mercredi 28 octobre 2026

CRITIQUE, opéra. CARDIFF, Welsh National Opera (Welsh Millenium Center), le 2 octobre 2025. BERNSTEIN : Candide. E. Lyon, S. Mafi, A. J. Payne… James Bonas / Ryan McAdams

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Mike Smith
Mike Smith
Mike écrit des chroniques de spectacles, en particulier pour la danse et à l'opéra. Il est basé au Royaume-Uni, mais travaille à l'International. Il est également journaliste de voyage. Il enseigne l'histoire ancienne et le journalisme à l'Université de Cardiff, au Pays de Galles. Mike Smith est également rédacteur en chef d'Arts Scene in Wales (asiw.co.uk).
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Candide de Leonard Bernstein, déjà présenté au Welsh National Opera, a fait un rapide retour sur la scène du Welsh Millenium Center de Cardiff, et cette production s’est avérée plus fraîche, enivrante et irrévérencieusement amusante que jamais. Adapté du roman satirique de Voltaire, l’ouvrage de Leonard Bernstein demeure une œuvre qui résiste à toute catégorisation facile. Est-ce un opéra ? Une comédie musicale ? Un opérette ? La démarche audacieuse du WNO lui donne de ce dernier qualificatif.

 

Sous la direction de Ryan McAdams, l’Orchestre du WNO a offert une restitution riche et puissante de la partition envoûtante de Bernstein, offrant une assise absolument étincelante à la production, qui a glissé sans effort entre la farce bouffonne et la satire mordante. De fait, Candide est à la fois une joyeuse escapade et une histoire d’une profonde noirceur. Ici, le rythme était implacable, propulsant le récit à une vitesse vertigineuse alors qu’il entraîne son héros naïf d’un événement catastrophique à un autre. Le tranchant sombre de la critique originale de l’optimisme par Voltaire n’a jamais été adouci, et cette production a pleinement embrassé ses éléments les plus noirs. Depuis la séquence cauchemardesque de l’Autodafé, aussi terrifiante que démente, jusqu’à l’humour acerbe et ironique qui parcourt tout le spectacle, le spectacle a veillé à ce que la satire soit incisive, dérangeante et, par moments, profondément inconfortable. Ce fut une production qui a fait rire le public, même quand il grimaçait – sans jamais perdre de vue l’absurdité fondamentale de l’existence humaine.

Au cœur de ce Candide se trouve une distribution puissante, chacune et chacun apportant une singularité à son rôle. L’interprétation du personnage éponyme par Ed Lyon est d’une justesse absolue : chaleureuse, sincère, et suggérant avec subtilité la montée du cynisme du personnage. Sa voix de ténor, pleine de couleurs et d’émotion, capture parfaitement l’arc du parcours de Candide, depuis son idéalisme ingénu jusqu’à sa vision plus désenchantée du monde. Cunégonde, incarnée par Soraya Mafi, est une autre prouesse. Sa performance fut à la fois éblouissante et profondément comique, son interprétation de « Glitter and Be Gay » comptant parmi les moments les plus palpitants de la soirée. Sa coloratura est impeccable, son sens du timing comique irréprochable, et sa capacité à dominer la scène est tout simplement spectaculaire. Par ailleurs, Amy J. Payne, dans le rôle de la Vieille Dame, lui a pratiquement volé la vedette. Sa riche voix de mezzo-soprano, alliée à un talent comique impeccable, ont fait de son interprétation un tour de force à la fois vocal et théâtral.

Les rôles secondaires étaient tout aussi solides, avec Paquette (Francesca Saracino) apportant un charme espiègle et Maximilian (Jack Holton) injectant une dose irrésistible d’humour glorieusement vaniteux. Si l’humour un peu camp frise parfois les sensibilités contemporaines, il ne fait qu’ajouter à l’atmosphère enjouée et hilarante de la production. Aled Hall et Alun Rhys-Jenkins complètent l’ensemble avec de belles performances dans des rôles plus petits, prouvant qu’ici, rien n’est de simple remplissage.

Rakie Ayola, dans le double rôle de Pangloss et du Narrateur, a assuré la cohérence de l’ensemble. Son jeu malicieux et sa maîtrise vocale aisée en font l’une des figures les plus magnétiques de la production, alliant esprit et chaleur tandis qu’il guide le public à travers le parcours absurde de Candide. Et il y a bien sûr le Chœur du WNO, qui livre une performance sublime, presque fuguée dans le finale « Make Our Garden Grow ». Cet hymne à l’espoir, la résilience et la survie, semble plus poignant que jamais, alors que notre monde, à l’instar du voyage de Candide, semble se précipiter toujours plus loin dans le chaos.

Le metteur en scène James Bonas a habilement contourné certaines des difficultés traditionnelles que pose Candide, notamment ses lieux changeants et ses tons extrêmement variables, en ayant recours aux projections animées créées par le Français Grégoire Pont. Ces animations pleines d’esprit et naïves – évoquant des dessins à la craie – ont ajouté une couche supplémentaire de charme et de clarté au récit chaotique. Loin de détourner l’attention de l’action, les projections ont servi de complément visuel parfait à l’élan implacable et à l’humour cinglant de l’œuvre.

La chorégraphie, conçue par Ewan Jones, a maintenu le rythme avec une énergie juvénile et un sens du comique parfaitement exécuté. Les danseurs de l’ensemble, qui aident à faire avancer l’histoire, ajoutent une physicalité qui amplifie la vitalité contagieuse du spectacle. Chaque instant de Candide semblait faire partie d’un spectacle enivrant et plus grand que nature, soutenu par un sens du jeu et de l’invention.

Malgré les coupes budgétaires qui affectent le WNO, ce Candide transcende les défis, prouvant que même par temps difficiles, la compagnie galloise peut offrir des productions d’une réelle substance et d’une grande joie. Le résultat est un spectacle qui non seulement divertit, mais donne aussi au public beaucoup à méditer : une joyeuse épopée débordante, doublé d’un commentaire social acéré.

 

 

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CRITIQUE, opéra. CARDIFF, Welsh National Opera (Welsh Millenium Center), le 2 octobre 2025. BERNSTEIN : Candide. E. Lyon, S. Mafi, A. J. Payne… James Bonas / Ryan McAdams. Crédit photo (c) Dafydd Owen

 

 

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