mercredi 17 avril 2024

CRITIQUE, opéra. GSTAAD NEW YEAR MUSIC FESTIVAL, Eglise de Rougemont, le 29 déc 2023. DUNI / GOLDONI : L’Arcifanfano (recréation). Ensemble Almazis / Iakovos Pappas.

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique et à l’opéra - et notamment avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.

Quel plaisir de redécouvrir – dans le cadre du Gstaad New Year Music Festival (fondé il y a 18 ans et toujours porté à bout de bras par la Princesse Caroline Murat) -, une nouvelle pépite baroque, celle-ci aussi déjantée et passionnante que la précédente : Les Amants magnifiques du duo Molière et Lully (le 2 janvier 2023).

 

Ce qui fait sens ici, c’est l’esprit de troupe et les bénéfices d’une famille artistique constituée d’interprètes habitués à jouer ensemble, dirigée et électrisée par le chef et claveciniste fédérateur Iakovos Pappas – dont on sait la passion de la langue française et des formes théâtrales baroques des XVIIe et XVIIIe siècles. Après Molière et Lully, voici le génie lyrique de l’italien Egidio Duni (1709-1775), fondateur de l’opéra-comique au XVIIIe avant les Monsigny, Philidor et autre Grétry (à la fin du siècle). Son esprit en verve, volontiers parodique et drolatique, poursuit l’essor du buffa depuis la fameuse « Querelle » des années 1750… 

 

Almazis / Iakovos Pappas
dévoilent la verve délirante et poétique de Duni

 

 

Iakovos Pappas capte et exprime toute la charge comique, volontiers délirante de L’Arcifanfano, opéra comique créé à Paris (à la Comédie Italienne) en décembre 1760. La connaissance affûtée du chef permet de jouer de tous les registres du comique, exploitant chaque situation pour en exprimer l’essence théâtrale, comme la vivacité de l’inspiration musicale. Évidemment sur cette « Île des fous » (titre de la pièce originale de Carlo Goldoni dont le livret est tiré), Egidio Duni et ses trois librettistes (Louis Anseaume, Pierre-Augustin Marcouville et Bertin d’Antilly) ciblent les travers d’une humanité plus réaliste que le réel, chargée et caractérisée, et pas si caricaturale que cela. Comme chez Molière, chaque personnage incarne un défaut jusqu’à l’excès parodique – et qui se révèle d’ailleurs, dans la confrontation avec un autre personnage : « Fanfolin » (impayable Christophe Crapez) amoureux fou de Nicette, pupille du vieil avare Sordide (ici, le jeune et bondissant Angelo Heck) ; Brisefer, fanfaron couard et Spendrif, sorte de Timon d’Athènes incorrigible (tous les deux interprétés par Jean-Christophe Born) ; sans omettre, Follette et Glorieuse (Ainhoa Zuaza Rubira) deux soeurs « adorables » : l’une rusée et laide, l’autre belle et sotte comme une oie.

Tout le mérite revient à l’équipe, aussi fins acteurs que chanteurs impliqués – reconnaissons à ce titre que les femmes se distinguent davantage que leurs partenaires masculins ; dans l’humour comme la crédibilité, délectables à ce titre, la Follette d’Élizabeth Fernandez, comme le Nicette de Chloé Jacob. Tous agissent à jardin tandis que l’orchestre opère à cour : le continuo réalisé par Iakovos Pappas – et autour de lui, les cinq instrumentistes -, ne manque ni d’éloquence ni d’énergie, le caractère de chaque situation se retrouvant synthétisé dans la musique. 

La diversité des épisodes, la truculence des situations qui toutes dévoilent, in fine, les véritables intentions, sont restituées avec une tension continue, mêlant souplesse et expressivité ; les interprètes (instrumentistes comme chanteurs-acteurs) sachant même souvent comme improviser sur des passages dramatiques suspendus ; ce qui permet pour certains de creuser encore le délire et le questionnement de la forme. L’équilibre entre geste et chant, musique et théâtre doit beaucoup au métier de Iakovos Pappas, lequel a déjà abordé l’imaginaire lyrique de Duni. Tout l’esprit du buffa est maîtrisé ; Duni connaît son métier, et le plateau s’en fait un digne ambassadeur ; l’écriture est d’une rare efficacité dramatique, doublée d’une évidente acuité psychologique. 

 

 

Pour mesurer davantage l’écriture et le tempérament théâtral de Duni, l’enregistrement qui suit la recréation à Rougemont devrait être édité au printemps 2024. L’ensemble Almazis confirme d’évidentes affinités avec l’opéra comique, poétique et délirant, du XVIIIe. Prochaine publication-événement à suivre !

 

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CRITIQUE, opéra. GSTAAD NEW YEAR MUSIC FESTIVAL, ROUGEMONT, le 29 déc 2023. DUNI : L’Arcifanfano. Almazis / Iakovos Pappas.

 

LIRE aussi notre présentation annonce de L’Arcifanfano de Duni par Almazis / Iakovos Pappas : https://www.classiquenews.com/rougemont-new-year-music-festival-2023-almazis-iakovos-pappas-egidio-duni-larcifanfano-creation-vendredi-29-decembre-2023/

Recréation baroque événement à Rougemont (Suisse). Le Gstaad New Year Music Festival  (18ème édition, du 27 déc 2023 au 9 janvier 2024) propose parmi une constellation d’événements musicaux et lyriques de première qualité, un spectacle baroque inédit qui souligne le tempérament lyrique d’Egidio Duni, l’Italien génial qui réinventa l’opéra-comique à Paris dans les années 1760… On retrouve dans « L’Isle des foux » les deux passions de Iakovos Pappas dans ce nouveau spectacle inédit : l’opéra comique et la jubilation musicale et linguistique entre baroque et théâtre.
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