jeudi 15 octobre 2026

CRITIQUE, concert. MONTPELLIER, Opéra Berlioz, le 14 novembre 2025. « Entre ciel et mer ». DEBUSSY / PROKOFIEV / ADES. Orchestre national de Montpellier Occitanie, Sergey Belyavsky (piano), Roderick Cox (direction)

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Ce 14 novembre, à l’Opéra Berlioz de Montpellier, il était « grand temps de rallumer les étoiles » (Apollinaire). Après la commémoration des « 10 ans des attentats du 13 novembre », le concert symphonique de l’Orchestre national de Montpellier Occitanie (ONMO) y a largement pourvu sous la direction de Roderick Cox – et le jeu enflammé du pianiste russe Sergey Belyavsky. 

 

En préambule, la remise de la médaille de citoyenne d’honneur de Montpellier à la violoniste super soliste de l’OONM, Dorota Anderszewska (20 ans à ce poste), par le maire de Montpellier (Michaël Delafosse) est l’occasion de souligner le puissant lien social qu’est la culture selon les propos de Valérie Chevalier (directrice de l’OONM). Au vu du crépitement d’applaudissements dans le vaisseau rempli de l’Opéra Berlioz, les étoiles de la musique ne sont pas près de pâlir !

Enfourchant la partition virtuose du 3ème Concerto pour piano op. 26 de Sergueï Prokofiev, le pianiste Sergey Belyavsky déploie une virtuosité ébouriffante. Cette œuvre protéiforme incarne le génie du compositeur russe durant sa période néoclassique (1921). Si la mélancolique clarinette solo l’introduit, la puissance motorique du premier Allegro s’imprime aussitôt, et ce sans sécheresse, au clavier comme chez les percussions et bois dansants. Au fil des visages variés du Tema con variazioni, les pupitres dialoguent en complicité, à l’instar de l’orchestration de Pulcinella de Stravinski. Dans le final quasi chorégraphique, le soliste et le chef Roderick Cox deviennent de fins rythmiciens au service d’une course endiablée de purs-sangs. L’incandescente coda développe un accelerando vertigineux qui déclenche l’ovation chaleureuse du public. En bis, la finesse de la Campanella de Paganini / Liszt éblouit en dépassant l’exercice acrobatique (réel) par la mise en résonance qu’imprime Belyavsky, Lauréat du Concours Liszt de Budapest.

En seconde partie, l’Exterminating Angel Symphony de Thomas Adès transporte l’auditoire dans l’univers onirique et inquiétant de son propre opéra éponyme (2016). Un opéra adapté de l’œuvre cinématographique du surréaliste L. Buñuel (El ángel exterminador, 1962). L’œuvre symphonique s’émancipe de la narration lyrique en fuyant le principe ancien de la suite d’après… Carmen, Peer Gynt, etc. En revanche, l’unité thématique de chaque mouvement donne lieu à une structure hyper construite et une alchimie sonore à chaque fois singulière. Leur point commun est d’utiliser des motifs obsessionnels en boucle traduisant le malaise puis les rituels aliénants des invités lors d’une soirée mondaine. Précise et expressive, la direction de Cox guide la dilatation / rétractation des familles d’instruments (Entrées), scande l’ostinato percussif jusqu’à saturation de la marche Mars avant de chahuter/diffracter les envoûtantes Valses décadentes (4ème mvt). Soulignons la performance des percussionnistes et des trombones de la formation montpelliéraine.

Si les Trois esquisses symphoniques de La Mer de Claude Debussy ne furent pas l’apothéose de ce concert, le rendu en fut néanmoins correct. Cependant, la transparence des timbres requise dans « De l’aube à midi sur la mer » et les nuances subtiles roulant sur les « Jeux de vagues » ne furent pas au rendez-vous. Trop tôt lancé, le crescendo de la dernière esquisse ne put scintiller longtemps malgré l’excellence des pupitres de l’OONM. En sortant du Corum de Montpellier, la fête nocturne des lumières sur l’Esplanade prolongeait néanmoins le sillage de la comète Prokofiev / Adès / Debussy !

 

 

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CRITIQUE, concert. MONTPELLIER, Opéra Berlioz, le 14 novembre 2025. « Entre ciel et mer ». DEBUSSY / PROKOFIEV / ADES. Orchestre national de Montpellier Occitanie, Sergey Belyavsky (piano), Roderick Cox (direction). Crédit photo (c) Droits réservés

 

 

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