dimanche 3 mars 2024

CRITIQUE, opéra. PARIS, Grande Halle de la Villette (du 23 au 26 novembre 2024). GLASS : Einstein on the beach. Susanne Kennedy / André de Ridder.

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Victoria Okada
Victoria Okada
Musicologue de formation (Docteure à la Sorbonne), pianiste dans une vie antérieure, Victoria Okada collabore avec différents supports spécialisés dans la musique classique en France et au Japon, et notamment ClassiqueNews. Elle est également une traductrice recherchée (japonais-français / français-japonais) dans le secteur culturel, et en particulier dans les domaines de la musique classique et des beaux-arts.

La Grande Halle de la Villette et la Philharmonie de Paris présentaient, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, Einstein on the Beach, opéra de Philip Glass, créé à Avignon en 1976 – et devenu mythique dès sa création. Cette production du Theater Basel (Suisse) en collaboration avec le Berliner Festspiele (Berlin) et les Wiener Festwochen (Vienne) propose une lecture sous l’angle d’un rituel dans un temps apocalyptique.

Cette version, présentée à Bâle en juin 2022, a un fort impact visuel, en grande partie grâce au mapping de Rodrik Biersteker et de Markus Selg. Si bien, que sur le programme, les noms de la metteuse en scène Susanne Kennedy et du plasticien Markus Selg sont nettement mis en avant, alors que le titre de l’œuvre est mentionné en petites lettres, et les noms des deux créateurs écrits encore plus petits… Et quand on lit, dans un courriel préalablement envoyé, pour avertir les spectateurs de la disposition scénique : « Vous allez assister à Einstein on the Beach de Susanne Kennedy et Markus Selg […] », cela nous rend forcément dubitatifs…

Avant d’entrer dans la Grande Halle, des affiches rappellent les infos envoyées par mail : pendant le spectacle, le public peut se déplacer librement dans les gradins et peut entrer sur le plateau. Il peut également sortir et entrer dans la salle, et se restaurer au bar qui reste ouvert pendant toute la durée de la représentation (de plus de 3 heures 30 sans entracte). Et en entrant dans la salle, le visage éclairé par une petite lampe fixée sur un bandeau autour de la tête, des interprètes répètent des chiffres en se déplaçant à leur gré. Sur le plateau, un immense cercle est installé verticalement, entouré d’une sorte de monticule, d’une grotte, d’un espace carré ressemblant à un temple, avec des cariatides étranges. Des images numériques, de couleurs vives – pour ne pas dire psychédéliques -, sont projetées sur cet ensemble en mapping. Devant le plateau qui tourne lentement, une « fosse » d’orchestre dans laquelle quelques musiciens de l’Ensemble Phoenix Basel répètent des motifs.

Puis, l’opéra commence sans un véritable début, dans la continuité de la déambulation des « performeurs ». Dès lors, nous sommes entraînés dans une boucle permanente divisée en plusieurs « cellules » dont le motif se répète en se transformant subtilement. Des spectateurs commencent à entrer sur le plateau, d’abord timidement, puis en masse. Certains s’assoient au bord de la fosse, regardant les musiciens jouer et le chef donner des indications aux musiciens de l’Ensemble Phoenix. André de Ridder dirige avec une précision sidérante et avec un sang froid exemplaire. Au moment de ruptures nettes entre deux « cellules », son indication est édifiante, tout est sous son contrôle pour le changement d’atmosphère musicale. Les chanteurs de l’Ensemble Vocal Basler Madrigalisten constituent une entité comme un personnage, et les quatre solistes vocaux (Alfheiđur Erla Guđmundsdóttir et Emily Dilewski, sopranos, Sonja Koppelhuber et Nadia Catania, mezzo-sopranos) les rejoignent aux moments venus avec, elles aussi, une étonnante précision dans les invraisemblables intervalles. Et la violoniste Diamanda Dramm en solo au milieu des danseurs, ou sur le devant du plateau tournant, est absolument incroyable à la fois pour son jeu qui s’apparente à un travail d’orfèvre, et pour le charisme qui se dégage de son corps aussi petit que celui d’un enfant !

Sur le plateau, les danseurs-performeurs exécutent des danses rituelles lentes parfaitement synchronisées, promènent deux chevreaux (on se demande si ce n’étaient pas ceux qui mangeaient de l’herbe devant la Philharmonie…) pour symboliser le retour du temps primitif après l’apocalypse, et font des gestes mystiques pour communier avec l’invisible… Les changements de costumes, intégrés dans la scénographie, se font à vue, et chaque scène est ainsi conçue avec ingéniosité sans aucune rupture de ton sur le plan visuel. Le livret est modifié, « indépendamment des auteurs (Philip Glass et Robert Wilson) ». Et c’est là que notre réaction intriguée du début resurgit et que l’on se dit : il s’agit bien d’une nouvelle création de Susanne Kennedy et de Markus Selg… sur la base de l’œuvre de Philip Glass et de Robert Wilson !

 

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CRITIQUE, opéra. PARIS, Grande Halle de la Villette, le 26 novembre 2024. GLASS : Einstein on the beach. Susanne Kennedy / André de Ridder. Photos © Ingo Hoehn

 

VIDEO : Trailer d’Einstein on the beach de Philip Glass à la Grande Halle de la Villette (dans le cadre du Festival d’Automne 2023).

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