CD événement, opéra. VIVALDI : Il Giustino, 1724. Dantone (3 cd Naïve, 2018)

giustino vivaldi opera dantone opera galou vivaldi opera critique classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, opĂ©ra. VIVALDI : Il Giustino, 1724. Dantone (3 cd NaĂŻve, 2018) – Voici le 20Ăš opĂ©ra du VĂ©nitien le plus fougueux et impĂ©tueux que le scĂšne lyrique ait comptĂ© : Giustino crĂ©Ă© que par des hommes / castrats Ă  Rome en 1724, emporte l’auditeur par son rythme dramatique, sa coupe rythmique Ă©perdue, une succession ininterrompue de sĂ©quences hautement dramatique qui en fait aussi par le nombre de protagonistes et la variĂ©tĂ© des airs dĂ©fendus par chacun, l’un des ouvrages vivaldiens les plus riches : plus de 21 arias sont des emprunts Ă  des opĂ©ras antĂ©rieurs (dont surtout Tieteberga de 1717)
 le livret « picaresque » de Niccolo Beregan rĂ©invente entre rĂ©bellion, trahison, jalousie
, un Ă©chiquier amoureux et guerrier oĂč le laboureur, Ă©pris de gloire militaire, Giustino, par sa valeur et son courage combatif, rejoint la cour impĂ©riale (parce qu’il a sauvĂ© des griffes d’un ours affreux, la belle Leocasta) ; sauve l’impĂ©ratrice Arianna (d’un autre monstre encore plus terrifiant)
 devient coempereur de Byzance. N’est-il pas pressenti Ă  un destin royal, lui qui sans le savoir Ă©tait prince autant que les grands qu’il sert ? Ici la force morale et l’audace martiale sont rĂ©compensĂ©es par leur constance. Vivaldi approfondit le profil psychologique de ses hĂ©ros tout en mĂ©nageant de somptueux tableaux naturels, d’une grande poĂ©sie orchestrale.‹ Le pari d’Ottavio Dantone est de rappeler la sensibilitĂ© orchestrale (et instrumentale de fait) d’un Vivaldi soucieux d’arriĂšres plans sonores (air final du II de Giustino avec psaltĂ©rion, coloration grecque populaire trĂšs pertinente au regard de la situation et du contexte historique). Serviteur de l’édition critique de Reinhard Strohm, Dantone Ă©claire la variĂ©tĂ© des Ă©pisodes, caractĂ©risant avec fougue et nervositĂ© un continuo constamment agile et souple. Dans ce cas, le psaltĂ©rion a cette douceur suave qui contraste avec le texte dans lequel Giustino exprime son goĂ»t de l’action hĂ©roĂŻque, sa volontĂ© guerriĂšre, son obstination martiale. Le chef exploite cet Ă©cart poĂ©tique entre instruments et texte.
CLIC_macaron_2014La distribution est cohĂ©rente elle aussi mais dommage que dans le rĂŽle-titre la française Delphine Galou, certes impliquĂ©e, ne restitue pas au caractĂšre du jardinier devenu empereur, toutes les nuances Ă©motionnelles du personnage : son italien reste trop lisse, le medium Ă©troit, les couleurs systĂ©matiques, et la plasticitĂ© des recitatifs en souffre beaucoup. A contrario, naturel prĂ©servĂ© et relief accentuĂ© avec vivacitĂ©, les italiennes rayonnent chacune dans leurs rĂŽles dont elle font un festival de vivacitĂ© humaine, de sculpture vivante du texte : excellentes VerĂłnica Cangemi (Leocasta) et surtout Arianna Vendittelli (Amazio). Leur donnent la rĂ©plique tout autant engagĂ©e, palpitante et expressive, Emöke BarĂĄth, Arianna passionnĂ©e et entiĂšre ; Emiliano Gonzalez Toro, Vitaliano, fourbe et direct dont les airs repris dans Farnace forment une collection passionnante d’implication audacieuse. D’un fini juste et pertinent, dans sa conception dramatique de premier ordre, par son interprĂ©tation imaginative et volontaire, voici une version de rĂ©fĂ©rence du Giustino vivaldien, fleuron dĂ©sormais reconnu de l’intĂ©grale des opĂ©ras Ă©ditĂ©e par NaĂŻve.
 

 

 

____________________

giustino vivaldi opera dantone opera galou vivaldi opera critique classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, opĂ©ra. VIVALDI : Il Giustino, 1724. Dantone (3 cd NaĂŻve, 2018) – Delphine Galou (Giustino), Emöke BarĂĄth (Arianna), Silke GĂ€ng (Anastasio), VerĂłnica Cangemi (Leocasta), Arianna Vendittelli (Amanzio), Emiliano Gonzalez Toro (Vitaliano), Alessandro Giangrande (Andronico, Polidarte), Rahel Maas (Fortuna), Accademia bizantina, dir. Ottavio Dantone.‹EnregistrĂ© Ă  Ravenne, Italie, avril 2018. Notice et livret en français..
 

