mercredi 19 juin 2024

CRITIQUE, opéra. TOULON, le 28 déc. 2022. OFFENBACH : La Périchole. Laurent Campellone / Laurent Pelly.

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.

En coproduction avec rien moins que 4 autres maisons – le Théâtre des Champs-Elysées, l’Opéra Royal de Wallonie, l’Opéra de Dijon et le Palazzetto Bru Zane, – c’est à l’Opéra de Toulon que cette nouvelle production de La Périchole de Jacques Offenbach, mise en scène par Laurent Pelly, faisait escale pour les Fêtes de fin d’année.

 

Avec l’aide de sa fidèle scénographe Chantal Thomas, il transpose l’action de nos jours, les Trois Cousines gérant un food-truck, au milieu d’une jeunesse de Lima vêtue en jeans-baskets et chemises fluos ; en bas d’HLM menaçant ruines et toutes taguées. Changement radical de décor au deuxième acte, car après les quartiers populaires, place aux salons cossus du Palais du vice-roi, essentiellement meublée d’immenses miroirs aux cadres en bois doré. Les costumes, signés par Pelly lui-même, font très « haute couture », mais avec une certaine extravagance aux limites du ridicule, portés par des courtisanes alla Nabila, c’est-à-dire écervelées et futiles. De leurs côtés, Don Andrès porte une barbe façon Zorglub ; la Périchole est tatouée et porte des bas-résille qui affolent le dictateur, tandis que Piquillo campe un joli cœur, en rangers et marcel. Il aurait peut-être pu nous épargner, mais c’est là le fait de la non moins incontournable Agathe Mélinand (à qui l’on doit l’adaptation des dialogues), les jurons innombrables (« putain », « saloperie », « à la con ») qui émaillent les propos des protagonistes ; ce qui ne rend pas forcément justice au langage suffisamment imagé de Meilhac et Halévy. Ce bémol posé, le travail de Pelly fait preuve ici de son coutumier sens du rythme et d’une direction d’acteurs toujours aussi efficace. Surtout, elle tient une balance parfaite entre satire grinçante, franche rigolade, et émotion.

 

 

La Périchole de Pelly à Toulon
satire grinçante, franche rigolade et émotion

 

 

 

 

 

Dans le rôle-titre, qu’elle a déjà tenu au TCE le mois dernier, la mezzo alsacienne Antoinette Dennefeld prête à la Périchole son timbre de velours, jouant autant de sensibilité que de verve. Familier de son rôle également, le ténor nantais Philippe Talbot campe un attachant Piquillo, avec une voix facile et bien projetée, bien que limitée dans les ensembles, doublée d’une diction impeccable et d’un style châtié. Avec un abattage irrésistible, Alexandre Duhamel incarne à nouveau Don Andrès, dont il ne fait qu’une bouchée tant scéniquement que vocalement : il anime avec autorité le trio du « joli geôlier ». Chloé Briot, Valentine Lemercier et Alix Le Saux campent un impayable trio de Cousines, aux perruques hirsutes, à la gouaille savoureuse, toute en insolence et désinvolture. De leur côté, le duo Don Miguel / Don Pedro campé par Rodolphe Briand et Lionel Lhote fonctionne également, et ne sont pas en reste pour actionner les zygomatiques des spectateurs. Enfin, le rôle parlé du vieux prisonnier trouve en Eddy Letexier un interprète haut en couleurs.

En fosse, le talentueux chef varois Laurent Campellone reprend la baguette des mains de Marc Minkowski (à Paris), et sous sa direction avisée, l’Orchestre de l’Opéra de Toulon passe avec dextérité des airs sentimentaux aux passages comiques. Au final, le public ravi scande et accompagne le chœur maison (très bien préparé par Christophe Bernollin), laissant espérer que cette production en tous points réussie fera l’objet d’une captation vidéo.

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. TOULON, opéra, le 28 décembre 2022. Jacques Offenbach : La Périchole. Laurent Pelly /Laurent Campellone. Photos (c) Kevin Bouffard

 

 

 

TEASER VIDEO : « La Périchole » selon Laurent Pelly

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