Après l’ouverture du Festival par un spectaculaire concert gratuit en plein air, l’Orchestre national de Montpellier Occitanie marque sa dynamique participation au Festival Radio-France Occitanie Montpellier dont il est partenaire depuis sa création (1985). Dans la ronde des Orchestres qu’affiche le Festival Radio-France Occitanie Montpellier, l’Orchestre national de Montpellier Occitanie (OnMO) assure sa seconde prestation, cette fois à l’Opéra Berlioz, avec le Chœur de l’Opéra national de Montpellier et sous la direction de Roderick Cox. Le programme romantique fait se côtoyer Brahms, Schumann et Dvořák, en direct sur France Musique et sur les ondes d’Euro-radio.
En première partie, la connexion entre les œuvres de Schumann et Brahms, que l’aîné nommait « son élu », s’établit par les voies de la Sehnsucht (sensation diffuse de nostalgie), si prisée des romantiques germaniques. En lever de rideau, le Schicksalslied op. 54 (Chant du destin) de Brahms exalte la nostalgie d’une Grèce antique emplie de clarté, via le poème chanté de Hölderlin (issu du roman Hyperion). Si les attaques orchestrales sont fort hésitantes, le Chœur de l’Opéra national de Montpellier (préparé par Noëlle Gény) emporte l’adhésion par la plénitude lyrique de tous ses pupitres. La strophe de rébellion dégage une puissante émotion, entretenue par les ruptures rythmiques (en hémioles) des vents. Le Concerto de piano op. 54 de Robert Schumann entretient cette flamme, avec quelques précipitations et imprécisions dans l’Allegro affetuoso sous les doigts du pianiste Jonathan Fournel. Plus tempéré dans l’ineffable Intermezzo, le pianiste devient un partenaire inspiré et quasi chambriste en compagnie des bois ou des violoncelles de la formation montpelliéraine. On apprécie le rebond rythmique du final, si typique de la fougue schumanienne. Le bis du pianiste renoue avec « l’élu » : Johannes Brahms.
La direction de Roderick Cox prend enfin toute sa place dans l’incontournable Symphonie n° 9 op. 95 d’Antonin Dvořák. Composée pour New York (1893) où le compositeur tchèque était en résidence à la direction du Conservatoire, la symphonie fut sous-titrée « Du Nouveau monde ». Ce soir, elle diffuse une charge symbolique lorsque l’actuel chef de l’OnMO, noir américain, la dirige par cœur. Si les chercheurs du XXIe siècle sont moins sûrs de l’origine étasunienne ou amérindienne des thèmes qui circulent dans les mouvements, la magie opère. Natif de la Bohème, le compositeur tranchait d’ailleurs ce débat des réveils nationalistes en déclarant : « C’est une musique tchèque où parle le pays natal, mais sans mon expérience américaine, je n’aurais jamais pu la créer. »
Le réseau de réminiscences, que Dvořák manie jusqu’à l’envoûtement, trouve des adeptes investis dans la phalange occitane. Soulignons le phrasé dansant des flûtes et hautbois (1er mouvement), la suavité de la mélopée au cor anglais (Largo) qui ouvre des horizons cinématographiques. En caractérisant les contrastes du Scherzo (Molto vivace), le chef laisse respirer le trio pastoral. Tandis que le chef communique le « fuoco » du final à ses musiciens, notamment aux cuivres héroïques, il cultive également les ruptures de tempi et de masse qui font vivre les réminiscences. Parmi elles, se glisse un tendre solo de clarinette qui tend la main à celui nostalgique du Chant du destin. Vous avez dit « romantique » ? Le charme opère lorsque le public, debout, acclame les musiciens.
La veille, en direct sur France Musique, le directeur Michel Orier, a rendu hommage aux fondateurs du Festival qui fête sa 40e édition en 2025. Pouvons-nous simplement mettre l’accent sur les riches heures de l’Orchestre national de Montpellier Occitanie ? En effet, la politique d’exhumation et de création lyriques, qui y a prévalu pendant plus de trois décennies, fut réalisée avec le concours de l’OnMO. Du Château des Carpathes de Philippe Hersant (édition 1992) à Penthésilée d’Othmar Schoeck (édition 1998), de La Parisina de Mascagni (1999) à Fervaal de d’Indy (2019), ces contributions ont ponctué les rendez-vous de festivaliers et de milliers d’auditeurs sur les ondes. Grâce au service public de Radio-France et des radios européennes !
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CRITIQUE, festival. MONTPELLIER, 40e Festival Radio-France Occitanie Montpellier (Opéra Berlioz), 18 juillet 2025. BRAHMS / SCHUMANN / DVORAK. Orchestre et Chœur national de Montpellier Occitanie , Jonathan Fournel (piano), Roderick Cox (direction). Crédit photo (c) Droits réservés.