 

 

____________________

PrĂ©cĂ©dents coffrets opĂ©ras de l’intĂ©grale VIVALDI Ă©ditĂ©e par NaĂŻve,
critiqués sur CLASSIQUENEWS :

 

 

 

Argippo Vivaldi opĂ©ra critique cd opĂ©ra classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. VIVALDI : Argippo (Biondi, 2 cd NaĂŻve). Les plus rĂ©tifs souligneront combien la rĂ©alisation dont il est question ici, est un patchwork qui Ă©miette sa valeur par son Ă©clectisme puisqu’il s’agit en rĂ©alitĂ© d’une combinaison d’airs certes de Vivaldi mais aussi de ses contemporains : Pescetti, Galeazzi (qui Ă©crit le grand air d’Argippo Ă  la fin du II : « Da piĂč venti combattuta »), et mĂȘme les plus connus Hasse et Porpora. Ce Ă  quoi nous rĂ©torquerons qu’a contrario d’ĂȘtre « lĂ©ger » ou fragile, le document, ainsi intĂ©grĂ© dans l’intĂ©grale des opĂ©ras vivaldiens, permet de rĂ©tablir l’ écriture du VĂ©nitien dans le contexte artistique de son Ă©poque, confrontĂ©e Ă  ses rivaux dont surtout les napolitains ; car Vivaldi incarne la fureur vĂ©nitienne ; une palpitation vibratile et rythmique qui lui est propre et qui s’impose irrĂ©sistiblement i

 

 

 

 

 

 

Compte-rendu, opĂ©ra en concert. Toulouse, le 8 fĂ©vrier 2016. Haendel : Alcina. Inga Kalna, Emöke Barath… Ottavio Dantone.

Haendel, handel MessiePeut-ĂȘtre que la raison du succĂšs est plus simple qu’il n’y paraĂźt. MĂȘme si les affiches mettaient en avant les deux principaux chanteurs davantage que l’ouvrage, force est de constater que le succĂšs rencontrĂ© par ce concert avec une Halle-aux-Grains pleine Ă  craquer est plein d’enseignements. Non, le public n’a pas besoin d’ĂȘtre distrait par une mise en scĂšne pour Ă©couter trois heures et demi de musique. Quand on sait la laideur ou la bĂȘtise de certaines mises en scĂšne, il convient de dire combien cette Alcina en version de concert a Ă©tĂ© thĂ©Ăątrale. Une Ă©quipe de chanteurs cooptĂ©s et au service d’une des plus belles partitions d’un gĂ©nie baroque arrive avec des regards, des dĂ©placements sobres, des gestes esquissĂ©s Ă  faire comprendre des sentiments ou des situations complexes. Les laisser s‘exprimer est bien prĂ©fĂ©rable Ă  certaines directions d’acteurs alambiquĂ©es. Nous tenons peut-ĂȘtre lĂ , la recette de l’émotion lyrique du moins tant que le rĂŽle des metteurs en scĂšnes sera si disproportionnĂ©.

 

 

 

Immense Alcina, de passion et d’Ă©motions….

 

 

Parfaitement Ă  l’aise sur scĂšne chaque chanteur a su insuffler tant dans les rĂ©citatifs que dans les airs toute la force des personnages, s’appuyant souvent par un regard vers les instrumentistes les accompagnant. L’orchestre plutĂŽt chambriste a fait preuve d’une virtuositĂ© parfaite et d’un engagement rĂ©confortant. La direction d’Ottavio Dantone est prĂ©cise et souple, laissant une large part aux respirations si essentielles et mĂȘme au silence. Le dosage entre orchestre complet, quatuor Ă  cordes, ou basse continue durant les airs da capo a permis une belle aĂ©ration pleine de vie. Proche des musiciens comme des chanteurs, Ottavio Dantone passe de la direction au clavecin avec une aisance confondante et une naturel total. Il obtient de son orchestre de belles nuances, des couleurs variĂ©es permettant au chant de se dĂ©velopper dans un Ă©crin magnifique.

