Confiez la scène à Stefano Poda, il vous la transforme en chef d’œuvre. Ce metteur en scène italien – aux cent grandes productions à travers le monde – est un maître en matière d’esthétisme. Peu importe l’ouvrage qu’il met en scène, il crée sa propre œuvre, vous fait naître un monde. Il triomphe actuellement dans Le Villi de Giacomo Puccini à l’Opéra Nice Côte d’azur. Sa modernité esthétique va à contre-courant des mises en scène woke, malsaines, dégradantes ou ridicules qui font tant de ravages, de nos jours, sur tant de scènes lyriques…
Le Villi, premier ouvrage de Puccini, est irrigué par cette sève capiteuse qui nourrira plus tard les Manon Lescaut ou Madame Butterfly. L’histoire est celle du ballet Giselle où l’on voit des fantômes de jeunes filles revenir sur terre pour se venger des amants qui les ont abandonnées. Ce spectacle a été coproduit par les Opéras de Toulon, Marseille et Avignon- où il sera représenté par la suite. Stefano Poda a dressé au fond de la scène une sorte de mur antique comportant des bas-reliefs de têtes d’hommes, de femmes, de guerriers et d’animaux. C’est une frontière entre les mondes des vivants et des morts. Au dessus apparaît un enchevêtrement d’éléments métalliques qui constituent à eux seuls une œuvre d’art. Au milieu se déploie un splendide tournoiement de danses et de costumes. On a l’impression d’assister à la célébration d’une grande cérémonie antique à laquelle participent les gestes, les costumes, les danses. Tout est réglé au cordeau – les déplacements, les attitudes -, et même les claquements de fouets des danseuses qui frappent le sol sur les temps forts de la musique.
Ce magnifique spectacle possède un autre point fort : la direction d’orchestre de Valerio Galli. Un maître puccinien dirige l’Orchestre Philharmonique de Nice. Il sculpte les élans, modèle les silences, fait surgir les éclats et les ombres. Trois très bons chanteurs se partagent la scène : la soprano Vanessa Goikoetxea, qui donne une intensité à son personnage, le ténor Thomas Bettinger qui a de l’abattage et des aigus sonores, le baryton Armando Noguera dont le chant est beau mais dont le timbre n’a pas la gravité du personnage qu’il incarne. Ajoutons à cela la performance de l’excellent chœur niçois, et la participation en tant que récitante de cette comédienne star en Italie qu’est Monica Guerritore.
Ce spectacle n’est que du bonheur : vivent Le Villi !
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CRITIQUE, opéra. NICE, Théâtre de l’Opéra, le 28 avril 2006. PUCCINI : Le Villi. A. Noguera, V. Goikoetxea, T. Bettinger… Stefano Poda / Valerio Galli. Crédit photographique (c) Julien Perrin





