Quelques mois avant la disparition d’Edgard Varèse en 1965, Gunther Schuller interroge le compositeur lors d’un échange dont les propos sont retranscris ici en anglais et en français : parcours, amitiés, collaborations, instruments nouveaux, quête des sons et des timbres…
C’est là un testament rare pour tous les amoureux de « sonorités » libres, expérimentales et pourtant continuement poétiques.
« Je me soucie moins de toucher le public que d’atteindre certains effets musicaux ou acoustiques, en d’autres termes, de perturber l’atmosphère – car, après tout, le son n’est qu’une perturbation atmosphérique ! » Ainsi s’exprime un Varèse volontiers provocateur, habité par un imaginaire sonore spécifique.
Contemporain de Debussy, Satie et Ravel, Edgard Varèse (1883-1965) est un compositeur américain d’origine française [né à Paris], révolutionnaire, pionnier de l’avant-garde musicale et de la musique électronique.
Souvent ce qui semble anecdotique ou qui relève de details, révèle des postures profondes, emblématiques. D’autant que Varèse encouragé par la sagacité de son interlocuteur, se livre sans filtre dans des propos drôles et incisifs ; ainsi quand il évoque le pédantisme ridicule, petite noblesse du » Vicomte » D’Indy à la Schola Cantorum ; plus loin, une filiation artistique et esthétique se précise : Debussy, Strauss, Scriabine, Busoni… surtout Satie dont Varèse loue le Kyrie de la Messe des pauvres qui lui évoque littéralement l’enfer de Dante…
Côte écriture, le lecteur [re] découvre le musicien libre et défricheur qui comme Satie envisage un autre cadre que la gamme tempérée, d’autres sons et de nouvelles combinaisons sonores comme langue d’expérimentation…
Le regard porté sur la composition autant que celui sur les compositeurs, s’avère édifiant et d’une perspicacité peu commune ; s’agissant d’architecture, de projection et aussi de vie intérieure et « microscopique », comparable à celle des solutions chimiques. Varèse ne serait pas Varèse s’il n’avait pas cultiver sa vie durant un lien particulier avec la Nature [les granits de son enfance en Bourgogne…], avec l’ordre architectural des tailleurs de pierres au moyen age… Autant de particularités qui ont chez lui structurer une façon de pensé la musique, dans l’économie et la puissance.
Le compositeur évoque aussi sa traversée du désert après Ionisation, une période difficile et frustrante où le concepteur tout en ayant l’intuition concrête de la musique future, ne trouve aucun moyens réels ni aucun soutien pour la réaliser… Jusqu’à l’avènement de la musique électronique qui le ramène à la composition bénéficiant enfin d’un cadre de travail… avec Déserts justement en 1954. Les propos retranscrits font de ce texte lumineux et percutant, une lecture incontournable.
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