Nous parlerons du chant tant cette Ă©quipe est soudĂ©e dans un art du bel canto au sommet. Chacun,  et mĂȘme dans les plus petits rĂŽles, a Ă©tĂ© magistral. Ainsi la voix ronde et homogĂšne de Hasnaa Bennani a donnĂ© au jeune Roberto toute la flamme de sa fraĂźche jeunesse, puis aborde un «  Barbara » Ă  l’acte 3 plein d’énergie. Christian Senn en Melisso a su camper avec vitalitĂ© le mentor qui cherche a remettre chacun Ă  sa place. La beautĂ© du timbre, la conviction de l’expression sont celles qui conviennent Ă  ce personnage positif. Le tĂ©nor Anicio Zorza Giustiniani arrive dans un rĂŽle un peu ingrat, Ă  en dessiner plusieurs facettes. Le timbre est dĂ©licieusement chaud et sa capacitĂ© Ă  vocaliser Ă  pleine voix, avec des fioritures incroyables dans les reprises, est du grand art. Les longues phrases, les lignes parfaitement galbĂ©es forment un art du chant assez inhabituel pour un tĂ©nor. La prĂ©cision des rĂ©citatifs donne de la force au personnage habituellement moins prĂ©sent. Sa coquette amoureuse est incarnĂ©e par la pulpeuse Emöke Barath qui allie des qualitĂ©s vocales rares en terme de beautĂ© et chaleur du timbre de soprano aigu et des capacitĂ©s d’alanguissement de haute sĂ©duction. La finesse du jeux, le charme des regards,  associĂ©s a une grande musicalitĂ© , tout permet de prĂ©dire Ă  cette jeune chanteuse une trĂšs belle carriĂšre.

Le rĂŽle de Bradamante mĂȘme au thĂ©Ăątre est souvent sacrifiĂ© en raison de son ton moralisateur. Ce soir la belle mezzo soprano Delphine Gailloux avec des geste Ă©lĂ©gants et fluides, mais surtout l’humour qu’elle sait y mettre, prend une dimension bien plus sympathique qu’au thĂ©Ăątre. Quel timbre de bronze, quelle ligne de chant ; quelle assurance dans les vocalises de colĂšres comme de passion !

Pour finir, nous devons  mettre en vedette deux chanteurs d‘exception. Philippe Jaroussky est le chouchou de toute une partie du public. Il est un musicien hors pairs qui a un chic dans ce qu’il fait tout Ă  fait inimitable. Vocalement nous n’avons pas toujours Ă©tĂ© adepte d’un son trop systĂ©matiquement angĂ©lique. Le travail sur l’incarnation de la voix est trĂšs intĂ©ressant et donne aujourd’hui au personnage de Ruggierro la dimension charnelle qui lui revient. Le timbre est plus chaud et plus prenant mais la voix reste aĂ©rienne. La ligne de chant est prodigieuse d’apesanteur. Les longues notes tenues en voix filĂ©e et  prolongĂ©e par une reprise sans respiration sont un prodige vocal rare et d’une belle puissance expressive. Une telle longueur de souffle est prodigieuse. L’air « Verdi prati » est un moment de pur dĂ©lice. Mais c’est peut ĂȘtre l’air « Sta nell’Ircana » avec les deux cors qui montre le mieux l’extraordinaire musicalitĂ© du contre tĂ©nor. Sans avoir la vaillance requise, il arrive avec une dose d’humour Ă  faire de cette aventure de couleurs, car les cors font ici leur unique apparition, un moment intense.

Mais Alcina ne serait pas un moment magique sans une grande Alcina. Si Inga Kalyna sauve cette production (Sonya Yoncheva Ă©tait originellement attendue) nous ne pouvions rĂȘver Alcina plus convaincante abolissant par la perfection de sont art, la temporalitĂ© et la notion de beautĂ© par une sĂ©duction du chant irrĂ©sistible. La voix est riche, pleines d’ harmoniques sombres mais dans une lumiĂšre de timbre irradiante. Les phrasĂ©s sont admirables d’élĂ©gance et de subtilitĂ©. Les moments d â€˜Ă©motions sont musicalement accomplis ; tant de colĂšre, de douleur avec cette maĂźtrise vocale sur toute la tessiture est rare. La souffrance de la sorciĂšre amoureuse est un moment absolument fascinant. Le grand air « Ah mio cor » est chantĂ© avec toute son Ăąme. Sons filĂ©s, nuances creusĂ©es entre pianissimi blafards et forte flamboyants prouvent une maĂźtrise vocale absolue. La magie de son art du chant personnifie le rĂŽle. Du point de vue technique, cette maestriĂ  vocale lui permet outre une parfaite maitrise du vibrato, un usage des sons filĂ©s : piano, forte, piano et Ă  nouveau forte que je n’avais jamais entendue avec cette puissance vocale. Et il est peu de dire qu’aucune vocalise ne semble n’ĂȘtre autre chose qu’une Ă©vidence pour cette voix Ă  l’agilitĂ© diabolique.

Grande habituĂ©e du rĂŽle, elle le chante sans partition et le joue de tout son corps avec sobriĂ©tĂ©. Une soirĂ©e d’opĂ©ra exceptionnelle que nous devons aux Grands InterprĂštes. Merci Ă  ces artistes si soudĂ©s et si engagĂ©s Ă  rendre justice Ă  une superbe partition.

 

 

Compte-rendu, opĂ©ra en concert. Toulouse, le 8 fĂ©vrier 2016. Haendel : Alcina. Inga Kalna, Emöke Barath… Ottavio Dantone.