vendredi 23 février 2024

CRITIQUE, opéra. AVIGNON, le 30 déc. 2022. GAIL : La Sérénade. Débora Waldman / Jean Lacornerie.

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique et à l’opéra - et notamment avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.

Troquant l’habituelle opérette lors des fêtes de fin d’année, l’Opéra Grand Avignon et son directeur Frédéric Roels ressuscitent une petite perle d’opéra-comique, La Sérénade de Sophie Gail (1775-1819), composée en 1818 d’après la pièce éponyme (1694) de Jean-François Regnard. Pour écrire son opéra, pour lequel le fameux Manuel Garcia lui aurait prêté main forte, elle s’est alliée avec sa presque homonyme Sophie Gay pour (ré)écrire le livret, afin de le rendre plus féministe (avant l’heure), notamment au travers d’un nouveau finale. L’histoire en est l’éternel mariage forcé, entre un barbon et une jeune fille qui en aime un autre (plus jeune), projet déjoué grâce à un serviteur (Scapin) et une suivante (Marine) aussi zélés que madrés tous deux, dont la deuxième délivre la morale de l’histoire : « Quand il s’agit de mariage, laissez-nous défendre nos droits, l’amour seul doit décider du choix » !

La mise en scène de Jean Lacornerie exploite la désormais habituelle mise en abyme du théâtre dans le théâtre, en nous montrant une troupe en train de travailler, tandis qu’un Monsieur Loyal (brillant Gilles Vajou, qui tient également ici le rôle de Champagne) commente l’action, en sa qualité de metteur en scène du spectacle dont les répétitions évoluent sous nos yeux, à grand renfort d’explications diverses et variées, un didactisme cependant un peu trop présent et même quelques peu lassant à la longue, d’autant qu’elle rompt par trop l’action théâtrale et surtout la musique. Une musique qui lorgne, en les citant directement, vers Bach (et son Clavier bien tempéré), Gluck, Rossini ou encore Zingarelli (et son Giulietta e Romeo), c’est-à-dire les différents compositeurs à la mode sous la restauration.

La distribution réunie à Avignon est un vrai motif de satisfaction, à commencer par les deux domestiques, sur qui repose l’essentiel des parties chantées. Le bondissant baryton Thomas Dolié offre à Scapin son superbe timbre, son jeu scénique épatant, sa remarquable diction, tandis qu’ Elodie Kimmel prête à Marine son mezzo généreux et sa malice impertinente ; sa Polonaise fait fit des vocalises dont elle est émaillée. Le rôle de Valère, personnage amoureux de celle que veut épouser son père, est confié à l’excellent ténor Enguerrand de Hys – dont le duo avec Scapin « Que dis-tu ?
Renoncer à l’objet que j’adore », le magnifique sextuor, et enfin le boléro « Amo te solo » – lui permettent de déployer l’étendue de ses talents de chanteur, avec une articulation qui est un régal de tous les instants, et un timbre parmi les plus charmeurs chez les jeunes ténors français. Vincent Billier (Mr Griffon) campe un barbon tout à fait convaincant, tandis que Julie Mossay offre à Léonore son joli timbre, qui tend cependant à se durcir dans l’aigu, quand sa composition scénique se montre, en revanche, tout à fait savoureuse. Enfin, la mezzo suisse Carine Séchaye ne fait qu’une bouchée du rôle d’Argante (la mère de Léonore, auquel elle offre son fier tempérament, sa voix sûre et sonore.

L’Orchestre national Avignon-Provence, sous l’amoureuse baguette de Débora Waldman, rend parfaitement justice à l’écriture variée et charmante de Sophie Gail. La cheffe couve du regard les chanteurs autant que ses instrumentistes, dont il faudra porter une mention spéciale à l’excellente petite harmonie de la phalange provençale, très sollicitée dans la partition. Et période de fêtes oblige, le public est invité à reprendre en chœur le joli couplet du finale…

Cette Sérénade – dont l’indispensable Palazzetto Bru Zane est coproducteur – va être reprise ensuite dans les Opéras de Toulon, Nantes, Angers et Rennes… et nous ne saurions que recommander aux lecteurs d’aller l’y découvrir !

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. AVIGNON, le 30 décembre 2022. Sophie GAIL : La Sérénade. Débora Waldman / Jean Lacornerie. Photo © Cédric Delestrade

 

VIDÉO
Extrait vidéo : « La Sérénade » à Avignon :

 

 

 

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