Compte-rendu, opéra. LIEGE, Opéra, le 25 janv 2019. Gounod : Faust. Patrick Davin / Stefano Poda.

Compte-rendu, opĂ©ra. LiĂšge, OpĂ©ra, le 25 janvier 2019. Gounod : Faust. Patrick Davin / Stefano Poda. CrĂ©Ă©e en 2015 Ă  Turin, la production de Faust imaginĂ©e par Stefano Poda a dĂ©jĂ  fait halte Ă  Lausanne (2016) et Tel Aviv (2017), avant la reprise liĂ©geoise de ce dĂ©but d’annĂ©e. Un spectacle Ă©vĂ©nement Ă  ne pas manquer, tant l’imagination visuelle de Poda fait mouche Ă  chaque tableau au moyen d’un immense anneau pivotant sur lui-mĂȘme et revisitĂ© pendant tout le spectacle Ă  force d’Ă©clairages spectaculaires et variĂ©s. Ce symbole fort du pacte entre Faust et MĂ©phisto fascine tout du long, tout comme le mouvement lancinant du plateau tournant habilement utilisĂ©.

  

 

 

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On ne se lasse jamais en effet des tours de force visuels de Poda, virtuose de la forme, qui convoque habilement une pile dĂ©sordonnĂ©e de livres anciens pour figurer la vieillesse de Faust au dĂ©but ou un arbre dĂ©charnĂ© pour Ă©voquer la sĂ©cheresse de ses sentiments ensuite. TrĂšs sombre, le dĂ©cor minĂ©ral rappelle Ă  plusieurs reprises les scĂ©nographies des spectacles de Py, mĂȘme si Poda reste dans la stylisation chic sans chercher Ă  aller au-delĂ  du livret. Les enfers sont placĂ©s d’emblĂ©e au centre de l’action, Poda allant jusqu’Ă  sous-entendre que le choeur est dĂ©jĂ  sous la coupe de MĂ©phisto lors de la scĂšne de beuverie au I : tous de rouges vĂȘtus, les choristes se meuvent de façon saccadĂ©e, Ă  la maniĂšre de zombies, sous le regard hilare de MĂ©phisto. On gagne en concentration sur le drame Ă  venir ce que l’on perd en parenthĂšse lĂ©gĂšre et facĂ©tieuse.

Plus tard dans la soirĂ©e, Poda montrera le mĂȘme parti-pris frigide lors de l’intermĂšde comique avec Dame Marthe, trĂšs distanciĂ©, et ce contrairement Ă  ce qu’avait imaginĂ© Georges Lavaudant Ă  GenĂšve l’an passĂ© (voir notre compte-rendu : http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-geneve-opera-le-3-fevrier-2018-gounod-faust-osborn-faust-plasson-lavaudant/). Le ballet de la nuit de Walpurgis est certainement l’une des plus belles rĂ©ussites de la soirĂ©e, lorsque les danseurs, au corps presque entiĂšrement nu et peint en noir, interprĂštent une chorĂ©graphie sauvage et sensuelle, se mĂȘlant et se dĂ©mĂȘlant comme un seul homme. Les applaudissements nourris du public viennent logiquement rĂ©compenser un engagement sans faille et techniquement Ă  la hauteur. De quoi parachever la vision totale de Stefano Poda, auteur comme Ă  son habitude de tout le spectacle (mise en scĂšne, scĂ©nographie, costumes, lumiĂšres…), mĂȘme si l’on regrettera sa note d’intention reproduite dans le programme de la salle, inutilement prĂ©tentieuse et absconse.

 

faust gounod opera critique opera classiquenews musique classique actus infos opera festival concerts par classiquenews thumbnail_Ensemble--Opra-Royal-de-Wallonie-Lige-3-ConvertImageLe plateau vocal rĂ©uni est un autre motif de satisfaction, il est vrai dominĂ© par un interprĂšte de classe internationale en la personne d’Ildebrando d’Arcangelo, dĂ©jĂ  entendu ici en 2017 dans le mĂȘme rĂŽle de MĂ©phisto (celui de La Damnation de Faust de Berlioz). Emission puissante et prestance magnĂ©tique emportent l’adhĂ©sion tout du long, avec une prononciation française trĂšs correcte. Le reste de la distribution, presque entiĂšrement belge, permet de retrouver la dĂ©licieuse Marguerite d’Anne-Catherine Gillet, meilleure dans les airs que dans les rĂ©citatifs du fait d’une diction qui privilĂ©gie l’ornement au dĂ©triment du sens. Elle doit aussi gagner en crĂ©dibilitĂ© dramatique afin de bien saisir les diffĂ©rents Ă©tats d’Ăąme de cette hĂ©roĂŻne tragique, surtout dans la courte scĂšne de folie en fin d’ouvrage. Quoi qu’il en soit, elle relĂšve le dĂ©fi vocal avec aplomb, malgrĂ© ces rĂ©serves interprĂ©tatives. On pourra noter le mĂȘme dĂ©faut chez Marc Laho, trop monolithique, avec par ailleurs un timbre qui manque de chair. Il assure cependant l’essentiel avec constance, tandis que l’on se fĂ©licite des seconds rĂŽles parfaits, notamment le superlatif Wagner de Kamil Ben HsaĂŻn Lachiri.
Outre un chƓur local en grande forme, on mentionnera la trĂšs belle prestation de l’Orchestre royal de Wallonie, dirigĂ© par un Patrick Davin dĂ©chainĂ© dans les parties verticales, tout en montrant une belle subtilitĂ© dans les passages apaisĂ©s. Un spectacle vivement applaudi en fin de reprĂ©sentation par l’assistance venue en nombre, que l’on conseille Ă©galement chaleureusement.

  

 
 

 

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Compte-rendu, opĂ©ra. LiĂšge, OpĂ©ra de LiĂšge, le 25 janvier 2019. Gounod : Faust. Marc Laho (Faust), Anne-Catherine Gillet (Marguerite), Ildebrando d’Arcangelo (MĂ©phistophĂ©lĂšs), Na’ama Goldman (SiĂ©bel), Lionel Lhote (Valentin), AngĂ©lique Noldus (Marthe), Kamil Ben HsaĂŻn Lachiri (Wagner). Orchestre de l’OpĂ©ra royal de Wallonie, Patrick Davin, direction musicale / mise en scĂšne, Stefano Poda. A l’affiche de l’OpĂ©ra de LiĂšge jusqu’au 2 fĂ©vrier 2019, puis au Palais des Beaux-Arts de Charleroi le 8 fĂ©vrier 2019. Illustrations © OpĂ©ra royal de Wallonie 2019