samedi 15 juin 2024

CRITIQUE, opéra. NANTES, Théâtre Graslin, le 13 mai 2023. LANDOWSKI : La Vieille maison. T. Imart, P. Ermelier, D. Bawab, E. Vignau… E. Chevalier / R. Durupt.

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.

 

35 ans après sa création in loco au Théâtre Graslin de Nantes, La Vieille Maison de Marcel Landowski retrouve la salle bleue et or de la capitale des Pays de la Loire, juste après que cette nouvelle production (confiée à Eric Chevalier) ait eu la primeur au Grand-Théâtre d’Angers (le 6 mai).

Ouvrage (censé être) destiné au jeune public (venu en grand nombre dans la salle pour cette dernière représentation), « La Vieille maison » est un conte très moral (pour ne pas dire philosophique, le public adulte pouvant mieux en saisir la portée et les nombreux messages…), placé sous le signe d’une citation de Marie Noël, la fable, dont le texte est toujours perceptible, passe cependant la première. L’auteur des plus connus « Montségur » et « Le Fou » n’a pas cherché ici à renouveler la formule de l’opéra, réduite à un accompagnement discret, la musique venant d’abord illustrer ou souligner les intentions expressives du livret.
Mais commençons peut-être par en narrer l’histoire… Apitoyé par Chantelaine, le voleur qui est entré dans sa chambre, le jeune Marc devient son complice et avec lui la victime d’un faux ami (Le Chapeau/Diable) dont une bonne fée (Mélusine), finalement assassinée par Chantelaine, ne parvient pas à prévenir les méfaits. Mais au dernier moment, avant l’ultime cambriolage, les yeux de Marc s’ouvrent, son voleur est rédimé, et le Chapeau (le Diable) brûlé. Revient alors la vieille maison dont l’enfant rêvait, image du bonheur auquel il a failli renoncer (« Je cherche dans mon cœur l’image du bonheur »).

Le jeune héros est le cousin du petit Yniold, et la mort de Mélusine – avec la disparition du Diable, l’un des moments les plus soutenus de la partition – fait écho, comme son  nom, à celle de Mélisande. Dans cette « Moralité » exemplaire autour d’une liasse de billets volés, et avec ce petit garçon bien peigné et propre sur lui (dans son joli pyjama rayé) qui en est le héros et dont l’angélisme n’est qu’un instant menacé, ou ce Chapeau-Diable qui brocarde si gentiment, avant d’être puni, l’Armée et l’Institut, on aurait pu être tenté d’y voir l’image rassurante d’une société bien pensante, qui alors comme aujourd’hui voulait / voudrait donner d’elle-même. Mais il y a l’autre Marcel Landowski : celui qui par le jeu des voix en écho (avec des choeurs – et une Maîtrise des Pays de la Loire, secondée par celle de la Perverie, placées dans les loges d’avant-scène) qui traversent une partition dépouillée, heurtée, angoissée même, et parfois aride comme une lande hantée par les loups, semble faire l’aveu d’étranges fantasmes. Assurément donc, il ne s’agit pas d’un opéra pour enfants, et cette action qui commence par l’effraction d’une chambre de garçonnet bientôt envahie par une troupe de Brigands plus inquiétante encore, puis de Mendiants déguenillés, et où la bonne fée est poignardée devant nos yeux avec sauvagerie, relèvent beaucoup plus du cauchemar que de la féerie d’Engelbert Humperdinck dans « Hansel und Gretel » ou des « sortilèges » ravéliens (les mauvais songes du compositeur-librettiste lui-même ?…).

Dans les très joli décors du multi-tâches et protéiforme Eric Chevalier (qui signe aussi les décors, les costumes et même les lumières !), d’un beau réalisme poétique, l’homme de théâtre français offre un belle illustration du conte de Landowski : le truand au grand-coeur enveloppée dans sa fourrure, la fée ingénue aux allures de Gelsomina dans « La Strada » de Fellini, le petit théâtre de marionnettes qui jouxte le lit de l’enfant, et les grands cubes qui forment des mots – relèvent pour beaucoup de l’imagerie de la bande-dessinée.

 

 

Pour la partie vocale, la reprise de cet opéra en deux actes et onze tableaux (et d’une durée d’une grosse heure seulement) est particulièrement bien servie. Dans le rôle du héros (Marc), le contre-ténor Théo Imart tient scéniquement autant que vocalement l’œuvre entière, avec son joli timbre clair et évanescent. Philippe Ermelier compose sans peine l’image du grand cœur égaré dans la voie du mal, malgré sa voix sombre et mordante, tandis qu’Eric Vignau campe un impitoyable et diabolique pédagogue. De son côté, Dima Bawab est une parfaite ingénue émerveillée, aux vocalises transparentes et aériennes.

A la tête d’une dizaine d’instrumentistes issus de l’Orchestre des Pays de la Loire, le jeune chef Rémi Durupt assure au mieux la cohérence d’un tissu musical souvent discontinu ou clairsemé, pour se plier plus complètement à la leçon d’un texte toujours parfaitement compréhensible grâce à la distribution hors-pair réunie par Alain Surrans pour Angers Nantes Opéra !

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. Nantes, Théâtre Graslin, le 13 mai 2023. LANDOWSKI : La Vieille maison. T. Imart, P. Ermelier, D. Bawab, E. Vignau… E. Chevalier / R. Durupt. Photos © Delphine Perrin

 

 

 

 

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