’à leur souffle et chuintement, conférant au groupe inclassable, une présence magnétique, animale, impressionnante.

Saluons le talent de Jackson Fisch qui incarne à la fois le cygne blanc et l’Etranger, fusion en un seul personnage du cygne blanc et du cygne noir du ballet romantique originel ; le danseur maître de chaque geste, sait caractériser chacune des deux figures : cygne majestueux et animal ; séducteur brutal voire sadique dans les tableaux du bal en 2ème partie. La performance du soliste est à couper le souffle, passant de l’un à l’autre figure, tout en fluidité et naturel. Dans les deux incarnations, s’affirme une même attraction féline, une aimantation qui capte et dévore littéralement le cœur du Prince.
Contrepoints astucieux au jaillissement du rêve et des visions fabuleuses, s’imposent aussi les scènes du ballet classique parodié, de la boîte de nuit style cabaret, … séquences satiriques et souvent humoristiques qui se jouent de détails savoureux, de scènes décalées, d’équilibres sur le fil… et toujours d’une finesse toute british : la Reine qui recrute ses boys parmi sa garde rapprochée, la lolita délurée qui s’affiche sans classe au bras du prince et dans la proximité des souverains, … jusqu’au corgi sur roulettes tiré par sa laisse.
Ce mélange des genres, très habilement assemblé produit une tension continue, captivante qui assure au ballet, son rythme voire son allure musclée, féline qui file jusqu’à la fin. Le Lac des cygnes de Bourne créé en 1995 n’a rien perdu de son mordant ni de sa féerie. Le chorégraphe semble avoir compris comme peu la puissance de la musique composée par Tchaikovsky, sa noirceur tragique surtout. Mais avec une tendresse et un esthétisme qui forcent l’admiration. Production incontournable.
Photos © Johan Persson
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Matthew BOURNE : « Swann Lake », à La Seine musicale, à Boulogne (92), du 9 au 26 octobre 2025 – PLUS D’INFOS, BILLETTERIE directement sur le site de La Seine Musicale : https://www.laseinemusicale.com/spectacles-concerts/swan-lake-matthew-bourne/
Distribution du 10 octobre 2025 :
The Swan / The Stranger – Jackson Fisch
The Prince – Stephen Murray
The Queen – Katrina Lyndon
The Girlfriend – Bryony Wood
The Private Secretary – James Lovell…
Durée du concert : 2h30 (avec entracte)

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LIRE aussi notre présentation du ballet événement à La Seine Musicale : https://www.classiquenews.com/la-seine-musicale-tchaikovsky-le-lac-des-cygnes-9-26-oct-2025-matthew-bourne-swan-lake-the-next-generation/
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